Le billet de mille , livre ebook

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Jacques Hervillard, agent de change, est retrouvé assassiné, au petit matin, vers le rond-point des Champs-Élysées, après avoir été agressé à la sortie d’un Cercle de jeux dans lequel il avait gagné une belle somme.


Aussi, quand un clochard est arrêté avec un billet de mille francs dans la poche et qu’il refuse d’avouer comment il est entré en sa possession, il ne fait de doute pour personne que le meurtrier a été mis sous les verrous...


Personne ? Le brigadier GIRARD chargé de l’affaire n’est pas tout à fait convaincu de la culpabilité du pauvre hère même s’il est indéniable que celui-ci a quelque chose à cacher.


Pourtant, chaque piste que le policier suit tombe immanquablement à l’eau.


Mais le brigadier GIRARD n’est pas du genre à baisser les bras trop vite et son instinct le pousse à poursuivre son enquête...

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1

EAN13

9791070039069

Langue

Français

INSPECTEUR GIRARD
LE BILLET DE MILLE
Récit policier

André CHARPENTIER
CHAPITRE PREMIER
LE CRIME DES CHAMPS-ÉLYSÉES
 
Il était trois heures du matin. Il se jouait une partie d'enfer dans le cercle de la rue Marbeuf, malgré l'heure avancée. Sur le tapis vert, les cartes s'entrecroisaient dans une danse frénétique, jetées fébrilement par les joueurs aux traits crispés ; des chiffres indiquant les sommes des enjeux sortaient des lèvres du banquier ou des pontes ; les croupiers s'affairaient, l'œil fixé sur les mises. L'argent n'avait plus de valeur ; on le perdait ou le gagnait trop facilement. C'était l'heure dangereuse où le joueur le plus équilibré, les nerfs trop tendus, risquerait sa fortune et engagerait même son honneur.
Un homme se leva. Son voisin de table l'interpella :
— Vous partez, mon cher Bernard ?
— Vous savez bien que je dois prendre au Bourget l'avion de Londres qui décolle à sept heures.
— Eh bien, vous avez encore le temps ?
— À vrai dire, j'ai un peu de migraine. J'ai besoin de prendre l'air.
— Je vais vous accompagner.
— Ce sera un plaisir pour moi, mon cher Jacques.
Les deux hommes quittèrent lentement la salle de jeu, dont la chaleur pesante, sous les lustres étincelants, augmentait l'enfièvrement. Tout en devisant, ils se dirigèrent vers le vestiaire.
Au-dehors, une belle nuit de mai. Les deux joueurs en apprécièrent la douceur dès qu'ils eurent franchi le seuil du cercle, salués par le portier à la casquette galonnée.
— Ne trouvez-vous pas stupide, mon cher Jacques, de passer d'aussi splendides nuits dans des salles enfumées, parmi les gens tourmentés ?
— Il faut bien se distraire un peu.
— Plaisirs étranges, en vérité, et à chaque fois que je me laisse entraîner dans un de ces milieux, j'éprouve du remords.
— C'est la vie de Paris et de certains Parisiens, cher ami, et bien peu ont la chance de pouvoir comme vous se dégager de ses servitudes.
Bernard Faugier était un homme de haute taille à la trentaine très sportive. Ses parents lui avaient laissé une fortune considérable. Orphelin de bonne heure, il aurait pu dilapider son avoir en des fêtes mondaines et privées ; mais c'était un garçon intelligent : les randonnées lointaines l'attiraient ; il aimait étudier les mœurs des pays peu connus et s'était fait déjà une réputation de hardi explorateur. Son compagnon, Jacques Hervillard, agent de change, du même âge, moins tenté par l'aventure, trouvait malgré tout dans la capitale des satisfactions suffisantes à son bonheur.
Tous deux avaient renvoyé leurs autos ; un peu de marche leur avait semblé agréable par l'avenue des Champs-Élysées déserte, éclairée faiblement par une lune estompée. Bernard Faugier confiait ses projets à son ami :
— Dans un moment, je vais prendre ma valise, et puis mon chauffeur me conduira au Bourget ; il sera six heures : un café et un croissant, et puis je me rendrai sur le terrain du départ. Devant moi, le grand oiseau aux ailes blanches qui m'emportera vers l'Angleterre. Arrêt à Southampton où le paquebot des Indes à quai fume de ses trois cheminées monumentales... Je le vois déjà... Et après un voyage de quelques semaines, entre ciel et mer, loin des villes, de leur agitation, de leurs foules, de leurs journaux, ce sera les Indes !...
— Et moi, reprit prosaïquement Jacques Hervillard, je serai à dix heures à mon bureau du boulevard Haussmann d'où je vois défiler les autobus et les taxis !
Ils étaient arrivés au rond-point des Champs-Élysées. C'est là qu'ils devaient se séparer ; Bernard Faugier habitant boulevard Malesherbes obliquerait vers la gauche et Jacques Hervillard, demeurant boulevard Saint-Germain, se dirigerait vers la droite ; du côté de la Seine.
Ils s'étaient déjà serré la main avec effusion lorsque l'explorateur aperçut de loin, sur un banc, un vagabond qui dormait.
— En voilà un, plaisanta-t-il, qui ne doit payer cher de loyer !
— C'est peut-être un homme heureux malgré sa misère apparente, philosopha l'agent de change.
Ils s'étaient approchés du pauvre hère étendu de tout son long sur le bois dur. Ils l'entourèrent et continuèrent à parler sans le tirer de son sommeil.
 
* * *
 
Ce matin-là, le brigadier Girard arrivant à son bureau, trouve une note de service le convoquant d'urgence chez le directeur de la Police Judiciaire :
— Une grave affaire, brigadier, l'accueillit ce dernier.
— J'ai lu les journaux avant de venir et je n'ai rien relevé d'extraordinaire dans la rubrique des faits-divers.
— Je vous parle d'une affaire dont les quotidiens n'ont pu avoir connaissance ; en effet, le crime, puisqu'il s'agit d'un crime, a été commis vers quatre heures du matin. Il y a donc exactement cinq heures...
— En quel endroit ? interrogea le brigadier Girard.
— Avenue des Champs-Élysées.
— La victime ?
— Très connue dans la société parisienne : l'agent de change Jacques Hervillard.
— Diable ! Et avez-vous des détails ?
— Pas un mot de plus que ce que je viens de vous dire et qui est le texte même de la dépêche du commissaire de police des Champs-Élysées. Ce dernier a commencé l'enquête ; le Parquet est sur les lieux. Vous savez ce qui vous reste à faire.
Le brigadier Girard ne s'attarda pas plus longtemps dans le bureau du directeur. Cinq minutes plus tard, il roulait en taxi vers les Champs-Élysées.
Lorsqu'il arriva au commissariat, il y avait l'animation que provoque d'ordinaire un fait-divers sensationnel : le procureur de la République était en conversation avec le commissaire ; les deux inspecteurs qui avaient effectué les premières investigations échangeaient leurs impressions et deux agents cyclistes rédigeaient leur rapport sur un coin de table ; et quelques journalistes, le bloc-notes en main, circulaient en quête de renseignements.
— Tiens, voilà le brigadier Girard ! fit l'un de ces derniers en voyant arriver le détective que d'importantes enquêtes avaient déjà mis en vedette. Ça va barder !
Mais pour l'instant le policier n'avait guère le loisir d'écouter les propos des reporters ; il entraîna tout de suite les deux inspecteurs dans un petit bureau et s'enferma avec eux pour discuter tranquillement de l'affaire. Le plus âgé le mit au courant des circonstances dans lesquelles on avait découvert le crime :
— Ce sont les agents cyclistes Robert et Duval qui, en ronde régulière dans l'Avenue des Champs-Élysées, eurent leur attention attirée, à cinquante mètres environ du Rond-Point, par la présence d'une masse sombre dans une des allées latérales bordées d'arbres. Il était exactement 4 h. 20 ; l'aube s'annonçait par une faible lueur. Ils descendirent de machine et s'approchèrent : un homme inanimé, très élégamment vêtu était étendu là, la face contre terre ; sur sa nuque, une plaie affreuse. Ils se penchèrent sur le corps : la mort avait fait son œuvre ; une flaque de sang rougissait le gravier de l'allée. Les agents prévinrent aussitôt leur chef ; quelques instants après, le cadavre était transporté au poste. On fouilla les vêtements de la victime pour connaître son identité : c'était, comme vous le savez, l'agent de change Jacques Hervillard. Nous en sommes là.
— Aucun indice sur l'assassin ?
— Aucun. Lorsque les agents cyclistes ont découvert le corps, l'avenue des Champs-Élysées était déserte à cet endroit ; personne dans les parages et aucune voiture sur la chaussée.
— Le médecin légiste est-il arrivé ?
— Il est en train de faire les constatations d'usage.
Le brigadier Girard interrompit l'entretien pour se rendre auprès du praticien ; c'était le docteur Baule.
— Quelles sont vos premières conclusions ? lui demanda le policier.
— La victime a reçu un coup très violent à la nuque à l'aide d'un instrument contondant, une masse de fer, probablement, et l'occiput a été défoncé. L'agresseur a dû surprendre sa victime et la frapper alors qu'elle marchait tranquillement, en effet, aucune torsion des membres indiquant la position de défense.
Le brigadier Girard prit quelques notes, puis, après avoir remercié le médecin légiste qui poursuivait son examen, il retourna auprès de ses deux collègues.
— Qu'a-t-on trouvé dans les poches de Jacques Hervillard ? questionna-t-il.
— De menus objets courants, un stylo, une paire de gants, un mouchoir, etc.
— Portefeuille ?
— Oui, mais dedans aucun billet de banque ; que des papiers d'identité, des cartes de visite.
— La famille est prévenue ?
— Le commissaire s'en est chargé.
Il y eut un silence ; puis le brigadier reprit :
— Pour nous résumer : crime certain, mais pas ça sur l'assassin.
Et il fit craquer l'ongle de son pouce sur ses dents. Les deux inspecteurs attestèrent par leur mimique que c'était là en effet l'état actuel de l'enquête. À ce moment arriva l'agent du service de l'Identité Judiciaire ; le brigadier l'interpella :
— Avant de vous livrer à toute autre opération, voulez-vous m'accompagner sur les lieux ?
...

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