A l'endroit où elles naissent , livre ebook

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Diane PEYLIN À l’endroit où elles naissent Préface de Maxime Le Forestier Roman Gagnant du Prix 2011 Éditions Les Nouveaux Auteurs 33-35, rue de Chazelles 75017 Paris www.lesnouveauxauteurs.com ÉDITIONS PRISMA 13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com Copyright © 2013 Editions Les Nouveaux Auteurs — Prisma Média Tous droits réservés ISBN : 978-2-81950-105-3 À mes grands-parents, Maria et Raymond, À mes parents, Babette et Christian, À mes soeurs, Eva et Mathilde, Parce que si j’avais eu à choisir une famille, c’est elle que j’aurais choisie. PRÉFACE pour Nées quelque part (Titre initial de ce roman) Quand une chanson s’envole, qui sait où elle se pose ? Depuis plus de 20 ans qu’elle migre, celle-ci est passée par bien des oreilles. De ce qu’elle a provoqué ou pas dans la grande majorité d’entre elles, je ne sais rien. On m’en parle quelquefois, mais vous savez ce que c’est, qui parle d’une chanson ne parle que de lui même. Aujourd’hui, elle me revient, prolongée, accompagnant ce beau récit binaire, cette histoire de naissances et de destins croisés. Un savant linguiste soutient mordicus que la fréquence élevée de la lettre « p » dans le texte de « Né quelque part » amène l’auditeur à l’idée de patrie, donc de père. Diane Peylin aura entendu des « m ». Sa version est féminine, maternelle, et le sens reste le même.
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Publié par

Date de parution

25 juillet 2013

Nombre de lectures

44

EAN13

9782819501053

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Diane PEYLIN
À l’endroit où elles naissent
Préface de Maxime Le Forestier
Roman
Gagnant du Prix 2011
Éditions Les Nouveaux Auteurs
33-35, rue de Chazelles 75017 Paris www.lesnouveauxauteurs.com
ÉDITIONS PRISMA
13, rue Henri-Barbusse 92624 Gennevilliers Cedex www.editions-prisma.com
Copyright © 2013 Editions Les Nouveaux Auteurs — Prisma Média Tous droits réservés
ISBN : 978-2-81950-105-3
À mes grands-parents, Maria et Raymond,
À mes parents, Babette et Christian,
À mes soeurs, Eva et Mathilde,
Parce que si j’avais eu à choisir une famille,
c’est elle que j’aurais choisie.
PRÉFACE pour Nées quelque part (Titre initial de ce roman)

Quand une chanson s’envole, qui sait où elle se pose ? Depuis plus de 20 ans qu’elle migre, celle-ci est passée par bien des oreilles. De ce qu’elle a provoqué ou pas dans la grande majorité d’entre elles, je ne sais rien. On m’en parle quelquefois, mais vous savez ce que c’est, qui parle d’une chanson ne parle que de lui même.
Aujourd’hui, elle me revient, prolongée, accompagnant ce beau récit binaire, cette histoire de naissances et de destins croisés.
Un savant linguiste soutient mordicus que la fréquence élevée de la lettre « p » dans le texte de « Né quelque part » amène l’auditeur à l’idée de patrie, donc de père.
Diane Peylin aura entendu des « m ». Sa version est féminine, maternelle, et le sens reste le même. Chacun interprète à sa manière les chansons qu’il aime, mais l’auteur n’a pas toujours, comme ici, le bonheur de l’entendre.
Maxime Le Forestier
NAISSANCE

Être né quelque part
Pour celui qui est né
C’est toujours un hasard.

Maxime Le Forestier – Né quelque part
1

Un cri déchira la nuit. Puis il y eut le silence.
2

Il y eut des gémissements, des pleurs, des hurlements. Il y eut du bruit. Encore du bruit…
3

Tsiky était partie sans bruit, avec son gros ventre, rejoindre les baobabs de la forêt. C’est au pied d’un manguier qu’elle s’était échouée.

Au-dessus d’elle, la lune.
Auprès d’elle, quelques lémuriens noctambules.

Tsiky avait senti son bébé l’appeler alors qu’elle pilait les épices pour les ajouter dans sa marmite. Elle avait demandé à sa petite nièce de la remplacer en lui expliquant qu’elle devait s’absenter un moment. Elle lui avait précisé de ne pas l’attendre pour le repas car elle allait chercher son bébé et qu’elle ne rentrerait que lorsqu’il serait arrivé.
— Il est loin ton bébé ? s’inquiéta la fillette.
— Il est tout près. Tout près, répondit Tsiky tout en s’éloignant.

Au-dessus d’elle, les étoiles.
Auprès d’elle, une mygale insomniaque qui tissait sa toile.
Tsiky venait de fêter son seizième printemps. Son mari lui avait offert une belle robe qu’il avait ramenée de Toamasina. Toamasina… À chaque fois qu’elle entendait le nom de cette ville, ses yeux se mettaient à briller. Pétiller. La grande ville, avec ses restaurants et ses échoppes. Ses maisons aux fenêtres vitrées et aux murs indestructibles. Ses routes asphaltées. Le canal des Pangalanes. Toamasina.

Au-dessus d’elle, la nuit.
Auprès d’elle, un gecko (1) se déplaçant sans bruit.

Tsiky enleva sa tunique trempée de sueur. Puis elle ôta son slip. Et son vieux tee-shirt qui l’oppressait. Nue et haletante, elle ne sentait plus l’écorce de l’arbre majestueux qui lui griffait le dos. Ni les minuscules épines de l’herbe qui supportait ses fessiers crispés. Ni les picotements dus aux piqûres des moustiques sanguinaires. Nue et haletante, elle se contentait de fixer la boule dorée qui illuminait le ciel somnolent. De temps en temps, elle balançait sa tête en avant en expirant de toutes ses forces l’air qu’elle avait méthodiquement inspiré. C’était son premier accouchement, et pourtant elle savait. Elle savait ce qu’il lui fallait, ce qu’elle avait à faire. Les nombreuses mises bas des chiens errants, les accouchements répétés auxquels elle avait assisté faisaient qu’elle savait ce qu’elle voulait et surtout ce qu’elle ne voulait pas. Ne pas accoucher au village. Surtout ne pas accoucher entourée de multiples paires d’yeux curieux. Ne pas accoucher au centre d’un cercle bruyant et envahissant. Accoucher seule de son bébé. Elle et lui au cœur de la forêt. La forêt de ses ancêtres.
Au-dessus d’elle, un ibis mélomane.
Auprès d’elle, une tortue à la robe diaphane.

Après quelques heures de silence, Tsiky laissa le chant la guider. Ses cordes vocales se mirent à vibrer imperceptiblement et ses lèvres se fermèrent doucement laissant à sa bouche le soin de faire caisse de résonance. De tempo en écho, la mélodie s’empara du corps de la parturiente. Son ventre tendu frémissait. Ses jambes se balançaient de droite à gauche. De gauche à droite. Ses pieds marquaient discrètement la mesure.
La voix de Tsiky, grave et suave, diffusait ses notes venues d’un autre monde au creux de la jungle languissante.

Au-dessus d’elle, la voie lactée.
Auprès d’elle, une grenouille fluorescente et tachetée.

Puis ce fut le moment. Agrippée à l’une des branches du manguier, Tsiky s’accroupit puis, douloureusement, se mit à quatre pattes. C’était dans cette position qu’elle pourrait expulser son bébé. Les contractions n’en finissaient pas de s’accentuer, de se rapprocher, ne laissant bientôt plus aucun répit à la jeune fille. Tsiky tentait de donner de la voix à ses expirations. À la place des cris, un chant. Un chant pour la vie. Les graves s’étaient déclinés en aigus. Les longues mélodies en râles courts et précis. Tsiky appelait son enfant. Elle l’invitait à la rejoindre en lui chantant des mots rassurants. En lui racontant que dehors il faisait chaud et que la lune était belle. En lui décrivant la beauté de la mangue qu’elle fixait. En lui expliquant qu’elle serait toujours à ses côtés. Tsiky se cambrait, puis se contractait. Puis se cambrait à nouveau. Ses mains serraient intensément les racines du manguier. Des perles de sueurs roulaient le long de ses joues rebondies. Son bébé arrivait. Elle le sentait. Lorsqu’elle passa son bras entre ses jambes, elle put toucher sa petite tête toute mouillée. Elle se remit accroupie et plaça ses deux mains entre ses cuisses pour l’amener jusqu’à elle.

Au-dessus d’elle, un ange éblouissant.
Bientôt près d’elle, son enfant.

Un cri déchira la nuit. Puis il y eut le silence.

Note
(1) Petit lézard.
4

À la première contraction, elle goba un calmant, attrapa son mari par le bras et le tira jusqu’à la voiture.
— Le médecin t’a dit qu’il ne fallait pas se presser. On peut commencer le travail à la maison, rappela-t-il.
— Ça y est, il a commencé le travail. J’en suis à ma deuxième contraction. Allez, vite, à l’hôpital !

Le bonhomme ne répondit pas. Le bonhomme se tut et obéit à son épouse. Il se contenta de souffler bêtement, cramponné à son volant. Docile et inquiet. Sa femme râlait. Sa femme pestait. Sa femme n’en finissait pas de brailler. Elle tentait désespérément de supporter cet accouchement qui lui broyait les entrailles. Elle était paniquée. Elle transpirait. Il savait cette peur viscérale. Animale. Il savait qu’aujourd’hui la vie revenait les chercher. Mais étaient-ils prêts ?

À l’hôpital, tout était calme. Des murs pistache, un linoléum rose, des vases en verre avec des fleurs en plastique, des posters pastel, des vitres mobiles et immobiles, une odeur de médicament et un distributeur de caféine. La ventrue eut un haut-le-cœur. Le visage livide et les yeux tirés, elle s’agrippa au comptoir de l’accueil. Ses contractions s’intensifiaient et son malaise grandissait. Il lui fallait de l’aide. De l’air ! Le mari se tenait derrière elle, sage comme une image. L’énorme valise de sa femme dans une main.

La réceptionniste les invita à monter à la maternité, au deuxième étage. À bout de nerfs, la future maman exigea un fauteuil roulant et un ascenseur. Mais au rez-de-chaussée, il n’y avait rien d’autre qu’une machine à café et des biscuits périmés. Cramponnée à la rambarde, les dents serrées et le regard hystérique, elle se mit à grimper les marches. Une par une. Pas à pas. Elle était lourde. Lourde de fatigue et de haine. Le travail venait à peine de commencer et elle était déjà épuisée. Un poids alourdissait son cœur et court-circuitait son bonheur. La jeune femme, submergée par la souffrance, se comportait avec rage et insolence. Il n’y avait aucune place pour le reste. L’espoir, la joie, la tendresse, elle n’y avait pas accès.
Une fois au service spécialisé, elle chercha des yeux un médecin. Ne voyant personne, elle pesta contre son mari, lui reprochant de ne pas avoir choisi une clinique. Désemparé, ce dernier la regarda réclamer un gynécologue comme une gamine commandant sa friandise. Il ne la reconnaissait pas. Il s’était pourtant préparé à quelque chose de peu ordinaire, à une crise passagère, à sa femme en colère. Mais là, il ne pouvait pas faire face. Ne pouvait plus. Les bras ballants, les yeux vides, il se désintégra doucement afin que tout cela lui passe au travers.

Une infirmière prit finalement son épouse en charge, lui expliquant que si tout se passait bien il n’y aurait pas besoin de médecin. Mais en salle de travail, le cirque continua.
Contre les murs, de la tapisserie lavande et des photos de montagne pour que les mamans se détendent. Ainsi qu’un grand lit, un fauteuil rebondi, des coussins et une baignoire. Tout cela, la génitrice enflammée ne le vit pas. Elle continuait de demander tout et n’importe quoi pour se préparer à la grande boucherie qui l’attendait. Rien ne pouvait la calmer. Ni la musique douce des baffles grésillantes, ni les calmants qu’elle avait arrachés des mains de son mari. Lui, l’homme invisible, qui était toujours là à ses côtés. Muet.
Les pieds dans les étriers, la jeune femme ne savait plus où elle en était. Perdue et désespérée, elle n’arrêtait pas de pousser alors que ce n’était pas le moment de pousser. Elle soufflait. Râlait. Criait. L’enfant qui s’agitait en elle lui faisait mal. La sage-femme posa ses mains chaudes et réconfortantes sur son ventre tendu. Elle

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