Solitudes croisées , livre ebook

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2019

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À travers la vie d'un médecin exilé sur une île, son étrange correspondance avec une femme de ménage solitaire, ses rencontres, son évolution, se lisent les difficultés de la condition humaine actuelle.

Ce roman est un plaidoyer poétique pour la vie et son mystère, le féminin et la réceptivité, la contemplation et l'amour.

Une ode à la nature bafouée, à l'écoute oubliée, aux rêves ignorés.

Des mots pour redécouvrir les liens, la simplicité et la profondeur d'êtres humains lorsqu'ils se croisent au-delà des rapports de consommation.

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Date de parution

28 mai 2019

Nombre de lectures

2

EAN13

9782414342280

Langue

Français

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
194 avenue du Président Wilson – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-34229-7

© Edilivre, 2019
Chapitre un
Cinquante ans et des poussières. Des tonnes de poussières. Comme un volcan tout près. Des tonnes de poussières. Le feu, le ciel noir et ces poussières brûlantes et jaillissantes qui retombent. Comme mes rêves. Venus d’un ciel qui semble s’être moqué de moi. La lave à mes trousses. Je suffoque. Acre. Elle va me mordre. Je me réveille un peu dans cette chambre qui a abrité mes trois dernières années. J’ai barré les chiffres des jours, marqué d’encre le calendrier, les jours ne semblaient pas m’aimer. Ma fenêtre explose. Le monde se renverse. Je flotte soudain dans un ciel bleu d’eau. Des petits nuages tout ronds. Ils s’enchaînent. Un collier sans fin qui n’enserre aucun cou, comme un message de l’infini s’étirant entre ciel et terre. Je m’éveille vraiment. Quelque chose dans l’air. Un insulaire m’a laissé un message sur ce site internet où j’essaie d’apprendre l’espagnol. Il avait accepté l’invitation à correspondre que je lui avais lancée quelques mois plus tôt. Pourquoi lui ? J’avais aimé son prénom, Eléazar. Un insulaire sans air. L’abandon d’une femme l’a emmené sur cette île. Et elle s’est comme refermée sur lui. Il me raconte que les sables du Sahara à plusieurs milliers de kilomètres de sa terre entourée d’océan se transportent par l’alizé et s’abattent sur les vitres de sa voiture. Ame ensevelie. Je ne peux m’empêcher, de lui écrire. De lui, pourtant, je ne sais que quelques bribes qui me donnent une impression indéfinissable d’angoisse et d’attraction. Dompteur d’un ciel inaccessible qui se donne à demi et laisse aujourd’hui pleuvoir du sable sur ses rêves. Ses songes semblent s’enfoncer dans la gueule noire de la moiteur implacable de l’île et le réveillent ruisselant la nuit. Nous sommes deux âmes perdues dans les méandres du ciel et d’internet.
J’erre dans une tristesse qui me laisse seule ou peut-être la solitude erre-t-elle en moi et me rend triste. L’impression d’être passée, à côté, de la vie. Je sens qu’il m’attire, cet homme, comme mon ultime énigme dans cette vie, du moins c’est ce que je crois à ce moment.
Mais je ne sais pourquoi, j’ai peur. J’ai peur, j’ai envie, j’ai peur.
Cet homme à sept mille kilomètres de moi, je le sens par-delà l’océan qui nous sépare, comme un miracle inquiétant.
Cette rencontre singulière résonne encore dans mon corps alors que mes cinquante ans se sont enfuis depuis longtemps. Mon corps me quitte ; vers la terre, le ciel, l’air et les eaux, il s’en va. Mon esprit divague parfois au creux de cieux flamboyants, de montagnes vertigineuses et de senteurs capiteuses. L’odeur de ma mère me revient et cette voix et cette histoire, cet homme au milieu de sommets arides avec leur beauté coupante. Ma raison s’effiloche dans le ciel déchiré de leurs yeux qui me contemplent. Sont-ils vivants ou morts, suis-je vivante ? Je ne sais plus parfois. Les contours s’estompent. Tout me paraît si simple maintenant. Comme des trombes de lumière dans mes pupilles fermées.
Un ventre de bateau. Des eaux scintillantes qui courent sous le soleil. D’une île à l’autre. Le container d’une vie dans un port. Il avait repris le fil de sa vie coupé depuis un temps plus grand qu’il ne le pensait.
Il me semble qu’il fait chaud. A Nantes, le climat est devenu comme tropical en quelques années. On parlait depuis longtemps du réchauffement de notre planète et d’un coup, tout s’est accéléré. Le climat est devenu celui qu’avait cherché mon insulaire de jadis sous d’autres tropiques. Notre correspondance a commencé au printemps. L’hiver encore sommeillait en moi mais la senteur d’un lilas avait ouvert la fenêtre et les fleurs donné leur pactole. Après des interrogations sans faim, le ciel s’est mis à chanter bleu et j’avais envie qu’il me dise oui, mais à quoi, je ne savais même pas. Nous nous écrivons comme deux gosses en parsemant nos lettres de petits poèmes, deux gosses au seuil de la vieillesse, au seuil de leur vérité. Ces lettres sont des dévoilements voilés. Nous nous essayons à fêter la vie et l’amour mais je sais malgré mes élans, je sais que quelque chose ne va pas. Cette correspondance lointaine m’anime et me laisse inerte. C’est déjà l’été. Il arrive une journée, chaude. Elle s’étire, je suis en vacances, et semble se perdre dans le dédale des temps où nulle porte ne surgit. Comme un char d’odeurs odorantes jusqu’à la lune qui se lève ronde. J’appelle une maternité qui ne viendra plus. Un papillon rouge et noir entre dans la maison, s’affole et se colle au rideau blanc, refermé. Tandis que le romarin crie son odeur, j’allume une bougie en espérant de la nuit un signe. L’espérance ne m’a jamais quittée même dans cette sorte de réclusion. Pourquoi me suis-je mise en prison ? Pourquoi ce désir subit d’écrire, de correspondre avec un homme ? Il me réchauffe avec ses petits poèmes tout doux qu’il tisse et semble murmurer tout bas. Petit à petit, j’apprends à le connaître, à me connaître. Il est loin et près, un rêve et une réalité. Comme une flamme mouvante. Je ne veux pas me noyer dans ses sables. Les yeux me piquent.
Ce jour-là, je veux un vélo. Un bel engin tout chemin apparaît sur mon ordinateur au milieu d’un fatras d’annonces en tous genres. Route vers le vendeur, un ex-officier de marine amateur de bicyclettes et de voitures. Il ne peut plus enfourcher son destrier, des vertiges, l’âge. Mais quel âge ? Quatre-vingts ans, il en paraît soixante et se tient droit. Le secret, pas de tabac, ni d’alcool, ni de femmes, jamais vécu avec une femme. Il a vu la guerre, enfant, Nantes bombardée par les alliés, une apocalyse et aussi une guerre coloniale, jeune adulte. Deux guerres lui sont tombées dessus et depuis il n’a pas peur de grand chose mais aucune envie de partager avec ses semblables. Un égoïsme parfaitement assumé qui confinerait à la sagesse… Il apporte le vélo accroché à sa voiture jusqu’à chez moi et nous devisons encore devant un verre d’eau douce. Il me propose d’un coup une petite croisière en me demandant au préalable si j’ai les moyens de la payer et si je suis plutôt clitoridienne parce que à son âge quand même, les érections sont moins raides… « Je suis plutôt en fin de vie », dit-il avec un sourire.
Son aplomb sans fioritures me laisse songeuse… et atterrée. Il voulait un dernier tour de piste. Je règle son vélo tout chemin.
Tout chemin…
Je n’entends plus vraiment le monde extérieur, son vacarme qui me rendait folle. C’est vrai, toute ma vie, il me semble que j’ai voulu simplement être tranquille mais pas à la manière de cet officier de marine… Une enfance comme tendue de fils électriques et de cris m’a donné le goût du silence. Il semblait impossible, de plus en plus impossible à trouver en ce monde où la population n’a cessé d’augmenter et chacun de faire comme s’il était seul au monde pourtant. Moteurs, cris, vitesse, musique, sonneries de téléphones portables, frénésies en tous sens et sans sens. Le bruit est associé à mes parents, le fuir c’était les fuir, fuir cette société construite par eux, par leur génération.
Un vélo mais quel chemin ? Aller retrouver l’herbe, s’allonger là au creux de la terre verte, les étoiles ne seraient plus solitaires en cette nuit d’été. Aller retrouver l’océan dont les vagues ont bercé mes premiers jours, coller un coquillage à mon oreille et entendre la mer, respirer les algues en rêvant de mes jambes à ton cou. Les larmes écaillent mon maquillage, ma peau m’apparaît enfin, mon imparfait se fait présent. Il m’aimerait comme je suis. Le ciel se lacère d’éclairs sans tonnerre, un raz de joie éclabousse les parois de ma tristesse, nuit électrique. Offenses et illusoires croyances, les ravaler ; de lys et de jasmin, cette huile ancienne et trouble l’enfleurer. La lune pleine nous mire tous deux si loin l’un de l’autre.
Attendre d’un homme improbable le miracle jamais venu de l’amour, ma dernière utopie. Je n’y crois pas vraiment.
Je suis si fatiguée mais plus rien ne m’atteint maintenant, dans mon lit. Cette vie, un grand lit défait et refait.
Un homme, donc. Il y en a eu dans mon existence avant ce sans, de trois ans. Et puis j’ai décidé d’arrêter, ils m’usaient, tous, et ne m’amusaient pas. J’avais décidé de décrocher. Et puis les mois ont filé. J’ai vu les larmes de ma mère malade. Larmes de suie traçant des routes improbables sur son visage, fuligineux éclairs d’eau puisée à la source de son errance. Dans ses yeux que le noir ne bordait plus s’est fait jour une flamme. Sa beauté éclatait et m’a brûlée. Elle est le monde, elle est la vie, elle est enfin ma mère. Elle est partie. Sans me raconter son histoire, sans me dire mon histoire, enfin apaisée dans son secret enfoui. Moi non, malgré sa lumière des derniers instants. J’ai attendu d’elle aussi le miracle improbable de l’amour. Sa lumière ne m’est apparue qu’au bout de notre chemin ensemble. Pourquoi ?
Qu’ai-je fait de ma vie ?
Une vie à faire des ménages dans des maisons où le luxe s’étale souvent plus que le bonheur. Je n’ai jamais envié les riches. Car je savais que la douleur et le vide ne les épargnent pas.
Nous avons tous de drôles de trous de mémoire qui nous arrangent. Quand j’étais petite, je trouvais que c’était le propre des sales.
Le dernier homme que j’ai rencontré, il voulait faire l’amour avec moi, sans même me connaître un peu. Alors, je lui avais envoyé un petit courrier électronique avec une pièce jointe qui me racontait. J’avais mis toute mon âme dans ce petit texte. Il l’a envoyée dans la corbeille du grand ordinateur. Il l’a jetée. Et alors, je l’ai jeté moi aussi. Je suis allée regarder l’Erdre couler. L’eau si douce s’étendait survolée par des h

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