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Jean-Christophe Tixier Dernière station Policier Prix des lecteurs Prix du polar 2010 Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com Copyright © 2013 Editions Les Nouveaux Auteurs — Prisma Média Tous droits réservés ISBN : 978-2-819501-25-1 Prologue La première panne a été brève ; à peine le temps pour ses muscles de se raidir sous l’effet de la surprise, puis la lumière est revenue. Aveuglante et rassurante. Un sourire s’est aussitôt dessiné sur son visage. La seconde vient de plonger l’appartement dans le noir ; une obscurité que la répétition rend plus épaisse. Elle se tient figée, debout au milieu du salon. De ses bras, elle enveloppe son propre corps et tente d’étouffer une peur idiote qu’elle ne peut dominer. Elle traverse la pièce, s’approche de la fenêtre. La rue n’est plus que ténèbres, dans lesquels se perdent les immeubles d’en face. Elle abaisse ses paupières, les rouvre, renouvelle l’opération pour permettre à ses yeux de s’habituer à l’obscurité. Elle scrute la nuit. À la recherche du moindre point lumineux, même minuscule, qui pourrait la rassurer. Mais l’extérieur forme un tout sans contour qui ouvre sur le néant. Quand un éclair zèbre le ciel, elle sursaute, et dans l’instant le tonnerre claque, d’un coup sec qui fait trembler le plancher. D’un bond, elle s’éloigne de la fenêtre.
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Date de parution

25 juillet 2013

Nombre de lectures

8

EAN13

9782819501251

Langue

Français

Jean-Christophe Tixier
Dernière station
Policier
Prix des lecteurs Prix du polar 2010
Éditions Les Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com
Copyright © 2013 Editions Les Nouveaux Auteurs — Prisma Média Tous droits réservés
ISBN : 978-2-819501-25-1
Prologue

La première panne a été brève ; à peine le temps pour ses muscles de se raidir sous l’effet de la surprise, puis la lumière est revenue. Aveuglante et rassurante. Un sourire s’est aussitôt dessiné sur son visage.
La seconde vient de plonger l’appartement dans le noir ; une obscurité que la répétition rend plus épaisse. Elle se tient figée, debout au milieu du salon. De ses bras, elle enveloppe son propre corps et tente d’étouffer une peur idiote qu’elle ne peut dominer.
Elle traverse la pièce, s’approche de la fenêtre. La rue n’est plus que ténèbres, dans lesquels se perdent les immeubles d’en face. Elle abaisse ses paupières, les rouvre, renouvelle l’opération pour permettre à ses yeux de s’habituer à l’obscurité. Elle scrute la nuit. À la recherche du moindre point lumineux, même minuscule, qui pourrait la rassurer. Mais l’extérieur forme un tout sans contour qui ouvre sur le néant. Quand un éclair zèbre le ciel, elle sursaute, et dans l’instant le tonnerre claque, d’un coup sec qui fait trembler le plancher. D’un bond, elle s’éloigne de la fenêtre. La menace, pourtant aussi absurde qu’irréelle, lui paraît moins pesante au milieu de la pièce.
Par intermittence, le faisceau des phares des voitures illumine le petit appartement. Des lueurs fugaces et des ombres mouvantes hantent alors les murs. Dans une grimace qui tord sa bouche, elle retient une montée de larmes. Mais se ressaisit. Et devant l’absurdité de la situation tente un sourire. Tu es tellement bête ma pauvre, secoue-toi ! Elle est stupide, elle en a bien conscience. Froussarde aussi, à sursauter au moindre bruit que le silence, qu’elle hait tant, amplifie avec un malin plaisir. L’angoisse du noir et des cauchemars qui s’y fondent.
Elle fouille dans la poche de son pantalon et en extirpe un briquet. D’un mouvement nerveux du pouce, elle fait jaillir la lumière. La faible clarté dissipe un peu ses craintes. C’est loin du réconfort d’une main qui prendrait la sienne, mais elle n’a pas mieux. Alors elle accroche son regard à cette petite flamme qui remet un peu de vie dans cet appartement qu’elle a toujours cherché à rendre douillet. Mais sous ses doigts les pièces métalliques chauffent, et très vite la molette crantée mord son pouce. La douleur est vive. Trop pour continuer à résister. Et dans un cri que l’obscurité absorbe, elle lâche le briquet. Elle porte son doigt à la bouche pour soulager la brûlure. Le pouce retrouve sa place enfantine. Y reste. Elle ne s’en rend pas compte.
De la cuisine lui parvient le gargouillis de la chaudière qui s’est arrêtée. Sans électricité, plus rien ne fonctionne. Ni chauffage, ni appareil de cuisson. Elle n’a même pas une bougie en réserve dans un fond de tiroir. Elle n’ose plus bouger. Lui revient alors en mémoire la sérénité du visage de sa mère, dans la lueur lancinante de la bougie, celle qu’elle allumait à chacune de ces pannes trop nombreuses dans la maison de vacances de son enfance. Reviennent aussi les paroles de la comptine chantée à l’époque par sa mère. Alors elle en fredonne les douces paroles, mais cela sonne faux. Pour contenir une nouvelle montée de larmes, elle ferme les yeux.
Un nouvel éclair déchire les ténèbres, illumine l’appartement. Elle compte lentement. Un… deux… trois… quatre. Un coup de tonnerre moins violent roule et résonne de longues secondes. L’orage s’éloigne, mais cela ne suffit pas à la tranquilliser. Les loups de ses cauchemars d’enfance n’ont jamais existé, scande-t-elle alors mentalement, comme une formule magique destinée à éloigner les mauvais esprits. Que ferait un loup solitaire et sauvage en pleine ville…
Les gouttes mêlées de grêle tambourinent sur le vitrage côté rue. Elle hésite : attendre là, ou se précipiter chez ses voisins pour étouffer cette angoisse qui rôde en elle, prête à surgir, à lui agripper la gorge. Celui du dessus est un type poisseux et malsain, qui la poursuit de ses assiduités. Il lui ouvrira sa porte, trop content de l’accueillir, mais il dégoulinera d’arrière-pensées. Non, elle refuse de les alimenter. En dessous, habite un jeune couple. Lui est commercial, elle étudiante en droit. Des gens sympas, même s’ils n’échangent pas plus de quelques mots quand ils se croisent dans l’escalier, mais trop rationnels pour comprendre ses craintes ; elle ne veut pas aller jouer les peureuses. Elle restera donc chez elle. Et puis une panne ne peut pas durer bien longtemps au cœur de Paris, se raisonne-t-elle. Oui, être brave, une fois dans sa vie. À trente-trois ans, il serait temps qu’elle grandisse un peu. À tâtons, elle cherche le briquet échappé plus tôt. Ses mains courent sur le parquet, rencontrent le tapis hérité de sa grand-mère, butent sur le côté du canapé. Ses doigts sentent les formes, son cerveau crée les images. Elle garde les yeux ouverts, n’y voit pas plus que derrière des paupières closes, mais cela la rassure.
Le briquet est introuvable.
Et si cela devait durer des heures…
De l’étage inférieur montent des bruits sourds qu’elle ne peut identifier avec précision ; d’infimes traces de vie. Elle se remet debout, décidée à aller frapper chez ses voisins, et tant pis pour la honte. Mais la perspective d’emprunter l’escalier plongé dans le noir brise son élan. Sa poitrine se soulève au rythme de sa respiration qui maintenant s’emballe. Comme son cœur d’ailleurs, qui bat tel un poing rageur.
Et alors qu’elle ne l’espérait plus, tout repart enfin ; le lampadaire halogène offert par ses collègues pour ses trente ans crache à nouveau sa lumière. Une agression pour les yeux, mais un soulagement pour le reste de son être. Qu’est-ce que j’ai pu être bête , pense-t-elle.
Elle entend sa propre voix sur le répondeur qui se réinitialise, puis le glouglou rassurant de la chaudière qui redémarre. Les fenêtres de l’immeuble d’en face s’éclairent. Elle n’est plus seule. La vie reprend.
Elle pose le regard sur chacun des objets familiers dont elle a, au fil des années, décoré son salon. S’attarde sur le vase rouge en pâte de verre qu’elle aime tant. Enfin de la couleur. Une à une les tensions se relâchent. Les peurs s’envolent comme une nuée de moineaux quand on claque les mains. Elle fonce vers la cuisine se préparer une soupe ; de quoi finir de l’apaiser. Elle remplit la bouilloire, la branche, verse dans un bol la poudre qui deviendra bouillon, et sourit. Elle se promet d’acheter des bougies… au cas où.
Elle tire sur la prise de la bouilloire qui s’est mise à siffler, quand elle entend frapper avec insistance à sa porte.
— Bonjour.
— Bonsoir, répond-elle.
— Il y a eu…
— Une panne, le coupe-t-elle. Oui une panne, répète-t-elle en riant.
Son trop-plein d’angoisse dégénère en joie exagérée. Il est surpris par cet accueil chaleureux. Un pressentiment ? Sait-elle qu’il vient la délivrer ? Elle l’invite à entrer, sans savoir pourquoi. Certainement l’euphorie de la lumière retrouvée. Il est un peu désorienté. Hésite. Il n’avait pas prévu les choses ainsi. Il s’approche d’elle. Elle est fascinée par ce regard si clair. Un gris pâle qui la saisit par sa froideur. Il la défie, les yeux dans les yeux, et continue à avancer. Elle prend peur. Un cri silencieux s’échoue au fond de sa gorge. Elle recule. Il fait un nouveau pas en avant. Elle en fait deux en arrière, heurte le canapé et se retrouve assise. La surprise l’enfonce dans son mutisme. Son sourire figé la terrorise. Une imposture destinée à me rendre docile , pense-t-elle. Elle ne comprend pas que mon sourire est sincère , songe-t-il.
Il se tient devant elle, immobile. Elle bascule à genoux et implore en silence, les mains jointes comme une communiante. Elle ne peut articuler la moindre parole, ni émettre le moindre son. Les larmes coulent sur son visage et dessinent de légères traînées noires. Le mascara est de mauvaise qualité, et les flots trop abondants. Des incantations bouillonnent dans son esprit. Elle supplie, hurle en silence à qui viendra l’aider. Ses yeux embués ne lui permettent pas de distinguer les traits de cet homme, et enveloppent la scène d’un flou qui la rend irréelle.
Puis c’est le noir. Elle étouffe. Il presse un coussin sur son visage. Il pèse une tonne. Une aspiration vaine. Les poumons qui réclament. Les idées qui se brouillent. Le corps qui se défend. Secousses instinctives. Anéantissement des sens. C’est fini.
Tout commence , pense-t-il.
1

Il ne savait pas où ses pas l’emmenaient, et s’en moquait. Les écouteurs vissés dans les oreilles, il marchait sans but ; exilé dans le jazz, volume à fond pour tenter de couvrir le vacarme qui régnait dans sa tête. Il se laissait porter par la foule qui avait repris possession de la rue dès l’orage terminé. Des nuées joyeuses s’engouffraient dans les artères adjacentes, en quête d’un bar ou d’un resto, prémices d’une nuit d’insouciance et de plaisirs immédiats. Le quartier Bastille regorgeait de ces établissements où se pressait une population jeune et éclectique. Jeune ; il les trouvait tous jeunes.
Les flaques démultipliaient les lumières des néons, et donnaient à la rue un air de foire. Il se sentait vide. Tout sauf rester dans son appartement, face à lui-même, face à celui pour lequel il n’avait à cet instant pas beaucoup de considération. La rue comme refuge.
Un air vivifiant lui caressa les joues, pur, lavé de sa crasse habituelle par les trombes de flotte qui venaient de s’abattre sur la ville. Il aurait bien poussé vers la Seine pour traîner sur les quais, puiser dans le fleuve la sérénité dont il manquait, mais redoutait la faune qui y errait la nuit. Dans son état, l’agressivité serait sa seule réponse au premier qui l’accosterait. Ce n’était

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