Le Grand Dédé , livre ebook

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Après avoir été embarqué dans une intrigue ténébreuse aux relents de prostitution et de pédophilie dans La Ruelle Maudite, voici à présent André Gard, bien campé dans ses souliers neufs d’aspirant détective, confronté au cloaque de la traite des être humains.


Une enquête très délicate se dessine. Mais heureusement et comme de coutume, le Grand Dédé n’est pas seul. Il peut compter sur Ferdinand, Mathieu et Arthur, trois vénérables piliers de comptoir qui vitriolent tout ce qui passe à tour de ritournelles. Ah, les dialogues et réparties signés Bernadette... assurément une de ses grandes qualités et un des intérêts majeurs de ce roman.


Alors certes, peut-être est-il utile de vous rappeler que dans un bistrot, en milieu rural, Baudelaire, Verlaine et autres Rimbaud ont rarement droit de cité. Ces lieux sont synonymes de phrasés, de paroles typiques. Passer au-delà de cet état de fait aurait été une erreur de la part de l’auteur. Bernadette ne l’a pas commise. Donc, préparez-vous les yeux, faites chauffer votre imagination et... bienvenue chez le Grand Dédé !


Laurent Guyot, Journaliste Vers l’Avenir



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Nombre de lectures

4

EAN13

9782376920212

Langue

Français

L’esprit des aigles Chaussée de Forest, 22 1060 Saint Gilles Bruxelles http://espritdesaigles.e-monsite.com ISBN (version papier) : 978-2-87485-009-5 ISBN (versions numériques) : 978-2-37692-021-2 Versions eBooks réalisées parIS Editionvia son labelLibres d’écrire.
Tous droits de traduction et d’adaptation réservés. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur, de ses ayants-droits, ou de l’éditeur, est illicite et constitue une contref açon, aux termes de l’article L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Chapitre I
Après la pendaison de crémaillère de la nouvelle ma ison d’André Gard et la libération inopinée de René, la bande des joyeux lu rons était complètement lessivée. Il était cinq heures du matin quand les participant s avaient, tant bien que mal, regagné leurs pénates. – Un pas en avant, deux pas en arrière ! On va en f aire du chemin, déclara Mathieu, en guise d’au revoir. Si tout ce petit monde s’était couché la fenêtre ou verte, leurs ronflements auraient servi de réveil matin à tout Belvier. Ce n ’est pas cela qui allait arrêter l’ardeur du trio. Fidèles à leurs habitudes, à onze heures, Mathieu, Arthur et Ferdinand secouaient énergiquement la porte du Bistrot en criant bien fort : – Debout là-dedans ! Fait sec ! Affalés sur le canapé clic-clac de l’arrière-salle, René et Josette se réveillèrent en sursaut. Ils y avaient terminé la nuit dans une étreinte torride sans prendre le temps de rentrer à leur appartement. – Ils sont increvables ces trois-là. J’aurais bien remis le couvert, dit René, en caressant les seins de Josette, dont les mamelons e ncore tout gonflés des caresses de la nuit semblaient acquiescer. – Ils n’ont qu’à attendre. Prends-moi vite ! Je suis chaude comme la braise. Je suis trop excitée pour aller travailler ainsi. Viens ! dit-elle, en attirant son mari sur elle dans un râle qui en disait long sur son envie. René l’avait à peine pénétrée que la jouissance éclata en eux comme un grand feu d’artifice salvateur. – Je t’aime ma poule ! Mais quand faut y aller, fau t y aller, dit le patron du Bistrot, en s’arrachant avec regret à l’étreinte de son éternelle amoureuse. Seul un soupir lui répondit. Couchée les fesses à l ’air, Josette avait déjà replongé dans un sommeil réparateur. « Bordel de vieux emmerdeurs ! » pensa René, en lorgnant goulûment les deux rotondités si joliment offertes. Cheveux en bataille et chemise ouverte sur un panta lon dont il avait oublié de fermer la braguette, il se dirigea en maugréant vers la porte du café. Devant pareil tableau, les commentaires salaces des méchants coco s volèrent dans tous les sens. – Ben mon vieux, la nuit a dû être chaude. T’étais en manque. C’est sûr ! dit Mathieu, l’œil concupiscent. – Mais non. N’a rien fait. Quand y’a un mort, la po rte est toujours ouverte, dit Ferdinand en pointant la braguette béante du doigt. – Puis bourrés comme ils l’étaient, n’ont pas dû co nclure grand-chose. Enfin, sait-on jamais. Y’en a à qui l’alcool donne un popa ul en pierre. Ils peuvent limer
jusqu’au matin, y’a rien qui veut sortir. Ah ! Pauvre Josette. Si elle avait voulu, je lui aurais fait sa fête, moi ! éructa Arthur. En temps normal, de pareils propos concernant sa ch érie auraient mis René dans une colère noire. Mais heureux comme il l’était, il pouvait tout encaisser. – Vous êtes définitivement irrécupérables, les mecs . Pourtant, il me faut bien l’admettre, vous me manquiez et vos conneries aussi. Sacrés vieux chenapans ! Rendus muets par l’émotion, les chenapans tournèrent la tête de côté, le temps de refluer la larme qui leur venait à l’œil. Puis la voix de Mathieu fusa : – Alors, on se le boit cet apéro ou on se rendort ? René leur donna une bouteille de rouge et des verre s, en disant qu’il allait faire un brin de toilette. – C’est ça, vas-y ! Ne la fais pas attendre plus longtemps. On fera le service, dit Mathieu qui avait tout compris. Depuis qu’il avait pris les rênes du trio, lors de l’enquête qui avait abouti à l’arrestation de Lavendier, il continuait à diriger le troupeau comme s’il était encore en mission. Mais qui sait, peut-être que le gamin aurait encore besoin d’eux. Il ne pensait pas si bien dire. Quelques minutes plus tard, Dédé arrivait frais com me un gardon. Ils se remémorèrent la soirée passée ensemble. Mathieu eut le mot de la fin : – C’est vrai, c’était plutôt arrosé. M’étonne pas qu’on ait les cheveux gonflés. Après les avoir remerciés encore une fois pour l’en seigne posée par le menuisier sur la façade de sa nouvelle maison, Andr é commença à parler du projet cher à son cœur. Il fallait bien se rendre à l’évidence, l’idée de devenir détective lui plaisait beaucoup. Mais pour cela, il devait obtenir sa licence et son permis de conduire. Pour le permis, on verrait plus tard. Il n’avait pas les moyens de s’offrir un véhicule, alors… – Quoi ? Quel véhicule ? Et ma moto, elle ne te pla it plus ? demanda Mathieu, tout à coup grincheux. – Ben si, elle me plait toujours. Mais elle est à toi. – Et alors, ce qui est à moi est à toi. On la fera arranger. Sais pas comment ils appellent ça. On lui donnera une allure sportive, tu verras. – Ah non, on ne touche pas à Gertrude. Elle a un ca chet d’enfer. Il ne faut surtout rien changer, dit Dédé, refusant l’idée de frais au-dessus des moyens de son vieil ami. – Au moins un nouveau casque et un vêtement en cuir alors, dit Josette, la mine radieuse. Sans dire un mot, les vieux la regardèrent avec un grand sourire. « L’amour lui va comme un gant. Elle a rajeuni de dix ans », pensèrent-ils, un peu envieux. Devant l’air entendu du trio, Josette se mit à roug ir comme une jeune fille à peine dépucelée. Voyant son trouble, Arthur s’empre ssa d’en rajouter une couche : – Oh là là ! Elle brûle encore. Elle est toute rouge d’émotion.
Josette lui répondit du tac au tac : – Alors là, ce n’est pas l’émotion qui te fait rougir toi. C’est le pinard ! – Revenons à nos moutons. C’est pas le tout de rigoler. Le gamin a claqué tout son blé dans l’achat de sa baraque. Il faut qu’il soit en ordre pour se lancer dans le métier. C’est pas rien, tout de même, détective privé. – J’ai toujours ma pension d’handicapé pour voir venir. Mais… – Oui, comme tu dis : mais…Avec le succès que tu va s avoir, l’administration verra bien que tu n’es pas taré. Au revoir la fameuse allocation... La discussion sur l’avenir de Dédé continua tout l’après-midi. Vers 20 heures, ils rentrèrent chez eux. Ils avaient du sommeil en retard. Le lendemain matin, Josette alla acheter un manuel du code la route. A son retour, les habitués de l’apéro étaient déjà à l’œuvre. Après un grand « salut, tout le monde ! », elle donna le livre à André en lui di sant d’un ton ne permettant aucune objection : -Voilà ! Potasse tout ça. Tu passes ton permis dans une semaine. Je t’ai pris un rendez-vous jeudi prochain à huit heures tapantes. Tu vas nous réussir ça d’un coup. Tu en es capable. Je le sais ! – Ben… – Pas de ben, mon gaillard. Allez, au boulot ! On c ompte sur toi ! Avec le raffut engendré par les médias autour de ton nom, les clients vont bientôt se bousculer au portillon, dit Mathieu. Le matin, avant de venir au Bistrot, il avait averti les journalistes ayant couvert l’affaire des crimes de la Ruelle de la Mort. Il leur avait dit qu’André Gard était en passe d’ouvrir une agence de détective privé à Belv ier. Vu l’ampleur de sa réussite dans l’affaire Lavendier et l’encre que cela avait fait couler, il méritait bien un peu de publicité gratuite. Quelques jours plus tard, des reporters et des photographes étaient sur place. Photos de la fameuse pancarte à l’appui, ils allaient remettre l’histoire de Dédé à la Une et annoncer l’ouverture de la nouvelle agence dans les jours à venir. Question âge, nationalité et casier judiciaire, Déd é remplissait les conditions quant à l’octroi de la licence. Mais il lui fallait suivre une formation de deux ans. « Beaucoup trop long. Il doit y avoir un moyen de d étourner la loi. Le flash ! J’avais un copain qui travaillait au ministère de l’intérieur. Il a quitté Belvier. J’ai perdu le contact. Comment faire ? » se demandait Ma thieu. Il rentra chez lui, trifouilla dans ses papiers, espérant y retrouver le numéro de téléphone donné par le fonctionnaire avant de quitter le village. Coup de bol ! Après de fébriles recherches dans les tiroirs de la vieille armoire de son bureau, il parvint à mettre la main sur la fameuse carte de visite. De retour au Bistrot, alors que tout le monde se de mandait comment le jeune homme ferait pour mettre son affaire en branle, il annonça victorieusement :
– Ne vous faites plus de mouron. J’ai arrangé les c hoses. Le gamin suivra sa formation par le biais de cours du soir. En attendant de passer ses examens et vu ses antécédents dans l’affaire, il pourra déjà œuvrer en tant qu’aspirant détective. Il recevra les documents qui certifient la chose dans les jours à venir. Bien sûr, il y a quelques règles à observer. Mais les règles, c’es t fait pour être transgressé, hein ? Dédé, Ferdinand, Arthur et les patrons du Bistrot étaient babas d’étonnement. Ils regardaient lecoachd’André Gard, d’un œil brillant d’admiration. – Mais comment as-tu fait ? demandèrent-ils en chœur. – Faut jamais dévoiler ses sources, rétorqua Mathieu, fier comme un paon. Puis il ajouta : allez René, une rafale ! – Oui, tu as raison, champagne pour tout le monde, faut fêter ça ! Après avoir trinqué avec ses amis et remercié chaleureusement Mathieu, Dédé décida de rentrer chez lui. Il devait étudier le ma nuel du permis de conduire. « C’est bientôt le grand jour », dit-il, en sortant du Bistrot. Le jeudi matin, casqué et tout de cuir vêtu, Mathieu, chevauchant une Gertrude astiquée pour l’occasion, se présenta devant l’anci enne pharmacie une demi-heure avant le départ du car pour Marnier. Il fit vrombir le moteur pour signaler sa présence. Devant l’étonnement visible de Dédé, il annonça : – Je vais te conduire en ville. Mets ton casque et accroche-toi. C’est moi qui chauffe ! Pas très rassuré, André fit contre mauvaise fortune , bon cœur. Il s’installa derrière Mathieu redevenu pour l’occasion un fou du guidon. A midi, les deux amis entraient victorieusement au Bistrot en brandissant le fameux permis. Sans attendre, René invita le jeune homme à aller relever son courrier. D’après les dires du facteur, il contenait une grosse enveloppe grise avec l’en-tête du ministère de l’intérieur. Dédé revint bientôt avec ladite enveloppe. – Qu’est-ce que tu attends ? Ouvre-la, cré tonnerre ! dit Mathieu. Tous les yeux étaient braqués sur André. Un silence de plomb régnait sur l’assemblée. C’est tout juste si on les entendait respirer. Dédé sortit délicatement les différents papiers de l’enveloppe. Un grand sourire éclaira son visage. « Bingo ! » cria-t-il, le poing levé en signe de victoire. Il n’en fallut pas plus pour déclencher une salve d’applaudissements. Puis la ph rase favorite de Mathieu jaillit de toutes les bouches en même temps : – Allez René, une rafale ! Le reste de la journée allait certainement se passer de rafales en rafales, quand la porte du Bistrot s’ouvrit sur une femme entre deux âges. Elle demanda à parler à Monsieur André Gard. Les autres observaient son comportement avec curiosité. Ils en furent pour leurs frais. Aussi à l’aise que si c’était pour lui un acte routinier, le jeune homme répondit : – C’est moi ! Que puis-je pour vous, madame ?
– J’ai trouvé votre adresse dans les journaux. J’ai besoin de vos services. J’aimerais vous entretenir en privé. – Oui, certainement, dit le détective en herbe, en ouvrant galamment la porte du bistrot à son interlocutrice pour la diriger vers sa nouvelle maison. Une fois à l’intérieur, le jeune homme s’excusa pou r le désordre. Il venait d’emménager. Il attendait de nouveaux meubles. « No us allons être obligés de nous installer au salon », précisa-t-il. – Le décor n’a pas d’importance. Ce qui compte, ce sont les réponses que vous pourrez apporter à mes questions, dit la femme. Au bistrot, les suppositions allaient bon train. – Bordel ! J’espère que le gamin va s’en sortir. El le a l’air un peu pétasse, la bonne femme, dit Mathieu. – T’en fais pas, il a du répondant, le petit. Il ne s’est pas démonté, dit Arthur. – Il n’a même pas un bureau. Pour faire sérieux, il lui faudrait un ordinateur. Mais il est fauché comme les blés. C’est pas demain la veille qu’il pourra s’offrir le matériel nécessaire. N’a même pas un dictaphone, dit Ferdinand. – En attendant mieux, j’ai un vieux bureau et quelq ues chaises dans l’arrière salle. Il n’a qu’à les prendre, ça me fera de la pl ace. Faut aider les jeunes, dit René, sentencieusement. – Oui, mais pour le PC ? C’est pas donné ces trucs-là, rétorqua Mathieu. Arthur ne disait rien. Il en avait un, lui, d’ordin ateur. Mais comment allait-il annoncer la chose sans se faire traiter de tous les noms d’oiseaux par les autres ? « Qu’à cela ne tienne, je me lance », pensa-t-il – Pas de panique, j’en ai un, moi ! – T’as un ordi ? Et depuis quand toi, môssieur le t aiseux ? Et pour quoi faire d’ailleurs ? demanda Mathieu, courroucé. – Ben… depuis deux ans. – Ce n’est sûrement pas pour écrire ses mémoires. Môssieur va sur les clubs de rencontres, sans doute. Et en cachette, en plus. Il n’en ferait même pas profiter les copains. L’égoïste ! dit Ferdinand. – Vieux cochon ! Voilà pourquoi tu es parfois tout pensif. Tu te remémores les mots doux et les promesses de la veille. Où alors, tu visites les sites pornos. Tu te rinces l’œil gratos. Tu tentes de réveiller le mort qui garnit ton falzar. Ca t’évite le Viagra. De toute façon, t’es livré à la même enseigne que nous. Tu fais la lessive à la main, rigola Mathieu. – C’était donc ça. Ton téléphone n’était pas en pan ne comme tu le disais. On t’installait Internet ! asséna Ferdinand. – Ben oui, et alors ? Je suis libre quand même, hein ! – Oui, t’es libre. Mais t’es libre aussi de le prêter au gamin. Arrange-toi avec les gars des Télécoms. Il faut brancher la ligne demain à la première heure. Elle marche au moins ta machine ? demanda Josette, moqueuse, en imaginant la tête d’Arthur et les soupirs de regrets qu’il poussait quand il naviguait de site en site. Puis s’adressant à Ferdinand, elle ajouta :
– Mathieu lui offre sa moto, Arthur son ordi, René les vieux meubles de l’arrière-salle. Il lui manque encore un téléphone portable, un dictaphone et un appareil photo numérique. Pour une fois, mets la main à ton portefeuille. Donne-moi cent euros, je mettrai le reste. De cette façon, en attendant mieux, il sera paré. – A vos ordres chef ! dit Ferdinand, en lui tendant de bon cœur l’argent demandé. Chez Dédé, la femme entre deux âges était entrée di rectement dans le vif du sujet. Epouse du patron de la plus grande agence de voyage de Marnier, elle soupçonnait son mari de la tromper avec sa secrétaire. Une jeune blondasse qui, d’après elle, n’en voulait qu’à l’argent de son épo ux, François Evrard. Elle sortit une enveloppe d’un sac à main pas acheté sur une br ocante, l’ouvrit et étala les photos des deux coupables sur la petite table du salon en disant : – Les voilà tous les deux lors d’une journée ‘porte s ouvertes’ à l’agence. Regardez, rien qu’à son accoutrement, on voit bien que cette fille est une effrontée, une aguicheuse, une garce, quoi ! Dédé ne répondit pas et fit mine de s’intéresser aux visages des deux personnes dont il allait devoir organiser la filature. Il la trouvait bien jolie ‘la blondasse’ comme disait sa cliente. Il est vrai que le généreux décolleté et la mini-jupe de la secrétaire ne cachaient pas grand-chose de son anat omie. « Aguicheuse, elle l’est, c’est sûr ! Mais quel canon ! En voyant l’ai r rébarbatif de sa femme, je comprends que François Evrard se laisse séduire et ait envie de changer de crémerie. Avec son ton sec, son air coincé et son allure de nonne défroquée, elle ne doit pas faire rigoler son mari tous les jours, madame Evrard ». La voix sévère de sa cliente le tira de ses pensées : – Alors, vous l’acceptez cette enquête ? – Oui, certainement. Mais il faut m’en dire un peu plus long quant à vos soupçons. – Je n’ai pas de preuves. Mais la façon qu’a François de regarder Lola ne laisse aucun doute sur leur relation. Il y a quelques temp s, mon mari n’était que prévenance. Maintenant, c’est un homme froid et bou gon. C’est tout juste s’il m’honore encore une fois par mois. Alors qu’avant… « Oui, avant. Quand il n’avait rien d’autre à se mettre sous la dent », pe nsa Dédé, en souriant intérieurement. – Vous demandez combien ? reprit-elle. Pas au courant des tarifs imposés par ses confrères, Dédé répondit : – Cela dépendra du temps de la filature. Vous désirez des photos ? – Ah oui, je veux des photos. Si vraiment il me tro mpe avec cette petite moins que rien, je divorce illico ! Il va danser le salau d. Fini l’agence, les restos et les belles voitures. Tout m’appartient. On verra bien si sa petite dinde voudra encore de lui quand j’aurai mis sa poule aux œufs d’or sur la paille. Voilà trois cents
euros. Je vous paierai le solde en fin d’enquête. Tachez de faire vite. Ma patience est à bout, dit-elle, en se levant pour partir. André Gard raccompagna sa cliente jusqu’à la porte et regagna le Bistrot. – Encore une mal baisée, sans doute ? dit René, dès qu’André eut franchi le seuil du café. – Tout juste. Mais je ne peux pas vous en dire plus, secret professionnel oblige, répondit sérieusement le jeune homme. – Il le faudra bien pourtant, si tu veux qu’on t’aide. Puis on n’a pas fait inscrire « et compagnie » pour rien sur la pancarte, dit Mathieu, avant d’enchaîner sur tout ce que la bande avait décidé pendant son absence. – Vous êtes supers, les gars. Merci pour tout ! Hélas, je ne sais pas me servir d’un ordinateur. – Si ce vieux con-là y arrive, tu y arriveras aussi . Monsieur l’informaticien te donnera des cours. Quand tu n’auras pas le temps, il tapera tes dossiers, ordonna Mathieu, en désignant Arthur de la tête. – C’est comme si c’était fait, répondit simplement l’interpellé, pensant ainsi être au courant des enquêtes d’André avant les autres. Chose promise, chose due ! En l’absence de Dédé, to ut le monde se mit à l’ouvrage. Quand l’aménagement du nouveau local fut terminé, on se serait cru en Amérique au temps des années vingt. Un gros bureau en chêne foncé muni de tiroirs et d’un volet coulissant bombé, des chaises aux fonds et aux dossiers arrondis, la vieille armoire de Mathieu pour y dépo ser les classeurs et une petite table, installée près de la prise du téléphone pour y brancher le PC, terminaient le tableau. Il ne manquait plus qu’un ou deux posters en noir et blanc, représentant Humphrey Bogart coiffé de son chapeau mou. Ou encor e, Eliot Ness et ses incorruptibles, sans oublier un petit bar en forme de mappemonde et l’illusion serait complète. Bien sûr, l’ordinateur faisait tache. Mais bon, déco ou pas déco, il fallait bien suivre le progrès. – Super ! ca a marché du premier coup. Vive la tech nique moderne ! s’écria Arthur en finissant d’installer la bête. Mathieu et Ferdinand haussèrent les épaules en sign e de dédain. Pourtant, épatés, ils pensèrent : « n’est pas si con qu’il en a l’air, le mec ». Fière comme Artaban du résultat obtenu en partant de leurs vieilles riquettes, la bande à Dédé était à la fête. De retour chez René, Mathieu n’eut même pas besoin de lancer son cri de guerre habituel. Les ba llons de rouge étaient déjà posés sur la table. – J’espère que ça lui plaira, dit Josette, sceptique. Entré en silence par la porte de la réserve, André la rassura tout de suite. – Ah oui, ça me plaît ! C’est comme dans les vieux polars américains. Ca en jette un max ! C’est juste comme je l’imaginais. Je ne pourrai jamais assez vous remercier.
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