Je l’ai écrit parce que j’avais besoin de vivre , livre ebook

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«J’ai 18 ans, ça fait deux mois que je dors.
Je ne veux plus rien savoir du monde qui m’est extérieur. En fait, je ne veux plus rien savoir de moi-même, je ne sais plus rien de moi-même.
Qui suis-je? J’ai les yeux bleus, les cheveux bruns, de grosses cuisses énormes et des seins. Yark! Je suis une femme, une forme ovale et molle. Je ne vois que mon reflet dans ce foutu miroir, et même mon reflet me répugne. Quand je ferme les yeux, j’ai l’impression d’entendre une gamme majeure chromatique en constant decrescendo. Je suis un dépotoir, mes entrailles se contractent, se détractent comme si j’allais accoucher d’une bête sauvage, enragée, d’un être possédé et ensorcelé.
J’ai l’impression de peser trois cents livres, ce qui n’est vraiment pas le cas.
C’est que, depuis des années, je traîne un chariot de fumier, rempli de mensonges et de déceptions… J’ai comme un couteau enfoncé entre les deux seins. Je ne m’en sortirai jamais… »
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Publié par

Date de parution

21 août 2013

Nombre de lectures

34

EAN13

9782895973997

Langue

Français

JE L’AI ÉCRIT PARCE QUE J’AVAIS BESOIN DE VIVRE
DE LA MÊME AUTEURE
Vomir , Ottawa, Éditions du Nordir, coll. « Actes premiers », 2010.
Émilie Legris
Je l’ai écrit parce que j’avais besoin de vivre
RÉCIT
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Legris, Émilie, 1983- [Vomir]
Je l’ai écrit parce que j’avais besoin de vivre / Émilie Legris.
(Indociles) Version remaniée de : Vomir. Le Nordir, 2010.
ISBN 978-2-89597-372-0. — ISBN 978-2-89597-398-0 (pdf). — ISBN 978-2-89597-399-7 (epub)
I. Titre. II. Titre : Vomir. III. Collection : Indociles
PS8623.E468V65 2013 C843’.6 C2013-903895-7 PS8623.E468V65 2013 C843’.6 C2013-903896-5

Les Éditions David 335-B, rue Cumberland Ottawa (Ontario) K1N 7J3

Téléphone : 613-830-3336 / Télécopieur : 613-830-2819
info@editionsdavid.com / www.editionsdavid.com

Tous droits réservés. Imprimé au Canada. Dépôt légal (Québec et Ottawa), 3 e trimestre 2013

Les Éditions David remercient le Conseil des Arts du Canada, le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario et la Ville d’Ottawa. En outre, nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activités d’édition.
Ce livre a d’abord été publié en 2010, sous le titre Vomir , aux Éditions du Nordir, dans la collection « Actes premiers ». Je l’ai écrit parce que j’avais besoin vivre en est une version remaniée.
RÉCIT
1
J’ai 18 ans, ça fait deux mois que je dors.
Je ne veux plus rien savoir du monde qui m’est extérieur. En fait, je ne veux plus rien savoir de moi-même, je ne sais plus rien de moi-même.
Qui suis-je ? J’ai les yeux bleus, les cheveux bruns, de grosses cuisses énormes et des seins. Yark ! Je suis une femme, une forme ovale et molle. Je ne vois que mon reflet dans ce foutu miroir, et même mon reflet me répugne. Quand je ferme les yeux, j’ai l’impression d’entendre une gamme majeure chromatique en constant decrescendo. Je suis un dépotoir, mes entrailles se contractent, se détractent comme si j’allais accoucher d’une bête sauvage, enragée, d’un être possédé et ensorcelé.
J’ai l’impression de peser trois cents livres, ce qui n’est vraiment pas le cas.
C’est que, depuis des années, je traîne un chariot de fumier, rempli de mensonges et de déceptions… J’ai comme un couteau enfoncé entre les deux seins. Je ne m’en sortirai jamais…
Ce matin ou cet après-midi, j’ai perdu la conscience de l’espace-temps. La vie est devenue quelque chose de vaste et de marécageux. Pour bien faire, je dois aller me trouver un emploi. Ce qui me paraît un immense challenge . J’ai mis des bottines, jusque-là ça va bien. J’ai presque l’espoir qu’un jour je pourrai atteindre le seuil de la porte. Une fois la porte d’entrée atteinte, j’ai la frousse, l’extérieur de la maison m’apparaît comme une grande scène, éblouie par un gros spotlight . Cette grosse lumière est apparemment un astre que les gens ont nommé le soleil. En dehors de la maison, j’étouffe autant que dans la chambre, couchée sur le lit.
Je monte dans l’auto à mon papa. En reculant dans l’entrée, je fonce dans l’auto à ma maman. Les deux tourtereaux sortent pour m’avertir délicatement que je ne porte aucune attention à mes actions, et ainsi de suite.
J’arrive à un restaurant. Je ne veux pas arrêter, mais c’est plus fort que moi. Il y a comme un aimant entre moi et cette maison de bois. Gênée comme une enfant de deux ans qui n’a jamais lâché les jupons de sa maman et qui ne peut rien faire sans elle, j’entre. Un jeune homme vient me questionner sur la raison de mon apparition. Je le regarde de plus près puisque, pour me poser cette question, il s’est flanqué en face de moi, et je respire maintenant son haleine toute propre. Tout ça sent le complot humanitaire.
— Est-ce que je peux t’aider ?
— Je cherche du travail.
Il prend mon CV. Je me demande ce que je fais ici. Est-ce que je cherche vraiment du travail ? Je me cherche du travail parce qu’il faut travailler, c’est tout. Mes parents disent que si on n’étudie pas, il faut travailler… La vie, c’est travailler. Mais se trouver une job, c’est une chose ; la garder plus d’un mois sans la perdre en est une autre. Je me fais toujours crisser dehors, pour une raison ou pour une autre. On me dit souvent : t’es vraiment intelligente, mais c’est peut-être pas ta place ici. Certains m’ont même suggéré d’aller en thérapie, que quelque chose ne tournait pas rond chez moi.
Les gens trouvent toujours que quelque chose ne va pas en moi.
Un mois plus tard, comme cadeau de joyeux changement de chiffre, de nouvelle année, de changement de calendrier, le téléphone sonne. On m’appelle pour une entrevue. Le grand patron, un homme d’une certaine beauté, aux cheveux gris, me contemple de la tête au pied. (Non, Monsieur, je n’ai pas de poux. J’ai pris ma douche la semaine passée. Que voulez-vous savoir de plus ? Regardez, j’ai toutes mes dents, deux mains et, au bout de chaque doigt, des ongles.) Finalement, après m’avoir passé aux rayons X, il m’offre un dimanche comme essai.
Dimanche matin, j’essaie de m’habiller conventionnellement : mes vieux souliers, des pantalons noirs à ma sœur et un vieux gilet bleu marine puant que j’ai ramassé à terre. Rien à faire, habillée ou déshabillée, je ne me fais pas à ce corps trop courbé à mon goût. Le corps encore alourdi par les somnifères que j’ai avalés la veille pour dormir, je me rends à ce restaurant avec une envie de vomir, tellement la nouveauté et les contacts humains m’insécurisent…
En fin de compte, malgré mon envie de disparaître, tout se passe bien d’après la dame avec qui je travaille.
Elle dit tout le temps : « C’est good ». Ça doit être bon signe. Je verse le café dans la tasse des gloutons qui viennent se gaver tous les dimanches matin. Comme s’ils n’étaient pas déjà assez obèses et joufflus. J’ai le goût de les jambetter à la sortie. De leur renverser la cafetière sur la tête. Ça va bien, tout va bien, les murs sont bruns et le brun, j’adore. La place a un certain charme et madame « c’est good » est bien gentille.
À quatre heures, tout change. Je regarde le fond du lavabo silencieusement, qu’on me donne mon cash pour que je décrisse au creux de mon lit au plus sacrant. Un homme entre, je le sens de loin. Le voilà à mes côtés, je ne l’ai pas juste pressenti. Il est là ! Merde. Il est au milieu de la quarantaine. Il porte sur sa figure, quelque peu ridée par l’alcool et la cigarette, deux beaux yeux bruns clairvoyants et sans âge. J’ai juste à être à côté de lui pour être envahie par une terrible lourdeur qui ne m’appartient pas.
Ma vie vient de basculer. Cet homme trop familier vêtu de brun. Beurk ! J’ai le goût de lui crier dans le creux des oreilles : « Espèce de vieux con marié mal foutu ! T’as eu trop d’enfants ? Tu vas à la messe tous les dimanches et ça t’emmerde ? » J’imagine ma salive lui dégouliner dans les oreilles tellement je lui crierais fort. Fin du fantasme. Voilà l’impression la plus profonde que cet homme éveille en moi. On me donne mon blé et je décrisse.
Je ne sais pas quoi faire de mon fric. J’vais m’acheter des fines herbes à l’épicerie. Je les fume, je m’étouffe, je ne sais pas pourquoi je fume toujours les fines herbes : à chaque fois, je badtrippe . Je m’accroche à chacune des émotions qui coulent dans mon âme, comme si chacune d’elles était un amoureux. Je désire les connaître en profondeur. Mes émotions sont comme les touches d’un piano à queue. Moi, je suis la pianiste fascinée qui passe des heures et des heures, des jours, à appuyer sur une seule et même touche. Je joue du piano dans ma tête, mon corps est un orchestre symphonique. Je suis tellement imbibée de moi-même que j’en oublie complètement l’univers environnant. J’analyse tout dans les moindres détails ; les moindres gestes, les moindres regards me fascinent.
Dans ma tête, il y a un microscope et un macroscope. Je suis une scientifique émotive. J’autocritique à la loupe autant les comportements d’autrui que les miens. Plus je consume de fines herbes, plus j’oublie ; je m’enfonce dans le sable mouvant. Je suis prise jusqu’au cou, je suffoque. Je suis devenue une sorte d’épong

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