Deux jambes qui pendent comme un onze , livre ebook

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Favreau est à Amsterdam pour assister à un colloque, mais surtout pour échapper à son quotidien qui le rend colérique et malheureux. Il y croise une femme qu’il a connue adolescent et qu’il accuse soudain d’avoir gâché sa vie. Qu’est-il arrivé jadis qui lui fasse perdre les pédales aujourd’hui?
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Publié par

Date de parution

27 juillet 2022

Nombre de lectures

0

EAN13

9782764447192

Langue

Français

Du même auteur
Es-tu prêt à tuer pour moi ? , Éditions Michel Brûlé, 2017.
Es-tu prêt à flamber pour moi ? , Éditions Michel Brûlé, 2016.
Es-tu prêt à trahir pour moi ? , Éditions Michel Brûlé, 2015.
Es-tu prêt à mourir pour moi ? – satire d’une romance , Éditions Michel Brûlé, 2014.
Les rois conteurs , Éditions Michel Brûlé, 2011.
Nouvelles
« L’art de la création », Solaris , n° 221, 2022.
« Jeu à somme nulle », Brins d’éternité , n° 58, 2021.
« Nouvelle représentation », Solaris , n° 213, 2020.
« Manifeste 2113 », Solaris , n° 212, 2019.
« Leçon d’histoire », Solaris , n° 208, 2018.
« Le poids de l’eau », Brins d’éternité , n° 51, 2018.
« L’orée d’un crime », Moebius , n° 157, 2018
« La cage de l’amour égoïste », Solaris , n° 204, 2017.
« Le jour où les livres se mirent à s’écrire seuls », Solaris , n° 201, 2017.
« L’homme qui avait froid », Moebius , n° 141, 2014





Projet dirigé par Marie-Noëlle Gagnon, éditrice

Conception graphique : Nathalie Caron
Mise en pages : Damien Peron
Révision linguistique : Sophie Sainte-Marie
En couverture : Ali Gulec, Glitch Legs
Conversion en ePub : Fedoua El Koudri

Québec Amérique
7240, rue Saint-Hubert
Montréal (Québec) Canada H2R 2N1
Téléphone : 514 499-3000

Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada.
Nous remercions le Conseil des arts du Canada de son soutien. We acknowledge the support of the Canada Council for the Arts.
Nous tenons également à remercier la SODEC pour son appui financier. Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC.


Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre : Deux jambes qui pendent comme un onze / Frédéric Parrot.
Autres titres : 2 jambes qui pendent comme un 11
Noms : Parrot, Frédéric, auteur.
Collections : Collection Littérature d’Amérique.
Description : Mention de collection : Littérature d’Amérique
Identifiants : Canadiana (livre imprimé) 20220011338 | Canadiana (livre numérique) 20220011346 | ISBN 9782764447178 | ISBN 9782764447185 (PDF) | ISBN 9782764447192 (EPUB)
Classification : LCC PS8631.A768 T46 2022 | CDD C843/.6—dc23

Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2022
Dépôt légal, Bibliothèque et Archives du Canada, 2022

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés

© Éditions Québec Amérique inc., 2022.
quebec-amerique.com


Choisir entre tous les gens qui m’entourent
Comment faire une telle preuve d’amour ?
Jean Leloup Je joue de la guitare


1
Je n’ai pas l’habitude d’aborder les étrangers, mais j’aimerais me joindre à vous. C’est gentil. Ça fait deux soirées que nous partageons cette terrasse, chacun en solitaire, alors je me suis dit… Voilà ! Je vous offre un café ?
Un thé, très bien.
J’ai dit « chacun en solitaire », mais nous savons que c’est inexact. C’est d’ailleurs ce qui me donne le courage de vous accoster aujourd’hui : je vous ai entendue, hier, discuter ici même avec cette jeune Française.
Qui était très jolie, vous avez parfaitement raison.
Elle n’avait que seize ans ? Wow ! Et dire qu’elle a l’audace de voyager seule dans ce monde fou…
2
À vingt et un ans, il voyagea en solitaire durant neuf mois. « En sac à do s » , qu’il disait. Il ne disait pas que c’était une fuite.
Le monde venait de basculer. Il y avait eu le 9/11 . Elle avait bousculé son monde à la même date. Le 11 septembre 2001. Drôle de coïncidence, qu’il trouvait triste.
Cette conjonction des événements l’empêcha de déguster convenablement les deux drames. L’effondrement des tours et celui de ses espoirs amoureux mêlèrent leur amertume pour donner une rage insipide, astringente jusqu’à la nausée, qu’il ne sut jamais partager.
Elle s’appelait Constance, celle de l’attentat sentimental. Il disait « Chlore » comme dans Ducharme, mais pas assez au goût de sa langue, qui se languissait de se corroder en confidences et en French kiss .
Il atterrit seul à Paris le 28 septembre 2001. Son objectif : être ailleurs. Il n’avait pas de réservation. Aucun itinéraire. Qu’un sac à dos trop plein et un compte de banque bien garni pour l’universitaire qu’il était. Paroles de Prévert pour combler les silences. Et du ressort dans les mollets.
Il poussa jusqu’à Naples au sud, jusqu’à Vienne à l’est, puis au nord jusqu’à Amsterdam. Tout sur le pouce. Les griseries de la liberté lui firent vite oublier les raisons de son départ hâtif. Celles de la bière pas chère également.
Il fut pris d’une passion soudaine, aussi terrible que l’avait été sa rage post-11 septembre, pour le clair -obscur en peinture, et notamment celui des grands maîtres hollandais. Il aimait à se perdre dans les abysses que suggéraient leurs tableaux. Il les peuplait de monstres, bien abrités sous le couvert du réalisme des sujets. Le passe-temps était plus décent que de se rincer l’œil dans le Red Light.
Amsterdam le pétrit six semaines. Sa jeunesse exaltée se nourrit des vibrations de la ville, de son magnétisme émancipé, de sa chaleur intangible mêlée aux embruns de la mer. Il rêva d’y passer sa vie, dans un logement du Jordaan, à peindre des nuits éclaboussées par la danse de flammes nues et à pondre des poèmes grivois pour de jolies cyclistes aux yeux bleus. Il se trancherait une oreille pour cette Américaine rencontrée à Lausanne. Barbara. Il refuserait d’accumuler du capital, de boire du Coke, d’enrichir l’atmosphère en gaz à effet de serre et de raser l’Amazonie. Il se mettrait à l’absinthe et trépasserait à vingt-sept ans dans une misère qui déboucherait sur une gloire éternelle.
Il osa confier ces envies à quelques compagnons de beuverie. Finalement, ses amis de Québec lui manquè rent, et il rentra chez lui. Il crut que c’était la chose à faire, sans prendre conscience que d’autres choix s’offraient à lui, convaincu que la maison était plus que du bois, de la brique et du bardeau. Qu’il devait quelque chose à son terroir.
Il se dit qu’il reprendrait l’université à la session suivante.
Que Chlore se tannerait de Pépé.
Sur la rive du canal Bloemgracht, il déposa une révolte en chrysalide. Elle y mourut. Le Jordaan n’aura été pour lui qu’une hypothèse fantasmatique.
3
Exact : c’est moi qui, hier, ai « envoyé valser le jeu d’échecs », comme vous dites. Les noirs comme les blancs, vlan ! d’un grand coup d’avant-bras. Vous avez constaté que ç’a causé toute une commotion sur la terrasse.
Ce sont les échiquiers posés sur chacune des tables qui m’ont attiré ici la première fois. On me dit couramment que jouer avec de véritables pièces est une habitude démodée. Vieillotte ou pas, je n’ai aucune envie de m’en départir. Je sais, je sais, puisque je suis souvent seul, j’aurais avantage à jouer sur mon téléphone, mais affronter la machine me rebute. C’est une tricheuse. Si elle ne gagne pas chaque partie, c’est parce qu’elle possède des algorithmes dont le rôle est de flatter l’adversaire organique. Ils l’obligent à commettre des erreurs malgré sa puissance de calcul. Ils évitent de froisser l’orgueil humain. Toute victoire remportée contre un programme, pour un joueur de mon calibre, est le triste résultat d’une pitié numérique. Je refuse un tel triomphe et préfère jouer seul.
Jouer seul est inexact, car je n’ai jamais réussi à m’affronter moi-même. Je m’y essaie parfois, mais je finis toujours par rendre les deux armées complices à l’avantage des blancs.
J’ai donc imaginé d’autres moyens de me divertir en solitaire. Hier, par exemple, je m’exerçais à contrer les ouvertures curieuses répertoriées dans ce livre quand un fait choquant m’a frappé : le premier coup d’une partie d’échecs est le seul qui soit totalement libre. Tous les suivants sont conditionnés par la disposition des pièces sur la matrice.
Ce que je fais des règles ? Oui, bien sûr, même l’ouverture est soumise aux conventions qui régissent le déplacement des pièces, mais rien ne peut exister sans règles fondatrices. L’Uni vers a ses constantes, et la vie, l’ADN. Une fois cela admis, la partie peut commencer.
C’est donc à jouer à mon petit jeu que je me suis énervé. Le fait choquant m’a happé et, vlan ! mon avant-bras a décimé les armées de bois.
Vous trouvez que le motif est mince pour un tel accès de rage publique ? Vous savez ce que c’est : une idée conduit à une autre, et le cœur s’en mêle, et le corps s’emballe…
Bien sûr que je ne vous dis pas tout : nous nous connaissons si peu. Mais plus que vous le croyez. Laissez-moi vous surprendre : vous souvenez-vous de moi ? Nous nous sommes déjà rencontrés. Il y a vingt ans.
4
Le Jordaan ne lui offre plus que des impressions prosaïques. Les rues sont des rues. Les ponts sont des ponts. Les bancs publics, des bancs publics. Nulle merveille ne flotte sur les canaux opaques. Que des péniches amarrées. Même celles garnies de fleurs n’ont plus rien de magique. Il n’y voit que des bateaux et des pétales multi colores.
Il flâne le long du Lijnbaansgracht sous un ciel sans limites. L’air tiède est cristallin.
Il ne remarque plus l’odeur de pierre humide qu’exhalent les fondations de la cité. Mêlée à celle du pot, elle l’avait chaviré quand il rêvait de peinture, de poèmes et d’absinthe.
Il avait vingt-deux ans.
Il en a maintenant trente-sept.
Les rangées ininterrompues de maisons à pignons suscitent encore chez lui une émotion, une admiration lénifiante pour cette architecture unique, mais les façades étroites ne recèlent plus les possibles que son imagination de jeune homme fourrait derrière celles-ci en 2002.
Il a déserté la poésie.
La lame de rasoir de Van Gogh ne fréquente plus ses désirs.
L’hypothèque sur son condo d’une banlieue de Vancouver lui interdit la bohème à perpétuité dans une mansarde d’Amsterdam.

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