Sang tsigane , livre ebook

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Diane Peylin Sang tsigane   Roman   par l'auteur du roman A l'endroit où elles naissent, Coup de cœur de Paolo Coelho du Prix du roman 2011   Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com     ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com     Copyright © 2012 Editions Les Nouveaux Auteurs - Prisma Média Tous droits réservés ISBN : 978-2-8195-02593 À Adrienne, la mère de mon père. À mon père, le fils d’Adrienne. Puissent ces quelques lignes enfin les réunir. « Un jour Il y aura autre chose que le jour Une chose plus franche, que l’on appellera le Jodel Une encore, translucide comme l’arcanson Que l’on s’enchâssera dans l’œil d’un geste élégant Il y aura l’auraille, plus cruel Le volutin, plus dégagé Le comble, moins sempiternel Le baouf, toujours enneigé Il y aura le chalamondre L’ivrunini, le baroïque Et tout un planté d’analognes Les heures seront différentes Pas pareilles, sans résultat Inutile de fixer maintenant Le détail précis de tout ça Une certitude subsiste : un jour Il y aura autre chose que le jour. » Boris Vian Il était une famille… I Le petit garçon rayé jaune et vert 1 Sur la route grignotée par les poules, l’enfant se laissait chahuter par le vent. Les rafales le balançaient de droite à gauche, de haut en bas, sans se soucier de ses jambes maladroites.
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Date de parution

16 juillet 2015

Nombre de lectures

2

EAN13

9782819502593

Langue

Français

Diane Peylin
Sang tsigane
 
Roman
 
par l'auteur du roman
A l'endroit où elles naissent,
Coup de cœur de Paolo Coelho du Prix du roman

2011
 
Éditions Les Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris
www.lesnouveauxauteurs.com
 
 
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex
www.editions-prisma.com
 
 
Copyright © 2012 Editions Les Nouveaux Auteurs - Prisma Média
Tous droits réservés
ISBN : 978-2-8195-02593
À Adrienne, la mère de mon père.
À mon père, le fils d’Adrienne.
Puissent ces quelques lignes enfin les réunir.
« Un jour
Il y aura autre chose que le jour
Une chose plus franche, que l’on appellera le Jodel
Une encore, translucide comme l’arcanson
Que l’on s’enchâssera dans l’œil d’un geste élégant
Il y aura l’auraille, plus cruel
Le volutin, plus dégagé
Le comble, moins sempiternel
Le baouf, toujours enneigé
Il y aura le chalamondre
L’ivrunini, le baroïque
Et tout un planté d’analognes
Les heures seront différentes
Pas pareilles, sans résultat
Inutile de fixer maintenant
Le détail précis de tout ça
Une certitude subsiste : un jour
Il y aura autre chose que le jour. »
Boris Vian
Il était une famille…
I
Le petit garçon rayé jaune et vert
1

Sur la route grignotée par les poules, l’enfant se laissait chahuter par le vent. Les rafales le balançaient de droite à gauche, de haut en bas, sans se soucier de ses jambes maladroites. Pataugeant dans la boue, le petit homme et ses bottes de géant fixaient leurs empreintes dans le sol mouvant. Il avait six ans mais ses chaussures étaient immenses. Des bottes de sept lieues pour aller de l’autre côté du monde.
 
De temps en temps, le gamin perdait sa bottine verte, engluée dans la fange. Le pied continuait comme si de rien n’était jusqu’à plonger lui aussi dans la terre. Un sursaut. Une marche arrière. La chaussette, tartinée et noire, retrouvait sa godasse. Et l’enfant, un peu plus abîmé, reprenait sa marche.
 
Autour, des ombres rabougries. Le rossolis, la grassette, le chiendent, la saxifrage et la roquette exposaient leurs tiges. Malmenées par la tempête, les herbes s’appliquaient à rester dignes afin de saluer celui qui devant elles, aussi minuscule soit-il, bravait les enfers.
 
Le ciel s’effondrait de plus en plus. Il pesait de toute sa masse sur la terre devenue acier. Une terre quadrillée et dessinée. Une île. Presque. Une langue de gadoue perdue entre deux eaux. Tel un funambule sur son fil de soie, l’enfant tentait d’ignorer le ravage qui le happait de tous côtés. Il y avait au loin, devant lui, un carré de coquelicots, derrière lui, un champ de tournesols, à sa gauche, la mer, à sa droite, la rivière, au-dessus de lui, les ténèbres. Le garçon au pull rayé avait bloqué sa respiration, remonté le menton et défié l’horizon. Il esquissait maintenant un pas de guerre. Sec et régulier. Redoutable. Ses pieds caoutchoutés dispersaient les flaques et dévoilaient des restes de béton rongé par le sel. Le petit homme ne se laisserait pas disséminer dans le néant. Il avancerait. Il avancerait.
 
Le garçon au bonnet canari s’était enfin remis à respirer. Inhalant le brouillard, les embruns, la bruine et la vase qui s’échappait des vagues. Son souffle rejetait d’étranges nuages de fumée. Des bulles de coton. Un semblant de paix pour déstabiliser le chaos et trouver un peu de repos.
L’enfant eut l’impression de marcher des heures. Ses mains et ses pieds commençaient à brûler. À se décharner. Ses paupières collées par le vent de sable l’enfermeraient bientôt dans la cécité. Il ne sentait plus le bout de son nez. Gelé. À ses oreilles, un écho incessant amplifiait les plaintes de l’orage. Résonance. Ses genoux grinçaient, ses épaules s’affaissaient, sa carcasse se démantibulait, sa bouche s’asséchait, son cœur avait cessé de battre.
 
La langue de terre se transforma enfin en grande terre. Devant le garçon maintenant, une bâtisse taillée dans le calcaire. Une immense maison avec des volets battant contre la pierre, des vitres crasseuses et embuées, une énorme porte, une cloche, un auvent, une cour débordant d’outils et d’immondices, un jardin broussailleux dans un coin, une roulotte dans l’autre coin, un portail dégondé avachi contre un muret et une balançoire. Un trapèze. Pendu à un séquoia pourpre et virevoltant dans les airs glacés.
 
L’enfant avec ses bottes vertes, son polo raturé et son capuchon jaune s’avança vers le mas qui trônait au milieu du désastre. Microscopique et grelottant, il fit de tout petits pas. Pointe contre talon et jambes entortillées. Il avançait à reculons sans se rendre compte que, petit à petit, imperceptiblement, poussé par je ne sais quel mouvement, il se rapprochait dangereusement du porche délabré. Il observa quelques secondes la tresse d’ail qui pendait le long du pilier, quelques gousses manquaient, il remarqua le cheval cramoisi caché derrière le saule qui ne pleurait pas, il renifla l’odeur de tabac qui s’échappait des aérations, il caressa la chatte zébrée qui passait par là et puis il stoppa. Net. Le nez contre le bois humide et boursouflé de la porte.
 
Le vent redoubla. La cloche sonna. Le vent s’arrêta. Le couloir se remplit de pas. Et la porte s’ouvrit sur le petit garçon rayé jaune et vert.
2

La porte claqua. L’enfant avait juste senti des bras immenses l’extirper à la folie du dehors. L’action avait duré quelques secondes au cours desquelles le garçon avait dû recroqueviller ses orteils pour retenir ses bottes lourdes de toute cette boue. Puis plus rien. Plus personne. Juste des bruits lointains de quelqu’un qui farfouille et qui jure. Le petit homme resta là. Sur le palier. Paralysé. Près d’une chaise aux pieds nickelés. Il voulut s’y appuyer mais celle-ci se déroba, trop paresseuse pour supporter un petit pois. Il changea donc de côté et s’agrippa à un poteau qui traînait là. Il avait besoin d’une canne, d’une béquille, d’un pilier. Un subterfuge pour tenir debout. Pour faire comme si ses jambes n’avaient pas la tremblote, comme si son cœur n’était pas en train de défoncer sa cage thoracique, comme si ses yeux paniqués ne déchiraient pas violemment cils et sourcils. Le poteau finit par lâcher lui aussi et le gamin dégringola, écrabouillant une ombre qui n’était pas la sienne. Il se retourna. Personne. Il chercha à nouveau cette masse sombre. Disparue. Juste ses fesses frigorifiées sur la tommette. L’enfant leva la tête et, dans la pénombre, chercha à se rassurer. Un ou deux repères pour que cette tempête ne l’emporte pas avec lui. Pour ne pas perdre la tête. Des traits de lumière s’échappaient des volets et dessinaient dans le noir des formes plus claires. Le garçon fit taire ses paupières qui n’en finissaient pas de piailler. Il lui fallait voir. Comprendre cet endroit, cette maison, ces odeurs. Ses yeux obéirent enfin et prirent le temps d’ausculter l’espace. Une chaudière, une table en bois infiniment longue, une théière, une toile d’araignée obstruant tout un placard, un tas de marmites dans l’évier, des couteaux de boucher, trois souris empaillées, une scie bizarroïde, une caisse à roulettes pleine de bûches, une tête de cochon fixant les torchons, des cadres vides posés sur le buffet, une… Une porte claqua, l’enfant se redressa. Immédiatement. Toujours seul dans un coin de cette pièce qui semblait être une cuisine, le garçon n’osait plus bouger. Ni regarder. Les sourcils froncés comme pour se protéger, il attendit. Que les bruits au loin deviennent des bruits tout près et que les bras immenses viennent à nouveau le transporter.
 
L’enfant décolla enfin, laissant ses bottes en caoutchouc à leur bain de boue. Des mains énormes venaient de l’attraper par-dessous les aisselles. Il réprima un cri et entortilla ses chevilles pour ne pas perdre ses chaussettes. Le saut de l’ange dura une seconde. Un bond infiniment petit qui ricochait sans fin dans la poitrine du garçon effrayé. Il aurait voulu parler, poser une question, une seule, mais sa langue s’était embourbée et sa mâchoire ne faisait que claquer. Il attendit que le vol cesse. De nouveau immobile, il ouvrit les yeux. Il était assis sur la table vermoulue. Ses jambes flageolant dans le vide et son derrière moulé dans le bois tendre. Face à lui une silhouette d’ogre, avec des poils et des biceps. Elle lui désigna un tas de vêtements posé à ses côtés puis elle se retourna vers la cuisinière. Une casserole. Une cuillère. Un reste de braise. Une bûche. Du feu. Un couvercle. Un bol. Un bol de soupe. Pendant ce temps, le garçon avait ôté ses vêtements mouillés. Tout nu, debout sur la table, il avait observé quelques secondes les guenilles qui gisaient à ses pieds puis il avait enfilé un à un les nouveaux habits qui l’attendaient. Une tunique bleue, un pantalon de velours havane, des chaussettes grises, des souliers marron, le tout rafistolé. Il y avait aussi une casquette gribouillée. Une sorte de béret en peau de vache avec des points et des tâches. Le gamin la vissa sur ses cheveux raides et noirs. Une fois prêt, l’homme revint vers lui et le souleva pour le poser sur un tabouret. Un tabouret haut. Ses jambes ne touchaient toujours pas par terre. L’enfant renifla la soupe et fourra son museau dedans, lapant goulûment son contenu et nettoyant parfaitement son contenant. Un gros morceau de fromage et un quignon de pain prirent la place du bol. Le garçon ne tremblait plus. Son ventre ne hurlait plus. Ses pupilles ne déliraient plus. Il n’avait plus froid. Il n’avait plus faim. Il n’avait plus peur. Il avait sommeil.
Le géant reprit le gamin dans ses bras, le porta comme un sac de patates et le fit basculer sur un fauteuil près du fourneau. L’enfant se recroquevilla, tira un bout de châle posé là et ferma les yeux, épuisé par les milliers de kilomètres qui l’avaient mené jusqu’ici.
— On t’attendait pas si tôt, finit par dire le moustachu qui jeta au feu les frusques du gamin.
3

Un murmure. Puis deux. Trois. Un éternuement. Un raclement de gosier désabusé. Un sifflement

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