A nous l'éternité - Coup de coeur Gilles Legardinier Prix Femme Actuelle 2019 , livre ebook

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Jean-Luc Malbrunot À nous l’éternité GRAND PRIX 2019 Coup de cœur de Gilles Legardinier Président du jury Roman Éditions Les Nouveaux Auteurs 16, rue d’Orchampt 75018 Paris www.lesnouveauxauteurs.com ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com Copyright © PRISMA MÉDIA / 2019 Tous droits réservés ISBN : 978-2-8195-0592-1 À ma femme et mes enfants, pour l’éternité. Prologue Vivre est une torture puisque vivre sépare Albert Camus, Les Justes L’église était silencieuse, respirant au rythme des sanglots. Le prêtre se tenait derrière l’autel, les mains croisées, priant au-dessus de sa Bible. Un cierge brillait près de lui, la flamme tremblotante et fragile. Le soleil venait jouer dans les vitraux, mélangeant les couleurs sur les costumes et les robes noirs. La musique remplissait l’église, s’accrochant aux murs de pierre. Le son n’était pas parfait, laissant échapper quelques grésillements, mais chaque note s’élevait avec la douceur d’une brise. « Si un jour la vie t’arrache à moi, Si tu meurs que tu sois loin de moi, Peu m’importe si tu m´aimes, Car moi je mourrai aussi. Nous aurons pour nous l’éternité, Dans le bleu de toute l’immensité, Dans le ciel plus de problèmes, Mon amour crois-tu qu’on s’aime, Dieu réunit ceux qui s’aiment. » La chanson se termina sur les derniers accords. Le prêtre fit un signe à la dame qui l’assistait pour couper la musique.
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Date de parution

06 juin 2019

Nombre de lectures

4

EAN13

9782819505921

Langue

Français

Jean-Luc Malbrunot
À nous l’éternité
GRAND PRIX 2019 Coup de cœur de Gilles Legardinier Président du jury
Roman
Éditions Les Nouveaux Auteurs
16, rue d’Orchampt 75018 Paris
www.lesnouveauxauteurs.com
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex
www.editions-prisma.com

Copyright © PRISMA MÉDIA / 2019
Tous droits réservés
ISBN : 978-2-8195-0592-1
À ma femme et mes enfants, pour l’éternité.
Prologue

Vivre est une torture puisque vivre sépare
Albert Camus, Les Justes

L’église était silencieuse, respirant au rythme des sanglots. Le prêtre se tenait derrière l’autel, les mains croisées, priant au-dessus de sa Bible. Un cierge brillait près de lui, la flamme tremblotante et fragile. Le soleil venait jouer dans les vitraux, mélangeant les couleurs sur les costumes et les robes noirs.
La musique remplissait l’église, s’accrochant aux murs de pierre. Le son n’était pas parfait, laissant échapper quelques grésillements, mais chaque note s’élevait avec la douceur d’une brise.
« Si un jour la vie t’arrache à moi,
Si tu meurs que tu sois loin de moi,
Peu m’importe si tu m´aimes,
Car moi je mourrai aussi.
Nous aurons pour nous l’éternité,
Dans le bleu de toute l’immensité,
Dans le ciel plus de problèmes,
Mon amour crois-tu qu’on s’aime,
Dieu réunit ceux qui s’aiment. »
La chanson se termina sur les derniers accords. Le prêtre fit un signe à la dame qui l’assistait pour couper la musique. Il laissa flotter un silence pendant quelques secondes, le visage penché sur sa Bible.
Quelques fleurs étaient accrochées autour de l’autel, ainsi qu’aux bancs de l’église : des lys et des roses qui laissaient les parfums doux du printemps apporter un peu de douceur. Une odeur d’encens complétait le registre des fragrances, avec cette pesanteur mélancolique propre aux cérémonies funèbres. L’abbé avait parcouru la salle, répandant cette fumée pendant les prières. L’odeur de fleurs et de printemps se voilait derrière ce parfum d’église, si oppressant.
Le prêtre reprit la parole après le temps de prière :
— C’est aujourd’hui un jour de tristesse pour nous tous. Je vous vois tous aussi tristes que moi, le cœur chargé de peine. Peut-être certains en arrivent-ils à douter. Et je pourrais presque les comprendre, évidemment, parce que la douleur nous égare. Mais Dieu ne nous abandonne pas. Il nous rappelle auprès de lui lorsqu’il le désire, pour nous donner la paix, pour nous libérer de nos chaînes. Jamais il ne nous quitte. Lorsque nous sommes dans les ténèbres, il nous montre le chemin, il nous ramène vers la lumière. Lorsque nous sombrons dans la peur et le doute, il nous tend les mains et nous offre sa protection. Le prophète Isaïe a dit : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. »
Il fit une pause, laissant l’assemblée sécher ses larmes. Sa voix grave et cristalline se répercutait sur les murs de l’église, revenant avec la même force et la même puissance. Une femme brisa le silence en sombrant dans les pleurs. Elle cachait son visage dans un foulard noir. Son mari la prit dans ses bras, l’apaisant avec des paroles d’espoir. Le prêtre la regarda avec compassion. Il posa ses yeux sur la foule qui peuplait sa paroisse.
— Nous sommes ici dans la tristesse, nous venons avec nos larmes et notre souffrance. Tous ici, nous pensons à ces souvenirs qui nous font vivre, qui nous rendent heureux et on sombre dans la mélancolie. Pourquoi ? Parce qu’on croit que la mort est une fin, que tout se termine un jour, que tout s’évanouit et que l’amour disparaît. Mais aujourd’hui, c’est l’amour qui nous réunit, bien plus fort que tout le reste. Car les poussières que nous étions, et que nous redeviendrons un jour, ne sont pas des cendres tristes, mais des braises ardentes que le vent promène comme des étoiles, pour répandre autour de nous la chaleur de notre amour. Parce que notre vie ne s’éteint pas, nous restons dans le cœur de nos proches, par-delà la nuit et les ténèbres. Et comme le disait si bien cette chanson, Dieu réunit ceux qui s’aiment. N’ayez plus peur : l’amour ne meurt jamais…
Il prit le micro et l’approcha d’un trépied. Il posa une feuille et désigna une jeune fille de la main.
— Maintenant, nous allons écouter une prière indienne, un texte d’espoir qui ne parle pas de mort. Il parle de vie, de cette vie qui est sacrée et éternelle. Car, souvenez-vous, c’est la vie que l’on vient célébrer dans cette église, même si nos larmes voudraient prouver le contraire. L’être cher que nous pleurons dans cette église nous a montré que l’espoir triomphe toujours de la peur, par-delà les doutes et les tourments. Je vais demander à Lucie de nous lire ce texte. En écoutant ces paroles, soyez heureux, car l’amour triomphe toujours.
La jeune femme monta sur l’estrade et fit face à l’assemblée. Elle était frêle, ses mains tremblaient sur la feuille. Elle garda les yeux baissés sur le pupitre, évitant de croiser l’attention de l’assemblée. Ses paupières rougies avaient déjà beaucoup pleuré.
Tous les visages se fixèrent sur elle, comme si un ange venait s’adresser à eux. Sa voix s’éleva, pleine de trémolos. Elle laissa quelques sanglots s’enfuir le long de ses joues.
« Quand je ne serai plus là, relâchez-moi,
Laissez-moi partir,
J’ai tellement de choses à faire et à voir
Ne pleurez pas en pensant à moi,
Soyez reconnaissants pour les belles années,
Je vous ai donné mon amitié,
Vous pouvez seulement deviner
Le bonheur que vous m’avez apporté.
Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là,
Et si vous écoutez votre cœur, vous éprouverez clairement
La douceur de l’amour que j’apporterai.
Et quand il sera temps pour vous de partir,
Je serai là pour vous accueillir.
Absent de mon corps, présent avec Dieu.
N’allez pas sur ma tombe pour pleurer,
Je ne suis pas là, je ne dors pas,
Je suis les mille vents qui soufflent,
Je suis le scintillement des cristaux de neige,
Je suis la lumière que traversent les champs de blé,
Je suis la douce pluie d’automne,
Je suis l’éveil des oiseaux dans le calme du matin,
Je suis l’étoile qui brille dans la nuit,
N’allez pas sur ma tombe pour pleurer,
Je ne suis pas là,
Je ne suis pas mort. »
1

Ici-bas, la douleur à la douleur s’enchaîne, le jour succède au jour et la peine à la peine
Alphonse de Lamartine

Mathilde essayait de sortir du sommeil. Chaque paupière pesait une tonne. Elle se sentait enfermée dans la chaleur de son lit. Sa couette l’entourait comme un linceul, l’anesthésiant un peu plus à chaque seconde. Elle se laissa glisser dans la torpeur. La fatigue revenait et la renvoyait déjà dans ses rêves.
À demi consciente, elle entendit un petit cri, puis encore un autre. Son cœur s’accéléra un peu, réagissant de manière automatique. Les pleurs devenaient plus forts. Mathilde devait repousser la fatigue. Sans autre solution que de se lever, elle tenta de s’extraire du lit. Ses bras répondaient lentement, figés dans la torpeur de la nuit. Elle évoluait dans une sorte de coma matinal, un état de semi-conscience addictif, qui refusait de la laisser partir.
Elle voulut repousser sa couette mais elle replongeait à chaque instant dans le sommeil. Dès que les pleurs cessaient quelques secondes, elle s’enfonçait dans des rêves angoissés, presque des cauchemars. Elle se retrouvait enfermée derrière ses paupières, sans réussir à les commander. Puis elle émergeait aux sons des cris, revenant à la réalité sous l’impulsion du stress. L’alarme maternelle hurlait plus fort que son épuisement. Dure réalité…
Une réalité qui lui pesait tellement… elle sortit de son lit et se leva. Soudain, toute la pièce se mit à tourner. Ses jambes se dérobèrent et elle eut l’impression qu’elle se vidait du peu d’énergie qu’elle possédait. Elle retomba sur son lit, épuisée, nauséeuse, transpirante. Elle ferma les yeux pour éviter les vertiges. Elle n’avait plus peur de replonger dans le sommeil. Il était trop tard. Sa journée commençait et, une fois encore, avec ces vertiges.
Elle prit le risque de rouvrir les paupières. Les pleurs ne s’arrêtaient plus, devenant des hurlements. Elle regarda au-dessus d’elle. Le plafond s’était stabilisé. Tout avait repris sa place. Elle se rappela le diagnostic de son médecin : malaise vagal. Il faut vous reposer, avait-il dit, sans autre réponse à proposer. Pas de médicaments, pas de solutions. Peut-être un peu de magnésium, des vitamines, des trucs sans intérêt, sauf celui de lui faire perdre le peu d’argent qu’elle essayait d’économiser.
Mais quand peut-on se reposer quand on vit seule avec deux bébés ? Quand les factures s’accumulent et qu’il faut travailler du matin au soir, quand on vous le propose, quand les contrats arrivent ? Comment faire quand les nuits se raccourcissent, que les biberons se succèdent, que les maladies se déclarent et qu’il n’y a aucun moment de calme ?
Elle lui avait dit tout ça d’une traite, sans reprendre son souffle, la voix lacérée par les sanglots. A posteriori , elle s’était trouvée agressive, presque impolie. Elle avait simplement été sincère… un peu trop peut-être. Le docteur n’y était pour rien. Elle le savait. Mais elle n’avait eu que lui pour se plaindre, que lui pour écouter ses souffrances. Il l’avait regardée avec empathie, la laissant vider son sac. Si proche de la retraite, il connaissait ces situations où le silence était une thérapie. Mathilde pouvait lui parler, et il devait l’écouter jusqu’à ce qu’elle se sente mieux. Il n’avait que l’impuissance comme réponse.
Allongée sur son lit, la jeune femme écrasa une larme. Quand la fatigue la prenait, elle avait souvent besoin de pleurer, de laisser partir la douleur le long de ses joues. Le stress, la colère, la peur, le doute. Tout s’enfuyait avec ces pleurs. Souvent, elle se sentait mieux après et reprenait un peu de force. Elle trouvait quelque part en elle des étincelles pour repartir de l’avant.
Au contact de ses bébés, elle réco

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