Au bout de la nuit - Gagnant prix Femme Actuelle 2019 , livre ebook

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Bruno Bouzounie AU BOUT DE LA NUIT Gagnant du grand prix 2019 Thriller Éditions Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com Copyright © PRISMA MÉDIA / 2019 Tous droits réservés ISBN : 978-2-8195-0590-7 À mon épouse, la lumière dans ma nuit. « Et je déplorais davantage la flétrissure de mon nom que celle de mon corps. » Abélard Prologue Vendredi 21 avril 1978 L’air frais entrait par les vitres ouvertes du véhicule. Plus rien ne laissait penser qu’il avait fait si beau, si chaud quelques heures auparavant. Plus rien n’existait à vrai dire des heures précédentes. La nuit avait tout englouti comme un monstre avide et froid. La voiture avançait de façon chaotique. Par moments, on eût dit qu’une roue allait sortir de son logement comme un fémur trop sollicité l’aurait fait d’une hanche fatiguée. Mais la vieille carcasse métallique tenait bon et poursuivait sa progression sur le chemin de terre, secouant ses occupants au rythme des ornières et des talus. Dans l’habitacle, aucun bruit ne venait contrarier les hoquets du moteur. Pas de paroles pour offrir un répit au silence, pas de musique pour accompagner les insectes. Seul le diesel hoquetant du vieux pick-up résonnait entre les arbres. Deux hommes étaient assis sur la banquette avant. La pleine lune dessinait des ombres bleues sur leur visage.
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Date de parution

16 mai 2019

Nombre de lectures

2

EAN13

9782819505907

Langue

Français

Bruno Bouzounie
AU BOUT DE LA NUIT
Gagnant du grand prix 2019
Thriller
Éditions Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris
www.lesnouveauxauteurs.com
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex
www.editions-prisma.com

Copyright © PRISMA MÉDIA / 2019
Tous droits réservés
ISBN : 978-2-8195-0590-7
À mon épouse, la lumière dans ma nuit.
« Et je déplorais davantage la flétrissure de mon nom
que celle de mon corps. »
Abélard
Prologue

Vendredi 21 avril 1978
L’air frais entrait par les vitres ouvertes du véhicule. Plus rien ne laissait penser qu’il avait fait si beau, si chaud quelques heures auparavant. Plus rien n’existait à vrai dire des heures précédentes. La nuit avait tout englouti comme un monstre avide et froid.
La voiture avançait de façon chaotique. Par moments, on eût dit qu’une roue allait sortir de son logement comme un fémur trop sollicité l’aurait fait d’une hanche fatiguée. Mais la vieille carcasse métallique tenait bon et poursuivait sa progression sur le chemin de terre, secouant ses occupants au rythme des ornières et des talus. Dans l’habitacle, aucun bruit ne venait contrarier les hoquets du moteur. Pas de paroles pour offrir un répit au silence, pas de musique pour accompagner les insectes. Seul le diesel hoquetant du vieux pick-up résonnait entre les arbres.
Deux hommes étaient assis sur la banquette avant. La pleine lune dessinait des ombres bleues sur leur visage. Les traits figés faisaient penser à des masques.
— Tu crois pas que nous faisons trop de bruit ?
— Il n’y a personne par ici, tu le sais bien.
— Oui, c’est vrai, mais cette nuit, c’est pas pareil…
— Arrête, tu fais chier, tu crois que c’est le moment !
Celui qui était à l’origine du court échange soupira.
— Oui, tu as raison. Excuse-moi.
— C’est rien. Il faut aller au bout maintenant. Demain, tout sera fini.
Ces paroles se voulaient convaincantes et tous deux auraient voulu en être sûrs. L’utilitaire continua le chemin encore une dizaine de minutes puis bifurqua à gauche pour s’enfoncer dans la forêt. Désormais, il n’y avait plus qu’un sentier à peine praticable. Le conducteur avançait au pas. L’autre se risqua une nouvelle fois à prendre la parole.
— Tu es sûr que c’est là ?
— Je connais le coin, fais-moi confiance.
Les fougères et les ronces griffaient les tôles, vaines et dérisoires armes pour arrêter l’intrus de métal. Cette partie du chemin leur parut interminable. Et puis soudain, elle apparut, tache claire sur le noir des grands arbres. Les pierres brillaient sous la lune. Elle était là, la maison abandonnée, contemplant pour toujours sa sœur jumelle dans le miroir du lac.
Les orbites noires inexpressives de la façade fixaient les intrus. Aucun d’eux n’osait faire le moindre commentaire. Ils avaient besoin de temps, encore un moment pour trouver le courage, comme avant de sauter dans l’eau froide et sombre de l’étang en plein été. Alors, ils restèrent là à contempler les vestiges de la « maison perdue ». D’innombrables intempéries avaient eu raison d’une partie de la toiture. Le bas des murs était la proie des plantes et des lierres. En fait, on aurait dit que le fouillis végétal tentait d’avaler tout ce qui pouvait l’être et, visiblement, il était sur le point d’y parvenir. Le temps jouait en sa faveur. Après des années de résistance héroïque, le minéral baissait les bras.
— Bon, pas de temps à perdre. Dans quelques heures, il fera jour.
Sans attendre d’acquiescement, il enclencha la première et entreprit de se rapprocher de la masure. De chemin, il n’y avait plus. La voiture couchait les hautes herbes sur son passage, laissant derrière elle les traces de cette moisson inutile. Il leur fallut plusieurs minutes pour parcourir les deux cents mètres restant et parvenir devant la façade principale. Le véhicule s’immobilisa et le ronronnement du moteur se tut. Aussitôt, le silence de la nuit reprit possession des lieux. De près, la maison avouait, de façon plus visible encore, les outrages du temps. Les murs étaient fissurés de toutes parts. Deux volets cramponnés aux gonds rouillés subsistaient à une fenêtre du haut, tentant désespérément de repousser l’inévitable chute. Des amas de tuiles et de pierres jonchaient les abords çà et là.
La lune éclairait toujours l’habitacle et les visages. Les mines étaient graves mais, ce qui surprenait le plus, c’était bien les traits juvéniles des deux passagers murés dans le silence. Chacun savait ce qu’il faisait là, personne ne souhaitait en parler.
Les portes s’ouvrirent de concert et les deux silhouettes posèrent les pieds sur le sol en même temps. Leur présence paraissait incongrue dans ces lieux où le végétal et la pierre menaient une guerre silencieuse à l’abri des regards. Ils firent quelques pas vers l’arrière où se trouvait le plateau. Avec la force de l’habitude, le conducteur décrocha une des ridelles qui en délimitaient le contour. Sur la plateforme de métal, une forme sombre apparut et tous deux s’immobilisèrent à sa vue. Ils restèrent un moment pétrifiés. Puis, revenant à la réalité, ils se saisirent chacun d’un objet au manche long dont l’extrémité métallique tinta en cognant le bord du plateau.
— Tu penses vraiment que c’est mieux dedans ?
— Évidemment. Personne ne rentrera jamais ici… et surtout pas les animaux. Et puis, ces foutus murs vont bien finir par s’effondrer.
À ces mots, le silence s’installa une fois de plus. Ce que chacun imaginait était suffisamment monstrueux pour ne pas en parler davantage. Les silhouettes firent les quelques pas qui les séparaient encore de la porte d’entrée. Le conducteur tendit les pelles au garçon brun.
— Hé ! Tiens-moi ça.
Puis il poussa le battant de toutes ses forces tandis que l’autre tenait les outils. Une grande pièce s’ouvrit à eux dans une odeur de moisi. Il y faisait froid et noir malgré les deux fenêtres dépourvues de volets mais largement obstruées par le lierre et les ronciers.
— Par là.
Au fond de la grande salle se dessinait une forme plus noire encore. Ils allumèrent leurs torches. L’ouverture menait à une pièce plus petite, sans doute ce qui avait été une chambre. Le sol en terre brute exhalait la même odeur que le reste de la maison.
— Ici, ce sera mieux.
Ils se mirent à creuser sans un mot. La lueur d’une torche posée à même le sol donnait à la scène un air fantomatique. On n’entendait que le bruit des pelles s’enfoncer dans le sol avec des raclements désordonnés et la respiration des forçats qui se faisait plus rapide et plus forte. Au bout d’une demi-heure, une longue excavation éventrait le sol sur les deux tiers de la pièce. Le mouvement des pelles cessa et les silhouettes se redressèrent. Puis, de concert, les hommes sortirent de la maison pour rejoindre le véhicule. Se plaçant à chacune des extrémités, ils soulevèrent un long paquet recouvert de plastique noir. La démarche cassée par l’effort, ils entreprirent de regagner l’intérieur de la maison, puis de la pièce. Enfin, ils posèrent avec le plus de soin possible la forme sombre dans la fosse.
Chacun prenait soin d’ignorer l’autre, comme si le moindre mot pouvait avoir des conséquences terribles. Regagnant de nouveau le véhicule, ils saisirent un second sac aux dimensions identiques et firent le même parcours. Désormais, ils se tenaient immobiles face au trou à l’insondable noirceur.
Si la lumière n’avait pas fait défaut, nul doute qu’on aurait pu voir couler des larmes sur les joues maculées de terre. Le temps s’était arrêté, aucun des fossoyeurs n’osait rompre ce moment. Il y avait quelque chose d’impossible dans ce qu’ils venaient d’accomplir et pourtant, ils l’avaient fait, ils avaient dû le faire. Ils reprirent leur pelle et recouvrirent les sacs jusqu’à ce que le sol ait retrouvé son aspect initial. On eût dit que rien ne s’était passé. La balafre sur la terre humide avait disparu mais celle que ces pauvres diables venaient d’infliger à leur âme les ferait souffrir pour le restant de leurs jours. La maison était silencieuse comme à leur arrivée. Elle avait accepté leur présence coupable, elle se ferait complice et garderait le secret.
Quelques minutes plus tard, l’eau noire de l’étang engloutissait une offrande inattendue. Quand ils reprirent place dans l’utilitaire, le disque blond se reflétait encore dans le petit lac. Ils ne parvenaient pas à croire ce qui venait de se passer, là où ils avaient joué autrefois.
Le conducteur fit démarrer le véhicule.
— Tu crois qu’on arrivera à oublier… enfin, je veux dire… à vivre avec ?
— Vivre avec, c’est ce que nous devrons faire, il n’y a pas d’autre choix. Comment ? C’est une autre histoire… Partons, on a encore à faire.
Le bruit de la vieille voiture s’éloigna dans la forêt. Le calme revint peu à peu. Un calme froid, triste, effrayant.
1.

Novembre 1967
Dehors, la pluie s’était mise à tomber, sans bruit, sans violence. Une pluie noire et triste comme novembre sait en accoucher lorsque la nuit fait sienne chaque arbre, chaque mur. Rien ne trahissait sa présence si ce n’étaient les stries brillantes sur les vitres. Damien mangeait sa soupe en silence, celle aux légumes qu’il n’aimait pas beaucoup. Du haut de ses six ans, il préférait le vermicelle. Ce soir, il s’arrêtait donc souvent, histoire de compter les carreaux de la toile cirée qui protégeait le formica.
L’an passé, ses parents avaient cédé à la mode et renouvelé le vieux mobilier glané çà et là lors des premières années qui avaient suivi leur installation. Damien se souvenait de ces visites dans les magasins où il ne fallait toucher à rien. Pourtant, il y avait tout ce que l’on trouve d’habitude dans une maison. Des canapés, des fauteuils et même des lits sur lesquels il ne fallait surtout pas s’allonger sous peine de subir la colère des parents une fois dehors. Un vendeur rondouillard au sourire engageant avait argumenté plus d’une heure, ouvrant et refermant les tiroirs, montrant, preuves à l’appui, la résistance de sa marchandise. Le père Sarde restait circonspect, sa femme

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