L'Idole noire , livre ebook

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Chaque jour, ils viennent au palais de Minori.
Ils espèrent recevoir du Maître une enveloppe, de l’argent, ou mieux encore, découvrir l’endroit où se trouve l’Idole Noire, l’inestimable aquatinte de Frantisek Kupka. Et puis les voilà noyés dans un drame de famille. La mort les cueille …
Dans ce polar glacial comme les couloirs du palais où il se déroule, Stéphane Héaume (La nuit de Fort-Haggar, Le clos Lothar) s’attaque à la mégalomanie des génies.
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Publié par

Date de parution

13 juin 2011

Nombre de lectures

8

EAN13

9782918602132

Langue

Français

L'Idole noire
Stéphane Héaume
ISBN 978-2-36315-241-1

Juin 2011
Storylab Editions
30 rue Lamarck, 75018 Paris
www.storylab.fr
Les ditions StoryLab proposent des fictions et des documents d'actualit lire en moins d'une heure sur smartphones, tablettes et liseuses. Des formats courts et in dits pour un nouveau plaisir de lire.

Table des mati res

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Biographie
Dans la m me collection
Chapitre 1
By a route obscure and lonely, Haunted by ill angels only,
Where an Eidolon, names NIGHT, On a black throne reigns upright…
Par une sombre route déserte, hantée de mauvais anges seuls, où une Idole, nommée Nuit, sur un trône noir règne debout…
Edgar Poe (1809–1849)
Poems /Poèmes
Dreamland /Terre de Songe (1844)


Je n’ai mis personne dans ma confidence : à la vérité, à mon âge, il est trop tard, on ne parle pas des crimes anciens, on les tait, on les étouffe avec honte dans la brume lourde des morts et des secrets.
Si j’ai décidé, ce matin, de m’installer à mon bureau devant la plus haute fenêtre du palais pour relater ces journées douloureuses, ce n’est pas que je tienne à rédiger mon testament – celui-ci est définitif et depuis longtemps en lieu sûr dans l’étude du notaire de Minauri – ; non, c’est qu’il est grand temps d’y voir clair (si je puis dire, car les reflets du soleil sur le lac, en contrebas, m’aveuglent par intermittence) dans les motifs qui m’ont conduit précisément à ce bureau, soixante-dix ans après le drame, dans les mêmes lieux, au cœur de cette prison splendide dont les murs ont renvoyé l’écho de mes premiers cris et recueilleront la couleur de mon dernier souffle.
Edgardo vient de déposer sur le guéridon mon café et une coupe d’ananas frais ; j’entends les oiseaux chasser le long des rives, je suis étonnamment accordé au jour, tout est bien, calme ; je peux laisser monter en moi l’image primordiale, cause de tout, celle qui nous a tous hantés, qui a tout déclenché, l’image d’une gravure à présent oubliée : une aquatinte d’un format sans prétention qui fit plus de ravages en un mois qu’en un siècle la série de toiles maudites Die Intrige du romantique et génial Kaspar Koetz, je veux parler de L’Idole Noire, du peintre tchèque František Kupka.

Jusqu’à cet hiver-là, jamais ne m’avait traversé l’idée que le principe de toute gravure portait en soi les signes du meurtre. Pointe du graveur ou dague du criminel, le résultat est le même : on soustrait. On supprime. On ôte. Derrière le burin, le surin. Sous l’acide, le sang. Le grain de la peau se mêle au grain de la résine. Dans les deux cas, ce même mot d’ordre : refroidir.
Le rapprochement est devenu évident le jour de ma dix-huitième année, ce jour funeste où il me fut permis, pour la première fois, enfin, de sortir du palais.

Quelques mots d’abord sur cette gravure. Pour s’en faire une représentation fidèle, il faut en premier lieu remplir son imaginaire de noir, de gris et de blanc. Non point d’un blanc pur ; mais d’un blanc sépulcral et comme d’abandon – le blanc de la désolation. Au premier plan, voici une étendue d’eau retenue par un parapet circulaire, laiteux, doublé de douves. L’eau est calme, parcourue d’un faible clapotis. Une lumière lunaire s’y reflète. Sur le parapet, à gauche, se dresse une sorte de borne en ruine. Elle signale, peut-être, l’entrée d’un domaine. Ses contours rappellent la silhouette d’une bête de pierre ou celle d’un être humain de petite taille, assis, les genoux rassemblés sous le menton, serrés dans ses bras. La tête, elle, est dissimulée sous une capuche blanche. Bien qu’un peu inquiétant, ce premier plan ne fait qu’introduire le sujet de la gravure, positionné dans le fond : l’imposante masse d’une statue mordant les sillons d’un ciel gris et opaque. Cette masse formidable qui a la noirceur friable d’un tison, ce n’est pas un dieu grec, c’est un monstre mythologique dont la hauteur défie celle des pyramides d’Égypte. Le monstre en question ne se tient pas debout mais assis sur un trône tout droit surgi des ténèbres. Ses mains en appui sur les accoudoirs se détachent lourdement sur le ciel, en avant. Des mains ? Ce sont des griffes – les serres du Mal (et je pèse mes mots) –, entrouvertes, prêtes à saisir l’insaisissable, sur la terre comme au ciel, figées comme la tête de l’idole : une tête large et sans cou en forme de sphinx, au rictus crispé, menton levé vers les nuées, sur le qui-vive. Cette tête cherche sa proie d’un œil blanc, allumé de l’intérieur. Et cet œil sans pupille, taillé par un diamantaire, constitue le seul point lumineux mais ô combien terrifiant de ce monolithe aux aguets.

Pour revivre les événements, il me coûte peu de me projeter dans l’état de claustration absolue qui fut le mien à cette époque et qui a rendu plus vive, c’est certain, ma douleur de jeune homme. Un être sain qui aurait connu le dehors n’aurait peut-être pas vécu ces heures avec une telle violence. Seulement, tel un détenu né dans une geôle, je ne connaissais alors que le dedans , les règles du dedans, c’est-à-dire celles imposées par le Maître. Mais commençons par le début.

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