Dimitri, le prisonnier oublié , livre ebook

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Dimitri, citoyen français de mère russe, originaire d’un petit village d’Alsace, croupit depuis tant d’années dans un misérable goulag, un camp d’internés, au fin fond des immenses forêts du Grand Nord russe.
Fait prisonnier par l’Armée Rouge sur le Front de l’Est, sous l’uniforme des “Malgré Nous”, Dimitri est officiellement mort pour les autorités françaises, décédé à la guerre.
Même les Soviétiques ont fini par l’oublier dans ce maudit camp.
Dimitri reverra-t-il un jour sa patrie, sa famille ? Il en rêve à chaque instant.
Ou va-t-il disparaître au fond d’une fosse anonyme, comme tant d’autres Ze-Ka, les prisonniers des goulags.
Existe-t-il sur cette terre un homme capable de soustraire Dimitri au nez et à la barbe de ses geôliers ?
Ce roman raconte l’histoire d’une formidable aventure humaine où les hommes d’honneur font face à ceux s’adonnant aux pires turpitudes.

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Publié par

Date de parution

24 avril 2019

Nombre de lectures

0

EAN13

9782414345885

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Frédérick THOMAS
Dimitri,
le prisonnier
----------------------------INFORMATION----------------------------oublié Couverture : Classique
[Grand format (170x240)]
NB Pages : 328 pages
- Tranche : (nb pages x 0,07 mm)+2 = 26

---------------------------------------------------------------------------Dimitri, le prisonnier oublié

Frédérick THOMAS
26 965858Du même auteur :
• L’histoire extraordinaire d’un homme très ordinaire 2018 chez Éditions Édilivre

2
Avertissement :
Ce livre est un roman de fiction.
Toute ressemblance avec des personnes ou des organismes existants ou ayant existé
relèverait de la pure coïncidence. Les opinions exprimées par les personnages de ce
roman leur appartiennent en propre, tel qu’ils auraient pu le faire s’ils avaient existé,
elles ne sont nullement le reflet de celles de l’auteur.

3
4
Les visiteurs français
Dimitri se dépêcha de mettre ses bottes et d’enfiler son manteau. Le temps
n’était pas trop froid, ce matin. Mais tout de même ! Les premières chutes de neige
avaient annoncé l’arrivée du long hiver nordique. Il lui fallait faire vite.
Ne surtout pas les rater !
Son ami Pietr était passé tôt, aux aurores, comme souvent, pour partager un
café bien chaud. Ils en avaient profité tous les deux pour goûter l’excellente vodka
que Pietr avait rapportée de son séjour à Leningrad. Dimitri préférait le nom de
Saint-Pétersbourg, l’identité historique de cette belle capitale russe du Nord. Mais,
il ne faisait que le penser. Car, le prononcer pourrait lui causer des ennuis
supplémentaires, dont il n’avait surtout pas besoin. Pietr lui avait déposé la veille
une pauvre valise avec laquelle il avait transporté les quelques bricoles que Dimitri
lui avait demandé d’acheter dans la grande ville. Petites choses sans beaucoup de
valeur pour un quidam, mais introuvables ici dans la région de Skovordino,
modeste ville, presque un village, d’une province reculée où tout manquait. Surtout
l’essentiel, comme du dentifrice qui ne soit pas une pâte au plâtre. Comme une
nouvelle brosse à dents qui ne perd pas ses poils au premier usage. Comme du savon
qui sente le savon et pas la graisse de bateau. Ce qui est le cas de tout ce qui est
vendu dans le médiocre magasin du goulag.
Parce que Dimitri habitait au goulag. Depuis longtemps, très longtemps. Il ne
savait plus depuis combien de temps exactement. Mais, pour sûr, une éternité. Une
vie. En revanche, il se souvenait très bien que ça datait de la fin de la guerre, celle
qui avait opposé les Rouges aux hordes fascistes venues d’Allemagne. Il avait été
capturé par des soldats russes. Par chance ou pour son malheur, selon par quel bout
de la lorgnette on regarde, ils ne l’avaient pas exécuté comme les autres combattants
faits prisonniers ce jour-là. Parce qu’il parlait russe. Et même très bien.
Alors, les fantassins soviets l’avaient conduit au capitaine. Qui l’avait envoyé
5au colonel, lequel l’avait remis au commissaire du Peuple, pour être présenté devant
un tribunal. Il s’était réuni, l’avait condamné à être rééduqué dans un camp pendant
dix ans ! C’est long, dix ans. Surtout pour un jeune homme en pleine santé. Puis,
les dix ans étaient passés et Dimitri était toujours là. Parce que le Comité local du
Peuple jugeait qu’il n’était pas encore assez inséré dans la société soviétique. Qu’il
n’avait pas montré durant sa détention une envie irrépressible de servir le peuple
pour le bien du peuple. Pour autant, le Comité local lui avait accordé le privilège de
se déplacer à son gré dans la ville. Avec la stricte interdiction d’en franchir les
limites. Il devait simplement rejoindre le camp tous les soirs avant l’extinction des
feux. En principe, comme tout le reste.
Dimitri s’était finalement habitué à sa vie de Ze-Ka, prisonnier de fait, sans être
prisonnier officiellement. Juste privé de la liberté d’aller et venir, comme bon lui
semblait. Son unique horizon était limité à la petite cité qui avait poussé à côté du
goulag, encerclée d’immenses forêts. Il ne pouvait s’en éloigner. Il ne pouvait
communiquer avec personne hors de la ville-prison. Le courrier lui était interdit,
encore moins le téléphone. Pour ce qu’il marchait ce téléphone, ce n’était pas bien
grave. Mais, ne jamais écrire, ne jamais recevoir de lettres restait quelque chose
d’insupportable, encore plus cruel que la détention dans sa prison. En fait, la seule
issue qui lui était offerte était la mort.
La mort, il la connaissait bien. Il l’avait souvent rencontrée durant la campagne
de Russie. Elle l’avait approché, frôlé, elle lui avait tendu la main, il avait même flirté
avec elle ; mais elle n’avait finalement jamais voulu de lui.
Puis, il passa brutalement de la guerre à l’enfermement. Dans ce camp où il en
avait vu mourir des internés au fil de toutes ces années. Des dizaines, des centaines,
des milliers. Certains étaient devenus ses copains, d’autres étaient restés totalement
inconnus. Mais, il les connaissait tous à la fin, puisque c’est lui qui se chargeait de
les porter en terre. Un trou sommaire dans le sol, dur comme du béton l’été,
profondément gelé l’hiver. Une simple boîte en pin ou en bouleau qui descendait
dans la fosse. Pas de nom, pas de plaque, pas de croix. Là aussi, en principe. Ce
n’était pas autorisé. Les Ze-Ka avaient le droit à rien. Cependant, Dimitri avait
décidé un jour de planter devant chaque tombe une croix faite de deux petites
planches, sur lesquelles il gravait un nom avec son Opinel qu’il avait toujours pu
garder sur lui. Quand il savait comment le défunt s’appelait. Personne ne s’y était
opposé. Parce que personne ne venait jamais au cimetière du goulag.
C’est terrible cette condition de Ze-Ka, de n’avoir qu’un seul droit, le droit à
rien. Vous êtes pourtant vivant, mais vous n’existez pas. Quand il était encore libre
durant sa jeunesse, Dimitri se souvenait avoir lu dans la presse régionale et entendu
6 dans son entourage familial et professionnel que de très nombreux imbéciles, un
peu partout dans le monde, affirmaient que l’empire soviétique était un vrai paradis.
Quels idiots ! Dimitri était prêt à échanger sa place dans ce paradis avec n’importe
lequel d’entre eux. Surtout avec ceux qui disaient trimer comme des esclaves dans
les usines des pays libres, bien chauffées, tout en recevant un salaire correct. Ils ne
risquaient pas de mourir de faim ni de froid. Lui, Dimitri, aurait aimé travailler dans
une usine d’un pays libre. Il en rêvait chaque nuit. Ces gens-là ne savent pas ce
qu’est la condition d’esclave.
Cette fonction de croquemort lui procurait quelques pièces. Quelques dengas,
ici ou là, parfois un ou deux kopecks, plus rarement un rouble. Certains lui savaient
gré de cette obscure mission harassante. Il veillait toujours à refermer la tombe
proprement, délicatement. Le respect au défunt était la dernière chose qu’il pouvait
encore apporter, que les autorités ne pouvaient ni empêcher ni voler. Même si
c’était une tâche épuisante, il la conduisait seul. Il arrivait, à l’occasion, que quelques
proches de la dépouille – des camarades du camp, des connaissances de la ville,
voire de temps à autre des membres de la famille – lui confiaient un objet intime ou
un texte d’adieu. Il le glissait discrètement sur le cercueil avant de jeter les premières
pelletées. Ce n’était pas grand-chose, mais cela représentait tellement pour celles et
ceux qui avaient aimé le Ze-Ka disparu. C’était comme une vraie cérémonie, mais
sans chorale, comme une vraie messe, mais sans curé.
Pietr était son seul ami. Ils avaient été internés ensemble dans le goulag et
avaient à peu près le même âge, Pietr était un peu plus vieux. Ils avaient tout de suite
sympathisé. Il ne connaissait pas l’histoire de Pietr, parce que, entre Ze-Ka, il était
dangereux de soulever un voile du passé, surtout quand il ouvrait une brèche sur
les raisons qui avaient conduit à la détention. Si une oreille malveillante vous
entendait, cela pouvait être considéré, aux yeux des autorités, pour du
révisionnisme, voire pire, pour de la trahison. Et, dans ce cas, c’était une balle dans
la tête assurée, en pleine nuit, durant une soudaine corvée commandée par un garde
servile.
Des années auparavant, un matin comme les autres, sans préavis, son ami Pietr
avait appris par le directeur du camp que sa peine était terminée, qu’il était libre.
Sans plus d’explications. Mais, tout de même, avec une limite contraignante, il ne
1pouvait pas quitter l’oblast de Leningrad. Pietr ne connaissait personne dans cette
région de Skovordino, en dehors des Ze-Ka et du personnel du goulag. Il découvrit
alors la modeste ville en passant les portes du centre de détention pour la première

1 L’oblast en Russie correspond à une région administrative, dirigée par un gouverneur nommé par le
pouvoir central.
7fois depuis la fin de la guerre. Il s’était installé dans une minuscule isba qu’il pouvait
louer avec la maigre obole que lui versait le gouvernement. Il n’était plus bien jeune,
mais gardait encore une santé solide, malgré le régime de travail concentrationnaire
et la malnutrition qu’il avait subis durant toutes ces années. Aussi, il s’évertuait à
rendre des services aux uns et aux autres, quelques bricolages dans les maisons, des
coupes de bois, des gardes de propriétés. Cela lui rapportait un modique revenu
complémentaire. Il l’utilisait pour améliorer son quotidien et celui de son ami
Dimitri, qu’il considérait comme son petit frère. Il venait le voir régulièrement au
camp. Quand Dimitri reçut à son tour l’autorisation de sortir du goulag, ne pouvant
pas pour autant quitter les limites de la cité, ils passaient du temps ensemble. Ils
buvaient du café, du thé ou de l’alcool, et jouaient aux cartes ou aux dominos.
Dimitri et Pietr n’avaient pas spécialement cherché à se forger des amitiés solides
avec des habitants de cette ville

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