Petites pierres blanches , livre ebook

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2012

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Doué d’un sens d’observation aigu, l’auteur offre des «instantanés», des «photographies», des «médaillons» qui dépeignent la vie quotidienne avec ses banalités, ses joies, ses insignifiances, ses douleurs et ses moments les plus risibles.
Dans ce genre bref qu’il cultive depuis longtemps, Maurice Henrie aborde avec amusement ses thèmes de prédilection : folie du monde moderne, nostalgie du passé, observation de la nature, goût du voyage, absurdité de la vie… poursuivant dans ce seizième ouvrage une œuvre qui prend racine dans le vrai monde.
Dire succinctement des choses qui touchent, mais dont on n’ose parler, voilà l’intention qui inspire ces «petites pierres blanches» taillées, avec humour et finesse, pour notre plus grand plaisir.
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Publié par

Date de parution

10 octobre 2012

Nombre de lectures

3

EAN13

9782895973034

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

PETITES PIERRES BLANCHES
DU MÊME AUTEUR

Carnets et nouvelles

Le Jour qui tombe , Ottawa, Éditions L’Interligne, 2009.
Esprit de sel , Sudbury, Prise de Parole, 2008. Prix de la ville d’Ottawa (non-fiction).
Les Roses et le verglas , Sudbury, Prise de parole, 2004. Prix de la ville d’Ottawa.
Mémoire vive , Québec, L’instant même, 2003. Prix de la ville d’Ottawa ; Prix Le Droit.
Fleurs d’hiver , Sudbury, Prise de parole, 1998.
La Savoyane , Sudbury, Prise de parole, 1996.
Le Pont sur le temps , Sudbury, Prise de Parole, 1992. Prix Ottawa-Carleton.
La Chambre à mourir , Québec, L’instant même, 1988. Prix Ottawa-Carleton.

Romans et récits

L’EnfanCement , récits, Sudbury, Prise de parole, 2011.
Le Chuchotement des étoiles , Sudbury, Prise de parole, 2007.
Une ville lointaine , Québec, L’instant même, 2001. Prix des lecteurs de Radio-Canada.
Le Balcon dans le ciel , Sudbury, Prise de parole,1995. Prix du Salon du livre de Toronto ; Prix Trillium ; Prix Ottawa-Carleton.

Essais

Le Petit Monde des grands bureaucrates , Boucherville, de Mortagne, 1992.
The Mandarin Syndrome , Presses de l’Université d’Ottawa, 1990.
La Vie secrète des grands bureaucrates , Hull, Asticou, 1989.
Maurice Henrie
Petites pierres blanches

NOUVELLES
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Henrie, Maurice, 1936-
Petites pierres blanches [ressource électronique] / Maurice Henrie.
Nouvelles. Monographie électronique. Publ. aussi en format imprimé. ISBN 978-2-89597-302-7 (PDF). — ISBN 978-2-89597-303-4 (EPUB)
I. Titre.
PS8565.E5885P48 2012 C843’.54 C2012-905730-4

L’auteur souligne la généreuse participation financière du Conseil des artsde l’Ontario à la rédaction de cet ouvrage.

Les Éditions David remercient le Conseil des Arts du Canada, le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario, la Ville d’Ottawa et le gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada.



Les Éditions David
335-B, rue Cumberland
Ottawa (Ontario) K1N 7J3

Téléphone : 613-830-3336 / Télécopieur : 613-830-2819

info@editionsdavid.com
www.editionsdavid.com

Tous droits réservés. Imprimé au Canada.
Dépôt légal (Québec et Ottawa), 4 e trimestre 2012
À tous ceux qui vivent de peu de mots.
Si vous n’avez rien à dire, ne le dites pas. Proverbe chinois
VOYAGES
Nemrut
L a pluie, la bruine plutôt, m’emprisonne dans cet hôtel d’Adiyaman, en Turquie. Sans compter qu’une blessure au genou me condamne à une immobilité partielle. Pour me déplacer, je dois m’en remettre à ma canne en aluminium, pliable et made in China .
Je sors de ma chambre où l’ennui m’empêche de respirer. L’hôtel est envahi par des centaines d’hommes sans femme. Ils circulent dans les corridors et s’engouffrent dans la grande salle de congrès où se tient la convention annuelle des concessionnaires de tracteurs italiens Lamborghini. Leurs machines gris bleu, exposées en grand nombre, étouffent d’ailleurs le quartier. Elles entourent étroitement l’hôtel, occupent toutes les places de stationnement du voisinage et envahissent même les trottoirs, au grand dam des piétons qui doivent marcher dans la rue.
Dans le hall d’entrée, je tombe sur le chauffeur de notre autocar qui fume une cigarette matinale et qui, à cause du temps exécrable, se demande si aura lieu l’excursion prévue pour aujourd’hui. L’accompagnateur lui confirme que oui, mais avec une heure de retard.
Nous sommes cinq ou six seulement à partir. Les autres ont choisi de demeurer à l’hôtel, préférant un ennui certain à la perspective d’une randonnée mouillée, peut-être dangereuse, jusqu’au sommet du mont Nemrut, à une petite heure de route.
— Vous êtes vraiment des cons ! nous assurent-ils au départ, comme pour nous mettre à l’épreuve au tout dernier instant.
Nemrut n’est pas, comme la plupart des montagnes, un bloc compact de pierre ou de granite inattaquable. Il est plutôt, par-dessus le rocher primordial qui forme la base, le plus extraordinaire amas de cailloux, de galets et de calcaires qu’on puisse imaginer. Grisâtres, jaunâtres et même bleuâtres, ils constituent ensemble la calotte de la montagne proprement dite et, sous forme conique, s’amoncellent si haut que les nuages s’y accrochent souvent. Aujourd’hui, ils se sont arrêtés tout à fait.
Pas un arbre, pas même un buisson parmi les pierres. Un refuge sommaire, construit à flanc de montagne par le gouvernement turc, constitue la dernière étape avant d’entreprendre la difficile ascension. Un vague sentier pierreux invite à s’aventurer là-haut, mais à ses propres risques. Les indécis peuvent encore, sans perdre la face, faire demi-tour et renoncer à l’escalade. Une fois partis, cependant, ils devront continuer : l’honneur est en jeu.
Pendant plus d’une heure, j’avance seul, à pas prudents et hésitants, sur les petites pierres mouillées et glissantes, en m’aidant de ma canne. Mes quelques amis me doublent et me distancent, en me reprochant ma témérité, en me conseillant de rentrer. Rentrer où ? Même le car est reparti et ne reviendra qu’en fin d’après-midi. Je persiste, en m’arrêtant souvent pour reprendre mon souffle. Je persévère tant et si bien que je finis par déboucher, moi aussi, sur les terrasses aménagées de main d’homme.
C’est là que je découvre les statues gigantesques de Zeus, Tyché, Apollon et Hercule, flanquées de deux aigles et de deux lions. Surtout, j’aperçois la belle figure d’Antioche, le premier roi de Commagène, qui me dévisage de son regard de pierre. Il y a deux mille ans, les Romains, dit-on, ou peut-être les tremblements de terre, ont précipité les sculptures à bas de leur socle, au pied duquel les archéologues les ont retrouvées. Il ne reste d’elles que ces superbes têtes en marbre poreux, élimées par le temps, piquetées de petits trous et cabossées par leur chute et par les années.
Il pleut maintenant à verse sur le paysage grandiose où les nuages s’attardent. Les gouttes tombent d’abord sur le chapeau pointu d’Antioche. Puis elles dégoulinent jusque sur son beau visage craquelé et raviné. Il pleut sur lui depuis des siècles, sans que son regard en soit altéré. Indifférent à l’eau qui, comme le temps, ruisselle sur son marbre, il continue de fixer l’horizon, par-dessus le faîte des montagnes voisines. Sans jamais regarder vers la vallée. Sans jamais voir couler l’Euphrate, en contrebas. Sans jamais s’intéresser au barrage du grand Atatürk que, par temps clair, il apercevrait peut-être à l’horizon.
Je m’approche de lui et lui parle à mi-voix, sous mon capuchon de vinyle bleu qui me protège de la pluie. Assez bas pour que Zeus, tout près, n’entende pas. Ni la déesse Tyché, un peu à l’écart.
— Que vois-tu devant toi, Antioche ? Que regardes-tu avec autant d’intensité ?
Le roi Antioche est têtu et ne me répond pas. Il continue de regarder droit devant lui et refuse de se laisser distraire par le touriste insignifiant que je suis, appuyé sur une ridicule canne en aluminium. J’attends quelques minutes à la pluie battante, transi sous mon imperméable. Puis je reviens à la charge.
— Dis-moi, Antioche, ce monde que tu fixes des yeux depuis deux mille ans, le regarderas-tu encore longtemps ? Ne crains-tu pas que ton espérance soit vaine et que tu perdes ton temps ?
Le roi ne répond toujours pas. Peut-être est-il un peu dur d’oreille. Peut-être aussi est-il étonné d’entendre des questions que personne ne lui a posées auparavant. La pluie a trouvé une fissure dans mon imper et quelques gouttes s’infiltrent jusque dans mon cou. Je ne bouge pas. Je ne me décourage pas non plus, devant le silence d’Antioche. Bientôt, je recommence.
— Que regardes-tu, Antioche, au-delà de la montagne ? Depuis que la mort t’a installé ici et que tu contemples le monde, as-tu vu quelque chose ? Il n’y a rien là-bas, sinon le temps qui passe et qui revient. Tu n’as rien vu, n’est-ce pas ?
J’attends encore longtemps sous la pluie. Quand la brunante commence à envahir la vallée et à monter vers le sommet, je quitte, moi aussi, le sanctuaire maintenant déserté, abandonnant Antioche et ses dieux à leur silence vertigineux. La descente sera longue et dangereuse. Avant de l’entreprendre, je me retourne encore pour int

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