Le tueur intime , livre ebook

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Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com Copyright © 2010 Editions Les Nouveaux Auteurs — Prisma Média Tous droits réservés ISBN : 978-2-91714-4-930 Genèse 24 mai 1989. Will se sentait plutôt pas mal aujourd’hui. Or selon son propre référentiel, c’était tout simplement exceptionnel. Ce début de journée s’annonçait fort prometteur, contrairement à de nombreuses autres qui débutaient par un cortège de catastrophes, d’humiliations et de coups. Will avait ainsi réussi à éviter une confrontation avec son père en se faufilant discrètement hors de la cuisine au moment où les pas lourds de Butch Edwards avaient retenti sur le lino fatigué du couloir. Puis, en escaladant diverses clôtures et en traversant les jardins de ses voisins, il avait évité les bandes de gamins qui le guettaient d’ordinaire sur le chemin de l’école pour lui voler son déjeuner, pour le pourchasser ou tout simplement pour le frapper, par simple plaisir de l’entendre crier et se mettre à pleurer. Will avait débouché d’un jardin, pile en face du portail de l’école. Il avait bien fallu prendre le risque de traverser une zone à découvert. Il avait regardé à gauche puis à droite, avant de prendre une grande inspiration et de se mettre à courir comme un fou pour entrer dans la cour de récréation.
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Publié par

Date de parution

17 mars 2016

Nombre de lectures

21

EAN13

9782917144930

Langue

Français

Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com
Copyright © 2010 Editions Les Nouveaux Auteurs — Prisma Média Tous droits réservés ISBN : 978-2-91714-4-930
Genèse
24 mai 1989.

Will se sentait plutôt pas mal aujourd’hui. Or selon son propre référentiel, c’était tout simplement exceptionnel.
Ce début de journée s’annonçait fort prometteur, contrairement à de nombreuses autres qui débutaient par un cortège de catastrophes, d’humiliations et de coups. Will avait ainsi réussi à éviter une confrontation avec son père en se faufilant discrètement hors de la cuisine au moment où les pas lourds de Butch Edwards avaient retenti sur le lino fatigué du couloir. Puis, en escaladant diverses clôtures et en traversant les jardins de ses voisins, il avait évité les bandes de gamins qui le guettaient d’ordinaire sur le chemin de l’école pour lui voler son déjeuner, pour le pourchasser ou tout simplement pour le frapper, par simple plaisir de l’entendre crier et se mettre à pleurer.
Will avait débouché d’un jardin, pile en face du portail de l’école. Il avait bien fallu prendre le risque de traverser une zone à découvert. Il avait regardé à gauche puis à droite, avant de prendre une grande inspiration et de se mettre à courir comme un fou pour entrer dans la cour de récréation. Il s’était glissé ensuite dans un coin discret où il savait que ses ennemis ne venaient presque jamais. Dès la sonnerie, rasant les murs, la tête baissée et la démarche rapide, il était parvenu jusqu’à sa place dans la classe sans attirer l’attention sur lui. Pendant tout le cours, le professeur, qui d’ordinaire prenait un malin plaisir à se servir de lui comme tête de turc, n’avait pas semblé remarquer sa présence et n’avait donc pas une seule fois pensé à l’interroger. Will devait sans doute ce fait exceptionnel à l’arrivée d’une nouvelle dans sa classe : Samantha Monaghan. Will avait été soufflé par sa beauté et par son sourire spontané. Comme il aurait aimé, lui aussi, avoir l’air aussi sûr de lui, aussi joyeux ! Il avait également remarqué, avec une pointe d’envie, de quelle façon les autres l’avaient accueillie comme une des leurs. Ce sentiment d’appartenance, Will ne l’avait jamais éprouvé. Et pour cause, il ne se rappelait pas avoir vécu un seul moment de camaraderie ou de complicité durant sa courte vie. Il ne savait même pas ce que cela pouvait signifier. Pourtant, quand Samantha s’était assise à côté de lui en lui souriant, il avait senti son cœur s’emballer et frémir sous l’effet d’une vague d’espérance.
Même en se creusant la tête, Will ne parvenait pas à se remémorer un aussi beau début de journée. Il faut dire en cela que la définition d’un beau jour selon Will différait totalement de celle de n’importe quel autre adolescent de son âge.
Sa vie se résumait, dès qu’il ouvrait les yeux le matin, à un habile jeu d’esquive. D’un physique chétif pour ne pas dire malingre, il était depuis quelques années le souffre douleur de toute l’école. Même les enfants de sections inférieures à la sienne s’étaient passé le mot et le pourchassaient allègrement. Les professeurs le trouvaient stupide et lent, ce qui ajoutait encore au mépris de ses prétendus camarades. Et pourtant, à présent à l’aube de ses quinze ans, Will savait qu’il aurait dû se défendre ou répondre à certaines de ses attaques. Au lieu de cela, avec son physique de gamin de dix ans atteint de nanisme, il n’était bon qu’à encaisser, recevoir, subir et plier. Et généralement cela se faisait dans la douleur, les larmes et l’humiliation. Comme cette fois où, retardant volontairement l’heure de sa douche après le sport pour éviter la présence et le regard des autres, Will s’était fait voler ses vêtements et sa serviette de toilette. Quand il avait trouvé le courage de se faufiler avec précaution dans le couloir, un petit attroupement l’attendait et il avait été propulsé, nu, au milieu de garçons et de filles hilares, sans ménagement. Il aurait dû trouver dans sa famille, qui se résumait à son géniteur, le soutien et le réconfort que tout enfant trouve en rentrant chez lui, mais Will Edwards n’avait pas cette chance, loin de là.
Dès son entrée à l’école, quand les coups et les brimades avaient débuté, Will s’était dit que les autres se lasseraient, et il ne s’était pas défendu. Il était bien sûr passé par la case « apitoiement », qui s’était rapidement révélée insupportable lorsqu’il comprit que ses cris et ses larmes leur plaisaient trop pour qu’ils abandonnent un jour. Finalement avec le temps, Will avait sombré dans une forme d’acceptation. Du moins, jusqu’à ce que les autres commencent à grandir, à pousser, à devenir des petites brutes dont les coups physiques et moraux étaient devenus de plus en plus douloureux.
Will avait alors réalisé que la terreur permanente dans laquelle il vivait était insupportable et inhumaine. Il avait fallu attendre un cours de biologie, durant lequel le professeur leur avait passé un film sur les caméléons pour que la révolte intérieure de Will puisse enfin s’exprimer.
Après des semaines d’entraînement, durant lesquelles il avait passé des heures à trouver les postures adéquates et les expressions neutres, indispensables pour passer inaperçu, il parvenait aujourd’hui à se surprendre lui-même, tant ses talents avaient donné un souffle nouveau à son existence.
Avec stupéfaction, Will s’était découvert une aptitude hors du commun, ce qui compte tenu de la piètre opinion qu’il avait de lui-même était suffisamment exceptionnel pour être cité. Il était passé maître dans l’art de se faire le plus discret possible et de disparaître à la vue des autres. Sa grande théorie consistait à penser que si l’on ne le voyait pas, on ne le tapait pas. Résumé fort simple, mais ô combien salvateur !
Et puis, un jour, Will avait découvert que grâce à cette aptitude, il pouvait effectuer de plus grandes choses encore, des choses follement osées. Il pouvait voir sans être vu. Il comprit ce pouvoir par le plus pur des hasards, quand en traversant un jardin pour rentrer chez lui, il avait assisté aux ébats de sa voisine avec son amant. Figé par la surprise et la peur d’être découvert, il avait fini par se détendre et par apprécier le spectacle. Depuis, avec de plus en plus d’assurance, il avait renouvelé l’expérience. Sa voisine ayant un appétit insatiable et une imagination débridée, il savait qu’il pouvait se rincer l’œil au moins deux à trois fois par semaine.
Ces petites indiscrétions lui avaient permis de faire certaines découvertes intéressantes sur lui-même. Il avait pris goût au risque de se faire surprendre, et développé une passion obsessionnelle pour l’observation des autres. Il adorait découvrir les inavouables cachotteries de ses voisins. La sensation grisante d’assister à quelque chose qu’un enfant de son âge n’aurait jamais dû voir, de déterrer un secret honteux ou de repérer une relation adultère dans le voisinage, le comblait.
Profitant chaque jour de ce don, Will s’était appliqué à trouver une cachette dans la cour de l’école. De là, il pouvait voir et entendre sans être vu et cela le réjouissait. Dès que la cloche retentissait, il se glissait hors de la classe pour grimper sur la branche d’un arbre. Dès lors, il se sentait en sécurité.
Ce jour-là, donc, soupirant d’aise, il sortit son déjeuner et se pencha pour observer la nouvelle. Elle se trouvait à une dizaine de mètres de lui environ et discutait avec une autre fille. Il était admiratif. Après presque dix ans passés dans cette école de malheur, il n’avait pas un seul ami. Or, en quelques minutes, une multitude de filles et même quelques garçons s’étaient regroupés autour d’elle. Ils discutaient tous ensemble et riaient. Il se pencha un peu plus pour observer plus attentivement ses fossettes. Comme elle était jolie avec son visage à l’ovale parfait, ses cheveux noirs, son teint de pêche et son regard bleu très pâle. Il soupira et voulut poser son menton dans sa main, oubliant son carton de lait ouvert qui lui échappa. Will tenta désespérément de le rattraper, mais ses contorsions ne parvinrent qu’à envoyer encore plus loin le projectile improvisé. Will sentit son estomac se contracter lorsqu’il vit la brique de lait atteindre un de ses pires ennemis, une petite brute du nom de Kent Mallone, dont une des occupations préférées consistait à le maltraiter de la façon la plus humiliante possible.
Surpris, Kent cligna des yeux alors que les autres gamins du groupe commençaient à chercher le responsable de ce carnage. Le beau blouson en cuir neuf que Kent exhibait depuis quelques jours à peine était fichu. Will déglutit et tenta de se faire le plus petit possible. Malheureusement pour lui, son geste de repli n’échappa pas à Kent, qui hurla de rage et se jeta à l’assaut de l’arbre. Will, terrifié, s’entendit gémir. Il aurait tant voulu avoir une réaction plus digne, mais il en était incapable. Kent lui attrapa la cheville et presque sans effort, le désarçonna. Will se sentit inexorablement attiré et perdit l’équilibre. Dans un cri strident, il chuta et s’écrasa lourdement sur le béton. L’air s’échappa de ses poumons alors que ses côtes protestaient vigoureusement contre la sensation éprouvée. Will resta recroquevillé et quasi inconscient au sol. Mais cela ne pouvait suffire à Kent, qui se jeta à califourchon sur lui pour le rouer de coups.
Les autres gamins avaient formé un cercle autour d’eux et scandaient des encouragements à l’intention de Kent. Will tentait vainement de se protéger mais les coups pleuvaient et il avait si mal qu’il se sentait au bord de la nausée.
– Arrête ! Arrête !
Will sentit que quelqu’un tirait Kent en arrière. La fréquence des coups ralentit, pour stopper totalement.
– Mais ça ne va pas ? Tu vois bien qu’il ne l’a pas fait exprès !
– Ne t’en mêle pas !
Kent asséna une ultime claque à Will avant de se relever d’un air conquérant.
– Regarde ce qu’i

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