Deux heures avant la fin de l’été , livre ebook

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Puisant dans ses origines, Sébastien Pierroz traite dans ce fascinant polar du racisme qui hante depuis longtemps cette France de « l’entre-deux », avec en filigrane la désindustrialisation et les effets pervers de la mondialisation.
Damien, un employé de Greenpeace établi à Londres, rentre en France pour les funérailles de son grand-père à Mongy. Le petit village savoyard de son enfance est marqué, depuis le chaud été 1976, par le meurtre d’une jeune fille, Claudia Campana, commis par un immigrant algérien, Arezki Hamani. Toutefois, des doutes persistent encore sur les circonstances du meurtre.
Solitaire et dévasté par le décès de sa sœur en 2002, Damien reste persuadé du lien entre la mort « accidentelle » de sa sœur et les secrets conservés par plusieurs résidents du village autour du drame de l’été 1976.
Aidé par son frère Adrien et par la journaliste franco-ontarienne Cristina, il part à la quête des secrets du village et de sa famille.
Puisant dans ses origines, Sébastien Pierroz traite dans ce fascinant polar du racisme qui hante depuis longtemps cette France de « l’entre-deux », avec en filigrane la désindustrialisation et les effets pervers de la mondialisation.
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Date de parution

21 février 2023

Nombre de lectures

0

EAN13

9782895979333

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

2 Mo

collection voix narratives dirigée par André Lamontagne
Sébastien Pierroz

Deux heures avant la fin de l’été
Roman
Du même auteur
Entre parenthèses Sudbury, Éditions Prise de Parole, 2016.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Titre : Deux heures avant la fin de l’été / Sébastien Pierroz.
Noms : Pierroz, Sébastien, 1983- auteur.
Collections : Voix narratives.
Description : Mention de collection : Voix narratives
Identifiants : Canadiana (livre imprimé) 20220480982 | Canadiana (livre numérique) 20220481024 |
ISBN 9782895979319 (couverture souple) | ISBN 9782895979333 (EPUB) | ISBN 9782895979326 (PDF)
Classification : LCC PS8631.I4756 D48 2023 | CDD C843/.6—dc23
Nous remercions le Gouvernement du Canada, le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts de l’Ontario et la Ville d’Ottawa pour leur appui à nos activités d’édition.

Les Éditions David 269, rue Montfort, Ottawa (Ontario) K1L 5P1 Téléphone : 613-695-3339 | Télécopieur : 613-695-3334 info@editionsdavid.com | editionsdavid.com
Tous droits réservés. Dépôt légal (Québec et Ottawa), 1 er trimestre 2023
Faire-Part
Catherine et Jean-Pierre, ses parents, Damien et Adrien, ses frères, ont la douleur de vous faire part du décès de Nadia Dumont, à l’âge de vingt-cinq ans. La cérémonie aura lieu à l’église Saint-Hippolyte de Mongy le 30 juin 2002 à treize heures trente. Tu étais une fille brillante, attentionnée et protectrice envers les tiens. Tu poursuivais ton objectif d’être avocate. Un accident brutal a mis fin à tes rêves. Repose en paix.
1
Jeudi 27 février 2020. Londres (Angleterre)
Je n’aime pas les fins d’hiver. Je déteste les 27 février. C’est l’unique jour de l’année où je me réfugie dans le silence. Seul sur mon lit, avec pour seuls déplacements les allers-retours à la cuisine ou à la salle de bains, j’attends que ce jour se termine. Ce 27 février, ma grande sœur aurait fêté son quarante-troisième anniversaire. Il y a dix-huit ans, Nadia est morte sur le bord d’une route, fauchée en vélo par un chauffard. Moi, je meurs à mon tour à petit feu. Il est treize heures trente, je suis en caleçon et j’ai le ventre vide, seul, au fond de mes draps, m’extrayant du sommeil.
Le jour est levé depuis plusieurs heures. Sur la fenêtre de ma chambre, les gouttes d’eau de Londres glissent, s’entrecroisent, puis filent mourir sur un rebord. Ma main hésitante tâte dans le vide. Sur le chevet, mon iPhone est là, avec ma cinquantaine d’icônes d’applications mobiles, mes e-mails non lus.
Fini le sommeil aveuglant et rassurant, retour au combat de l’existence. Patricia n’a pas répondu à mes précédents messages. À chaque réveil, j’appelle Patricia, mais tombe sur cette messagerie vocale dont je connais chaque mot. « Hi, this is Patricia, I’m not available now… » Je raccroche, rappelle, puis raccroche de nouveau. Sur WhatsApp, je lui envoie quelques messages dans un anglais incohérent. « Call me back. » « I am waiting to talk to you. » Lorsqu’une vive émotion surgit, mon anglais balbutie et s’évapore.
Je tente ma chance sur Messenger. Je promets à Patricia de changer. « You won’t recognize me, I will be the best boyfriend you’ve ever seen. » La photo en miniature de Patricia apparaît, mon message est lu.
Sur cette photo dont je suis l’auteur, Patricia, gamine éberluée, étale son plus beau sourire, les yeux plissés sous la joie, avec Big Ben en arrière-fond. C’était un samedi. Un immense ciel bleu avait envahi Londres. Au cœur de la mégalopole, amoureux transis et indifférents aux regards des badauds, nous avions l’illusion de l’avenir comme promesse d’éternité.
Tout s’est brisé il y a quatre semaines. Game over . Deux mots, et huit lettres, pour assassiner plusieurs mois de relation. Dans la fenêtre Messenger, les trois points de suspension tantôt affichés, tantôt effacés, m’indiquaient d’abord l’hésitation de Patricia. Le long message est tombé, tranchant, asphyxiant. Elle avait rencontré quelqu’un avec qui elle « était plus heureuse ». Depuis plusieurs semaines, « notre relation ne menait à rien ». Elle m’invitait à me rendre à son domicile prendre « mes dernières affaires ». Sorry , Damien, a-t-elle conclu d’un bonhomme jaune triste.
Depuis des semaines, je lis et relis ses derniers mots, avec l’espoir d’y découvrir un mot manquant, la lueur d’un malentendu. Dans mon sommeil, je rêve à un message de Patricia, à la sonnerie du téléphone retentissant.
Devant ma mine chagrinée quotidienne, mon chef au bureau s’était enquis de ma situation. « Prends quelques jours de vacances et reviens-nous en forme. » J’avais accepté sans broncher.
De la fenêtre de mon bachelor , je regarde les nuages noirs du ciel londonien. Cinq étages plus bas, les passants dévalent la rue, réfugiés sous leur parapluie. Les roues des voitures ruissellent sur le bitume.
Je n’ai jamais trouvé Londres jolie. Trop grand, trop overcrowded comme disent les Anglais. Mais la ville m’avait fait oublier les journées ensoleillées précédant la mort de Nadia. Les jours de pluie, le bourdonnement de la Tamise me plongeait dans un monde loin du lac de Mongy, la ville de mon enfance. Londres ne mourrait jamais. Sur Oxford Street, à toute heure, on sentait les effluves du pop-corn, on entendait vociférer les poivrots à la sortie des pubs.
Sous le poids des haltères, et nanti de mon travail au bureau de Greenpeace, je m’étais construit une réputation. En Angleterre, j’avais oublié la France et gommé mon passé. Pendant plus d’une heure, je pouvais oublier Nadia.
La sonnerie de mon iPhone retentit. Le fol espoir d’entendre la voix de Patricia m’envahit. L’écran du téléphone barré d’un numéro inconnu avec l’indicatif +33 de la France me refroidit.
La voix de mon frère est lointaine et hésitante.
— J’espère que je te dérange pas, Damien. Tu dois être occupé. Mais ça peut pas attendre…
Avec les années, les conversations avec Adrien sont devenues espacées et brèves. À nos rires d’autrefois ont succédé des phrases entrecoupées de silences. Adrien se lance :
— Pépé est mort dans la nuit. Mort naturelle. Quatre-vingt-quinze ans quand même. J’ai pensé que tu aurais aimé le savoir de vive voix. La sépulture aura lieu la semaine prochaine.
— Il allait si mal les derniers jours ?
Je bégaye. Des trémolos apparaissent dans ma voix. Je n’ai jamais été attaché au « pépé », mais sa mort me bouleverse. Depuis mon départ en Angleterre, je n’étais plus en contact avec lui. Les décès me retournent. La simple lecture d’une annonce dans la page nécrologique du journal ou la mort d’une obscure vedette publiée sur un site d’information piquent mon émotion.
— On ne peut pas dire qu’il allait bien ces derniers jours. La maison de retraite se préparait au pire.
— Je viens !
— Quoi ?
— Je veux venir à l’enterrement !
Le pépé est mort. J’éprouve le besoin curieux, mais irrépressible de le voir une dernière fois.
— Si tu viens en France, je peux aller te chercher à l’aéroport, dit Adrien avec douceur.
— Je prendrai le train.
— Onze ans qu’on ne s’est pas vus. Ça va me faire plaisir de te revoir, Damien !
Un silence flotte. Sur le carreau de la fenêtre, la pluie redouble. Comme à chaque averse violente, la dernière phrase de Nadia me revient en tête. « Tu penses donc que je ne sais pas faire du vélo, hein ? Bonne journée ! »
2
Mercredi 14 juillet 1976, vingt-trois heures quarante-cinq. Mongy (France)
Claudia Campana respirait la vie. Son élégance naturelle déclenchait l’admiration des passantes, ses courbes généreuses captaient les regards masculins. Elle possédait une manière lascive de passer la main dans ses cheveux noir de jais. Son sourire ne s’éteignait jamais. La « belle Italienne », comme on la surnommait, aimait tous les résidents de Mongy, et tous semblaient l’aimer. Du haut de ses dix-sept ans, Claudia, simple employée pour l’été au camping Les Charmilles, était le soleil de cette petite ville haut-savoyarde.
— Hé Claudia. Salut. Tu sors du bal ? Tu veux que je te ramène chez toi ?
— Coucou, toi ! Si tu veux !
La nuit l’empêche de distinguer la voiture. Peut-être une Renault 16. Mais la voix du conducteur lui est familière. Elle saute sur le siège du passager et gratifie l’homme au volant d’un baiser sur la joue en guise de remerciement. Le démarrage du véhicule défie le silence de la nuit. C’est une nuit sombre, sans étoiles.
— Tu as beaucoup dansé ce soir sous le chapiteau, Claudia ! Tu danses vraiment bien !
— Ce bal du 14 juillet, c’était génial ! Je ne sens plus mes jambes, j’ai trop dansé ! Content que tu aies aimé !
Quand Claudia dansait, ses mouvements provoquaient un attroupement. Les corps se figeaient, les conversations s’arrêtaient. Le sol devenu feutré s’adaptait à ses pas, son déhanchement sensuel, mais jamais vulgaire, faisait gonfler les yeux. « La musique et ma famille, c’est toute ma vie », qu’elle disait parfois, suante, une fois les notes retombées.
Les phares du véhicule éclairent un panneau « Mongy centre ». Une seconde, voire deux, le conducteur paraît hésiter, puis tourne à droite. Malgré la pénombre, on distingue dans les champs les épis de blé ployés par le manque d’eau. « Putain de sécheresse, éructe l’homme, si ça continue, les agriculteurs vont perdre leurs récoltes. » Claudia se saisit du paquet de Gauloises laissé dans le vide-poche et pointe une cigarette entre ses lèvres.
— Tu me voles une cigarette, Claudia ?
— Non, je t’en vole deux en fait. Ça sera toujours deux en moins que tu fumeras !
Dans son entrain, Claudia manque de brûler les gros bras poilus du conducteur avec sa cigarette allumée.
Il aperçoit le clocher de la vieille église Saint-Hippolyte éclairée par les phares, mais tourne à droite.
— Tu t’es trompé de direction, indique Claudia, je n’habite pas de ce côté ici, tu le sais bien !
Le silence du conducteur puis le coup d’accélérateur soudain du véhicule la font tressaillir.
— Eh, où c’est qu’on va ? Qu’est-ce que tu fous, putain ?
— Désolé, Claudia. Je veux qu’on continue la soirée, tous les deux !
Le

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