Le Voleur de Modène , livre ebook

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Un groupe de jeunes déracinés en mal d’avenir dérobe un grand tableau de valeur en Italie pour essayer maladroitement de le ramener au Maroc.
Inspiré d'un fait divers réel, l'auteur imagine l'improbable voyage de ce chef d’œuvre de la Renaissance. Il nous entraîne dans une aventure aux côtés d'anti-héros sensibles et attachants, dans un road movie plein d'humour et d'humanité.

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Date de parution

18 avril 2018

Nombre de lectures

0

EAN13

9782414174010

Langue

Français

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-17399-0

© Edilivre, 2018
Ouverture
– « Attends, attends, doucement… ça pèse un âne mort ! »
Alors que « La Vierge, Saint Jean l’évangéliste et Grégoire le Thaumaturge » quittaient péniblement leur écrin de marbre orange, laissant derrière eux un retable vidé de la fierté de cette petite église du Corso Canalgrande de Modène, des mains maladroites gantées vert fluo essayaient de descendre à terre dans une quasi obscurité le grand tableau peint par Le Guerchin, chef d’œuvre de la peinture de la renaissance italienne.
La lumière des lampes de camping frontales achetées dans un magasin spécialisé la semaine précédente s’entrecroisaient dans un ballet monochrome digne d’une scène de bataille de sabre laser en noir et blanc. La poussière en suspension, dérangée par tant d’agitation, rendait presque palpables les faisceaux lumineux, éclairant parfois le visage blafard des deux anges posés en haut de l’autel à colonnades, et leur donnant un air accusateur de circonstance. La chaleur insoutenable de ce mois d’août n’avait pas cours dans le silence à peine troublé de la Chiesa di San Vinsenzo. Une température douce y régnait pratiquement toute la journée, à peine augmentée par les visiteurs et les touristes, pourtant nombreux en cette saison estivale.
– « Tu es sûr que ça va pas sonner ? » chuchota une autre voix.
– « Certain ! Mais il faut débrancher le câble là derrière »
Une main verte équipée d’une pince se retrouva soudain sous le feu des projecteurs, elle pinça le vide deux trois fois avant de couper le cordon ombilical en cuivre qui reliait ce tableau du 17 ème siècle à la Chrétienté. Le cliquetis sec raisonna dans le relatif silence de la Nef, l’écho finit par se perdre dans les recoins de marbre blanc, ce qui eut pour effet de réveiller un pigeon dont le roucoulement ressemblait étrangement à un message d’insultes dont les italiens ont le secret.
Le calme revenu, aucune sirène n’ayant déchiré la quiétude du lieu saint, le tableau recommença sa descente lente et maladroite, ponctuée de râles d’efforts masculins. Lorsque le sol raisonna du choc sourd du cadre en bois contre le marbre rose sombre, tous les acteurs se pétrifièrent, les lumières s’évanouirent et un silence de plomb tomba qu’aucun souffle ni battement de cil ne vint rompre, pas même celui d’un columbidae insomniaque. Après quelques secondes qui ressemblèrent à des heures, une voix perchée mal à l’aise s’éleva dans l’obscurité :
– « Bordel ! J’espère qu’il n’est pas cassé »
Le cliquetis caractéristique du déploiement d’une lame de cutter raisonna. La lame neuve non stérilisée brilla un court instant dans l’obscurité. La main toujours gantée sembla hésiter un moment. C’est qu’il ne fallait pas se louper, trancher au plus proche du cadre pour ne pas perdre de la surface, couper le plus droit possible sur presque trois mètres paraissait plus difficile que d’égorger un mouton. Il y eu un souffle, puis la lame s’abattit sur le chef d’œuvre, doucement. Les trois lampes éclairaient l’opération et chacun retenait sa respiration. C’était plus difficile qu’il n’y paraissait. La toile était bien résistante et la lame du cutter semblait parfois ne plus vouloir avancer, ou se bloquait sur un nœud ou un bloc de peinture plus épais. Mais après une dizaine de minutes qui parurent des heures, la grande toile finit par abandonner son cadre.
– « Qui a la couverture ? »
– « C’est Ali »
– « N’importe quoi ! C’est Lino qui devait la prendre dans sa voiture ! »
– « Ma que ! Niente ! C’est toi qui avais la couverture et moi le matos »
– « Bon ça suffit, Lino, va récupérer la grande couverture, elle a dû rester à l’arrière »
Une ombre se détacha du groupe, passa la petite porte métallique de la niche en chuchotant nerveusement des phrases en italien, dont la grande coupole se fit l’écho, comme quoi la mère d’Ali aurait fauté avec un chien… Une porte grinça et le silence se fit entendre à nouveau, pas pour longtemps.
– « Je peux rallumer ? J’ai envie de voir le tableau. S’il te plait Saad… en attendant… »
– « Vas-y »
Dans l’obscurité, un visage se matérialisa dans une lumière blafarde, celui de la Vierge, comme une apparition.
– « Elle ressemble à la reine d’Angleterre dans ce fauteuil »
– « Tu n’y connais rien Saad, c’est un chef d’œuvre. Tu vois le barbu en bas, c’est Saint Grégoire le Thaumaturge, c’est le père de l’église de l’Orient et de l’Occident. Le gars au-dessus qui montre le parchemin c’est Saint Jean, on dirait qu’il lui fait lire ses péchés pour obtenir la grâce de la Sainte Vierge Lallah Meryem… »
– « Et pourquoi il y a un aigle en bas ? »
– « J’en sais rien, sans doute pour dire que s’il se plante, il va se faire bouffer la rate, mais s’il réussit il va aller au ciel avec l’ange en haut à gauche… »
– « C’est une scène d’exam ton tableau, mais bravo, au moins, ils t’apprennent des choses en histoire de l’Art ici… »
Un bruit interrompit leur conversation culturelle de haut vol. Ali éteignit immédiatement sa lampe et le silence retomba. Des bruits de pas se firent entendre, plusieurs. Ce n’était pas Lino qui revenait. Les deux hommes se raidirent de chaque côté du panneau posé sur le sol froid. Un petit rire étouffé raisonna dans l’église. Les pas s’arrêtèrent. Leur tension monta d’un cran lorsqu’une lumière presque aveuglante éclaira la sacristie. Là, à quelques mètres d’eux, deux belles jeunes asiatiques étaient en train de se faire des selfies devant la maquette en marbre qui trônait derrière l’autel. L’incongruité de la scène atteint son paroxysme lorsque l’une d’elle souleva sa petite robe d’été, offrant aux statues de Calabre encadrant la reproduction minérale, une vue plongeante sur des dessous immaculés. Prenant un air ingénu, l’index sur la lèvre, la starlette des sacristies n’arrêtait pas de se photographier, sous les rires étouffés de sa complice.
Et soudain sans mot dire, tel un vol de moineaux, les deux irrespectueuses disparurent par la petite porte empruntée par Lino dans un léger couinement de baskets sur le marbre.
– « Si tu veux mon avis Saad, elles ne sont pas Hallal celles-là… ah, voilà Lino »
– « Putain Lino, pourquoi tu n’as pas refermé derrière toi ! »
– « Tu as entendu le bruit que ça fait de fermer cette porte ? Cazzo, je l’ai laissé entre-ouverte pour faire moins de bruit. »
– « Tu as vu les filles ? »
– « Bien sûr, j’ai attendu qu’elles ressortent pour rentrer »
– « C’est un vrai hall de gare cette église… »
Les petites lampes se rallumèrent, le panneau se retrouva rapidement caché par une couverture polaire blanche dont le dessin central, du meilleur goût, représentait une tête de tigre en colère.
Doucement, les trois complices roulèrent la toile dans la couverture et sortirent de l’église avec leur butin. Une fois dans l’air chaud de la Via Gherarda, ils hésitèrent et prirent à droite pour rejoindre le Corso Canalgrande.
– « Tu es sûr qu’il n’y aura personne dans le tribunal à coté ? »
– « Sûr ! Tu as vu l’heure ? Tu connais un juge qui bosse à cette heure-là toi ? »
Ali le plus frêle en tête, suivi de Saad et Lino portant ce qui ressemblait à un tapis blanc roulé, tous marchèrent en silence au milieu de la rue longeant les arcades. Devant le tribunal, ils virent une voiture bleue dont les lettres peintes sur le côté avec une police de caractères des années 70 affichaient un « polizia » funky. Alors qu’ils s’en rapprochaient, leur sang se glaça lorsqu’ils virent qu’elle était occupée par deux représentants des forces de l’ordre. Sans se démonter, Lino accéléra le pas et lança un « Buonasera » à la volée accompagné d’un grand sourire à la Clark Gable. Un des deux képis acquiesça.
– « Tu aurais dû te garer encore plus loin, un italien et deux arabes, on a vraiment eu du bol !… »
– « On arrive, je suis garé devant le Teatro Pavarotti. »
Alors qu’ils avançaient dans la rue déserte, ce qui est rare à Modène en été, une dépanneuse les dépassa et s’arrêta devant leur Volvo break.
– « Ah non ! Pas la fourrière ! »
– « Comment ça ! Tu es mal garé ? »
– « Ben, devant le Teatro, comme je te l’ai dit… »
– « Mais quel imbécile ! C’est interdit de se garer devant les cinémas et les théâtres ! »
– « A cette heure-ci aussi ?? »
– « C’est pas vrai, on va se faire embarquer la bagnole ! »
– « Ali, prends le tableau avec Saad, je vais aller négocier pour qu’ils nous foutent la paix. »
Lino pressa le pas pour parler avec le chauffeur de la dépanneuse, ses complices restés en arrière. La discussion démarra avec un grand sourire de Lino, quelques grands gestes à l’italienne pour signifier qu’ils étaient garés là juste pour charger leur tapis et partir. Le sourire s’effaça vite. A la tête que faisait Lino on pouvait comprendre que les occupants de la dépanneuse n’étaient finalement pas très conciliants. Le ton monta d’un cran lorsque Lino leur fit un bras d’honneur et leur signifia vertement dans un italien distingué que leur naissance n’avait rien de naturel, ponctué de nombreux « va fan… » qui raisonnèrent dans le silence de la rue.
Saad pensa aux deux policiers, il y en avait sûrement un des deux réveillés qui viendrait voir ce qui troublait ainsi l’ordre public au milieu de la nuit. Il posa le tableau sans ménagement sur l’asphalte et courut vers Lino pour calmer le jeu. Il sortit de sa poche un billet de 50 euros espérant ramener une quiétude dans le quartier et éliminer également toute trace de probité chez ces fonctionnaires zélés. Les deux employés y trouvèrent leur compte et partirent non sans envoyer à Lino un message clair à base de doigts d’honneur pointés vers le ciel.
– « Tu es un as de la négociation, Lino, tu ferais se battr

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