La Fleur de l'ombre , livre ebook

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Jeune directrice d'édition, Estelle découvre à la mort de sa mère qu'elle n'est pas le fruit d'un amour de permission mais la fille d'un soldat allemand disparu sur les plages du débarquement de Normandie. Elle se lance sur les traces de cet homme, aidé par Josserand, historien et écrivain dont elle s'est promis de publier un livre.
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Nombre de lectures

12

EAN13

9782812916120

Langue

Français

Encouragé par André Castelot,Martial Debriffea publié plusieurs biographies sur les femmes de l’histoire de France. Déjà auteur de son quatrième roman aux éditions De Borée, il conjugue ses deux passions, l’écriture et la scène, en transposant ses ouvrages au théâtre. Il a obtenu, pour son implication à promou voir la culture française dans le monde, la médaille d’or de l’Alliance française en 2006 et le prix de la Société des écrivains d’Alsace et de Lorraine pour l’ensemble d e son œuvre.
F LDEA LEUR L'OMBRE
Du même auteur Aux éditions De Borée Conte-moi l’Alsace, document Le Secret de la villa Marianne, roman Le Serment de la Saint-Jean, roman Les Peyrie, roman
Autres éditeurs
Charlotte Corday, biographie Étonnantes histoires d’Alsace, document L’Étonnante Histoire de l’Alsace, document L’Étonnante Histoire de la Bretagne, document La Duchesse du Maine, biographie La Malédiction des Freudeneck, prix de la Société des écrivains d’Alsace et de Lorraine, roman Les Adieux à Carola, roman Madame de Pompadour, biographie Madame Élisabeth, biographie Marie-Adélaïde de Savoie, biographie Ninon de Lenclos, biographie Rois et reines de France, livre pour enfants
www.martialdebriffe.com Retrouvez également l’auteur sur sa page Facebook.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20 rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
©
, 2013
MARTIALDEBRIFFE
LA FLEUR DE L'OMBRE
À Élisabeth Mangeolle.
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ; le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre. Victor HUGO
I
E CHIRURGIEN A-T-IL QUITTÉ LE BLOC pendant qu’elle était au guichet d’information LStadliches Klinikumde Karlsruhe. Des familles angoissées, des futurs papas nerveux, des ? Inquiète, Estelle presse le pas. Il y a foule dans les immenses couloirs de l’hôpital enfants insouciants… On boit des cafés pour faire passer le temps. Cependant, il semble à Estelle que les infirmières la scrutent à la dérobé e. Sans doute sortent-elles de la salle d’opération ? Pour elles, il s’agit d’une intervention comme les autres. Elles se moquent pas mal de savoir que sa mère, Charlotte, est en train de lutter contre un cancer entre les mains du plus grand professeur de la ville. Estelle ne s’est -elle pas trompée de chemin en pensant revenir à son point de départ ? Non, voici Margaretha, la vieille amie de Charlotte, assise sur une chaise qui borde le passage. Elle lui sourit de loin. Elle a l’air indifférente aux mouvements qui l’entourent, au rapport du médecin qui les attend bientôt. Mais pourquoi a-t-elle tenu à mettre un chapeau mou pour venir dans un établissement hospitalier ? On n’est pas dans une église tout de même. C’est fou ce qu’elle fait province avec son bibi en feutre beige et son sac à main à boucle. Alors ? demande Estelle en se rasseyant auprès d’elle. – Toujours rien, dit Margaretha. – Le Pr Ott n’est pas revenu ? – Non. Il doit encore être en train d’opérer Charlotte. Estelle baisse la tête, accablée. – C’est bien long, soupire-t-elle. – Tu exagères, il y a à peine trois quarts d’heure que ta maman est en salle. – Une heure cinq exactement, rectifie Estelle. – Eh bien, tu as entendu le chirurgien ? Ça peut durer trois ou quatre heures… – Plus c’est long, plus c’est mauvais signe. – Mais non, mais non, tu verras, tout ira bien, mur mure Margaretha, compatissante en lui tapotant la main. Estelle la retire brusquement. Le calme de la vieil le dame semble une insulte à sa propre angoisse. Il ne témoigne pas d’une sécheresse de cœur mais de la fatalité. Margaretha sait que demain peut-être son tour. Mais après avoir vécu la Seconde Guerre mondiale, l’humiliante séparation de l’Allemagne en deux parties distinctes le 12 août 1961, après les privations et les jours heureux, le principal n’est-il pas de s’en aller sereinement ? Estelle a dû batailler pour que Margaretha accepte de quitter son intérieu r douillet et venir soutenir Charlotte dans son épreuve. Soudain, après avoir méprisé l’étroitesse de ses vues, Estelle l’envie d’être si détachée. On souffre moins quand on restreint le champ de ses intérêts et de ses amours. Proches par l’âge, Margaretha et Charlotte ne le so nt plus par les sentiments depuis quelques années déjà. Elles se tolèrent en évitant de s’affronter. Comme si un événement du passé était revenu à la surface sans qu’aucune des deux femmes ne désire en parler. Pourtant, Margaretha avait rendu de grands services quand Charlotte avait perdu son mari lors du débarquement de Normandie en juin 1944. Seule avec Estelle alors âgée de quelques mois, Charlotte avait affronté l’adversité grâce à une Margaretha dévouée. Aujourd’hui en 1979, plus de trente-cinq ans plus tard, Estelle aimerait bien comprendr e ce qui a bien pu les froisser sans véritablement les séparer. Mais ce n’est pas dans le couloir de cet hôpital qu’elle trouvera une réponse. La période d’après-guerre avait été épouvantable po ur Estelle. Dans le quartier, on ne parlait que du procès de Nuremberg, le monde entier plaignait la population allemande avec des mines faussement compréhensives, on affirmait complaisamment que le peuple payait bien cher la folie d’un seul homme. « Les enfants de la guerre ne s’en relèveront jamais », affirmait-on dans la presse de l’époque. Or ils se sont tous relevés. Chacun à sa manière. Estelle en niant un passé qu’elle exécrait et en épousant, avant ses dix-huit ans, un homme qui avait le double de son âge mais qui avait l’avantage d’être d’origine française. Elle avait troqué son nom d’Estella Furdmann contre celui d’Estelle Desprez, tellement plus estimable à ses yeux. Trois ans plus tard, elle divorçait à P aris et recouvrait sa liberté. De temps en
temps, elle rentrait à Karlsruhe pour revoir sa mère et Margaretha. Estelle avait fait sa vie à Paris où elle avait gravi peu à peu les échelons dans une maison d’édition. Une autodidacte du milieu littéraire. Elle avait même pris des cours du soir pour prétendre à la place si convoitée de directrice de collection. Charlotte en était fière. Sa fille parvenait au summum. La distance n’effaçait pas la moindre once d’amour filial qu’elles se vouaient. Désormais, tout dépend de ce chirurgien qui s’est montré si affable avant de partir au bloc. Mais mesure-t-il l’importance de guérir Charlotte, l’unique famille d’Estelle ? Il est effrayant de penser que la vie d’une personne se retrouve entre les mains d’un seul homme qui demain aura oublié jusqu’à son identité. Une fois de plus, Estelle regarde sa montre-bracelet en forme de cœur : un cadeau de Charlotte pour ses trente-cinq ans. – J’ai des fourmis dans les jambes ! s’exclame Margaretha. Je vais aller au petit coin. Et elle s’éloigne d’une démarche lourde. Cette expression de « petit coin » rejette Estelle dans son enfance à Karlsruhe. Un vieil immeuble coiffé de tuiles rouges et d’une cheminée en brique. À l’intérieur de l’appartement, le papier peint décollé, les petites pièces, quelques jouets en bois offerts par des voisins bienveillant s. À l’école, les petites filles de son âge avaient, pour la plupart, des papas qui s’absentaie nt pour le travail mais qui rentraient toujours avec une attention. Estelle revoit cette période bouleversée. Pourtant, elle était si heureuse à l’époque. Mille fois, Charlotte lui avai t expliqué que son père était mort à la guerre et qu’elle ne possédait plus de lui que des souvenirs heureux. Pas une lettre. Malheureusement. Estelle a passé son adolescence à se le représenter. À quinze ans, en songe, elle admirait cet homme qui lui avait donné le jour, au point de rentrer en conflit avec sa mère, jusqu’à son départ pour la France. La séparation leur a permis de mieux se retrouver. Mais, aujourd’hui encore, elle continue à subir son vague charme jusqu’à croire qu’un mort lui susurre tendrement à l’oreille. N’est-ce pas po ur cette raison qu’elle avait épousé un homme bien plus âgé qu’elle ? L’explication classique du géniteur fantôme retrouvé dans les bras d’un homme mûr. Elle aurait aimé s’en explique r avec quelqu’un de sensible, d’intelligent… Mais Margaretha est incapable de comprendre ses états d’âme. Lorsque cette dernière revient des toilettes, Estelle renonce à l ui faire part des idées folles qui l’ont traversée. Elle observe la vieille dame se rasseyant et tirant sa jupe sur ses genoux, soulagée. – Tu vois, ça n’a pas été long. – Il est presque 11 heures maintenant ! remarque Estelle. Et maman est toujours en salle d’opération. Au même instant, elle aperçoit une infirmière qui s ’avance vers elle d’un pas pesant, un dossier sous le bras. Incapable de se contenir, Estelle bondit à sa rencontre. – Vous avez du nouveau ? – Pas encore, répond la soignante. Mais j’ai eu une conversation avec votre mère avant qu’on l’endorme. Elle était très inquiète de ne pas se réveiller et de ne pas vous avoir parlé avant. Je l’ai rassurée. Et soyez sans crainte, elle se réveillera bientôt. Margaretha s’est rapprochée des deux femmes. – Qu’est-ce que je te disais, Estelle, aie confiance ! – C’est certain, le corps médical soigne tous les j ours des milliers de personnes. Bon, ne voulez-vous pas venir boire un verre à la cafétéria ? – Et si le docteur Ott venait pendant notre absence ? L’infirmière la rassure. Finalement, elle a tout prévu. – Ne craignez rien. J’ai prévenu que je vous emmena is prendre un peu de réconfort. On viendra nous chercher. Prenant Estelle par un bras, elle l’entraîne. Margaretha leur emboîte le pas. L’éditrice marche comme une somnambule à côté de cette infirmière qui, depuis quelques instants, décide à sa place. Cette sujétion est à la fois reposante et irritante. Peu après, les trois femmes sont toutes trois attab lées dans le brouhaha d’un réfectoire immense, devant des cafés fumants. Sur le guéridon voisin, l’infirmière avise une assiette sur laquelle trône un morceau de forêt-noire avec une m ontagne de chantilly. Irrésistiblement, Estelle repense à celle de sa mère, au parfum de schnaps de cerises. Charlotte prétendait que cette pâtisserie du dimanche gardait les gens en bo nne santé tout au long de la semaine.
Margaretha déguste son breuvage avec componction. E lle a un visage lourd, raviné, aux yeux minuscules et au nez impertinent. Sa laideur n’est pas déplaisante. Elle s’accorde avec l’apparence surannée de sa personne. L’infirmière met en avant la confiance qu’elle a envers le chirurgien, et que quand il dit quelque chose, c ’est toujours vérifié. Plongée dans ses pensées, Estelle n’a pas touché à sa tasse. Elle repousse la soucoupe et de nouveau lorgne sa montre. – Vous ne finissez pas votre tasse ? demande l’infirmière. – Non, non, balbutie-t-elle. Je crois qu’il est temps d’y aller. – On a bien cinq minutes ! proteste Margaretha. Je prendrais bien un autre café. Elle rit. Et ajoute aussitôt : – Mais non, je te taquine, ma chérie. Comment peut-elle plaisanter un jour pareil ? Estel le glisse un regard interrogateur à la soignante qui n’a pas bronché. Enfin, cette dernièr e se lève. C’est le signal. Toutes trois retournent dans le grand couloir du service de médecine II. Après quoi, l’infirmière disparaît derrière une porte. Estelle est à nouveau saisie d’angoisse. Il lui semble que le nombre de gens qui attendent dans les couloirs a sensiblement diminué. Chassée par l’heure tardive, la majorité a dû rentrer à la maison. Ne demeurent sur place que les proches des cas les plus graves. Passant d’un souci à l’autre, Estelle pense à Lucie, la voisine de sa mè re, qui est restée cloîtrée dans son appartement parce que, à son âge et dans son état p sychique, elle s’estime incapable de supporter l’épreuve de l’hôpital. Sans doute attend-elle, assise dans un fauteuil auprès du téléphone, l’appel d’Estelle ou de Margaretha pour être fixée. – Dès qu’on saura, on téléphonera à Lucie, prévient Estelle en se penchant vers Margaretha. Elle doit être à demi morte d’inquiétude, la pauvre ! Au lieu de répondre, Margaretha se dresse brusquement et s’exclame : – Je crois que c’est le moment ! – Qu’est-ce qui te fait dire ça ? – J’ai vu la tête d’un homme à travers cette vitre. Je pense que c’est le docteur Ott. Effectivement, il passe la porte tout en boutonnant une blouse propre. Le cœur défaillant, Estelle se lève à son tour et s’appuie instinctivement contre l’épaule de Margaretha. Les deux femmes se mettent en mouvement. Estelle retrouve la sensation de froide solennité qu’elle a ressentie en parlant la première fois au chirurgien le matin même. Le tout est englobé dans un univers hostile : des dimensions grandioses, une hauteur de plafond imposante, les teintes jaunes de l’immense mur crépi et jusqu’à la sévérit é des tenues, tout ici transpire une inflexible rigueur. Derrière le chirurgien, l’infirmière. Estelle n’a pas l’impression qu’elle est là pour sa mère. Cependant, dès qu’elle entend le nom de Furdmann, elle ne pense plus qu’à Charlotte. Elle doit être encore en salle de réveil, si frêle, si pâle, si misérable. Le temps est suspendu. Estelle écarquille les yeux. Ses genoux faiblissent. Elle craint de s’évanouir. Avant qu’elle ait pu reprendre ses esprits, le chirurgien s’exclame : – Vous avez attendu tout ce temps ! Vous êtes courageuse ! Sa voix est forte, son maintien hiératique, son masque impénétrable lorsqu’il dit : – J’ai tout essayé. On ne peut rien faire… Je suis désolé… Elle ne rentrera plus chez elle… Je fais le nécessaire pour qu’elle ne souffre pas… Cancer généralisé avec des métastases. Le mot sonne comme une explosion. Estelle regarde le chirurgien droit dans les yeux. – Combien de temps ? – À ce stade, très peu. Je suis navré, mais c’est tout le corps qui est ravagé par la maladie. J’ai vraiment tout essayé. Elle est en salle de réveil depuis deux heures. On n’a pas forcé sur la dose d’anesthésiant. Vous pourrez la voir dès demain. Silence. – Docteur ? – Oui ? – Je peux la ramener à la maison ? – Non. Car si vous voulez qu’elle parte doucement, elle a besoin de soins palliatifs, délivrés uniquement en milieu hospitalier. Je suis navré. – Je comprends… Je… je vais m’asseoir quelques instants. – Oui, bien sûr. On va vous apporter un verre d’eau.
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