Nanuktalva , livre ebook

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Après une vie d’aventures, Nanuktalva, un vieil Inuit, se retire à Timmins, dans le nord de l’Ontario. Il s’y lie d’amitié avec une petite fille de cinq ans, à qui il apprend tout ce qu’il sait sur la vie nordique, ses défis, ses mystères et ses loups. Au passage, il l’initie aux coutumes de son peuple, à sa langue et à ses légendes. Il va même l’entraîner à des formes de combat nordique.
Mais ce bonheur ne durera pas. À l’aube de ses 17 ans, la vie de Gaïa connaît un tournant inattendu. Elle est recueillie à Vancouver par une tante qui nourrit des projets crapuleux à son endroit. Le vieux Nanuktalva ne la laissera pas faire et se battra de toutes ses forces pour protéger Gaïa, cette enfant qu’il aime comme sa propre fille.
Ardent défenseur des animaux et passionné du Grand Nord, Gilles Dubois puise dans sa vaste expérience de la vie pour nous offrir une histoire inspirante, remplie d’actions et d’enseignements.
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Publié par

Date de parution

04 août 2016

Nombre de lectures

11

EAN13

9782895975731

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Nanuktalva
DU MÊME AUTEUR


Romans et nouvelles
Sortilèges (nouvelles fantastiques), Montréal, Éd. Québec-Livres, 2015.
L’enfant qui ne pleurait jamais , t. 1, 2, 3 (récit autobiographique), Ottawa, L’Interligne, 2011, 2013, 2014. Prix Christine-Dumitriu-van-Saanen 2012.
Akuna-Aki, meneur de chiens , Ottawa, L’Interligne, 2007. Prix des lecteurs Radio-Canada 2008.
L’homme aux yeux de loup (roman), Ottawa, David, 2006, coll. « Voix narratives ».
Hokshenah, l’esprit du loup blanc (roman), Paris, Éditions Les 3 Orangers, 2003.
Romans jeunesse
La piste sanglante , Ottawa, L’Interligne, 2011. Prix Françoise-Lepage 2011.
Le voyage infernal , Ottawa, L’Interligne, 2011.
Aurélie Waterspoon , Ottawa, L’Interligne, 2008.
Gilles Dubois
Nanuktalva
ROMAN
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada

Dubois, Gilles, 1945-, auteur Nanuktalva / Gilles Dubois.
(14/18) Publié en format imprimé (s) et électronique (s). ISBN 978-2-89597-546-5. — ISBN 978-2-89597-572-4 (PDF). — ISBN 978-2-89597-573-1 (EPUB)
I. Titre. II. Collection : 14/18
PS8557.U23476N36 2016 jC843’.6 C2016-903648-0 C2016-903649-9

Les Éditions David remercient le Conseil des arts du Canada, le Bureau des arts franco-ontariens du Conseil des arts de l’Ontario, la Ville d’Ottawa et le gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada.



Les Éditions David 335-B, rue Cumberland, Ottawa (Ontario) K1N 7J3 Téléphone : 613-830-3336 | Télécopieur : 613-830-2819 info@editionsdavid.com | www.editionsdavid.com

Tous droits réservés. Imprimé au Canada. Dépôt légal (Québec et Ottawa), 3 e trimestre 2016
Hommage à petite mère, la terre.
Dis maman, c’était quoi des éléphants ? Stéphanie, 5 ans, le 17 mars 2030.
CHAPITRE 1
Le vieil Inuit
Timmins, nord-est de l’Ontario

Le printemps de l’année 1997 progressait doucement. Les grandes chaleurs étaient encore éloignées de quelques semaines et les moustiques toujours plongés dans leur sommeil léthargique. C’était une période transitoire, au climat le plus agréable. Elle durait hélas peu de temps.
Une main large, aux veines gonflées par le labeur, main de meneur de chiens, de guerrier, épaisse, aux doigts carrés, caressait les rondins d’une cabane avec une manière de respect, d’amour, sûrement ; un bois râpeux, comme la main. Les yeux clos, pour mieux s’imprégner du paysage, des senteurs qui baignaient la vallée, de la texture du cèdre odorant qui vivait sous sa paume, le vieil Inuit redécouvrait à l’infini la Nature qu’offrait le Grand-Esprit aux diverses créatures de ce monde. Il laissa son esprit vagabonder vers cette époque lointaine de sa jeunesse, au pays de la glace et du froid, alors qu’il chassait la baleine avec son père, sur la petite île d’Igluligmiut, Iglulik , « Il y a des maisons », au Nunavut. Il était né là.
Ainsi que le disait son père, « lorsque tu sentiras que chaque cellule de ton corps, jusqu’à la plus infime, est partie intégrante du Grand Tout, Siko , Hilla , Anok’s … la glace, le temps, les tempêtes… Alors, tu seras l’enfant privilégié de cette terre. »
Doucement, il était devenu le Nord. Son nom, d’ailleurs, l’indiquait sans erreur. Nanuktalva , « Celui qui marche comme un homme », c’est-à-dire, l’ours.
Nanuktalva était un colosse de deux mètres, âgé de 58 ans « environ », avait-il l’habitude de spécifier, avec un rire bon enfant. Même à cet âge, son corps comptait davantage de muscles que d’embonpoint. L’homme et la cabane étaient de la même espèce. Ils se ressemblaient. Rudes et âpres, écorce et peau craquelées par les ans et les intempéries. Ils vieillissaient au même rythme. L’homme s’harmonisait avec le décor montagneux qui s’offrait à sa vue.
Il admira sans retenue son petit domaine. Sa maisonnette était fichée en plein bois d’épinettes noires, 25 kilomètres à l’est de Timmins. Le vieux y vivait seul, à 20 minutes de cheval du plus proche voisin. Taa Vanin , au loin, autour de lui, en tous sens, jusqu’à l’horizon, s’étendait la nature sauvage, son havre de paix ! Sous sa fenêtre, à 100 pas, un étang se couvrait d’oies sauvages au printemps. Alentour, bruissait la stridulation des grillons, obsédante, un peu monotone, comme le martellement de la pluie sur des feuilles mortes, autant de murmures apaisants.
Nanuktalva ne s’était jamais marié. Quelques gentilles compagnes partagèrent certes sa vie tout au long des années, mais jamais au point de lui faire oublier la douce Siksik , « Petit-Écureuil », premier et unique amour de sa vie, vendue par ses parents à un voyageur blanc très âgé.
Infortunée fiancée.
À présent, Nanuktalva se trouvait infiniment heureux de vivre seul. Néanmoins, il se montrait parfois un peu bougon. Il ne recevait d’ailleurs pas beaucoup de visites, à part la petite fille et ses parents, mais eux, c’était autre chose.
En fait, l’homme ne vivait pas vraiment seul. Il avait ses chiens, six animaux à demi sauvages. La meneuse de sa petite meute, sa préférée, se nommait Anok’e , « Esprit de la tempête », une femelle malamute superbe : deux ans, au moins 40 kilos, malgré son jeune âge. Nanuktalva avait aussi adopté, chez un voisin kristineau, un autre malamute et deux huskies croisés avec du loup. Des bêtes splendides, vigoureuses. Ses dernières acquisitions, deux chiens abandonnés, sans identité bien définie, grands comme des veaux de six mois.
— Namaktok ayuitun , disait-il d’eux. « C’est bien, ils sont puissants. »
Des terreurs. Ils ne craignaient ni les ours ni les gens. Quant aux loups sauvages, sa petite meute les accueillait complaisamment. Les uns et les autres prenaient d’ailleurs part aux mêmes équipées nocturnes. L’été précédent, les chiens de Nanuktalva avaient sauvé une femme et ses trois enfants de l’attaque d’un ours brun en maraude. L’exploit leur avait mérité un article en manchette du journal Les Nouvelles , le seul hebdomadaire en français dans cette région de l’Ontario.
Nanuktalva avait été un grand voyageur. La nostalgie le rongeait. Il aimait encore bouger. À ce sujet, un vieux rêve persistait en lui. Rejoindre l’Arctique à pied, en compagnie de ses chiens, ou peut-être, avec son cheval, en chariot, un conestoga construit de sa main sur le modèle qu’utilisaient les pionniers de la conquête de l’Ouest américain, mais en plus léger, tel celui qui recevait les faveurs des voyageurs, le fameux Prairie schooner , la Goélette de la plaine.
* * *
L’enfant avait six ans. Elle était assise devant la cabane, sur une souche de cèdre que Nanuktalva avait taillée en forme de fauteuil, aux mesures de la fillette. Elle s’appelait Gaïa Beaubien. Ses parents habitaient à quelques kilomètres de là, au bord d’un lac ceint de roseaux et de fougères arborescentes, sous la surveillance immuable d’une dizaine de saules et de hêtres centenaires.
Ils étaient propriétaires d’une entreprise florissante de vente de voitures, sur le boulevard Algonquin. Le matin, en se rendant au travail, ils laissaient l’enfant à l’école élémentaire Anicet-Morin, sur l’avenue Power, près de leur magasin ; l’après-midi, le vieux allait la chercher, avec son cabriolet à cheval ou sa vieille camionnette, et la conduisait à sa cabane. L’homme et l’enfant y attendaient l’arrivée de la mère, en fin d’après-midi. Ces heures en compagnie du vieil Inuit représentaient pour l’enfant l’instant heureux des histoires. Avec le temps, Nanuktalva était devenu grand-papa pour la petite fille, avant d’être « adopté » par la famille, sur les recommandations de Gaïa, au cours d’une cérémonie émouvante. Ses parents s’étaient associés de grand cœur au beau projet. Ainsi, l’ancien coureur de toundra devint-il membre à part entière de la famille Beaubien. Ou presque !
La famille de Gaïa ne pouvait rêver meilleure influence sur l’esprit hardi, inquisiteur, de l’enfant, que celle de l’être hors du commun qu’était Nanuktalva.
Le vieux surnommait la petite Tiriganiak, « Renard-Blanc », en raison de ses longs cheveux blonds. Depuis deux ans, à la demande des parents, le vieux s’occupait d’elle après les heures de garderie et, plus tard, d’école ; des liens solides s’étaient tissés entre eux, faits d’une tendresse dont la famille ne soupçonnait pas l’intensité.
Les attaches fraternelles de Nanuktalva avec les Beaubien remontaient à très loin, jusqu’au grand-père paternel de l’enfant, Anselme, lors d’un de ces épisodes dramatiques qui foisonnent dans le Nord. Nanuktalva avait 19 ans, Anselme 17. Nanuktalva lui avait sauvé la vie, alors qu’ils habitaient à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, un peu au nord du cercle arctique. L’amitié entre eux ne s’était jamais démentie. À 20 ans, Anselme, un Québécois né à Trois-Rivières, avait épousé une femme cree, Wâpanatâhk, « Étoile du matin ». Ryan, père de Gaïa, était né de cette union dans un igloovigak , une maison de glace, bien plus au nord.
Il y avait toujours eu des membres de la famille Beaubien dans l’entourage du vieux. Ryan et son épouse avaient suivi la famille de Nanuktalva lorsqu’ils avaient quitté Inuvik pour s’établir à Timmins.
Anselme avait préféré s’installer à Dawson City, au Yukon, où débutait une ruée vers l’or, plus importante encore, disait-on, que celle de 1898. Deux ans plus tard, la famille de Nanuktalva était repartie sur la Terre de Nunavut, loin au milieu des glaces de l’océan Arctique. Nanuktalva pensait souvent à Anselme, son seul véritable ami, mort huit hivers auparavant en des circonstances tragiques que la petite fille désirait connaître. Avec quelques réticences, le vieux raconta.
— Anselme, ton grand-père, promenait ses chiens sur la rivière gelée, la Klondike, qui coulait devant sa cabane, à Dawson City. Il semblait n’avoir pas tenu compte de la « débâcle »… heu, c’est quand la glace au printemps, détachée de la rive, se brise en centaines de plaques flottantes, filant avec la rivière libérée à une vitesse fantastique, se soulevant, s’entrechoquant. À la minute exacte où les énormes glaçons entamèrent leur course, Anselme et ses chiens entreprirent la

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