Cicatrices , livre ebook

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« Ouvre les yeux ? Mais qu'ont-ils, mes yeux ? Je sens une de mes paupières trembloter, puis l'autre, et, dans ces petits éclairs, j'aperçois trois ou quatre paires d'yeux qui me fixent. Je referme les miens. Ils me font peur. Qui s'empare de ma main ? Qui m'appelle ? Mes parents ont disparu. J'entrevois des yeux énormes, tellement ils sont près de moi, comme si des gros poissons étaient collés contre un hublot. Qui me caresse la joue ? Qui m'embrasse ? Que me veulent-ils ? Mes yeux s'ouvrent tout doucement, au grand soulagement de cette petite troupe anxieuse. » Après « Mon amour, ma déchirure », Suzanne Hilaire s'est remise à écrire, non plus une histoire en continu, mais en piochant dans des faits qui ont laissé des traces dans sa vie. Chaque épisode se « suffit à lui-même », et son esprit cartésien de mathématicienne est pour une bonne part responsable de ce choix d'écriture. Rappelez-vous les livres pour enfants, contenant dix ou vingt contes, un pour chaque soir, que la maman lit à son enfant... Faites de même avec ce livre : savourez une histoire à la fois, imprégnez-vous de son humour, ou méditez sur sa tristesse. Un recueil doux-amer où l'amour, sa lumière ou son spectre viennent nous bercer avec mélancolie.

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Date de parution

06 juillet 2018

Nombre de lectures

1

EAN13

9782342162202

Langue

Français

Cicatrices
Suzanne Hilaire
Société des écrivains

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


Société des écrivains
175, boulevard Anatole France
Bâtiment A, 1er étage
93200 Saint-Denis
Tél. : +33 (0)1 84 74 10 24
Cicatrices

Toutes les recherches ont été entreprises afin d’identifier les ayants droit. Les erreurs ou omissions éventuelles signalées à l’éditeur seront rectifiées lors des prochaines éditions.
Illustration de couverture : Sophie Noël.
 
À méditer…
« Ne vous plaignez pas de vieillir, tout le monde n’a pas ce privilège. »
Paulo Coelho
 
 
 
Mon cher neveu Benoît vient de nous quitter, à quarante-trois ans, après un courageux combat contre un cancer dévastateur.
Préface
Chaque petite histoire a sa part de vérité, et parfois une part de fantaisie…
 
La plupart d’entre elles ont été écrites avant que ne se déclenche en moi, il y a un peu plus d’un an, ce fléau, appelé cancer…
 
Après les lourds traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, j’ai repris peu à peu une vie normale et retrouvé le goût d’écrire.
 
Sur la période « cancer » proprement dite, je n’ai pratiquement rien écrit dans ce livre.
Expressément.
Les plus noirs moments de ce vécu sont confinés dans un triste « petit cahier », que je ne publierai sans doute jamais.
 
Mon livre doit rester un mélange d’amour et de déceptions, de moments de bonheur et aussi de tristesse, mais, surtout, empreint de beaucoup de dérision et d’humour…
 
Comme moi…
 
« Le temps ferme toutes les blessures, même s’il ne nous épargne pas quelques cicatrices. »
Marc Lévy
 
 
 
« Le cœur n’a jamais de rides, il n’a que des cicatrices. »
Francis Carco
1. L’encrier
Rentrée des classes !
À la « grande école » !
Celle où on apprend à lire, à écrire, à calculer.
Les préparatifs sont très excitants.
Je revêts enfin l’uniforme tant rêvé : une jupe plissée bleu marine et un cardigan assorti, un chemisier blanc, et surtout un béret, aux insignes « EJ », de l’Enfant-Jésus, mon école.
Mon père photographie sa petite puce de six ans dans son superbe apparat, les bras le long du corps, les mains n’osant pas toucher le tissu.
Pourtant, cette tenue stricte et cette crêpe sur la tête allaient me poursuivre pendant douze ans, et me peser de plus en plus, comme l’expression « rentrée des classes », d’ailleurs.
 
La maîtresse, Mlle Naniot, est une imposante vieille fille sans âge, aux cheveux teints en roux et coiffés à la garçonne, portant des lunettes fumées.
Elle est revêtue d’un immense tablier noir à longues manches, boutonné devant, lustré par les nombreux repassages qu’il a subis au cours des ans.
Sa réputation d’excellente institutrice n’est plus à faire.
Mlle Naniot désigne nos places sur ces beaux bancs de bois.
Entre les deux parcelles de chaque petit bureau, un trou dans lequel elle glisse un encrier de porcelaine blanche, qu’elle remplit d’encre bleue avec sa grande bouteille Pelikan.
 
Les progrès vont bon train. Après les voyelles, apparaissent rapidement les premières consonnes, p et n.
Pour le calcul, des tables spéciales, pourvues d’un promontoire s’ouvrant par une glissière, contiennent des réglettes de couleurs différentes.
Le « un » est un petit cube jaune d’un centimètre de côté, le « dix » est une règle noire de dix centimètres. Chaque chiffre a sa grandeur et sa couleur.
Ces morceaux de bois peuvent se superposer, s’aligner, et le calcul devient vite un jeu visuel qui me fascine… déjà…
 
Aujourd’hui, jour fatidique du premier devoir à domicile.
Je range, dans mon beau nouveau cartable, un cahier dont la première page est une véritable pièce d’antiquité, une œuvre d’art.
Pour chacune de ses petites puces avides d’apprendre, la maîtresse a écrit cette page à l’encre de chine.
À la première ligne, le nom de l’élève, à la dernière, l’année scolaire, et, au centre, avec une plume plus épaisse, « Cahier d’écriture », le tout avec des majuscules superbes écrites « à la ronde ».
 
Retour à la maison, le « goûter famille nombreuse » avec les tartines au choco toutes prêtes, disposées en quinconce, nous attend, mes frères et moi.
Pourquoi en « quinconce » ? Ha ha ! Une astuce de Maman, pour alterner les « croûtes blanches » et les « croûtes noires » des tartines.
Je ne sais pas pourquoi, mais nous avions tacitement « décidé » que les blanches étaient meilleures, et dès qu’une « croûte blanche » arrivait au-dessus du monticule, elle était prise d’assaut et le suivant devait prendre une noire !
 
Voici arrivé le moment crucial du devoir.
Du haut de mes six ans, aucune nervosité au départ.
Voilà une ou deux semaines qu’en classe, trempant ma plume dans l’encrier de porcelaine, j’écris les voyelles et quelques consonnes, de quoi écrire sans faille « papa a une pipe » ou « papa a un piano », objets de mon premier devoir.
 
Seulement voilà l’ambiance…
Après un lavage de mains digne d’un chirurgien, ma mère m’installe dans la salle à manger et déploie un journal Le Soir pour y déposer mon cahier.
Ma grand-mère s’installe en bout de table, ma tante Marguerite en face de moi, et ma mère à mes côtés.
Jamais je n’ai été aussi entourée.
Ma mère pose le buvard rose sur le cahier et y place elle-même ma main.
Quel scénario ! Depuis deux semaines, tous les jours, à l’école, je dépose ma main sur un tel buvard.
Ici, l’effet est différent, et les recommandations fusent de tous côtés : « Attention à l’encrier », « Ne bouge pas ta main gauche », « Trempe prudemment ta plume », etc.
Ma petite main d’enfant commence à suer sur ce buvard, le porte-plume commence à glisser entre mes doigts…
Je tente un « laissez-moi faire mon devoir en paix », sans succès.
Ma mère ouvre enfin le nouvel encrier « Quink » déposé sur le journal, ma tante, penchée en avant par-dessus la table, tient le journal à deux mains.
Une sorte de fièvre commence à m’envahir, tétanisant ma main innocente qui était prête à écrire trois fois « papa a une pipe » sans problème.
La main de ma mère tenant l’encrier ouvert finit par faire monter en moi une espèce de rage proche de la folie.
En un coup, bravant cette ambiance paralysante, un geste que je ne comprends toujours pas mais que j’assume, me fait prendre le fameux encrier, et crier en le retournant d’un coup : « Alors quoi, vous avez peur que je fasse ça ? »
 
Mon intention est simplement d’avoir la paix en faisant « semblant », mais mon geste est déjà parti.
L’encrier « Quink » se déverse entièrement sur le superbe cahier et crée presque l’arrêt cardiaque de tout mon entourage. Et le mien.
Pas moyen de remplacer le cahier ni de réparer le méfait.
La première page est inchangeable.
 
Mon premier devoir se finit ainsi.
 
Le lendemain de cette mémorable soirée, Maman me conduit à l’école jusqu’en classe, avec le cahier dont le centre n’est qu’une immense tache traversant toutes les pages.
Petit dialogue avec l’institutrice dont je n’entends que des bribes.
Je m’attends à une solide remontrance, à une sanction, et à un nouveau cahier.
 
Rien de tout cela.
 
Pas de reproches, pas de punition.
Sauf celle de continuer tous mes devoirs dans ce cahier.
Des devoirs en paix, ma menotte calmement déposée sur le buvard, ma plume trempée dans l’encrier sans témoin.
De belles lignes d’écriture dans un cahier dont chaque page est constellée d’un gros nuage bleu.
 
 
 
« Il reste toujours quelque chose de l’enfance. »
Marguerite Duras
2. Marie
Marie a quatre-vingts ans.
C’est ma mère.
C’est une femme grande, élancée, à la démarche fière et mesurée.
Elle a, ce qu’on appelle dans les revues sur la royauté, « un port d’altesse britannique ».
Dans le fond, avec d’aussi jolies jambes et sa taille de guêpe, elle aurait pu être mannequin.
Elle aurait pu être tout ça.
Elle est simplement mère de famille nombreuse.
 
Depuis le décès de mon père, elle se sent perdue, seule.
Il faut dire que se faire des amies, aborder quelqu’un d’extérieur à la famille sont des démarches exclues pour elle.
À part nous, ses enfants, personne ne doit la connaître, et elle ne veut côtoyer personne.
« Je ne parle pas à des étrangers ! »
Rien de raciste dans ce propos, un étranger est simplement quelqu’un qui dépasse le cercle familial.
Cela inclut aussi bien les voisins que les quelques dames qu’elle rencontre à l’église à la messe de sept heures, pourtant toujours les mêmes.
Bref, tout le monde.
Ce caractère introverti à l’excès lui confère un air distant, presque méprisant, ce qui n’est pas du tout son intention.
Avec nous, ses enfants, elle est douce, gentille, mais pas démonstrative dans ses sentiments.
Elle nous aime profondément, pourtant.
 
Je n’ai jamais imaginé que ce tempérament la faisait elle-même souffrir, jusqu’au jour…
 
Comme chaque soir depuis dix ans, notre petit coup de fil du soir la rassure, la sort pour quelques instants de ses pensées tristes.
Mon téléphone sonne.
« Allô, bonsoir ma chérie ! »
C’est elle.
Maman.
Silence. Un blanc.
« Tu es saisie, n’est-ce pas ?
— Ah ça, oui ! »
Je suis effectivement soufflée ! Jamais elle ne m’a appelée ainsi !
Moi qui ai rarement le bec cloué !
« Es-tu heureuse que je te dise enfin ces mots, ou me trouves-tu ridicule ?
— Maman, il y a cinquante ans que j’espère des mots si tendres ! Je trouve ça merveilleux ! »
Puis, reprenant sa respiration coupée par l’émotion : « J’ai tant d’amour en moi ! Toute la journée, je suis restée le nez collé à la fenêtre, et j’ai réalisé quel gâchis ce serait de n’avoir jamais pu exprimer ce que je ressentais. Je t’aime infiniment. J’ai eu peur que tu te moques de moi ! »
 
Quel courage immense elle a dû rassembler pour oser

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