Morts fines , livre ebook

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En de courtes vignettes, Miceli Mattéo capture des instantanés de sa vie, assombrie par de tristes déconvenues. Il maîtrise l'art de la formule dans une prose poétique qui foisonne de métaphores et d'images évocatrices telles que « les oiseaux ont volé en éclats » ou « l’espoir est une étincelle, l’attente un incendie ». Son lyrisme empreint de désespoir reflète sa vision pessimiste du monde et son incapacité au bonheur. Replié dans sa solitude, cet hypersensible rumine avec lucidité le constat de la relation amoureuse et les incohérences de son destin. Ce « témoignage d'une puissante impuissance » se raccroche à l'écriture comme à sa seule planche de salut et ne peut qu'émouvoir par sa sincérité.

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Date de parution

27 décembre 2018

Nombre de lectures

1

EAN13

9782414291663

Langue

Français

Couverture
Copyright













Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,
intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN numérique : 978-2-414-29167-0

© Edilivre, 2019
Dédicace

… à cette vie que l’on imagine, et à cette mort qui est bien réelle…
Morts fines
La bataille
Mes yeux s’ouvrent. Je suis au rendez-vous. Conscient ou inconscient d’être là. Encore. Mon cœur bat. Dehors, le soleil est en pleins ébats. Il se bat pour se frayer un chemin dans un ciel meurtri, abattu. Mais à chacun ses batailles. Mes paupières battent la mesure. Mon corps doit se préparer à un nouveau quotidien. Les troupes ennemies sont connues, fichées universellement, et ne battent jamais en retraite. Je dois me montrer digne, tête haute, conviction aiguisée, parcimonieux dans les cartes que je vais abattre. Le combat n’est jamais gagné d’avance. Souvent, il est compromis.
Il faut faire un choix, ou plutôt faire une croix, pour ne pas se laisser abattre par la monochromie des débats. Au bas de ma porte, j’y suis. La question ne mérite plus d’être débattue. Je passe la frontière. Je suis un battant. Avant d’en découdre, j’ai rabattu les volets de mon chez moi. J’ai pris le temps de batifoler avec mon chat, pour une once d’humanité avant de battre le pavé.
Dans les allées sombres de cette vie bas de gamme, mon cœur ne bat plus la chamade. Le militant que je fus bat de l’aile. Dans mon corps, de haut en bas, c’est une bataille rangée. Le désarroi bat son plein.
À mi-chemin d’une route pavée de doutes, ne menant nulle part, je me rabats sur le côté. Je dénombre tous les combattants que la guerre a désarmés. L’inventaire est titanesque.
Tout naturellement, je suis de ceux-là. Sporadiquement, ici et là, j’ai battu en brèche, pour, au final, n’essuyer que de sanglantes déroutes. La vie est une flèche déroutante contre laquelle il est vain de batailler.
Je suis une cible comme une autre, vulnérable et apprivoisée. D’un pas lourdement triste, je regagne mon bâti. Non sans avoir été amputé d’une dose de vie.
Sur mon bateau urbain, la pluie me taillade la peau, et le vent me glace. Mais ce n’est pas là que le bât blesse. Le mal s’est installé au plus bas de mon âme. Il est une nécrose assimilée. Une névrose certifiée.
J’ai été un enfant programmé, et suis, à présent, un adulte piloté.
Un horizon au plus bas de l’échelle.
Un profil bas. Des ailes réséquées…
… la paix est un affront à la vie, cette vie qui nous fait affronter toutes les guerres, des plus intimes aux plus lointaines…
La fuite
Une seconde, une minute ou un jour. Le doute est permis. Tout est doute. La réalité, les premiers pas, le dernier bagage. La vie reste redoutable.
Pour la troisième fois consécutive, j’ai raté la scène culminante du film. Celle qui écrase toutes les autres. Comme on écraserait un cafard. Je l’ai loupée donc. Le dicton se confirme.
Pour autant, les acteurs ont continué de jouer. Ils l’ont fait pour d’autres voyeurs, que je ne voyais pas. Le poste de télévision fonctionnait. Ici-bas, rien ne s’arrête. Hormis mes organes. En d’autres temps, j’aurais eu plus de probabilités de voir une comète percer le ciel, que de revoir la scène loupée. Je ne suis pas de ces temps-là. Je suis du mien. Si tant est qu’il recèle des choses qui, certes ne m’appartiennent pas, mais qui définissent mes actes, dans leur moindre insignifiance.
On dit souvent qu’une époque est révolue.
Je dis toujours qu’une époque est l’enfant complexe de la précédente.
Puisqu’il faut mettre chaque chose dans une case, et que sa carte d’identité, son éducation, sont l’héritage de l’éclatement du progrès. Les époques sont révolues, sans révolutions.
Les repères se déplacent lentement, au rythme des circonstances, et des desiderata des institutions. C’est un glissement permanent, perfide et anodin.
Je connais parfaitement ce dont j’ai raté. Je suis capable de décortiquer la scène, trame après trame. La question n’est pas là. Et si je sais que là réside le point stratégique, c’est que j’y ai déjà trempé mes yeux. Je connais le gout du café, mais tous les jours que je preste, je n’y jette pas mes lèvres.
J’y reviens. Sans y avoir été annoncé. J’ai flotté entre deux états. Entre la fermeté de la conscience, et le détachement de l’inconscience. J’ignore dans quelles proportions. Un palier flottant. Une dimension éphémère. L’absence n’a rien donné.
C’est un fait. Je suis embourbé dans l’inconfort des heures creuses. De celles qui remplissent le jour. De celles qui me font tourner dans tous les sens la nuit. Une activité cérébrale au cercle vicieux. L’abandon de l’abandon du corps dans toutes ses fonctionnalités. Un city trip bien contemporain.
Je suis satisfait de m’être effacé. Il y a, dans l’effacement, une tentative pathétique de renouveau. C’est la galerie souterraine que le prisonnier creuse, centimètre après centimètre. L’extrapolation d’une porte ouvrant toutes les autres. Une clé de voûte.
En dépit que je sois revenu, je me replonge dans l’absurdité de ce qui persiste devant moi. Tous ces éléments tangibles que je devine, et toutes les prévisions sur rails que j’honorerai avec un stoïcisme tsarien…
… je suis à gauche du point que vous espériez, je suis à droite du point escompté. Tout autour de cette lumière, il m’appartient de m’éclipser…
L’envol
Ma mémoire me l’a dit. C’était il y a une heure à peine. Je m’en souviens comme si c’était hier. Nous étions assis sans rien attendre. Le soleil était perçant. Le banc était libre. Nous nous l’avions approprié secrètement, pour voir l’avènement de la saison morte. Les oiseaux du coin avaient quitté la fragilité de leurs branches. Ils étaient à nos pieds. Frétillants et bavards. Ils semblaient vouloir nous dire quelque chose. Très humainement, nous ne comprenions pas.
Pour profiter de leur présence, nous les nourrissions sans trop les faire attendre. Le calme était olympien. Ils nous avaient adoptés sans nous juger sur la qualité des croutes de pain que nous leur proposions. Les gens paraissaient figés. Personne ne passait.
Nous avions discuté pour meubler le décor. Mais à peine. Les mots que nous n’avions pas prononcés avaient du sens. Je ne savais rien d’elle. Et j’en étais satisfait. Tout était lisse. Nous ressentions le même lien. C’était indéniable. Un fil rouge qui ne s’embarrasse pas d’encombrants.
Nous attaquions la dernière semaine de septembre. La plus excitante. Elle était d’ailleurs, mais avec moi dans la constatation. Dans la contemplation. Son odeur n’était pas à la mode. Sa beauté était lointaine. Ses vêtements nostalgiques.
Elle était déconnectée de l’abstrait. Je n’ai jamais su si elle avait un portable. Je savais qu’elle traversait un tunnel, et qu’il était fastidieux d’avoir un signal audible. J’avais laissé l’inaudible faire son nid.
Mon sachet de pain était vide. J’avais pioché dans le sien. Elle m’avait dit oui avec son regard de feu. Un mariage d’ondes communes. Le partage de l’insécable.
Il y avait de plus en plus d’oiseaux. Nous avions de moins en moins de nourriture à offrir. Nous étions davantage proches. Nos peaux se touchaient dans son sac réutilisable.
Je trouvais qu’il était prématuré de m’exalter. Sans rien émettre, nous décidions de laisser mûrir la magie. Nous nous étions frôlés, et la sensation avait été celle que l’on s’y reprendrait.
Quand elle est partie, le soleil s’est caché derrière les nuages. Ma nuit est tombée à treize heures.
Les oiseaux ont volé en éclats.
J’étais éteint…
… le temps est un dépouillement structuré. Au cœur de cette rafle, ne s’éternise que l’éphémère…
Trahison
Je sais où cela mène. À me morfondre. Le petit matin m’avait arraché à mes folles perspectives. La veille, très naïvement, j’avais espéré qu’un détail me clouerait sur place. J’avais tenté le diable en laissant mes petites affaires de ma petite vie active à l’abandon sur un bord de meuble, à la limite de la chute. Mais rien n’y fait. Cela ne me ressemble pas.
Aussi abjecte que soit le champ d’action, je m’obstine à mettre tout en adéquation pour que le pire glisse mieux. Afin d’aborder plus efficacement le néant. Et pour éviter que la journée ne se transforme en véritable torture des sens. Je fais donc comme toujours. J’avale tout ce dont je dois pour mériter mes émoluments, et prie pour que le temps s’accélère. Ni plus ni moins.
Quelques heures avant, j’étais satisfait des vingt lignes rédigées. Je m’étais arrêté à la vingt et unième. Ma solitude et moi étions en pourparlers concernant le choix d’un mot. Nous avions décidé de remettre au lendemain la phase et la phrase critiques, en espérant que la nuit porterait ses fruits. Les fruits avaient poussé, et le réveil avait sonné.
La promesse d’une journée de travail était à ma porte, comme l’arrivée d’un hiver précoce.
Le dossier de cœur serait traité plus tard. Après la parenthèse désenchantée de tous les objectifs professionnels à atteindre.
J’étais dans le couloir de la mort, et la sentence était tranchante. J’avais tout ce qu’il fallait pour me projeter dans l’enfer de l’arrachement.
Ce voyage qui m’expulse de ma mine bavarde, et me téléporte aux portes de mes obligations.
Le choix du terme n’avait pas attendu, il était scellé, et c’est un euphémisme.
Tout avait stagné tristement, docilement. Ma carte d’identification de recrue fidèle, et la clé de mon enfermement, corporel et mental.
Le reste était en moi. Un appendice inopérable.
Avant de m’engouffrer dans les catacombes de ma représentation, j’avais embrassé paternellement ce dont j’avais produit.
Une ultime respiration avant de me faire aspirer par l’embrasement du pays de l’absurde. Cet état qui nous oblige à rester loin de notre terre féconde…
… en désertant nos terrains de jeux, nous construisons les barreaux qui nous enferment…
Table rase
Tout a disparu

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