LA La bonne de chagall , livre ebook

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En 1994, le milieu des arts est secoué par ce qui deviendra bientôt « l’affaire Chagall », soit le vol d’une centaine de gouaches et de lithographies du maître.
Cette histoire fascinante commence lorsqu’Irène Menskoï, une modeste bonne débarquée à Paris dans l’espoir d’une vie meilleure, entre au service des Chagall et gagne peu à peu leur confiance quand elle s’installe avec eux dans leur villa, à Vence, où l’artiste finira ses jours.
Profitant de son accès privilégié aux studios de Chagall, Irène tombe dans le piège d’un marchand de tableaux véreux, qui lui fait miroiter la possibilité d’être riche et libérée d’un mari abusif. Séduite, et prise dans le dédale inextricable de cette escroquerie, elle suivra son incroyable destin, dont la réalité dépasse la fiction…
Dans ce roman captivant, qui tient à la fois de la biographie et du thriller, Karen Olsen fait revivre une des plus surprenantes affaires de recels de tableaux du 20e siècle.
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Publié par

Date de parution

13 février 2017

Nombre de lectures

16

EAN13

9782895976165

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

2 Mo

LA BONNE DE CHAGALL
DE LA MÊME AUTEURE

Élise et Beethoven , Ottawa, Éditions David, 2014, coll. « 14/18 ».
Karen Olsen
La bonne de Chagall
ROMAN
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Olsen, Karen, 1962-, auteur
La bonne de Chagall / Karen Olsen. (Voix narratives)
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978-2-89597-588-5 (couverture souple). — ISBN 978-2-89597-615-8 (PDF). — ISBN 978-2-89597-616-5 (EPUB)
I. Titre. II. Collection : Voix narratives
PS8629.L744B66 2017 C843’.6 C2016-908150-8 C2016-908151-6

Les Éditions David remercient le Conseil des arts du Canada, le Bureau des arts francophones du Conseil des arts de l’Ontario, la Ville d’Ottawa et le gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada.



Les Éditions David 335-B, rue Cumberland, Ottawa (Ontario) K1N 7J3 Téléphone : 613-695-3339 | Télécopieur : 613-695-3334 info@editionsdavid.com | www.editionsdavid.com

Tous droits réservés. Imprimé au Canada. Dépôt légal (Québec et Ottawa), 1 er trimestre 2017
AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR

L’intrigue qui sert de trame à ce roman est une histoire vraie. Mais l’auteure a pris la liberté d’interpréter cette histoire pour en faire une œuvre fictionnelle.
Pour Marie-Hélène Leblanc Suzanne Martin Francine Masse Martine Noël-Maw Karine Poznanski Julie Renaud qui ont apporté quelque chose de lumineux dans ma vision parfois nébuleuse
Comme sur la palette d’un peintre, il n’y a dans notre vie qu’une seule couleur qui donne un sens à la vie et à l’art, la couleur de l’amour. Marc C HAGALL
1
LE VOL DES CIGOGNES
Paris, 1984
Au début du mois de mars, la neige, qui tient rarement plus d’une journée à Paris, avait couvert la ville d’un manteau immaculé. Dans les rues à forte pente, les rares voitures dérapaient. Dans les parcs, de féroces combats de boules de neige s’engageaient et des bonshommes, comme d’étranges sculptures, se mettaient debout. Lorsque la neige était devenue assez épaisse pour tout recouvrir, des bouts de cartons et des sacs poubelles faisaient office de luges, à la grande joie des enfants.
Au cœur du quai d’Anjou, entre le pont Marie et le pont de Sully, enfermé dans son appartement du 4 e arrondissement, Marc Chagall se plaignait auprès de sa femme, Valentina. Il geignait contre le ciel blafard et laiteux qui planait sur la ville, contre l’hiver qui s’entêtait à ne vouloir lâcher prise et contre l’humidité et le froid qui lui pénétraient les os. Valentina se mit en quête d’orchestrer leur départ vers la mer.
Au fil des jours, Irène, la bonne de la maison, vit des boîtes de carton s’empiler et des valises se multiplier dans toutes les pièces de l’appartement.
— Ailleurs, ce sont les oies ou les cigognes qui annoncent l’arrivée du printemps, lui dit Charlotte, la cuisinière, au bout d’une semaine. Tandis qu’ici, ce sont les bagages et les sautes d’humeur de madame.
Les deux femmes échangèrent un sourire et au bout d’un moment elles furent prises d’un fou rire à contretemps. Irène arriva enfin à se ressaisir et demanda :
— Alors, nous partons pour la villa ?
— Tu as tout deviné, rétorqua la cordon bleu.
— On ne perd rien pour attendre, avec ce temps morne.
— Elle t’a expliqué ce que tu aurais à faire avant de venir nous rejoindre là-bas ?
— Non, pas encore. Je ne suis que la bobonne.
Charlotte pouffa de rire de nouveau et l’invita à prendre le café au fond de la lingerie, comme les deux femmes en avaient l’habitude, une fois le ménage fait.
* * *
La veille de leur départ, distraite et préoccupée par les requêtes de son mari, Valentina remit à Irène toutes les clés de la maison, en lui dictant ses instructions pour le grand ménage de l’appartement.
— Il faudra tout laver, battre les tapis et patati et patata, entendit Irène… Charlotte et le chauffeur partiront à l’aube avec la voiture, tandis que mon mari et moi allons prendre le train. Vous viendrez nous retrouver dès que tout sera en ordre.
* * *
Comme il n’y avait personne pour l’épier et l’accompagner partout, Irène pouvait à sa guise déverrouiller toutes les portes, ouvrir tous les tiroirs et les remises cadenassées. Elle pouvait fouiller sans crainte dans les placards fermés à triple tour. Sans aucun regard accusateur, elle avait le loisir de mettre les cachettes sens dessus dessous. Dans toute cette abondance, c’était l’inégalité qui la vexait le plus. Les patrons avaient beau lui faire des sourires, des gentillesses et, en de rares occasions, de petits cadeaux, rien n’y faisait. Toutes ces années de servitude l’avaient minée. De jour en jour, le gouffre, entre les bien nantis et les démunies comme elle, s’était gonflé d’une sourde haine et de fantasmes de vengeance.
« Vava, ne s’imagine-t-elle pas que j’aimerais moi aussi me nipper de jolies robes ? se dit-elle. Que je voudrais être bourrée de fric pour ne plus jamais avoir à travailler et être installée bien au chaud sans m’inquiéter du lendemain. Je pourrais enfin vivre dans un appartement luxueux et dormir dans la soie, avoir de bonnes choses à manger, un chauffeur pour conduire ma belle voiture et un homme comme Yann à mon bras. Lui saurait me protéger et me traiter avec douceur. »
Au fond, elle ne désirait qu’un peu de bonheur pour se sentir valorisée et se savoir en sécurité. Si les maîtres se servaient d’elle, sans lui offrir une lueur d’espoir, alors elle se disait qu’elle avait le droit, comme le disait Yann, de se servir à son tour.
La clé d’argent tourna sans grincement dans la serrure de l’armoire d’acajou et une douzaine de gouaches et de dessins tombèrent en cascade à ses pieds. Irène sursauta, regarda par-dessus son épaule, puis se pencha pour les ramasser. Chacune des œuvres portait un certificat d’authenticité. Elle les rangea plus ou moins en ordre et alla vite téléphoner à Yann.
Ne reconnaissant pas sa voix, elle demanda :
— Je suis bien au 06 40 23 63 15 ?
À l’autre bout, elle entendit l’homme répondre que si.
— Je voudrais parler à Yann, s’il vous plaît.
Cette fois, il cria sans couvrir l’embouchure du combiné.
— C’est pour toi ! Une gonzesse !
Elle reconnut enfin la voix de Yann.
— Allô, c’est moi. Tu es libre demain après-midi ? lui demanda-t-elle. J’ai quelque chose pour toi… Oui… Je ne les ai pas comptées, une dizaine au moins… Une seule… Oui, je comprends… Au coin des rues Rivoli et du 29-Juillet… Oui, j’y viendrai… À demain.
* * *
Par mesure de sécurité, Valentina avait insisté pour qu’Irène passe les nuits à l’appartement de l’île Saint-Louis, au lieu de rentrer chez elle comme elle en avait l’habitude.
— Mon frère Michel habitera ici pendant notre absence. Il devrait arriver au début de la semaine prochaine. Comme vous aurez beaucoup à faire, je vous demande de rester jusqu’à ce qu’il arrive. Il ne faut surtout pas laisser les lieux sans surveillance. C’est entendu ?
Cette nuit-là, Irène eut beaucoup de mal à trouver le sommeil. Elle se réveillait à tout instant en sursaut. Elle était trempée d’une sueur qui la glaçait. Elle ramenait les couvertures pour se cacher le visage en se répétant des injures. Elle voulait se rendormir, mais des idées sombres venaient sans cesse la hanter. Vers trois heures du matin, frissonnante, elle se leva pour prendre une tisane. Charlotte en gardait tout un assortiment dans ses armoires de cuisine. Elle les croyait souveraines de tous les maux. En attendant que l’eau bouille, Irène s’écroula sur une chaise, près de la table et se mit à pleurer comme une enfant. Elle pleurait de honte et de désespoir. Il lui semblait que quelque chose en elle s’était flétri.
« Je n’ai plus le choix, se dit-elle. Je ne peux plus reculer, maintenant. Plus jamais, je ne ferai une chose pareille. »
Dans la chambre de Charlotte, elle ferma de nouveau la lumière et s’enfonça la tête dans l’oreiller, décidée à se rendormir. Elle eut bien du mal à s’assoupir. Le même accablement la reprit et son imagination se mit en marche. Elle dut se débattre jusqu’à l’aube avec une succession de cauchemars qui la tyrannisaient. C’étaient des images sinistres qui la tiraient violemment de son sommeil. D’abord, des visages d’inconnus l’épiaient aux carreaux des fenêtres. Des portes s’ouvraient à la volée et des hommes ressemblant à son mari lui criaient : « Voleuse ! Tu n’es qu’une sale voleuse ! » Des personnages des tableaux de Chagall la poursuivaient dans son village, ils s’égosillaient jusqu’à perdre la voix : « Arrêtez-la, elle a dévalisé les armoires ! »
Épuisée et misérable, elle décida de se lever. En s’habillant, elle était exaspérée de ne pas avoir dormi et de s’être laissé dominer par ses angoisses qu’elle traitait maintenant de peurs enfantines.
* * *
En fin d’après-midi, Irène traversa le pont qui enjambait la Seine. Elle tenait serré contre son corps le colis emballé de papier brun, attaché avec des bouts de ficelle trouvés dans un des tiroirs de la cuisine. Elle avait pris soin de mettre la lithographie entre deux cartons, pour ne pas le froisser. Dans les rues étroites du quartier juif, où Yann avait fixé leur rencontre, il lui semblait que chaque passant qu’elle croisait devinait l’action qu’elle allait commettre. Elle se sentait transparente à leurs yeux et sa culpabilité se dessinait autour d’elle comme une aura maléfique.
Dans le café, elle plaça l’œuvre volée dans les mains de son complice. Yann la regarda de ses yeux verts, lui sourit et prit ses mains dans les siennes.
2
LA FILLE DU CHARBONNIER
Nord-Pas-de-Calais, 1968
Irène Madry travaillait comme chambrière au Château des Ormes depuis trois ans déjà. Le dernier vendredi du mois, elle s’installait sur le coin de la grande table de la cuisine. Avec ses chiffons, ses flanelles et sa pâte nettoyante, elle polissait les pièces d’argenterie sur cette même surface rude où la cuisinière dépeçait les volailles pour les fricassées, hachait les légumes et les viandes pour ses ragoûts et ses bouillis. Elle y vidait les poissons pour les bouillabaisses, en pressant de la tête vers la queue afin

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