Le Journal de Betty Swan , livre ebook

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Cindy Valt Le Journal de Betty Swan Roman Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com Copyright © PRISMA MÉDIA / 2022 Tous droits réservés ISBN : 978-2-8195-06966 À toutes celles qui ont eu le courage d’y mettre un terme. À toutes celles qui ont peur de dire non. À toutes celles qui oseront le faire demain. 1. Marie avait la sensation que son cœur lui transperçait la poitrine. Elle aimerait pouvoir l’attraper à pleines mains et le lancer aussi loin que ses dernières forces le lui permettaient. Il était rempli de tant de choses noires, lourdes et difficiles à supporter que s’en séparer était pour elle son seul salut. Mais il faisait partie d’elle-même et Marie devrait continuer d’y accumuler toute sa haine et sa colère. Elle ferait comme d’habitude et ne laisserait transparaître que le minimum à Thomas.   Elle s’arrêta à la pointe de la falaise, les jambes et le souffle coupés. Thomas était à la traîne une cinquantaine de mètres derrière elle. Elle entendait son souffle exagéré, augmenter de puissance à mesure qu’il se rapprochait d’elle. Elle savait qu’il la maudissait d’avoir voulu courir ici, sur les hauteurs d’Étretat alors qu’ils habitaient à une heure de la station balnéaire et avaient fait le déplacement spécialement pour cette séance de torture.
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Publié par

Date de parution

05 mai 2022

Nombre de lectures

1

EAN13

9782819506966

Langue

Français

Cindy Valt
Le Journal de Betty Swan
Roman
Éditions Les Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris
www.lesnouveauxauteurs.com
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex
www.editions-prisma.com

Copyright © PRISMA MÉDIA / 2022 Tous droits réservés
ISBN : 978-2-8195-06966
À toutes celles qui ont eu le courage d’y mettre un terme.
À toutes celles qui ont peur de dire non.
À toutes celles qui oseront le faire demain.
1.

Marie avait la sensation que son cœur lui transperçait la poitrine. Elle aimerait pouvoir l’attraper à pleines mains et le lancer aussi loin que ses dernières forces le lui permettaient. Il était rempli de tant de choses noires, lourdes et difficiles à supporter que s’en séparer était pour elle son seul salut. Mais il faisait partie d’elle-même et Marie devrait continuer d’y accumuler toute sa haine et sa colère. Elle ferait comme d’habitude et ne laisserait transparaître que le minimum à Thomas.
 
Elle s’arrêta à la pointe de la falaise, les jambes et le souffle coupés. Thomas était à la traîne une cinquantaine de mètres derrière elle. Elle entendait son souffle exagéré, augmenter de puissance à mesure qu’il se rapprochait d’elle. Elle savait qu’il la maudissait d’avoir voulu courir ici, sur les hauteurs d’Étretat alors qu’ils habitaient à une heure de la station balnéaire et avaient fait le déplacement spécialement pour cette séance de torture.
Le vent du large faisait flotter quelques mèches de cheveux bruns de Marie, échappées de leur attache lors de sa course. Elle inspirait l’air pur à pleins poumons, telle une cure de jouvence accélérée. Lorsqu’il arriverait à sa hauteur, elle ferait celle qui n’avait pas été bousculée par l’effort. Quelques secondes plus tard, Thomas s’arrêta à son tour, le corps plié en deux, se retenant péniblement à ses genoux. Ses joues habituellement blanches avaient désormais une couleur framboise que Marie n’avait encore jamais vue chez lui. Sans doute lui en avait-elle demandé beaucoup en l’emmenant ici. Il ne la regarda pas, préférant se remettre discrètement de ce jogging forcé de quarante-cinq minutes, à crapahuter entre les dédales de ruelles du petit village en contrebas et les hautes falaises qui surplombaient la mer. Il se redressa lentement. La vue lui coupait le souffle autant que sa course. Les remous des vagues et le bruissement des galets qui roulaient chaque fois qu’elles les heurtaient résonnaient jusqu’à eux. Tout à gauche, la fameuse aiguille de craie blanche et son arche voisine les narguaient. Stables depuis des millions d’années, elles n’étaient pas sur le point de s’effondrer comme lui.
Marie avait les yeux rivés sur l’horizon. Le ciel était d’un bleu azur imperturbable, parsemé de quelques taches ouatées qui se déplaçaient lentement. Le soleil d’août lui giflait les épaules et luisait fièrement au-dessus d’eux. La Normandie avait rarement connu une aussi belle et longue période ensoleillée. Un nombre impressionnant de touristes et de badauds parcouraient les étroits sentiers qui sillonnaient les falaises de la côte, mais elle les avait soigneusement ignorés, restant concentrée sur son effort. Thomas, lui, sentait la honte le gagner chaque fois qu’il croisait quelqu’un et tentait de respirer moins fort pour ne pas avoir l’air d’un gros animal blessé. Il n’avait pas remarqué que sa course lui avait fait perdre la quasi-totalité de son audition et commença de nouveau à entendre les conversations et les soufflements d’admiration des promeneurs. Marie, elle, fixait toujours la mer comme si elle était seule au monde. Il n’ignorait pas le chaos qui inondait son esprit depuis des années, mais il avait appris à vivre avec et avait espéré que le temps ferait son œuvre. Malheureusement, leur présence ici lui confirmait que les choses ne faisaient que réellement commencer.
— On pourrait peut-être redescendre et aller boire un verre dans ce bar que j’ai repéré en arrivant, non ? proposa Thomas en ravalant une boule de salive dans sa gorge asséchée.
— Pour étouffer au milieu de tous ces touristes ? Non merci.
— On est un peu des touristes aussi. Et j’aimerais bien poser mes fesses quelque part pour me remettre. Je suis incapable de conduire pour le moment, de toute façon.
— Tu te ramollis ou quoi ? Je t’ai connu plus endurant, le taquina Marie en se rapprochant doucement de lui.
— Je ne suis pas dans un de mes meilleurs jours, voilà tout. Toi en revanche, je ne sais pas ce que tu as mangé avant de partir, mais…
Le visage de Marie se referma. Thomas venait brutalement de lui placarder ses vieux démons à la figure, et la raison pour laquelle elle était venue s’épuiser ici. Il comprit trop tard ce que cette phrase innocente venait de provoquer chez sa compagne. Elle rajusta son tee-shirt sur le haut de ses hanches.
— Viens, on va chercher un truc à boire, lui dit-elle en reprenant le sentier en sens inverse.
Thomas la suivit sans un mot. Son épaule heurta le bras d’un colosse d’une tête de plus que lui et il se confondit en excuses pendant que Marie poursuivait sa descente sans se retourner. Tous ignoraient ce qu’elle transportait en elle. Certes, elle n’était pas la seule à posséder une part d’ombre, un secret enfoui, durement gardé qui résistait à l’épreuve des balles de la vie. Mais celui de Marie avait grignoté sa joie de vivre, année après année, jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus et qu’elle se décide à l’exorciser. Elle s’apprêtait à commettre un acte irréversible, qui lui changerait la vie à tout jamais. Et tout le monde l’ignorait. Tout le monde, sauf Thomas.
2.

Les paysages de la campagne normande défilaient sous leurs yeux alors qu’ils rejoignaient l’autoroute qui allait les ramener jusqu’à Rouen.
Ils n’avaient finalement pas réussi à trouver une place pour boire un verre et s’étaient résolus à rentrer chez eux. Thomas avait maudit ce déferlement de touristes qui empêchait les habitants de la région de profiter de leurs propres points de vue. Ils avaient donc remonté la file interminable de véhicules garés sur les bords de l’étroite route qui démarrait de l’entrée du village jusqu’à plus de deux kilomètres en amont. Lorsqu’ils étaient arrivés le matin, ils étaient parmi les premiers et s’étaient garés près d’un petit talus d’herbes folles. Mais avec cet amas de tôle rutilante qui se déroulait sous ses yeux, Thomas ne reconnaissait plus rien et n’était pas sûr de ne pas avoir déjà dépassé leur voiture. Marie marchait presque mécaniquement devant lui et ne semblait pas s’en préoccuper. Au bout de quarante minutes de marche, Thomas démarrait enfin le moteur de leur Clio IV grise.
La route était sinueuse et vallonnée et Thomas avait du mal à se concentrer. Marie, accoudée contre la portière, regardait par la fenêtre.
Soudain, Thomas fit une embardée sur le côté et stoppa le véhicule à l’aide du frein à main. Marie sursauta et s’agrippa à la poignée au-dessus de la vitre en poussant un cri de frayeur.
— T’es dingue ! Qu’est-ce qui te prend ? lui lança-t-elle en mettant une main sur son cœur.
Un véhicule les doubla en klaxonnant et Thomas aperçut le conducteur lui faire un doigt d’honneur.
— Tu es vraiment sûre de vouloir faire ça ? lui dit-il enfin en la fixant droit dans les yeux.
Marie relâcha sa main de la poignée et soupira.
— Thomas… on en a déjà parlé au moins mille fois. Tu devrais avoir compris que je ne changerai pas d’avis.
— Est-ce que tu es vraiment certaine que cela te rendra plus heureuse ? Que ça va réellement te permettre de passer à autre chose ?
— Je ne peux pas être sûre de ça, mais ce dont je suis certaine, c’est que je dois le faire. C’est un besoin vital pour moi.
Thomas baissa la tête. Il avait envie de lui prendre les mains, mais se ravisa en pensant à la distance qu’elle avait mise entre eux ces derniers temps. Allait-il enfin pouvoir retrouver la Marie qu’il avait connue à leur rencontre cinq ans plus tôt ? Serait-elle enfin prête à démarrer une véritable histoire avec lui, ou continuerait-elle d’être sans cesse tournée vers un passé morbide, à la recherche de réponses salvatrices ?
Depuis des semaines, il était tiraillé entre l’idée de la laisser aller jusqu’au bout de son projet fou ou la retenir. Mais aucune option ne semblait prendre suffisamment le pas sur l’autre pour qu’il se décide. Marie, de toute façon, n’attendait pas son aval et ferait ce qu’elle avait en tête, quoi qu’il en pense.
Il remit alors le contact et la Clio se redressa sur la route.
Marie savait que Thomas souffrait de cette situation. Il était adorablement prévenant avec elle, et surtout extrêmement compréhensif depuis toutes ces années. Ces derniers mois avaient été d’autant plus difficiles que Marie avait fini par retrouver la trace de celui qui la tourmentait depuis l’âge de 5 ans. Elle avait craint ce moment autant qu’elle l’avait désiré. Mais elle ne pouvait plus faire machine arrière, l’engrenage était lancé. Elle ne partait que dans deux semaines, mais elle avait déjà fait ses valises. Chaque fois qu’elle les regardait, elle se disait qu’elles représentaient son passeport vers une nouvelle vie. L’épreuve qu’elle s’apprêtait à affronter allait être douloureuse, mais elle la voyait comme un mal nécessaire pour panser ses plaies et vivre enfin.
Ses grands yeux bleus plongèrent à nouveau vers les immenses prés où broutaient tranquillement les vaches normandes avant de se fermer doucement. Le visage de sa mère disparue trop tôt lui apparut en cet instant, comme un signe. Elle n’avait jamais cessé de la voir, la nuit, le jour. Comme un fantôme oppressant qui cherchait à faire passer un message. Ce message, Marie l’avait transformé en une mission pour laquelle elle ne cesserait pas de respirer jusqu’à la mener à bien. Mais aujourd’hui, le visage de sa mère ne paraissait plus inquiet, ni apeuré. Pour la première fois, il souriait.
3.

Vingt-cinq ans plus tôt.
Le vent froid hurlait aux oreilles de Betty et lui brûlait les joues. Elle tentait de garder l’équilibre malgré les bourra

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