La Forêt , livre ebook

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2022

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N'ENTREZ PAS DANS CETTE FORET, VOUS POURRIEZ NE JAMAIS EN SORTIR...



1958.


Lors d’une sortie scolaire, sept adolescents s’égarent en forêt et se réfugient dans une cabane abandonnée, au centre d’une clairière.



Très vite, ils comprennent que toute tentative de fuite les ramène systématiquement à leur point de départ. Un constat s’impose : ils sont prisonniers.



Et de tous les dangers qui les guettent, le pire n’est peut-être pas cette Chose qui rôde la nuit...

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Publié par

Date de parution

30 mai 2022

Nombre de lectures

7

EAN13

9782384110094

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

L’AUTEUR


Auteur au nom imprononçable, originaire du Sud de la France et vivant actuellement près de La Rochelle, Luca Tahtieazym est l’auteur de quinze romans parus à ce jour. Jonglant avec les genres et les styles, inspiré par Steinbeck, Ellroy, Dard ou Stephen King, il apporte un soin particulier aux intrigues de ses livres, s’efforçant de proposer des histoires originales et des personnages tourmentés et attachants. Tahtieazym a remporté le concours des plumes francophones 2017 (plume des lecteurs) avec son titre VERSUS.




LA FORET
LUCA TAHTIEAZYM




Inceptio Éditions
Direction éditoriale : Guillaume Lemoust de Lafosse
Direction presse/médias : Ophélie Pourias
Couverture : Eva Lemoust de Lafosse
Diffusion : DOD&Cie
© Inceptio Éditions, 2022
ISBN 978-2-38411-008-7
Droits réservés
Inceptio
contact@inceptioeditions.fr
www.inceptioeditions.com



« Quiconque a côtoyé la mort est condamné à la poésie. »
Boris Cyrulnik

« Si t’as perdu ta boussole,
Suis les lucioles. »
Comptine


PREMIÈRE ÉPOQUE 1958


– 1 –
Je soupirai bruyamment. Devant moi, notre professeur de biologie, madame Lambert, se retourna. Ses yeux plissés trahissaient son exaspération. Ses gros sourcils broussailleux, arqués en forme d’hirondelle, se rejoignaient au-dessus de son nez, accentuant la moue outrée qu’elle affichait au moindre murmure de l’un de ses élèves.
« Un problème, Louis ?
—   Non, Madame.
—   Je préfère ça. »
Elle fixa son attention sur le sentier. Le chemin était si étroit que nous ne pouvions plus avancer côte à côte. En file indienne, impossible de discuter. Et quand on est muet, à notre âge, on s’ennuie ferme. Les sorties botaniques, moi, j’aimais ça. C’était bien plus plaisant que de rester confiné dans une salle aux murs humides, suintants de salpêtre. Je me morfondais tellement en cours que j’avais pris la sale manie de m’amuser avec la pointe de mon compas sur mon pupitre. Résultat : celui-ci, déjà couvert de taches d’encre que je ne parvenais pas à effacer, ressemblait à une vieille planche moisie, mouchetée par les insectes, et je redoutais le moment où les pions le remarqueraient. Non, vraiment, une petite promenade en plein air était la bienvenue . Ce que je reprochais à cette escapade bucolique, c’était sa finalité  : observer des plantes.
Observer des plantes… Mais que pouvait-on bien trouver d’intéressant, à douze ou treize ans, à fureter dans de la salade ? Déjà, pendant les leçons, aucun de nous ne retenait les termes que nous serinait madame Lambert avec allant   : eucaryote, holophylétique, glaucophyte… Je ne sais pas si elle faisait du zèle –   j’ai franchement du mal à croire que l’apprentissage de ce vocabulaire soit inscrit au programme   –, mais les heures duraient des années et nous guettions le gong de la cloche en faisant semblant de nous concentrer sur son charabia, en hochant la tête, le regard éteint, incapable d’accommoder.
Je ralentis la cadence pour me laisser distancer. Quelques camarades râlèrent quand ils durent jouer des épaules pour me dépasser, mais je m’en fichais pas mal. Comme j’avais redoublé, j’étais l’un des plus âgés de la classe avec Achille, et à ce titre, j’étais respecté –   ou craint, chacun sa définition...
En moins de trois minutes, je me retrouvai en queue de peloton, juste devant Élise, Claire et Achille –   ce dernier fermant la marche, comme à son habitude. Devant moi, le trio Romain-Simon-Nagib. Je m’entendais bien avec Romain, qui sifflotait la ritournelle de Rave On , de Buddy Holly, que j’avais fredonn ée à plusieurs reprises   ; sa démarche suivait le rythme de la mélodie.
« Qu’est-ce que tu fais, Buddy   ? me demanda-t-il.
—   Rien, répondis-je en passant ma main en peigne dans mes cheveux gominés. J’étais devant, juste derrière Lambert. J’en pouvais plus. Impossible de bavarder, elle devine tout. Elle est comme une mouche, cette prof. J’ai l’impression qu’elle a des yeux derrière la tête.  »
L’orage gronda. Le ciel était menaçant, lugubre, calciné par des cumulus sinistres depuis que le bus nous avait déposés à la lisière de la forêt de Benon, et une première goutte ricocha sur ma boule à zéro. Autour de nous, les fougères se courbaient sur notre passage, leur dentelle rognée par l’élan hardi des brises automnales.
J’entendis un bruit suspect, deux mètres devant. Je me penchai sur la droite pour voir au-delà des épaules de Romain qui obstruaient le passage. Simon venait de s’écrouler. Romain, son demi-frère, s’approcha de lui, furieux.
Comme toujours, Simon pleurnichait. Je détestais ce môme geignard. À la moindre escarmouche, nous avions droit à une fontaine de larmes. Son pied était coincé dans les spirales d’une racine et à ses cris, on aurait pu croire qu’il s’était brisé la cheville. Je savais pertinemment que les deux filles ne l’accableraient pas et ne piperaient mot. Un embouteillage se forma. Achille, toujours sur les nerfs, aboya. Comme j’avais ce petit merdeux dans le nez depuis mes plus tendres années, je me mis sur la pointe des pieds, pour mieux l’apercevoir. « Achille, dis-je, juste une proposition : et si tu fermais ta gueule  ?
—   C’est à moi que tu causes   ? »
Achille bouscula Élise et Claire pour me rejoindre. J’avais l’habitude de ses vociférations. Nous nous haïssions depuis la classe de onzième.
Achille était un fils de paysan élevé à la dure, à l’ancienne ; une caricature bâtie à chaux et à sable . Il était encore plus mauvais élève que moi. S’il n’avait redoublé qu’une seule fois, il le devait à la clémence du proviseur qui connaissait ses conditions familiales particulières. De mon côté, si j’avais un an de retard, ce n’était pas pour les mêmes raisons. J’avais été heurté par une voiture à l’âge de neuf ans –   un type tellement ivre qu’il s’était endormi au volant de son bolide m’avait percuté au sortir d’un carrefour vicieux. Les quatre mois manqués n’avaient pu être rattrapés pendant l’été qui suivit l’accident. Depuis, je boitais, mais personne n’osait s’en moquer. Et niveau école, dire que j’étais un peu à la traîne était un euphémisme.
De taille moyenne, mais charpenté comme un gamin de quinze ans, les joues rougeaudes, crasseux, la tête toujours rentrée dans les épaules comme s’il n’avait pas de cou –   un peu comme un taureau   –, Achille en imposait, mais je ne le craignais pas. Nous étions de force équivalente, et si je lui avais toujours tenu tête jusqu’à présent, je savais qu’à la moindre défaillance, il ne me louperait pas.
Il m’agrippa par le col de la tunique. Je m’y attendais, mais n’eus pas le réflexe de me reculer à temps. Je voulus saisir ses poignets, mais le sol était boueux et je titubai en arrière. C’est Romain qui s’interposa entre nous, m’évitant ainsi une chute humiliante.
«  Du calme, vous deux.
—   Fous-nous la paix, toi, répondit Achille. Va torcher ton frère.
—   C’est pas mon frère. »
Romain dut s’apercevoir de la cruauté de sa réponse –   Simon et lui n’ étaient que frères par alliance, pas même de vrais demi-frères, même s’ils se qualifiaient ainsi   –, et il aida Nagib à relever Simon. Les filles se tenaient à l’écart. Si elles s’étaient trouvées devant nous, je suis sûr qu’elles auraient accéléré le pas pour nous semer et ne pas assister au combat de coqs puéril auquel nous nous livrions. « Au lieu de vous chamailler, osa Élise, vous feriez mieux d e vous entraider. On va perdre le reste de la classe. » Le goulet d’étranglement formé par le chétif Simon bloquait notre avancée.
Simon n’avait rien. À peine de légères taches de gadoue sur le genou et sur sa pèlerine. Il ramassa son béret en sanglotant et fixa l’élastique de sa chaussette. Même après s’être épousseté, il était toujours fagoté comme un as de pique.
« Ç a va, Michette, fit Romain. T’es pas en sucre. Avec un peu d’eau, on n’y verra rien. Arrête de chialer... »
Je m’aperçus que le groupe conduit par madame Lambert nous avait nettement devancés. Même si la dégringolade de Simon –   surnommé Michette, pour larmichette , eu égard à sa propension surnaturelle à fondre en larmes pour une chiquenaude   – lui prouverait que notre retard n’était pas intentionnel, il valait mieux corriger le tir avant qu’il ne fût trop tard –   c’était une rancunière, la mère Lambert.
Nagib, méthodique en toute circonstance, prit la tête de notre groupe. Simon reniflait et cela m’insupportait. Le bruit de trompette qui sifflait de ses narines morveuses toutes les dix secondes me rendait dingue, mais même à bout de nerfs, je n’étais pas du genre à m’en prendre gratuitement aux plus faibles, contrairement à Achille.
Soudain, alors que le chemin visible se rétrécissait dans les frondaisons étouffantes, le claquement retentissant du tonnerre frappa. Un choc tonitruant à réveiller les morts. Nous sursautâmes tous les sept à l’unisson. Un frisson me parcourir l’échine. Tous mes poils se dressèrent, et je retins ma respiration. Les nues allaient s’abattre sur nous. La boule au ventre, vous la connaissez ? Vous l’avez déjà eue ? Celle qui contracte vos intestins et les vrille dans tous les sens, qui vous oblige à fermer les yeux en serrant les dents. Les déflagrations résonnaient encore et semblaient s’étirer sans jamais s’éteindre totalement. L’écho était horrible et nous encerclait. Un éclair fulgurant zébra le ciel et s’écrasa juste devant nous, à quelques mètres à peine du groupe apeuré que nous formions, suivi d’autres traits phosphorescents qui nous cernèrent comme des hallebardes plantées dans le sol. Claire, terrorisée, sauta plus haut que tous. Une lumière aveuglante m’ éblouit , comme lorsque se déclenchait le flash du gros appareil photo que M.   Bressautier disposait dans la cour de récréation une fois l’an, pour immortaliser les troupeaux d’élèves tirés à quatre ép

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