Certaines blessures ne guérissent jamais complètement, d'autres persistent malgré le temps et tous nos efforts pour les oublier. Le plus dur n'est pas de sombrer, mais de réussir à se relever. Que se passe-t-il quand on réalise qu'on a vécu dans l'erreur ? Quand on a cru être aimé, alors qu'il ne s'agissait que d'un leurre ? Quand les apparences se fissurent et laissent place à la cruelle réalité ? Parfois, en croyant faire du mal à autrui, on se fait du mal à soi-même, et on en sort brisé, incapable de recoller les morceaux. ~~~~ — Que feriez-vous si vous aviez la possibilité de revenir en arrière ? La question me percute de plein fouet. Les mots restent coincés dans ma gorge et je demeure immobile, le regard perdu, incapable de répondre sur-le-champ. — Je… je n’en ai aucune idée, finis-je par lâcher dans un souffle. — Réfléchissez bien, Mr Dikoume. Si l’on vous offrait la possibilité d’effacer une seule de vos erreurs, laquelle choisiriez-vous ? À ces mots, tout remonte à la surface avec une violence inattendue, une amertume que je croyais enfouie depuis longtemps. — Je ferais en sorte de ne jamais avoir croisé le chemin de Fabiola Mouto, dis-je d’une voix basse. Le silence s’abat lourdement entre nous, oppressant, presque étouffant. — Vous êtes conscient que cela ne dépend pas uniquement de votre volonté. Si l’on vous donnait la chance de tout recommencer à zéro, que feriez-vous, Mr Dikoume ? Ma voix tremble malgré moi, étranglée par le poids de souvenirs trop lourds à porter. — Je… je ne répondrais pas à la dernière volonté de mon père. — Et pourquoi ? Pensez-vous qu’il a mal agi ? — Oui… Il m’a confié un fardeau bien trop lourd pour mes épaules. — Et ce fardeau… est-il insurmontable ? Un rire sans joie m’échappe, bref, amer. — Si ce n’était pas le cas, que ferais-je ici ? Un nouveau silence s’installe avant qu’il ne reprenne, plus doucement cette fois. — Pouvez-vous me parler de votre relation avec votre père ? Je passe une main sur mon visage avant de répondre. — Je dirais qu’elle était simple. Mon père était un homme droit. Je l’ai toujours admiré. — Si je comprends bien, vous avez toujours voulu lui ressembler, mais vous n’avez pas approuvé sa dernière volonté… Je soupire longuement, la fatigue et la colère mêlées. — Ne mélangez pas tout. Par respect pour mon père, j’ai gâché une année et demie de ma vie que je ne rattraperai jamais… et qu’est-ce que j’ai reçu en retour ? — Qu’est-ce qui vous fait le plus mal, Mr Dikoume ? Le fait d’avoir été trahi par quelqu’un de proche… ou d’avoir perdu le contrôle ? Je relève lentement la tête et plonge mon regard dans le sien, incapable de mentir davantage. — Les deux. Ce qui s’est passé m’a rappelé que l’être humain est profondément mauvais, que les apparences sont trompeuses… mais surtout que l’amour n’a pas sa place dans ce monde. Mon cœur s’emballe tandis qu’une image récente s’impose à mon esprit sans que je puisse la chasser. Mes mâchoires se crispent, mes poings se serrent jusqu’à blanchir sous la tension. Une larme s’échappe malgré moi et vient s’écraser sur ma main. À cet instant, je n’ai plus la force de lutter. Je suis brisé.