La mélodie du matin , livre ebook

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2007

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"Soudain, elle pousse un hurlement. Abbas se lève, il a encore des lambeaux de rire entre les dents. Mais Wika, elle, ne rit pas : penchée, elle tâte le corps affalé à terre, regarde attentivement ses yeux, puis passe la main sur les paupières qui se ferment docilement."
Les romans de Mohammed Nagui, qui se caratérisent par un style poétique, tissent une toile de fond de la vie quotidienne égyptienne.
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Publié par

Date de parution

01 janvier 2007

Nombre de lectures

21

EAN13

9782336269948

Langue

Français

Revu par
Dr. Hanan MOUNIB
Professeur-Adjoint / Université de Aïn-Shams / Le Caire Conférencier / Sorbonne / Paris Enseignant / INALCO / Langues O’ / Paris
Maquette
Chekib Abdessalam
© L’Harmattan, 2006
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
L’HARMATTAN, ITALIA s.r.1. Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino L’HARMATTAN HONGRIE Könyvesbolt ; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest L’HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12 ESPACE L’HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa — RDC
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296022874
EAN : 978-2-296-02287-4 9782296022874
Sommaire
Page de Copyright Page de titre
La mélodie du matin

Mohammed Nagui
A bbas bondit sur Nofal et se met à califourchon sur sa poitrine, lui serrant la gorge entre le poignet et l’avant-bras de sa bonne main, celle à laquelle il reste encore un doigt : “Alors, elle va pondre quand, ton oie ?”
A la vérité, il n’a pas réellement bondi : partant d’une position assise, il a exécuté une culbute foudroyante, comme les acrobates de cirque, et s’est laissé tomber de haut en bas sur sa victime. Abbas est cul-de-jatte : il a eu les deux jambes tranchées net depuis le haut des cuisses par des éclats d’obus ; d’autres éclats lui ont emporté la main gauche, et n’ont laissé de la droite que la paume et le doigt du milieu. Il se déplace en glissant sur ses fesses, devenues sèches et dures comme du bois.

Pour Abbas le cul-de-jatte, c’est comme une gymnastique matinale. Cela commence avec l’émission “La mélodie du matin”, à la radio de Madame Wika 1 , qui tient la boutique d’en face. A ce moment, il s’est déjà installé à sa place sur le trottoir et Nofal en a fait autant, à quelques mètres de lui. Le générique de l’émission lui plaît tout particulièrement : il se redresse de sa demi-hauteur et sautille sur place, frétillant des épaules et ondulant du ventre, tout en accompagnant la musique d’onomatopées populaires: “Tchik tchik tchikaboum, boum bou m baraloum !” Madame Wika, qui sait comment cela va finir, le met en garde : “Attention à toi, Abbas ! Laisse ce pauvre homme tranquille !”
A la fin de la mélodie, Abbas éclate de rire et, la mâchoire inférieure tendue en avant, émet un sifflement d’oiseau “Izzz”, puis exécute sa célèbre culbute, atterrissant sur la poitrine de Nofal. Les passants se mettent à rire. Madame Wika rit elle aussi tout en le rabrouant : “Allons, laisse-le !”

Nofal surveille la scène depuis le début, avec le peu de vue qui lui reste. Il est inquiet, mais il ne bouge pas. Dissimulant dans sa poche sa main droite agitée d’un tremblement perpétuel, il observe son bourreau d’un oeil plein de haine et de mépris. Lorsque celui-ci se jette sur lui, il se laisse docilement aller à terre ; seule la moue méprisante que dessinent ses lèvres marque sa résistance. Le cul-de-jatte lui ricane dans l’oreille : “Dis quelque chose, je veux voir tes dents !” Gardant obstinément le silence, Nofal s’efforce de détourner le visage, pendant que l’autre se trémousse sur sa poitrine : “Boum baraloum baraloum !”
Lorsque la comédie a assez duré, Wika sort de sa boutique, traverse la rue et va donner un coup de pied au cul-de-jatte. “Laisse-le ! Un de ces jours, tu vas le tuer et tu iras en prison !” Toujours ricanant, il se tourne vers elle ; de sa position, il aperçoit, au haut de la jambe de la femme, quelque chose de bistre qui tranche sur une blancheur tiède, et il ricane à nouveau. Madame Wika s’en aperçoit et, ramenant les pans de sa longue robe noire, elle le frappe encore du pied. “Lève-toi, crapule ! ”
Il se lève, ou plus exactement il fait la culbute en arrière et se retrouve à sa place derrière son étal : des livres de piété, des amulettes, de l’encens, des boîtes d’ambre et de noix de muscade, des cure-dents et des chapelets. Le front couvert de poussière, il se tourne à nouveau vers elle.
— L’un de nous est de trop ici !
— Il faut bien que tout le monde vive.
— Mais nous vendons la même marchandise. Soutenant son ventre d’une main, elle éclate de rire.
— Tu appelles ça de la marchandise !
Il rit aussi à s’en tenir les côtes, avant de reprendre :
— Il a un fils, alors que moi, je suis seul au monde.
— Ne lui rappelle pas ses malheurs : son fils a disparu au Koweït.
— Et moi aussi j’ai failli mourir à la guerre, proteste-t-il en montrant sa main au doigt unique.
Elle ne fait déjà plus attention à lui, mais il continue de la suivre des yeux pendant qu’elle balaye la dalle de marbre noir à l’entrée de sa boutique et époussette l’enseigne posée au-dessus de la porte : “Supérette du Nouveau Millénaire”.
Nofal a observé leur échange comme s’il ne le concernait pas. “Un de ces jours, je lui ferai le coup, et il le paiera, songea-t-il. Je mourrai pendant qu’il sera sur moi, il ira en prison et tout le monde le maudira : « C’est l’assassin de Nofal’ diront-ils. Et le Cadi le regardera d’un oeil rouge de fureur, le Cadi qui n’a jamais pardonné à un assassin ni à une femme adultère. »
Il lui jette un coup d’oeil de côté, plein de joie mauvaise. Lorsque son regard passe devant la boutique de Madame Wika, il s’aperçoit qu’elle a fini son petit déjeuner, et il l’entend héler le cul-de-jatte : “Viens prendre à manger !”
Abbas traverse la rue en glissant sur les fesses et revient tenant fermement entre les dents un sac en plastique dans lequel la femme a mis les reliefs de son repas. “C’est pour vous deux”, ajoute-t-elle. Revenu à sa place sur le trottoir, Abbas ouvre le sac et fait signe à Nofal sans le regarder : “Allons, viens prendre ta part.”
N ofal a une manière de sourire bien à lui, qui donne à ses lèvres la forme du derrière d’une oie. A l’époque où il était calligraphe, il avait pris l’habitude de plisser les lèvres en travaillant, et avec le temps il lui est devenu difficile d’ouvrir la bouche. Lorsqu’il s’est trouvé incapable de tenir un pinceau, ses lèvres ne se sont pas desserrées, bien au contraire. C’est qu’il a le métier dans le sang, et les plus belle banderoles qu’il a calligraphiées dans sa vie palpitent toujours devant ses yeux. Parfois, il redessine en imagination celles qu’il voit autour de lui, s’étonnant de constater à quel point le métier se dégrade.
Son sourire se déplace sur sa lèvre supérieure comme par une suite de chocs électriques, progressant lentement depuis les commissures pour se rassembler au milieu ; au terme du processus, ses lèvres forment un arrondi en tout point semblable au derrière d’une oie. C’est Abbas le cul-de-jatte qui, un jour, a découvert cette ressemblance, avant de se jeter sur lui en poussant son sifflement aigu. “Souris, mon gars ! Je veux voir tes dents ! ”
La bouche arrondie en forme de cul d’oie, Nofal observe son vieil ennemi d’un regard en coin, lourd de menace et de joie mauvaise. “Ils se moqueront bien de lui, le Cadi, les avocats et les témoins, quand il sera enfermé dans une cage comme un singe. Le Cadi sera assis sur son grand balcon et lui on le mettra dans une cage au milieu de l’esplanade. Les gens viendront en passant sous la vieille arche de pierre, pour profiter du spectacle : tout le monde rira de la voir, et l’Idiote lui jettera des pierres et le maudira. Crapule ! Singe de malheur ! Il a bien mérité la prison. Il pleurera et personne n’aura pitié de lui.”
Craignant que le cul-de-jatte ne devine ses pensées, il détourne le visage et lève les yeux vers l’unique banderole qui subsiste de son oeuvre, toujours accrochée à l’entrée de la rue. “Si elle n’était pas là, je ne supporterais pas de rester à côté de ce stropiat de malheur” songe-t-il. Maudissant le tremblement nerveux qui l’oblige à demeurer ainsi, assis à même le trottoir, il se dit qu’il lui serait possible de confectionner une banderole encore plus belle si sa main guérissait. “J’en ferai une exactement pareille et je l’accrocherai au Palais du Cadi 2 , si haut que personne ne pourra l’atteindre.”
Que Dieu maudisse cette tremblote ! Il sait qu’il n’existe qu’un seul moyen de s’en débarrasser : il faudrait avoir un chapelet d’ambre, et réciter le nom de Celui qui accorde la guérison autant de fois qu’il contient de grains, puis l’enrouler autour de son poignet, afin que les humeurs froides se retirent du nerf.
Il contemple les chapelets qu’il a sur son éventaire. Leurs grains sont moulés dans le plastique ou tournés dans le bois. Les badauds leur jettent un regard puis passent leur chemin d’un air dédaigneux : de la camelote à bon marché ! Sans doute, mais lequel d’entre eux aurait les moyens d’acheter un vrai chapelet d’ambre ou de cornaline, par les t

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