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MADEMOISELLE SHERLOCK


Fille cadette d’un célèbre inventeur, Fabienne PLOUBEYRE, véritable petite Parisienne ayant perfectionné son anglais en vivant pendant un an dans une famille londonienne, est devenue une admiratrice inconditionnelle de Sherlock Holmes au point d’être obsédée par l’envie de marcher sur les pas de l’illustre enquêteur.


Et les circonstances l’y poussent puisque, depuis quelques nuits, elle a surpris l’étrange manège d’un voisin, apparemment mêlé à un sombre trafic.


Malgré toute sa bonne volonté, elle va vite découvrir qu’on ne s’improvise pas détective sans risques...


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Nombre de lectures

20

EAN13

9782373471526

Langue

Français

couve

Collection « 221 »

Mademoiselle Sherlock

Roman policier

 

par Paul ZAHORI

 

D'après le roman-feuilleton publié sous le titre « Mademoiselle Sherlock » dans le « Figaro » en 1909.

I

À QUOI RÊVENT LES JEUNES FILLES

 

LES maisons, comme les individus, ont leur physionomie. À Paris, on s'aperçoit mieux qu'ailleurs de cette vie muette et formidable de la pierre de taille, qui reproduit en vibrant, du rez-de-chaussée au sixième, toute la gamme des sentiments humains. Il est des immeubles crispés, trapus, déployant une robuste musculature de moellons et qui semblent agressifs, comme s'ils se préparaient pour d'étranges batailles. D'autres ont le sourire – mais quémandeur ; d'autres sont larmoyants – mais hypocrites. Il y a des entresols cascadeurs, des premiers puritains, des cinquièmes pleins de fantaisie ingénue, des troisièmes passionnés et voluptueux ne songeant qu'à jouir du soleil, pendant que le sévère rez-de-chaussée fait des affaires. Certains logis sont timides, d'autres sont effrontés ; tous ont leur âme particulière, qui influe, plus qu'on ne croit sur celle du locataire, insoupçonneux de ce psychisme obscur.

L'appartement habité par le fameux inventeur Ploubeyre au coin du boulevard des Italiens et de la rue Voisenon (1) se distingue en ceci, qu'il est franchement antithétique et paradoxal. Du côté du boulevard, il participe au tumulte, à l'orgie du mouvement et des lumières ; il se mêle en quelque sorte à la foule des passants, dont la cohue dégage une merveilleuse électricité. Et du côté cour, c'est le calme, la quiétude provinciale, la possibilité exquise du farniente prolongé à loisir. Pour savourer comme il convient cette violente antithèse, Ploubeyre n'a qu'à passer d'une pièce dans l'autre…

À l'époque où commencent les événements que nous allons raconter – c'est-à-dire dans les premiers jours de mars 1908 –, l'antithèse se continuait d'une façon particulièrement pittoresque et déconcertante dans la partie de l'appartement occupée par la chambre de Fabienne Ploubeyre, la fille cadette de l'inventeur.

Une tradition qui a survécu à tous les soubresauts de la mode veut que la chambre d'une jeune fille soit une façon de sanctuaire aux meubles laqués et aux rideaux clairs, propice à la rêverie, retraite sûre et inviolable à l'heure des premiers émois.

Or, le sanctuaire de Fabienne ressemblait plutôt au laboratoire d'un savant maniaque et distrait. Tous les sièges, y compris la chaise longue, étaient encombrés de brochures et de journaux. Ce fouillis se continuait sur le tapis, dans un amas de paperasses dépliées, froissées, piétinées – car il fallait bien marcher dessus, pour aller et venir dans la pièce. Sur le petit bureau de citronnier s'étalait un pêle-mêle impressionnant de livres énormes : des bottins, des dictionnaires, des manuels de médecine et de chimie, dont la pile était couronnée par divers indicateurs de chemins de fer. Sur le lit, en un beau désordre, voisinaient des jupes, des imperméables, des fourrures, une solide canne de montagne, un appareil photographique, des guêtres de cuir, une jumelle marine, et trois ou quatre paquets ficelés dans des toiles d'emballage. Sur la toilette, un microscope trônait au milieu des brosses et des flacons. Sur la cheminée, devant la pendule, un amas de lettres décachetées. Sur la coiffeuse, enfin, un de ces revolvers si mignons, si minuscules, si damasquinés qu'on est tout surpris de ne pas les voir suspendus en breloques à une chaîne de montre. Faut-il vous faire remarquer que la pendule était arrêtée, mais que le revolver était chargé ?

N'allez pas croire que Fabienne appartenait à cette catégorie d'émancipées qui éprouvent un goût spécial pour les sports masculins les plus violents. Avec ses beaux cheveux châtains, ses yeux noirs qui pétillaient d'intelligence et de malice, son menton menu, ses traits délicats, encore affinés par l'atmosphère magique de Paris, qui donne de la grâce même aux plus laides, Fabienne n'avait rien de la décadente moderne. C'était une admirable et saine créature poussée droit, sans tare d'aucune sorte et d'une angélique candeur, bien qu'elle se figurât tout savoir.

Sans souci de l'heure tardive – minuit venait de sonner aux horloges environnantes –, elle se livrait d'ailleurs, dans le capharnaüm où régnait le prodigieux désordre que je viens de décrire, à une occupation sentimentale entre toutes : elle jouait éperdument du violon !

Tout à coup elle s'arrêta net, au beau milieu d'une phrase nuancée à ravir. La rumeur du boulevard s'était alanguie, et brusquement, dans la paix nocturne, un chant d'oiseau se fit entendre : trille de bouvreuil ou de chardonneret, aérien, cristallin, d'une pureté parfaite, mais imprévu, saugrenu, impossible ! Les petits oiseaux qui ne chantent pas la nuit, dans les bois visités par la seule lumière de la lune, ne se sont jamais avisés de cultiver leur solfège dans les cours parisiennes, à l'heure précise où décroît le bruit du dernier autobus.

On aurait dit un signal attendu par Fabienne, car la jeune fille courut précipitamment à sa fenêtre, où elle resta immobile, attentive, regardant avec une prudence inexplicable à travers les interstices de la dentelle du store, qu'elle venait de baisser à moitié.

Tout à coup, elle eut un geste de dépit :

— Oh ! murmura-t-elle, quelle maladresse j'allais faire ! Pourvu qu'ils n'aient pas vu mon ombre sur le rideau !

Elle tourna le bouton du commutateur ; la chambre se trouva dans une obscurité complète, et Fabienne alla reprendre son poste d'observation derrière le store qu'elle remonta un peu.

Son regard plongea d'abord dans la cour assez grande, et séparée d'une cour contiguë par un mur haut d'environ trois mètres. Soudain, la jeune fille laissa échapper un cri de surprise :

— C'est lui, dit-elle ; c'est bien lui ! Il est encore là !

En effet, dans l'orbe de lumière projetée par le bec de gaz éclairant la première cour, elle venait de distinguer la silhouette d'un personnage aux allures bizarres, qui regardait de tous côtés – et, guettant comme s'il avait eu peur d'être épié lui-même. Il parut se décider subitement, et, se rapprochant du mur, il lança par-dessus, dans l'autre cour, une corde longue et mince, dont il garda une extrémité. Une minute à peine s'écoula ; et, semblant venir de la deuxième cour, le trille du bouvreuil retentit de nouveau modulé en sourdine.

Alors l'individu observé par Fabienne tira doucement à lui, avec des précautions infinies, la corde à laquelle, de l'autre côté du mur, une main invisible venait d'attacher un objet de petite dimension – une caissette de bois, selon toute apparence. Ensuite, il roula rapidement la corde, glissa la caissette sous son vêtement, et disparut par l'escalier de service qui, de la cour donnait accès dans la maison formant angle avec l'immeuble où habitait Fabienne.

En même temps, celle-ci vit un deuxième personnage de taille athlétique traverser la seconde cour et s'engouffrer également dans l'un des trois escaliers desservant le pan de bâtiments en façade sur le passage des Princes.

— C'est celui-là qui vient d'attacher la petite caisse ! murmura Fabienne, intriguée au possible. Que signifie ce manège ? Voilà trois nuits que je le vois se reproduire !

Mais elle n'eut pas le temps de réfléchir davantage à la scène dont elle venait d'être témoin. Un autre spectacle vint solliciter son attention. À une fenêtre du troisième étage de la maison où venait de pénétrer le personnage à la caissette, la lumière d'une lampe brilla tout à coup. La fenêtre s'ouvrit : une jeune femme, dont le visage délicat et les beaux cheveux blonds avaient une grâce inexprimable, se pencha au-dehors et sembla explorer anxieusement la cour désormais déserte.

Le bruit d'une porte qui se referma la fit se retourner brusquement. Un homme était devant elle. Fabienne l'examina curieusement, car elle reconnaissait son inconnu de la cour. C'était un homme d'environ trente-cinq ans, de tournure assez élégante, avec son teint mat, son épaisse barbe noire soigneusement calamistrée, des yeux noirs en amande, un nez droit et fin, et des gestes vifs de Méridional atténués de nonchalance parisienne.

Il semblait être tout à fait chez lui. Son premier soin fut de fermer la fenêtre. Mais Fabienne, en s'aidant d'une jumelle marine, put voir assez distinctement ce qui se passait à l'intérieur de la pièce. Il lui parut qu'une discussion, vite dégénérée en querelle, s'élevait entre les deux interlocuteurs. La jeune femme gesticulait avec fureur, pendant que l'homme se taisait, baissant la tête, comme terrassé par la honte et le remords. Cette attitude humiliée ne semblait pas désarmer la femme, dont la colère grandissante se changea vite en exaspération folle. Et subitement, d'un mouvement impulsif, elle courut à la fenêtre, l'ouvrit avec fracas, enjamba la barre d'appui, et tenta de s'élancer dans le vide, en poussant une plainte rauque.

Mais l'homme avait bondi. Prompt comme l'éclair, d'une poigne souveraine il ramena la malheureuse dans la chambre. Après un instant de silence angoissé, l'homme s'inclina vers sa malheureuse compagne, lui prit affectueusement les mains, en murmurant ces mots consolateurs qui provoquent toujours, après les émotions violentes, la salutaire réaction des larmes. Longtemps ils restèrent ainsi ; la femme qui, tout à l'heure, voulait se briser la tête sur le pavé regardait son compagnon avec une attention passionnée. Celui-ci s'était relevé. D'un geste véhément, il montrait la petite caisse qui lui était parvenue d'une manière si fantastique. Alors, la jeune femme joignant les mains parut supplier encore, en proie à une immense désolation. Mais Fabienne n'en put voir davantage : la lumière s'éteignit ; le silence absolu régna de nouveau sur cette cour qui apparaissait presque tragique aux yeux épouvantés de Fabienne. La scène mouvementée, dont elle avait été le seul témoin, venait de finir aussi mystérieusement qu'elle avait commencé.

Maintenant, assise devant son petit bureau, à la clarté discrète de la lampe rallumée, Fabienne écrivait, fiévreuse. Quand elle eut noirci, d'une écriture rapide, cinq ou six feuillets, elle les classa dans un carton qu'elle renferma au fond d'un tiroir de son armoire. Puis, elle prit un livre, qu'elle lut avec une attention profonde.

Ce que Fabienne lisait ainsi, c'étaient les Aventures de Sherlock Holmes !

Elle resta longtemps plongée dans sa lecture, s'interrompant seulement pour prendre des notes. Tout à coup, elle ferma le livre en poussant une exclamation de triomphe :

— J'ai trouvé ! Dès demain je commencerai ma filature, et j'aurai l'explication de cette énigme !

Fabienne s'endormit, heureuse, d'un sommeil peuplé de rêves, où elle se transformait à volonté, Protée toujours insaisissable, en vieux notaire, en garçon de banque, en curé de village et en cocher de fiacre.

 

 

(1) Il va sans dire que cette topographie est fantaisiste. Comme cette histoire repose sur un fond de réalité, on comprendra que, par discrétion, nous ne donnions pas le véritable emplacement de la demeure de notre héroïne.[Retour]

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