La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil , livre ebook

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129

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Français

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Elle est la plus blonde, la plus belle, la plus myope, la plus sentimentale, la plus menteuse, la plus vraie, la plus déroutante, la plus obstinée, la plus inquiétante des héroïnes. La dame dans l'auto n'a jamais vu la mer, elle fuit la police et se répète sans cesse qu'elle n'est pas folle... Pourtant... Ce qui lui arrive est à n'y rien comprendre. On lui a cassé la main, dans une station-service. Juste la main, sans lui prendre l'argent. Comme pour lui dire que partout, où qu'elle soit, on pourra lui faire mal, par petits bouts, jusqu'à la fin, que jamais, quelle que soit la fuite, elle ne pourra être seule, libérée de ce qu'elle sait, du passé et de ce qu'elle cache...
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Publié par

Date de parution

17 janvier 2023

Nombre de lectures

32

EAN13

9782207173244

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Sébastien Japrisot
 
 

La dame
dans l'auto
 

avec des lunettes
et un fusil
 
 

Denoël
 
Sébastien Japrisot, né à Marseille, a fait ses études chezles jésuites, puis en Sorbonne. À dix-sept ans, il publiesous son vrai nom (Jean-Baptiste Rossi) un roman, Lesmal partis, qui obtient en 1966 le prix de l'Unanimité(décerné par un jury qui comprend Jean-Paul Sartre, Aragon, Elsa Triolet, Arthur Adamov, Jean-Louis Bory, RobertMerle). Il traduit, à vingt ans, L'attrape-cœur de Salinger,et plus tard les Nouvelles. Après une expérience de concepteur et de chef de publicité dans deux grandes agencesparisiennes, il publie coup sur coup Compartiment tueurs et Piège pour Cendrillon (Grand Prix de littérature policière), qui rencontrent d'emblée la faveur de la critique etdu public. Succès que viendra confirmer La dame dansl'auto avec des lunettes et un fusil (Prix d'honneur enFrance, Best Crime Novel en Grande-Bretagne). Après unepériode où il écrit directement pour le cinéma ( Adieu l'ami,Le passager de la pluie, La course du lièvre à travers leschamps ), il revient à la littérature avec L'été meurtrier (prixdes Deux-Magots 1978, César de l'adaptation cinématographique 1984) puis avec La passion des femmes. La plupart de ses livres ont été portés à l'écran. Traduit dans denombreux pays (Europe, Amérique, Japon, pays de l'Est),considéré comme l'un des écrivains français les plus lus àl'étranger et prix Interallié 1991 pour Un long dimanche defiançailles, Sébastien Japrisot est mort le 6 mars 2003.
PRÉFACE
– Vous considérez-vous, d'abord, comme un écrivain « policier » ? 
Si Compartiment tueurs et Piège pour Cendrillon sont des romans policiers, c'est qu'il était entendu avantque j'écrive qu'ils seraient publiés dans une collectionpolicière.
Pour La Dame dans l'auto, il devait en être de même,mais il était trop long pour entrer dans la collection.
Les trois livres ont profité du même malentendu : lescritiques de romans policiers ont trouvé qu'ils étaient pluslittéraires que les autres ; les critiques de romans-romansont trouvé qu'ils étaient plus passionnants.
Enfin, c'est ce qu'ils ont dit.
– Ne peut-on dire que le sujet de La Dame dansl'auto, c'est l'aventure d'une femme en quête d'elle-même ? Et l'expérience dramatique qu'elle traverse, oùelle a, peu à peu, le sentiment de devenir une autre,n'est-elle pas justement l'épreuve qui lui permet, à lafois, de se reconquérir et, d'une certaine façon, des'accomplir ? 
Excusez-moi.
Se reconquérir, s'accomplir, c'est le genre de mots quisemblent français et dont le sens m'échappe. Mais autantque je m'en souvienne, La Dame dans l'auto a bien assezde problèmes sans encore s'en inventer.
C'est moi, en l'écrivant, qui avais un problème. Compartiment tueurs et Piège pour Cendrillon dataient dedeux ans. Beaucoup de mes relations commençaient àpenser que le troisième livre ne viendrait jamais, parce que –  disaient-ils  –  les louanges mêmes qui avaient accueilliles deux premiers me paralysaient. C'était faux, parce queje ne suis jamais d'accord avec ce qu'on raconte, en bien ouen mal, à propos de ce que j'écris, et en un sens c'était vraiparce que je voulais écrire un livre meilleur que les deuxprécédents.
J'ai donc mis, comme je l'ai dit, plus de temps à écrire,j'ai fait plus attention, je me suis appliqué. Quand ons'applique, on met plus de soi. C'est peut-être ce qui vousdonne l'impression qu'il y a autre chose, dans ce livre, quela pure recherche d'un assassin.
Une fois, il était trois ou quatre heures du matin, et celafaisait plus de quinze heures que j'écrivais. On dormait,chez moi, le monde entier était endormi. Je voulais finird'écrire un chapitre et je n'en pouvais plus, j'étais écœuréde mots, de cigarettes, et de juste-un-peu-d'alcool-pour-te-remonter. Alors, j'ai écrit une phrase pour m'encourager,à la suite des autres, c'était quelque chose comme : «  Continue, tu n'as plus que ta main droite et ce cœurpatraque, mais continue, ne te pose pas de questions,continue.  » Je n'ai pas enlevé la phrase, elle est dans lelivre. Je veux dire que moi aussi, j'y suis.
– N'éprouvez-vous pas une tendresse particulièrepour les êtres jeunes, incertains d'eux-mêmes, et dont vos romans, d'une certaine façon, retracent l'épanouissement ? 
C'est vrai. C'est que j'aime bien l'adolescent que j'étais.Ou, si l'on veut, ce que j'aime bien de moi, c'estl'adolescent que j'étais. J'ai dit que j'ai essayé de le rester leplus longtemps que j'ai pu. Si ce que j'écris, pendant que jel'écris, me le fait retrouver, ou redevenir, c'est du tempsmoins péniblement et moins bêtement gaspillé.
La Dame dans l'auto, c'est mon personnage préféré.Elle ne m'embêtait jamais. Elle ne comprenait rien à ce quilui arrivait, c'est une chose magnifique chez un personnage, ça fait vrai. En outre, le plus souvent, je connaissaisles événements avant elle, c'était très exaltant. Une femmequi laisse croire à un homme qu'il est intelligent, c'est rare.
J'ai même regretté, à la dernière ligne, que ce soit fini,qu'elle parte faire sa vie sans moi. Et puis, je me suis ditqu'un jour, je la retrouverais d'une manière ou d'uneautre.
Et voilà que cela s'est produit puisque le lecteur va laretrouver. Ou peut-être la découvrir.
La dame
 
Je n'ai jamais vu la mer.
Le sol carrelé de noir et de blanc ondule commel'eau à quelques centimètres de mes yeux.
J'ai mal à en mourir.
Je ne suis pas morte.
Quand on s'est jeté sur moi – je ne suis pas folle,quelqu'un, quelque chose s'est jeté sur moi – j'aipensé : je n'ai jamais vu la mer. Depuis des heures,j'avais peur. Peur d'être arrêtée, peur de tout. Jem'étais fabriqué un tas d'excuses idiotes et c'est la plusidiote qui m'a traversé l'esprit : ne me faites pas de mal,je ne suis pas vraiment mauvaise, je voulais voir la mer.
Je sais aussi que j'ai crié, crié de toutes mes forces, etque mes cris pourtant sont restés enfermés dans mapoitrine. On m'arrachait du sol, on m'étouffait.
Criant, criant, criant, j'ai pensé encore : ce n'est pasvrai, c'est un cauchemar, je vais me réveiller dans machambre, il fera jour.
Et puis, ça.
Plus fort que tous les cris, oui, je l'ai entendu : lecraquement des os de ma propre main, ma main qu'onécrasait.
La douleur n'est pas noire, n'est pas rouge. C'est unpuits de lumière aveuglante qui n'existe que dans votretête. Et vous tombez quand même dedans.
 
Frais le carrelage contre mon front. J'ai dû m'évanouir une seconde fois.
Ne pas bouger. Surtout ne bouge pas.
Je ne suis pas allongée sur le sol, mais à genoux, lafournaise de mon bras gauche contre mon ventre, pliéeen deux sur la douleur que je voudrais retenir et quienvahit mes épaules, ma nuque, mes reins.
Tout près de mon œil, à travers le rideau de mescheveux rabattus, une fourmi se déplace sur un carreaublanc. Plus loin, une forme grise, verticale, qui doitêtre le tuyau du lavabo.
Je ne me rappelle pas avoir enlevé mes lunettes.Elles ont dû tomber quand on m'a tirée en arrière – jene suis pas folle, quelqu'un, quelque chose m'a tirée enarrière en étouffant mes cris – il faut que je retrouvemes lunettes.
Depuis combien de temps suis-je ainsi, à genouxdans une pièce de deux pas sur trois plongée dans lapénombre ? Plusieurs heures, à peine quelques secondes ? Je ne m'étais jamais évanouie de ma vie. C'estmoins qu'une déchirure, un simple coup de griffe dansle souvenir.
Si j'étais ici depuis très longtemps, quelqu'un,dehors, se serait inquiété. Et puis, j'étais deboutdevant le lavabo, je lavais mes mains. Ma main droite,que je ramène contre ma joue, est encore humide.
Il faut que je retrouve mes lunettes, il faut que je melève.
Quand je dresse la tête – brusquement, tropbrusquement – le carrelage tournoie, j'ai peur dem'évanouir encore, mais tout s'apaise, le bourdonnement que j'ai dans les oreilles et même la douleur. Ellereflue tout entière dans ma main gauche, que je neregarde pas, mais qui me semble de pierre, démesurément enflée.
M'accrocher de la main droite au lavabo, me lever.
Debout, mon image brouillée se déplaçant avec moidans le miroir qui me fait face, j'ai l'impression que letemps se remet à battre.
Je sais où je suis : les toilettes d'une station-service,sur la route d'Avallon. Je sais qui je suis : une idiotequi fuit la police, un visage vers lequel je tends monvisage presque à le toucher, une main qui me fait malet que j'élève jusqu'à mes yeux pour la voir, une larmequi a coulé le long de ma joue et qui tombe sur cettemain, le bruit d'une respiration dans un monde siétrangement silencieux, moi.
Près du miroir où je me vois, j'ai posé, en entrant,mon sac à main sur une tablette. Il y est toujours.
Je l'ouvre comme je peux, avec ma main droite etavec mes dents, je cherche ma seconde paire delunettes, celles que je mets pour taper à la machine.
Net à présent, mon visage dans la glace est maculéde poussière, pleurard, étiré par la peur.
Je n'ose plus regarder ma main gauche, que je tienscontre moi, pressée sur mon tailleur blanc tout sali.
La porte de la pièce est fermée. Je l'ai pourtantlaissée ouverte derrière moi quand je suis entrée.
Je ne suis pas folle. J'ai arrêté la voiture. J'aidemandé qu'on fasse le plein d'essence. Je voulais medonner un coup de peigne, me laver les mains. On m'aindiqué une bâtisse aux murs blancs, à l'écart de lastation. A l'intérieur, il faisait trop sombre pour moi, jen'ai pas refermé la porte. Je ne sais plus si c'est arrivétout de suite, si je me suis recoiffée. Je me rappelleseulement que j'ai ouvert un robinet du lavabo, quel'eau était fraîche – mais si, je me suis recoiffée, j'ensuis sûre ! – et soudain, il y a eu comme undéplacement d'air, une présence, je ne sais quoi devivant et de brutal derrière moi. On m'a arrachée dusol, j'ai crié de toutes mes forces sans que mes crispuissent sortir de ma poitrine, je n'ai pas eu le tempsde comprendre ce qui m'arrivait, la douleur qui trouaitma main me foudroyait tout entière, j'étais à genoux,j'étais seule, je suis là.
Rouvrir mon sac.
Mon argent est à

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