La chapelle sous la pluie. Prix du jury Prix VSD 2015 , livre ebook

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Jean-François Berson Une chapelle sous la pluie Policier Prix du Polar 2015 Prix des lecteurs Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com     ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com     Copyright © 2015 Editions Les Nouveaux Auteurs — Prisma Média Tous droits réservés ISBN : 978-2-8195-04085 À mes enfants, mes petits-enfants   Et Françoise, la femme de ma vie. Prologue Vieux-Bourg, village blotti près de la forêt de Brocéliande, où flotte encore l’ombre mélancolique de Merlin l’enchanteur, n’est plus qu’un amas de ruines. Seuls rodent encore quelques chats faméliques et une horde de chiens hargneux. Pendant des siècles, il avait fait bon vivre au village. Mais tout le monde redoutait d’entendre sonner le tocsin. Il annonçait toujours qu’une catastrophe venait de se produire. Des décennies s’écoulèrent ainsi. Les mauvaises récoltes se succédant, les habitants désertèrent Vieux-Bourg. Le vent continue de hanter les maisons vides. Depuis bien longtemps ne résonne plus le tocsin. Même les vieux ont oublié son timbre. Chapitre I Plus personne n’empruntait la route qui reliait Vieux-Bourg à Bourg-de-Bretagne. Patiemment, l’herbe folle et la mousse s’étaient immiscées entre les pavés brillants d’usure, les écartant et les descellant impitoyablement, rendant le chemin inapte à la circulation automobile.
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Publié par

Date de parution

02 juillet 2015

Nombre de lectures

7

EAN13

9782819504085

Langue

Français

Jean-François Berson
Une chapelle sous la pluie
Policier
Prix

du Polar 2015
Prix des lecteurs
Éditions Les Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris
www.lesnouveauxauteurs.com
 
 
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex
www.editions-prisma.com
 
 
Copyright © 2015 Editions Les Nouveaux Auteurs — Prisma Média
Tous droits réservés
ISBN : 978-2-8195-04085
À mes enfants, mes petits-enfants
 
Et Françoise, la femme de ma vie.
Prologue

Vieux-Bourg, village blotti près de la forêt de Brocéliande, où flotte encore l’ombre mélancolique de Merlin l’enchanteur, n’est plus qu’un amas de ruines. Seuls rodent encore quelques chats faméliques et une horde de chiens hargneux. Pendant des siècles, il avait fait bon vivre au village. Mais tout le monde redoutait d’entendre sonner le tocsin. Il annonçait toujours qu’une catastrophe venait de se produire. Des décennies s’écoulèrent ainsi. Les mauvaises récoltes se succédant, les habitants désertèrent Vieux-Bourg. Le vent continue de hanter les maisons vides. Depuis bien longtemps ne résonne plus le tocsin. Même les vieux ont oublié son timbre.
Chapitre I

Plus personne n’empruntait la route qui reliait Vieux-Bourg à Bourg-de-Bretagne. Patiemment, l’herbe folle et la mousse s’étaient immiscées entre les pavés brillants d’usure, les écartant et les descellant impitoyablement, rendant le chemin inapte à la circulation automobile. Les trous et les chausse-trappes le rendaient tout aussi dangereux pour les deux roues, le laissant au seul usage des randonneurs et autres piétons. Les ajoncs qui le bordaient en rangs serrés interdisaient l’utilisation des bas-côtés comme voie de secours. Les imprudents et les curieux qui le prenaient n’avaient d’autre issue que de se rendre à Vieux-Bourg.
Pourtant, en ce matin de mai, une vieille guimbarde s’engagea résolument sur le chemin. Sa conductrice, une jeune femme brune, jura comme un charretier en entendant les suspensions de son véhicule protester bruyamment contre le traitement infligé. La voiture ralentit. Le rendez-vous dans le village abandonné la contrariait, mais il n’était pas question de le manquer. Elle ne reculerait pas devant les explications, dussent-elles être orageuses.
La voiture dépassa en cahotant une haie de maigres peupliers, plantés des années auparavant par les derniers habitants du hameau, dans l’espoir illusoire de se protéger contre la violence des vents d’ouest. Les maisons en ruine du village apparurent, serrées frileusement les unes contre les autres, un peu plus délabrées que depuis la dernière fois où elle était venue, quelques années plus tôt. Elle constata avec une pointe de regret que le temps n’avait pas épargné ses anciens terrains de jeux. Pour tous les enfants de Bourg-de-Bretagne, les ruines du hameau constituaient une inépuisable source de cachettes. Les adolescents les utilisaient aussi, pour la découverte des plaisirs du tabac et même, pour certains, de la coke. Tous les jeunes du village voisin avaient un jour mis les pieds dans les maisons du bourg abandonné.
La voiture s’engagea lentement entre les façades éventrées en direction de la petite chapelle, seul bâtiment toujours intact. Une poignée de villageois nostalgiques l’entretenait encore, vivant dans l’espoir de voir un jour renaître le village.
La conductrice aperçut au loin la ferme du métayer. Elle espéra passer inaperçue. Les timides avances du fermier et les regards assassins de son irascible épouse l’exaspéraient. Elle n’était pas d’humeur à se faire importuner.
Le chemin menant à la chapelle ayant lui aussi bénéficié des soins des villageois, la jeune femme put le parcourir rapidement. La guimbarde s’arrêta dans un grincement de freins martyrisés, mais sa conductrice ne descendit pas immédiatement, inspectant soigneusement les alentours de la chapelle. Personne ! Elle maugréa. Si elle n’avait jamais subi de remords d’en avoir généreusement distribué elle-même, elle ne supportait pas qu’on lui pose un lapin. Surtout pas aujourd’hui…
Elle ouvrit la portière en grimaçant, tant celle-ci se révélait pénible à manœuvrer. Sa minirobe remonta, laissant apparaître de longues cuisses bronzées. Elle la rabattit d’un geste rageur, prenant conscience d’avoir effectué un mauvais choix. Cette robe ne convenait pas à son rendez-vous.
Elle frissonna. Un petit vent aigre, venu de l’ouest, annonçait pour un avenir proche la grande spécialité bretonne : d’interminables journées de crachin. Une nouvelle occasion pour la jeune femme d’émettre une série de jurons particulièrement orduriers.
Elle s’approcha à pas lents de la chapelle. Elle appela, mais déjà son opinion était faite. On lui avait bel et bien posé un lapin. Elle hésita un instant sur la conduite à tenir. Son orgueil lui ordonnait de rebrousser immédiatement chemin, mais elle décida d’accorder quelques minutes de sursis à son rendez-vous. Elle était elle-même une spécialiste du retard. Cette rencontre revêtant une importance particulière, il ne pouvait être question de la remettre.
La chapelle l’attirait irrésistiblement. Elle se souvint avec un peu de nostalgie de ses premières rencontres amoureuses, à l’abri de ses murs, lorsqu’ils servaient de refuge à des ébats pas toujours très innocents. Elle avait souvent dû insister pour que les garçons acceptent de furtives étreintes dans l’intérieur frais et sombre du bâtiment. Même ceux qui se prétendaient athées n’aimaient pas faire « ça » dans la maison de Dieu. Un sourire fugace flotta sur ses lèvres. Leurs hésitations ne duraient jamais bien longtemps. C’était dans cette chapelle, entre ses murs sombres et gris, qu’elle avait peu à peu pris conscience de son pouvoir sur les hommes.
D’un mouvement souple, elle enjamba la murette du cimetière. Maintenant certaine que son rendez-vous ne viendrait pas, elle désirait marcher un peu sur les traces de son enfance. Elle contourna la masse grise du bâtiment, retrouva les mêmes graffitis obscènes que par le passé. Elle contint un sourire. Les enfants d’aujourd’hui n’avaient pas plus d’imagination que leurs parents…
Une rafale de vent frais rompit le charme. Elle se demanda soudain ce qu’elle faisait là, à attendre un rendez-vous manqué. Elle avait autre chose à faire, des choses autrement plus intéressantes. Un coup d’œil à sa montre lui rendit le sourire. En se pressant un peu, elle aurait peut-être le temps de le voir.
Elle contourna le buisson épais qui masquait partiellement la porte de la chapelle et se dirigea vers le portillon rouillé destiné à fermer le cimetière. Une nouvelle rafale de vent la fit frissonner. Sa robe légère, si elle mettait sa silhouette en valeur, ne valait rien contre le froid. Nouvelle occasion pour elle d’insulter son rendez-vous.
Elle poussa le portillon en prenant soin de ne pas accrocher la robe aux buissons épineux qui l’obstruaient en partie. Il s’ouvrit plus facilement que prévu. Ce qui se passa ensuite, elle ne le comprit pas. Elle eut l’impression de recevoir une ruade dans le dos, perçut au même instant le bruit assourdissant d’une détonation. Avant de toucher le sol, elle avait cessé de vivre.
Chapitre II

Le curé pressa le pas. La mère Richon, une des plus redoutables commères du village, venait d’apparaître au coin de la rue. À son visage fermé et à son allure décidée, il devina qu’elle venait de trouver une nouvelle victime sur laquelle elle pourrait déverser son venin. Il bifurqua vers la rue de Rennes, en direction de la Grand-Place. Mais la vieille le connaissait trop bien : jamais elle ne se laisserait distancer par sa ruse. Malgré son âge, elle était encore capable de trottiner. Le curé comprit vite qu’il ne pourrait lui échapper. Avec un soupir de résignation, il se tourna vers la commère et colla un sourire de bienvenue sur son visage. La vieille ne perdit pas de temps. Après les salutations d’usage et quelques propos anodins, elle jugea le moment opportun pour déverser son fiel.
— Il faut que je vous dise, Monsieur le curé, il se passe de bien vilaines choses dans notre village. Je pense qu’il serait bon que vous agissiez.
— Allons bon, répondit l’homme d’Église. Auriez-vous remarqué des choses qui m’auraient échappées ?
— Je n’ai rien vu personnellement, déclara la vieille, mais grâce à quelques amies, rien ne nous échappe à Bourg-de-Bretagne. C’est ainsi que nous avons eu vent des agissements de madame veuve Kervévan. Savez-vous que…
La commère se lança dans une histoire d’infidélité conjugale parfaitement imaginaire. En tant que prêtre, le père Luc était parfaitement au courant de tout ce qui se passait dans sa paroisse. Estelle Kervévan, jolie quadragénaire au visage souriant, représentait une cible commode pour les nombreuses commères que comptait Bourg-de-Bretagne. Elle ne pouvait échanger un regard avec un homme ou se vêtir légèrement sans déclencher les bavardages de ces terribles langues de vipères. Le père Luc décida de couper court.
— N’oubliez pas, madame Richon, dit-il aimablement, que je suis le curé de ce village. J’ai entendu madame Kervévan en confession et je peux vous assurer de la pureté de son âme. Par contre, chère amie, il me semble que vous m’ayez caché, lors de votre confession, quelques pensées bien peu chrétiennes.
Il ne risquait rien à affirmer de telles choses. Chaque être humain cache en lui un côté sombre. La vieille mégère ne faisait pas exception. Sous l’œil ironique du prêtre, son teint déjà rougeaud vira à l’écarlate et elle dut détourner son regard.
— Bonne journée, madame Richon, dit le père Luc en s’éloignant. Et si par hasard vous croisez vos amies, n’oubliez pas de leur affirmer que madame Kervévan est une excellente chrétienne.
Délaissant la commère clouée sur place, il se dirigea résolument vers le bar-tabac de la Grand-Place. Un petit blanc lui ferait le plus grand bien et l’aiderait à oublier les encombrantes bigotes de la paroisse.
Le troquet était presque vide. Antoine Joubioux, dit Tony, le barman, discutait paisiblement avec Donati

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