La chute d’Elsa , livre ebook

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2023

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Une jambe qui passe la balustrade. Des vêtements qui flottent. Un foulard qui s’envole. Voilà tout ce que j’ai vu de la chute d’Elsa. Tout ce que j’ai réussi à percevoir avant qu’elle ne disparaisse. Acte circonstanciel ? Improvisé ? Irréfléchi ? Instinctif ? Ou encore inscrit dans sa psyché depuis toujours ? Tout ce que je sais c’est qu’aujourd’hui je suis le suspect numéro un pour la police criminelle et que quatre mots me hantent depuis cette terrible journée : « non ne dis pas ça ». Que signifient-ils ? Qui était véritablement Elsa ?
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Publié par

Date de parution

01 janvier 2023

Nombre de lectures

3

EAN13

9782383530152

Langue

Français

La chute d’elsa


Du même auteur :
Josépha
Editions La Gauloise – Août 2020
ISBN 979-10-95453-56-7
Les Ciseaux de la Couturière
Editions La Gauloise – 2021
ISBN 979-10-95453-62-8


Luc MASSARDIER
La chute d’elsa
Roman
Les Editions La Gauloise
Série La Gauloise Noire


Maquette de couverture INNOVISION
Crédit photos – Adobe stock
Tous droits réservés pour tous pays
Copyright 2023 – Les éditions La Gauloise
2474 avenue Emile Hugues, 06140 Vence
ISBN : 978-2-38353-024-4
ISSN : 2607-9666
La Chute d’Elsa


Elsa m’avait invité dimanche à midi pour déguster ses petits farcis dont elle était si fière, et que moi, je trouvais un peu trop secs. Ma journée avait bien commencé avec le soleil dans ma salle de bain et mes potes les corbeaux sur l’arbre d’en face qui n’arrêtaient pas de jacqueter. Je les aime ces oiseaux-là. On croasse ensemble, et ça vaut bien tous les bavardages du monde. Avec eux, pas de problèmes, croa, croa et ça suffit pour ne pas se sentir seul. Enfin rasé et habillé, j’étais prêt pour les petits farcis d’Elsa.
Son immeuble sur les quais, face à l’hôtel Lambert était un rêve, un rêve de perfection avec sa façade dix-huitième, majestueuse et simple. La vue qui s’offrait de son appartement suivait la Seine, ses grands arbres bordés par les hautes fenêtres comme les perles d’un collier qui n’en finit pas de s’allonger. Elsa passait beaucoup de temps sur son balcon à se laisser enlacer par sa nostalgie, nouant ses rêves dans un foulard de nonchalance où les mouettes rieuses et les pimpons des pompiers venaient lui rappeler que la vie n’était pas loin, celle où l’on circule en voiture, où l’on s’engueule et où l’on se tue. Elle me rappelait que l’institut médico-légal était tout proche de chez elle. Les mendiants avec leurs bambins couchés sur le trottoir l’horrifiaient. Chez elle c’était un autre monde, chez moi il n’y avait que les corbeaux.
L’entrée monumentale de son immeuble donnait sur un ascenseur à grillage et banquette. Poulies, chaînes, câbles, pistons, tout se mettait en branle en même temps pour hisser la cabine. On entendait en montant un grondement ténébreux sous nos pieds, et une petite sonnerie annonçait le prochain arrêt. Elsa habitait au dernier étage, mais avec quand même, trois mètres dix de hauteur sous plafond pour quatre-vingts mètres carrés où elle vivait seule et souvent triste. Je n’avais jamais vu sa chambre, elle recevait dans son salon et sa salle à manger qui donnait sur une cuisine semi ouverte. Elle mit longtemps à m’ouvrir. J’étais pourtant à l’heure ou presque, avec le gâteau et les fleurs que j’avais achetés dans le quartier. Je m’attendais à son accueil habituel toujours un peu distant et affairé, mais là, Elsa avait un air ennuyé que je ne lui connaissais pas.
- Vous n’avez pas reçu mon SMS ? Je voulais repousser mon invitation à la semaine prochaine. J’attends peut-être un ami que je préférerais voir seule. Je vous proposais de venir dimanche prochain.
Je n’avais pas regardé mes messages et, bien embêté, j’étais prêt à lui proposer de repartir, mais elle insista pour que je reste. Je n’avais effectivement pas très envie de me retaper tout le chemin que je venais de faire à pied pour arriver chez elle.
- Pas grave, je repartirai quand votre ami arrivera
- Rien n’est sûr, me rassura-t-elle, rentrez, on verra bien.
À part ce quiproquo, rien ne laissait prévoir ce qui allait se passer. Elle m’installa dans le grand canapé qui donnait sur la véranda et le balcon, et repartit s’affairer dans sa cuisine. Rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la farine , lui rappelai-je, et nous nous mirent à bavarder un moment et à vanter l’excellence de son jus d’abricot qu’elle fabriquait elle-même. Sa trop bonne humeur soudaine m’étonnait mais après tout je n’avais qu’à m’en féliciter et à en profiter. À un moment elle se leva pour aller ouvrir la baie vitrée, comme si elle voulait aérer la pièce ou respirer l’air extérieur, mais rien de plus . Elle resta un moment sur le balcon et je l’entendis juste dire : « non ne dis pas ça », mais je n’y fis pas attention. Je ne la vis pas quand elle enjamba la balustrade pour se jeter dans le vide. De sa chute, je ne vis rien, que ses vêtements qui flottèrent un court instant au-dessus d’elle et c’est tout. Je ne la vis pas non plus s’écraser sur le sol, je ne vis que son foulard qui s’envolait comme un dernier signe avant de disparaître. Je ne sais plus à quel moment j’en avais pris conscience ni ce que j’avais fait avant de me précipiter sur le balcon à mon tour, je ne sais pas. Nom de Dieu tu es folle… elle avait sauté toute seule, d’un coup, sans prévenir, et j’étais resté là, hébété devant ce balcon vide, penché au-dessus du vide, horrifié par ce qu’elle venait de faire, et cette flaque immonde qu’elle était devenue, tout en bas. Je n’arrivais pas à y croire. Se jeter dans le vide devant moi, c’était impossible, comme son corps en bas, en bouillie que les secouristes tentaient de recouvrir d’une bâche rouge. Les voitures continuaient de passer mais les passants formaient un cercle derrière les barrières de sécurité que les pompiers tentaient de faire respecter. Je voyais tout ça dans un état second, incapable de réagir.
C’est à ce moment-là qu’un type arriva en trombe dans l’appartement avec un gros manteau rouge, je ne sais pas comment. Il se précipita sur le balcon, l’air d’un fou. Il hochait la tête entre le bas de la rue et le mur où je tentais de m’appuyer. Il se penchait au-dessus du vide comme s’il allait sauter lui aussi, ou tomber. La cinquantaine, le crâne chauve, avec ce pardessus rouge qu’il n’arrêtait pas d’ouvrir et de refermer. Tout en piétinant, il s’avança vers moi et me saisit par le cou, sans que je ne puisse rien faire, pour me traîner sur le balcon où il me lâcha en s’écroulant à demi sur la rambarde. Je le vis alors allongé de tout son long tentant de se relever et de déchirer les poches de son manteau pour aller s’effondrer sur une autre chaise en poussant des gémissements, pénibles à entendre. Au milieu de ses sanglots je compris qu’il était arrivé trop tard. Les sirènes, en bas, s’étaient mises à hurler. Elsa l’avait prévenu trop tard, ce n’était pas de sa faute. En arrivant au pied de l’immeuble il l’avait vue se pencher quand elle l’avait reconnu de là-haut, et il l’avait vue enjamber le balcon pour tomber comme une masse et ma silhouette qui allait et venait devant la fenêtre. Sans réfléchir comme s’il pouvait remonter le temps et l’empêcher de sauter, il s’était engouffré dans l’immeuble pour la retenir, la consoler, la rattraper à la vie. Mais il savait bien que c’était impossible et que ce n’était pas moi qui l’avais poussée. Il l’avait vue sauter toute seule. Elsa avait sauté et ni lui ni moi ne pouvions croire ce qui s’était passé. Cinq minutes plus tôt elle me parlait encore de sa cuisine et on restait là, tous les deux paralysés d’effroi quand un nouveau coup de théâtre vint nous secouer avec l’irruption brutale au milieu de nous, d’un commando de gendarmes cagoulés, portant brassard de la BRI, ces fameuses Brigades Républicaines d’Intervention.
En un rien de temps, ils envahirent les lieux et se précipitèrent sur le type au manteau rouge pour le plaquer au sol et le menotter, le tout avec une incroyable rapidité et précision. Ils l’attachèrent et le bâillonnèrent tout en le tenant toujours en joue, et lui mirent une cagoule qui le faisait ressembler à Éléphant-Man. Surgis de nulle part, ils l’avaient neutralisé en un tour de main, dans un silence ahurissant. Moi, ils ne m’avaient pas regardé, c’est sur lui qu’ils s’étaient précipités, comme si je n’existais pas. Ils le firent ensuite asseoir avec sa cagoule sur une sorte de tabouret qu’ils avaient déplié et lui avaient menotté les jambes. Il était fait comme un rat, là devant moi qui essayais de balbutier que je voulais comprendre, mais ils continuèrent de m’ignorer. L’instant d’après, ils étaient déjà en train de repartir avec leur prisonnier, le poussant sans ménagement dans le couloir. Leur chef resta un instant avec moi et sa cagoule. Je tremblais comme une feuille. Il n’enleva rien pour s’adresser à moi et m’informer qu’il avait prévenu la police judiciaire de ma présence dans l’appartement de Elsa Woolworths au moment de sa défenestration. Je devais attendre leur intervention et n’avais pas le droit de quitter les lieux avant leur interrogatoire. Qu’est-ce que j’allais devenir ? Cela ne le regardait pas, et basta, ce fut tout. Il me faisait peur avec sa cagoule, et ça me coupait toute envie de lui en demander davantage.
Le silence lugubre qui s’installa entre nous avec la fenêtre toujours ouverte me remplit d’un nouveau vertige. J’avais peur du vide, Elsa avait sauté et c’était comme si je devais le faire moi aussi, comme si, pour sortir de ce cauchemar, je n’avais pas d’autre solution. Je voulais me pencher au-dessus du vide, voir ce qu’il y avait en bas, mais en bas ils avaient tout bâché et on ne voyait plus rien, qu’une grande tente, flottante, ses voiles et ses plis comme un cœur de dahlia tournant sur lui-même. Le vertige ! Le malaise, l’angoisse, heureusement le type de la police judiciaire arriva à ce moment. Le chef de la BRI eut quelques mots d’explication avec lui et disparut.
Le flic en civil se présenta comme l’inspecteur Alex Isorel, chargé du secteur. Il avait plutôt une bonne tête mais je restais toujours hébété. Elsa s’écrasant sur le béton faisait écran à tout le reste et je ne savais quoi répondre à cet inspecteur. Je ne comprenais plus rien.
Je me forçai à me concentrer sur ce qu’avait dit le bonhomme avant l’arrivée de la BRI. Il avait parlé d’Elsa, d’un site de rencontre avec son père qui la menaçait. Sur le coup je n’y avais pas fait attention, et je ne me souvenais pas qu’il m’en ait dit davantage là-dessus. Elsa était morte et je n’avais même pas cherché à c

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