Les DERNIERS FRERES , livre ebook

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2022

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Une diva à l’élégance classique d’une autre époque. Une scène de crime théâtrale et inhumaine. Des crimes de rue d’une cruauté qui glace le sang, marquent l’imagination et effraient tant le crime organisé que sa clientèle.
L’inspecteur-chef coureur mène l’enquête. Celle-ci sera complexe et éprouvante pour toute l’équipe et spécialement les deux jeunes recrues qui débutent à la section. Ils seront confrontés en peu de temps à plusieurs types d’abus et de haine. Meurtres sensationnalistes, torture, pédophilie, homophobie, violence familiale. Rien ne leur sera épargné.
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Date de parution

01 février 2022

Nombre de lectures

0

EAN13

9782898311802

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Appuyée sur le cadre de la porte, elle tire sur son porte-cigarette et projette la fumée dans la lumière rouge scintillante d’un néon qui parvient tout juste à percer l’épaisse couche de saleté obstruant la vitre de la fenêtre. Diva de mélodrame, ses lèvres rouge sang découpent un visage pâle encadré d’une perruque aux cheveux longs, plats et noirs comme du jais. Une longue robe tout aussi noire ajustée à son corps mince amaigri découpe des hanches trop étroites. La touche préférée de son ensemble : une ceinture de soie rouge qui donne du volume à son tour de taille, dotée d’un long pan flottant côté gauche jusqu’aux genoux. Là, la robe s’ouvre sur des souliers qui ajoutent un dernier éclat rouge. De longs gants noirs couvrent ses bras, nus des coudes aux épaules. Lèvres, ceinture, souliers constituent des rappels rouges parfaitement équilibrés et pertinents.
Du rouge partout.
Ce qu’elle aime cette pièce ! Elle l’a choisie minutieusement. Une chambre minable aux murs sales, fissurés et couverts de taches de peinture et autres liquides suspects lui donnant un style de toile automatiste tout comme le tapis taché de nourriture, d’alcool, de sang et Dieu sait quoi. Un matelas crasseux jeté directement sur le sol couvre un coin de la chambre.
L’homme est assis sur un fauteuil Capitaine, la tête rejetée vers l’arrière, les yeux exorbités, le cou cassé presque à angle droit. Il est nu, couvert de sang, la bouche tenue ouverte par des extenseurs. Les avant-bras attachés sur les bras du fauteuil. Les jambes repliées et ouvertes montrent son sexe d’où a coulé un filet de sang.
Le néon devient vert puis bleu et enfin rouge, sa couleur préférée. La chambre vibre aux mêmes états : rouge, bleu, vert, rouge encore et encore. Du rouge, du sang, sur l’homme, sur les murs, les fenêtres. Des éclaboussures, des jets et sur le mur un mot minutieusement choisi tant pour sa signification que pour la confusion qu’il ne manquera pas de créer chez qui ne connaît pas les clés de l’énigme. Tous sauf elle.
Elle regarde son œuvre et en est fière. L’œuvre de sa vie. Elle s’est préparée consciencieusement et n’aurait toléré aucune erreur et encore moins une démonstration de faiblesse. Sa main ne tremblait pas quand elle lui a ouvert le bras du coude à l’épaule pour découper partiellement un biceps jusqu’à l’os et le laisser pendre de côté.
Elle lui a d’abord brûlé les cordes vocales pour qu’il ne puisse émettre un son puis lui a tout expliqué. « Au début était le verbe. », lui a-t-elle dit avec mépris alors que les plaintes et cris de douleur n’étaient qu’un râle. Que du vent. Elle s’est amusée à voir l’homme, son regard hautain et méprisant devenu soumis, implorant, fou de douleur, de rage puis de désespoir, d’incompréhension et finalement d’acceptation de sa finalité. L’homme attaché se savait impuissant, personne n’entendrait rien.
Le néon passe au vert. Elle change de pose, s’adosse au mur la jambe gauche repliée, le pied à plat sur le bas du mur. Elle jette sa cigarette au sol et en insère une autre au bout du fume-cigarette qu’elle allume avec un vieux zippo métallique. Elle adore son zippo, l’odeur de butane, le mouvement vif du poignet pour dégager le couvercle, la roulette de métal qui s’infiltre dans son pouce et le strie légèrement. La grande flamme, surtout la grande flamme qui vacille, bouge, danse et ne meurt jamais tant qu’elle ne l’a pas décidé. Elle écrase du pied le mégot qui creuse un autre trou dans ce qui a été un tapis.
Elle attend que le néon redevienne rouge pour allumer. L’odeur du gaz lui agresse les narines. La fumée de la cigarette s’élève en volutes rougies par le néon. Et le même coup de poignet en sens inverse pour fermer le couvercle. Le clic sec et définitif qui marque la fin du rituel. La boucle est bouclée.
Elle sourit. Ils vont être fiers de trouver un mégot de cigarette. Elle regarde une dernière fois sa création pensée depuis si longtemps. Toute sa vie. Cela est juste et bon.
Le néon redevient vert puis bleu. Elle quitte la pièce, emprunte le petit corridor et sort dans la nuit alors que le néon revient au rouge ; sortie parfaitement synchronisée, grand éclat de rouge dans la grisaille de la nuit où elle se voit marcher, onduler langoureusement et ouvrir les bras pour s’envoler. Encore mieux. Une fine bruine flotte dans la nuit. Les couleurs sont intenses et vives, les noirs épais et brouillés par la pluie. Les gouttelettes de bruine créent un halo de lumière pointilliste. L’asphalte mouillé réfléchit les couleurs et les fait scintiller. Le tableau ne pourrait être plus parfait.
Une ombre bouge. Elle revient rapidement sur terre. Tout son corps se raidit, prêt à agir, à attaquer. Elle a pourtant attendu cette nuit sachant que la fine bruine ferait fuir sans-abri, badauds et amateurs de sensations fortes dans ce qui a été le quartier rouge de Montréal. Il ne devrait y avoir personne. À l’affût, immobile, tous sens aiguisés. Rien. Elle ne voit ni n’entend rien. Ça vaut mieux.
Elle fait les quelques pas qui la rapprochent de la ruelle et se perd dans l’ombre du terrain vague attenant. Elle hésite en voyant un SDF affalé contre un bloc de béton. L’ombre. Ce n’est pas prévu et cela lui déplaît. C’est le couple de junkies qui auraient dû la voir. Ils sont toujours là, ils auraient dû y être. Il faut que quelqu’un la voie entrer dans la maison pour qu’ils sachent qu’ils peuvent entrer s’y réfugier et découvrir son œuvre et appeler la police. Les junkies, pas le SDF. « On peut pas se fier aux junkies. »
Elle sort un couteau de sa sacoche et approche doucement du SDF. Il dort. Il pue. Elle le reconnaît, il est toujours là. Inoffensif. Elle le pousse pour qu’il se réveille, mais rien n’y fait. Elle voit la bible usée, sale, la couverture déchirée, échouée sur un sol boueux près d’une mare d’eau nauséabonde. Elle le regarde d’un air méprisant puis s’éloigne tout de même soulagée de ne pas avoir à le buter. Il ne le mérite pas, il ne lui a rien fait, lui. Quelqu’un finira bien par ouvrir cette porte déverrouillée si invitante pour tous les habitués du secteur.
Cette fois elle ouvre grand les bras, fait quelques pas de danse, jette la tête vers l’arrière, expose son visage à la bruine comme si elle éclatait de rire. Provocation sexuelle. Si libre, si légère, elle s’envole et disparaît dans la bruine et l’ombre.
Libre enfin ! Pourquoi ai-je attendu si longtemps ?
Elle revoit le mot écrit en lettres de sang dégoulinantes : Memini.


JOUR UN
2110, rue Leclaire. Ancienne école rénovée en condo, rien de luxueux ou tape-à-l’œil, mais une configuration et des matériaux au goût du jour. Large porte d’entrée avec caméra de sécurité, boîte aux lettres et système d’interphone. Suffit d’appuyer sur 3333 et la porte ouvre. Plafonds hauts, escaliers grands et larges et trois étages plus haut, au bout du couloir, la porte 303, résidence de Thomas Courville, le nouveau sergent-détective de la criminelle du SPVM, l’un des plus jeunes SD de l’histoire du Service de police de la ville de Montréal.
Pas beaucoup de travail à la criminelle ; depuis une vingtaine d’années, environ 23 meurtres seulement par année à Montréal. Il y a d’abord les meurtres professionnels entre groupes opposés du crime organisé et les crimes liés aux gangs de rue. Les meurtres entre pros du crime, c’est pour les spécialistes du crime organisé. Tom s’en fout un peu. Mieux, ce n’est pas sans lui donner un plaisir un peu malsain qu’il les voit s’éliminer entre eux sans pertes collatérales. Publiquement, il dit comme tout le monde : « C’est inacceptable, c’est dangereux et c’est aux intervenants de notre système judiciaire à faire justice. » En somme, c’est ce que tout le monde dit et Tom se contente de le répéter. C’est ce à quoi on s’attend. C’est aux flics à faire le nettoyage. À personne d’autre.
Il y a aussi et en progression les meurtres gratuits, violents et sadiques. Tom déteste les drames familiaux et encore plus ces hommes qui lui font honte et lui donnent mal au cœur. Littéralement. Surtout les conflits familiaux qui tournent mal et qui finissent par le mari ou compagnon qui tue sa femme et parfois les enfants quand il y en a. Des salauds. Tom veut les punir, c’est pour ça qu’il est flic. La première épouse massacrée qu’il a vue n’avait que 24 ans. Le crâne écrabouillé à coups de fer à repasser brûlant puis achevé à coups de couteau à steak. Dix-huit coups sur la poitrine et cinq sur le visage. Une masse sanguinolente impossible à identifier. Une telle haine et l’ordure qui hurlait : « Je l’aime trop fort ! » Au moins il n’avait pas d’enfants à massacrer. Tom avait eu le temps d’ouvrir la porte d’entrée et de vomir sur le palier. Ses camarades lui avaient épargné les coups d’œil malicieux et l’humour robuste qui aident à digérer ce qui retourne l’estomac. Heureusement, il n’avait jamais eu à dire à des enfants que leur père avait assassiné leur mère. Maintenant qu’il est sergent-détective, il devra le faire. Un moment ou l’autre, ça viendra. Et ça craint.
Ce soir pour la première fois il ne porte pas son uniforme de policier qu’il a étendu sur le lit, mais un complet avec cravate qu’il vient d’acheter chez Winners. Son uniforme lui manque, bien qu’il n’aime pas les regards de dédain ou de méfiance qu’il lui attire. Il ne comprend pas pourquoi. Servir et protéger, il y croit.
Andréa aurait été fière de lui. Trop tard, elle n’est plus là. Ça paraît. Un appartement sans vie, les plantes qui crèvent lentement, la poussière, la vaisselle et le linge sale qui s’accumulent pendant que le frigo se vide. Il faisait pourtant plus que sa part quand elle était là. Il ne trouve plus de raison de le faire. « Ça va passer » qu’il se dit depuis déjà trop longtemps.
Aujourd’hui ça peut changer. C’est sa première nuit à la Section C du DCM, le Département des crimes majeurs, section créée pour confronter les criminels les plus désaxés. Il y en a peu d’où le su

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