Se travestir, se dévoiler , livre ebook

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L’itinérant Marcel Dacier se substitue sans témoin à un certain Simon Baume, dont il est le sosie intégral, sur les lieux de l’accident mortel de ce dernier. Cela le fait entrer dans une famille de milliardaires de l’Escarpement du Niagara. Il y redresse un certain nombre de torts et se gagne quelque peu la confiance de cet univers bourgeois glauque, en le prenant doucement dans l’angle du bon amnésique. Le travesti est parfait. Mais, quand tout semble se mettre en place, insidieusement quelque chose coince, frotte, se casse. Et notre homme devra se dévoiler. Les représentants de son nouveau milieu devront le faire aussi, en une tumultueuse dégringolade de sincérité et de vérité non voulue, que personne n’avait vue venir.
Se travestir est un acte calculé, stratégique, méthodique, fondamentalement stable, même à travers le détail fourmillant de ses divers rajustements tactiques.
Se dévoiler est plutôt un effondrement, un effet de forces éminemment involontaires, une catastrophe, au sens le plus pur du terme, une capilotade effilochée, échancrée et filandreuse qui, si elle rencontre parfois certains assentiments secrets, rampants, occultes, s’impose à nous, malgré nous, s’enchevêtre en torons cauchemardesques tout autour de nous, et nous force à la plus échevelée et la plus fatale des cascades d’improvisations.
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Publié par

Date de parution

30 janvier 2011

Nombre de lectures

20

EAN13

9782923916255

Langue

Français

SE TRAVESTIR, SE DÉVOILER
PAUL LAURENDEAU
© ÉLP éditeur, 2010 www.elpediteur.com elpediteur@yahoo.ca
ISBN 978-2-923916-06-4
Illustration de couverture : Pamphile Kari
Polices libres de droit utilisées pour la composition de cet ouvrage : Linux Libertine et Libération Sans
ÉLP éditeur, le service d’éditions d’Écouter lire penser, un site dédié à la culture Web francophone depuis 2005, vous rappelle que ce fichier est un livre numérique (ebook). En l’achetant, vous vous engagez à le considérer comme un objet unique destiné à votre usage personnel.
Nous n’aimons pas celui qui nous contraint à n’être pas nous-mêmes; et nous n’aimons pas plus celui qui nous contraint à nous montrer nous-mêmes.
Mais nous aimons celui qui croit que nous sommes ce que nous voudrions être…
Paul Valéry, « Choses tues », Tel Quel, Folio – Essai, p.33
I. SE TRAVESTIR
L’homme se pare de ses chances.
Paul Valéry, « Choses tues », Tel Quel, Folio – Essai, p.32
1. Tout oublier
Marcel Dacier ne se surprend plus de rien. Depuis plu sieurs années il vit d’expédients, prend ce qui passe et méprise copieusement son existence et les figurants de peu de conséquence qui y fourmillent. Ancien petit cadre d’en treprise tertiaire, classique, foireuse et chiante, ayant tout plaqué par écœurement sursaturé, Dacier mène la vie hasardeuse et ondoyante d’un vagabond encore propret. Il se rase avec des rasoirs de femme empruntés ou chapardés, mange sur le pouce, toujours sobrement, ne boit pas, ne fume pas, se déplace en auto-stop et ne rate aucune occa sion de jouer les aigrefins à la petite semaine. Marcel Dacier est déjà ce que le jargon pudique de nos administrateurs publics contemporains appelle unitinérant. Quand notre histoire, passablement baroque et rocambolesque au demeurant, débute, nous retrouvons Marcel Dacier seul comme une estafette en campagne, son minuscule havresac
au dos. Il vient juste de descendre d’un long camion citerne laitier qui roulait en direction du vaste territoire de Toronto, au Canada. Le chauffeur du puissant véhicule l’a pris en stop quelques centaines de kilomètres plus à l’est, à la hauteur d’un petit bled folklo et sympa du nom de Gana noque. Mais le brave routier craint maintenant de se faire épingler en ville par un inspecteur de sa compagnie d’assu rance avec un passager non enregistré. Dacier, bien rodé, comme le vrai petit Jack Kerouac de service, veut absolu ment épargner cette inquiétude au bon machiniste et, pour ce faire, il plonge sans la moindre hésitation dans le noir opaque et l’inconnu ouateux. Il est deux heures du matin, par une de ces belles nuits estivales de notre fameux climat continental nord-américain si contrasté. La vaste ville qui scintille sur l’horizon c’est elle, Toronto la Pure, la Ville-Reine, sur le Lac Ontario, au sud du Canada. Marcel Dacier, laissé donc un peu en plan par son dernier bon samaritain sur quatre roues, marche maintenant sans se presser, les poings fermés dans son bleu de farniente de denim clair, sur le long rebord caillouteux de l’autoroute McDonald-Cartier dite communément routePrincière. Il avance petit à petit dans la nuit opaque, douce et chaude, comme désœuvré, en bottant les cailloux les plus saillants d’un peton distrait et en
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se tenant prêt à dégainer ses pouces aussitôt qu’un véhicule roulant vers la métropole se manifestera sur la susdite route Princière. Mais celle-ci est obstinément déserte, obscure, muette, livide. Alors Dacier marche tout doucement vers les lumières de la ville. Il marche. Il marche, tandis que l’urbs lointaine scintille inexorablement, sans bruit aucun.
Sur sa gauche, par-delà le fossé d’accotement qui est d’une largeur et d’une profondeur fort respectable, au milieu des érables et des épinettes d’un reboisé moche et touffu du rebord de la route, apparaissent les ruines encore présentables d’un motel du siècle dernier. Dacier sourit à l’horizon insondable et se dit qu’il pourrait forcer la porte d’une des chambres de ce palace routier de jadis et aller en écraser quelques heures sur un sommier ou sur le sol, avant d’aller jouer les Rastignac de soupe populaire dans la Ville-Reine. Le vieux motel est parfaitement claquemuré, désâmé et désaffecté. Aucune lumière n’y brille, scintille ou cli gnote. Pourtant, curieusement, son affiche routière de tôle grise dépolie est pleinement illuminée et elle luit, seule tache de clarté laiteuse à des centaines de mètres à la ronde. Pièce d’anthologie à elle seule, l’affiche routière de ce vieux motel, qui a bien, elle aussi, un demi-siècle d’âge, est ferme ment vissée sur deux piliers de fer lisse encore bien solides.
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Elle annonce, en lettre rouges sur fond gris, jadis argenté certainement:The Silver Snail. L’Escargot d’Argent, rien de moins. Mais pourquoi diable cette merveille métallisée d’un autre âge est-elle crûment illuminée ainsi quand tout autour d’elle baigne dans l’opacité la plus sidérale? Ses néons d’en cadrement, arrachés et déglingués depuis des lustres, ne peuvent certainement plus faire le boulot. On dirait en fait que deux puissants projecteurs circulaires ont été installés en contrebas de l’affiche, en plein milieu du fossé d’accote ment donc, pour arroser le nom bien oublié de ce trou infâme, digne duPsychola maison familiale d’Hitchcock, sur une butte et toute trace de vie, psychotique ou autre, en moins.
Dacier, en arrêt à bonne distance devant la pancarteThe Silver Snail éclaboussée de lumière, cherche plus finement la source de ladite lumière, qui rend le dépoli luisant du vieux métal peint de jadis si nettement visible. Ce sont effectivement deux projos, ou, plus précisément, deux phares. Voilà. Ah, voilà donc. Il y a une voiture immobilisée dans le fossé, l’arrière plus bas que l’avant. Elle gît en plus dans une position anormalement penchée qui laisse indubi tablement supposer l’accident. Dacier marche alors en pres sant quand même un peu le pas. Il contourne l’affiche rou
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tière et s’avance dans l’entrée pour véhicules motorisés du motel désaffecté. Celle-ci franchit le fossé sur un petit pont de ciment sans garde-fou, rendu quasi invisible par le pas sage du temps. Dacier s’engage ensuite sur le dénivelé du fossé qui, du bord du motel, est un peu moins abrupt que du bord de la route. Cap sur la voiture accidentée qui gît dans le fond du modeste gouffre.
C’est un de ces cabriolets décapotables de coupe moderne, indubitablement une voiture de luxe pour ne pas dire, une pièce fine de collection. Son conducteur, l’unique occupant du véhicule, ne devait certainement pas rouler à soixante kilomètres à l’heure pour s’assurer un vol plané pareil dans le fossé d’accotement par temps doux et sec sur une route parfaitement rectiligne. Dacier va le découvrir dans quelque seconde, l’homme est raide mort, vertèbres cervicales rom pues de par quelque coup du lapin ultime et magistral. En vagabond rompu qui ne se surprend de rien, Dacier prend bien son temps. Ne pouvant ouvrir aucune des deux por tières, il saute simplement dans le véhicule, dont la capote est repliée, s’agenouille sur la banquette arrière, se penche sur le malheureux, déboucle sa ceinture de sécurité, le prend sous les aisselles, le tire à lui. Il se le charge ensuite simple ment sur les épaules et saute hors du véhicule. À ce point-ci,
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Dacier commence à sérieusement se douter que l’homme est sans vie. Il remonte une partie du dénivelé du fossé, côté motel et pose finalement l’homme sur ledit dénivelé gazonné, quand il s’avère qu’il sera sous la lumière des phares de la voiture. Les vêtements chics du mort sont par faitement indemnes et il n’y a pas la moindre trace de sang ou de blessure. C’est un homme de taille moyenne, glabre, au menton volontaire aux cheveux d’un roux éteint, courts. Et aux grands yeux écarquillés d’un bleu océanique. Les yeux de notre sauveteur improvisé s’écarquillent eux aussi et, dans cet instant précis, tout bascule pour lui. C’est que cet accidenté de conséquence est le sosie parfait de Marcel Dacier…
Sosie parfait, double intégral, frère jumeau séparé à la naissance. Dacier est estomaqué. Même lui, qui pourtant normalement ne se surprend plus de rien, est surpris ici… fortement surpris, niqué, commotionné. Il se tourne, lève un peu la tête et jette un coup d’œil à la route. Celle-ci est tou jours intégralement déserte. Il se retourne et regarde le motel en ruine. Celui-ci est aussi sombrement obscur et bla fard que tout à l’heure. Une alouette éblouie par les phares frôle la pancarte routière, bifurque et disparaît en direction du reboisé, ses ailes clapotant dans la nuit. On entend tinter
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