Les Rebelles d'étain , livre ebook

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Qu’ont en commun les jeunes de 18 ans, sinon l'envie de changer le monde et la certitude que la vie leur appartient, l’impression que le temps n’a aucune emprise sur eux et que rien n’existait avant eux ?


C’est dans cet état d’esprit que Paul, originaire du Québec, est parti travailler durant l’été 1980 chez un apiculteur en Alberta au lendemain de sa majorité. Cet été dans l’Ouest canadien marquera un tournant dans sa vie, un passage entre l’adolescence et l’âge adulte.


Paul retrace ainsi son périple estival et se souvient de ses états d’âme du moment, qu’il confronte à la réalité, à son expérience acquise avec l’âge, une opposition entre l’utopie juvénile de l’adolescent et la sagesse de l’homme qu’il est devenu. Durant cet été-là, face aux désillusions et aux prises de conscience, le jeune garçon qui se prenait pour un rebelle découvrit une part de lui-même.

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Date de parution

19 juin 2018

Nombre de lectures

0

EAN13

9782414226641

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-22662-7

© Edilivre, 2018
Dédicace


À mes amis de fin d’adolescence –
ce temps de la vie où l’âge adulte
pointe le bout de son nez
1
J’ai eu le désir de vous dépeindre l’été de mes dix-huit ans. Pourquoi ? Je n’en sais trop rien. Peut-être le besoin de me dire afin de mieux me comprendre ou simplement par nostalgie. Peut-être parce que je suis vieillissant et ne veux pas trop me l’avouer, mais plus probablement pour le simple plaisir de raconter. Nous étions en l’année mille neuf cent quatre-vingts. J’avais toute la vie devant moi. C’est ce que je croyais mais, en réalité, je n’en savais rien. Comment aurais-je pu le savoir ? Nous espérons vivre vieux, mais le « céleste fabricant » n’offre aucune garantie. Un coup de dés cosmiques à cent facettes, personne ne sait à l’avance sur quelle facette ils choisiront de s’arrêter. Il n’y a de réalité que dans le moment présent, le futur n’est rien d’autre qu’une projection de nos désirs, une tromperie du psychisme. L’illusion est une nourriture insidieuse. Elle nous berce de ses caresses pleines de promesses, mais non moins fallacieuses pour autant. À cette période de ma vie, je ne le voyais pas, j’étais persuadé que le temps n’avait aucune importance, qu’il n’avait pas d’emprise sur moi, qu’il n’en aurait jamais. Comme l’ont chanté les Rolling Stone, «  Time Is on My Side » . C’est ce que naïvement je croyais. La vie allait se charger de me détromper.
Sur un coup de tête, j’avais accepté de partir travailler dans l’Ouest canadien pour l’été, une proposition que je ne pouvais refuser. L’offre était alléchante, l’aventure à bout de bras, le désir de partir trop fort. À dix-huit ans, c’est un appel irrésistible. Comme l’a poétisé Jim Morrison des Doors, «  The West is the best » . L’alpha et l’oméga, la fin et le commencement, un moyen énergique de rayer le passé et d’inventer sa vie. Surtout, un empressement inconsidéré de quitter une vie monotone et le giron de l’autorité parentale. L’appel de l’Ouest se fit entendre comme une promesse. Tous les possibles étaient devant moi et il n’y avait rien pour m’empêcher d’étaler les couleurs de mon choix sur le canevas de mon existence. Je n’avais qu’à oser prendre mes pinceaux en mains et peindre.
Mon ami de longue date, Sam pour Samuel, avec qui j’allais partir, était l’instigateur de cette entreprise. Il m’avait assuré que j’aurais un emploi chez l’apiculteur où nous allions nous rendre. Je m’étais engagé avec Sam sans hésitation, sans vérifier auprès de l’éventuel employeur si j’allais avoir du travail, dans le seul but de vivre une nouvelle expérience, quelque chose hors de l’ordinaire. L’aventure c’est l’aventure. Au fond, c’était un peu comme l’armée. « Si la vie vous intéresse… engagez-vous ! » Le désir irréfléchi de mettre du piquant dans ma vie avait été le plus fort, m’avait possédé. Enfin, j’allais relever un défi à la hauteur de mes aspirations !
C’est à la mi-juin que nous avons pris place dans le train en partance de Montréal qui devait nous conduire vers l’Eldorado albertain, plus précisément à Banff. Un merveilleux périple de soixante-douze heures nous attendait across Canada , en troisième classe par-dessus le marché. Tous les « tripeux » avec sac à dos étaient casés dans le même wagon à bestiaux, pour les avoir à l’œil, j’imagine. J’ignore cependant de quel œil il s’agissait. D’un œil de vitre, de l’œil de Big Brother ou de l’œil moral des bienpensants ! Nous nous étions installés dans nos fauteuils droits et faits pour le rester, position dans laquelle nous dormirions pour les trois prochaines nuitées. La joie de l’insouciance et de la nouveauté s’accrochait à nous comme un charognard à une carcasse.
Enfin, le moment tant attendu arriva. Le basculement du monde, la grande virée des âmes assoiffées de liberté made in America . Le convoi s’ébranla et nous fit tressaillir jusqu’aux tréfonds de nos abysses de jeunes adultes en devenir. L’histoire se mettait en route sur les rails de ma destinée. À moi le monde, la gloire et l’argent. Trois mirages de ma naïveté d’alors. Heureux, je l’étais sans conteste, nourri de mes certitudes de rebelle de salon. Tout se déroulait comme si je regardais un film couleur pour la première fois sur grand écran. Cependant, l’écran était grandeur nature. Le déroulement de ce cinéma me donnait l’impression de vivre les prémisses qui allaient me conduire à l’avant-scène du monde. Dans les faits, je ressemblais davantage à un adolescent en mal d’amour, de reconnaissance et de liberté.
Le train de mon émancipation traversa plusieurs quartiers de la ville tentaculaire avant d’en sortir comme on émerge d’un rêve sans fin. Bientôt, nous quittions le territoire québécois pour nous aventurer de l’autre côté, celui de la différence, de l’autre solitude, en Ontario. À bord, nous bavardions de tout et de rien, surtout de rien. Un rien endémique surexcité par le départ vers la découverte du rest of Canada . Le rien était l’une de nos grandes spécialités. Il nous enveloppait de son accablante cape de cynisme et d’anxiété. Pour tromper cet état d’être, nous parlions et parlions encore pour nous émerveiller de nous-mêmes. Une sorte de super manège pour nous étourdir avec emportement. Pour la plupart, que des paroles creuses. Le jeu de l’étourdissement c’est jouer à cache-cache avec le mal de vivre et le vide existentiel.
Nous avions acquis cette fâcheuse habitude au contact des autres – nos aînés de tout âge. Ils ne disaient rien de vraiment signifiant dans le but de nous préserver des vicissitudes du destin. La vie, la souffrance, la mort étaient des sujets trop inquiétants pour en souffler mot. Dans ces conditions, nous marchions à tâtons en quête de je ne sais trop quoi. Nous cherchions et partions vers l’Ouest espérant trouver réponse à nos questions sous prétexte de nouveauté, pour devenir des hommes, impressionner les copains, vivre une aventure, pour combler un manque. «  Go West young man 1  » . Comme l’a écrit Jack Kerouac, de la beat generation , l’avenir se trouvait quelque part par-là, « sur la route ». Les attentes étaient grandes, autant que le sont les Rocheuses canadiennes.
Le train passa par Sudbury, lieu fantomatique par excellence s’il en est un. Les hautes cheminées des compagnies minières qui exploitent les gisements de nickel, de cuivre et de fer de la région crachaient leur venin pestilentiel et corrosif. On se serait cru sur la lune, en territoire dévasté par l’industrie, à l’image de l’Isengard dans le célèbre roman de Tolkien, Le Seigneur des Anneaux , mais ici, c’était réel. La terre était mangée jusqu’à son os de pierraille. L’Ouest devait commencer ici. Ce n’était cependant pas encore le Far West. Nous n’en étions qu’au commencement. C’était la naïve déduction à laquelle j’en arrivais. Comment ? Exploitation des ressources naturelles et argent – blé, oseille, fric – n’allaient-ils pas de pair ? Plutôt simpliste, mais Sam et moi croyions alors qu’il s’agissait d’une spécialité particulière à l’Ouest. Indignés, nous l’étions par le spectacle du poison craché par les grandes gueules de briques et l’aspect squelettique de la région. Pourtant, secrètement, je nourrissais le coupable désir de faire fortune. Je n’en étais pas à un paradoxe près.
Notre premier repas à bord fut un sandwich que nos mères nous avaient préparé. Bien que nous ne voulions pas le voir, nous étions les petits gars à leur maman. Je ne m’avouais certes pas une telle pensée contre laquelle je me serais inévitablement insurgé. C’était pourtant la stricte vérité. Je vous l’ai dit, j’étais un rebelle de salon, un pantouflard qui s’ignorait. Sam entretenait également une image d’insoumis. Nous prenions plaisir à revendiquer les glorieux titres de rebelles et de marginaux alors que nous ne l’étions pas plus que quiconque. Une image, rien de plus, que nous nous complaisions à nourrir. Surtout moi. Les premiers trompés par cette supercherie n’étaient nuls autres que nous-mêmes. Nous voyagions dans les eaux troubles de l’illusion confondant fantasme et réalité. Nous n’avions aucun recul sur nous-mêmes. Qui sait, nous aurions aussi bien pu être des Saroumane 2 , des Gandhi ou des « va-nu-pieds » en devenir. Tout est possible. La vie n’est pas tranchée au couteau entre le bien et le mal comme dans le cinéma hollywoodien. Il faut faire preuve d’un peu plus de subtilité et de nuances. Après ce premier festin, le beurre d’arachides devint notre pain quotidien. Pour toute boisson, nous nous contentions d’eau.
Notre prévoyance n’était pas allée plus loin que celle de nos génitrices et le bout de notre nez. Que du bonheur en pot ! Nous avions acheté chacun un grand format de cette substance pâteuse faite de cacahouètes. N’ayant pas beaucoup d’argent, nous préférions le garder pour notre débarquement en terra incognita albertaine. Amen !
Nous avons longé le lac Supérieur. Une mer intérieure aux dimensions impressionnantes. L’Ontario n’en finissait plus de finir. On aurait dit une forêt infinie entrecoupée de lacs et de rivières. Une histoire sans fin. Un territoire en apparence oublié de la civilisation. Pour passer le temps et nous désennuyer, nous parlions presque sans cesse. Qu’avions-nous de si intéressant à nous raconter ? Rien de particulier, rien de mémorable. Du vent.
Nous fîmes connaissance avec les autres passagers – tripeux – de notre wagon. Ils tenaient des propos tout aussi vaseux et vides que les nôtres. Pourtant, nous nous émerveillions de nos prouesses intellectuelles, de notre liberté et de notre audace. Des athlètes du cerveau ! Des penseurs de l’entendement ! Nos parents n’avaient rien compris, cela nous semblait d’un

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