Monseigneur l'Elephant , livre ebook

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Extrait : "Touchant la véracité de ce récit, il ne saurait y avoir aucun doute, car il me fut conté par Mulvaney, derrière les lignes des éléphants, par un soir brûlant où nous emmenions promener les chiens pour leur donner de l'exercice. Les douze éléphants du gouvernement se balançaient à leurs piquets devant les vastes écuries aux murs de terre (une voûte, large comme une arche de pont, pour chaque bête remuante) et les mahouts préparaient le repas du soir."

À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN :

Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants :

• Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin.
• Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.
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Nombre de lectures

23

EAN13

9782335122022

Langue

Français

EAN : 9782335122022

 
©Ligaran 2015

Monseigneur l’Éléphant

Si tu ne veux pas qu’il t’écrabouille les doigts de pied, tu feras bien de te reculer tout de suite.
Car les bœufs vont deux par deux,
Les byles vont deux par deux,
Les bœufs vont deux par deux,
Et les éléphants tirent sur les canons !
Ho hisse !
Les grands, gros, longs, noirs canons de quarante-livres
Qui cahotent çà et là,
Chacun aussi gros qu’une chaloupe en remorque…
Aveugles, et sourds, ces copains à larges culasses des canons de batterie !

CHANSON DE CASERNE.
Touchant la véracité de ce récit, il ne saurait y avoir aucun doute, car il me fut conté par Mulvaney, derrière les lignes des éléphants, par un soir brûlant où nous emmenions promener les chiens pour leur donner de l’exercice. Les douze éléphants du gouvernement se balançaient à leurs piquets devant les vastes écuries aux murs de terre (une voûte, large comme une arche de pont, pour chaque bête remuante) et les mahouts préparaient le repas du soir. De temps à autre quelque jeune impatient flairait les gâteaux de farine en train de cuire, et barrissait ; et les petits enfants nus des mahouts se pavanaient tout le long de la rangée en criant et commandant le silence, ou, se haussant, allongeaient une claque sur les trompes avides. Les éléphants feignaient alors d’être uniquement occupés à se déverser de la poussière sur le crâne, mais sitôt les enfants partis, se remettaient à se balancer, à tracasser et à grognonner.
Le couchant s’éteignait, et les éléphants oscillaient et ondulaient, tout noirs sur l’unique zone de rose rouge au bas du ciel d’un gris poudroyant. C’était au début de la saison chaude, et les troupes venaient de prendre leur tenue blanche, de sorte que les soldats Stanley Ortheris et Térence Mulvaney avaient l’air de fantômes blancs circulant parmi le crépuscule. John Learoyd s’en était allé à une autre caserne acheter un liniment au soufre pour son dernier chien soupçonné d’avoir la gale, et avait eu l’attention de mettre sa meute en quarantaine par derrière le fourneau où l’on incinère les chiens atteints d’anthrax.
– Tu n’aimerais pas avoir la gale, hein, petite dame ? dit Ortheris à ma chienne fox-terrier, en la retournant du bout du pied sur son dos blanc et dodu. Tu es joliment fière, dis-donc. Qui est-ce qui a fait semblant de ne pas me voir, l’autre jour, parce qu’elle s’en retournait chez elle toute seule dans son dog-cart ? Installée sur le siège comme une sacrée petite poseuse que tu étais, Vicy. Maintenant tu cours partout et fais gueuler les huttis . Embête-les, Vicy, vas-y !
Les éléphants ont horreur des petits chiens. Vixen aboyait de toutes ses forces contre les piquets, et au bout d’une minute tous les éléphants ruaient, glapissaient et gloussaient avec ensemble.
– Eh là ! les militaires, dit un mahout fâché, rappelez votre chienne. Elle effarouche notre gent éléphant.
– Ils sont rigolos, ces mahouts, dit Ortheris méditatif. Ils appellent leurs bêtes des gens tout comme si c’en étaient… Et c’en sont, après tout. La chose n’est pas si drôle quand on y réfléchit.
Vixen revint en jappant, pour montrer qu’elle recommencerait si elle en avait envie, et s’installa sur les genoux d’Ortheris, en adressant un large sourire aux autres chiens propriété légitime de ce dernier, qui n’osaient pas sauter sur elle.
– Avez-vous vu la batterie ce matin ? me demanda Ortheris.
Il parlait de la batterie d’éléphants nouvelle venue ; autrement il aurait dit simplement : « les canons ». On met à chaque canon trois éléphants attelés en tandem, et ceux qui n’ont pas vu les gros quarante-livres de position sursauter à la suite de leur attelage gigantesque, ont encore quelque chose à voir. L’éléphant de tête s’était très mal conduit à l’exercice : on l’avait détaché, renvoyé à son quartier en punition, et il était à cette heure au bout de la rangée, à glapir et lancer des coups de trompe ; il représentait la mauvaise humeur aveugle et impuissante. Son mahout, se garant des coups de fléau, s’efforçait de l’apaiser.
– Voilà le copain qui a coupé à l’exercice. Il est must , dit Ortheris, le désignant. Il y aura bientôt de la casse dans les lignes, et alors peut-être qu’il s’échappera et qu’on nous enverra pour l’abattre, comme cette fois, en juin dernier, où un éléphant de roi indigène a musté . Espérons que ça arrivera.
– Des nèfles, must  ! dit avec pitié Mulvaney du haut de sa couche sur la pile de litière sèche. Il est simplement de fort mauvaise humeur d’avoir été maltraité. Je parierais mon fourniment qu’il n’a jamais été attelé à des canons, et que par tempérament il déteste de tirer. Demandez au mahout, monsieur.
J’interpellai le vieux mahout à barbe blanche en train de prodiguer les petits noms d’amitié à son élève sombre et l’œil injecté de sang.
– Il n’est pas must , répliqua l’homme avec indignation ; mais son honneur a été piqué. Un éléphant est-il un bœuf ou un mulet, qu’il doive tirer sur des traits ? Sa force est dans sa tête… paix, paix, monseigneur ! Ce n’est pas ma faute s’ils vous ont attelé ce matin… Seul un éléphant de basse caste consent à tirer un canon, et lui, c’est un kumeria du Doon . Il a fallu un an et la vie d’un homme pour l’habituer au fardeau. Les gens de l’artillerie l’ont mis à l’attelage du canon parce que l’une de ces brutes mal nées s’était blessée au pied. Rien d’étonnant qu’il fût et qu’il soit encore en colère.
– Bizarre ! Extraordinairement bizarre ! dit Ortheris. Dieu, mais c’est qu’il est d’une humeur !… pensez, s’il s’échappait !
Mulvaney alla pour parler, mais se retint, et je demandai au mahout ce qui arriverait si les entraves cassaient.
– Dieu le sait, lui qui a fait les éléphants, répondit-il simplement. Dans son état actuel, il serait fort capable de vous tuer tous les trois, ou de s’enfuir au loin jusqu’à ce que sa colère se passe. Moi, il ne me tuerait pas, sauf s’il était must . Dans ce cas-là il me tuerait avant tout autre au monde, parce qu’il m’aime. Telle est la coutume de messieurs les éléphants ; et la coutume de nous autres mahouts l’égale en sottise. Nous nous fions chacun à notre éléphant, jusqu’au jour où il nous tue. D’autres castes se fient aux femmes, mais nous c’est à messieurs les éléphants. J’ai vu des hommes avoir affaire à des éléphants enragés, et survivre ; mais jamais homme né d’une femme n’a encore affronté Monseigneur l’éléphant dans son must , qui ait survécu pour raconter le domptage. Ils sont assez hardis, ceux-là qui l’affrontent quand il est en colère.
Je traduisis. Puis Térence me dit :
– Demandez à ce païen s’il a jamais vu quelqu’un dompter un éléphant… d’une façon quelconque… un blanc.
– Une fois, répondit le mahout, dans la ville de Cawnpore, j’ai vu un homme à califourchon sur une bête en must  : un homme nu-tête, un blanc, qui la frappait sur le crâne avec un fusil. On a prétendu qu’il était possédé du démon ou ivre.
– Y a-t-il apparence, croyez-vous, qu’il l’aurait fait de sang-froid ? dit Mulvaney, après interprétation.
L’éléphant enchaîné barrit.
– Il n’y a qu’un homme sur la terre qui serait n d. D. assez idiot pour faire un coup de ce genre !… dit Ortheris. Comment cela s’est-il passé, Mulvaney ?
– Comme dit le négro, à Cawnpore ; et l’idiot c’était moi… au temps de ma jeunesse. Mais c’est arrivé de façon aussi naturelle qu’une chose en amène une autre… moi et l’éléphant, et l’éléphant et moi ; et la lutte entre nous a été encore plus naturelle.
– Cela ne pouvait pas être autrement, dit Ortheris. Mais tu devais être encore plus plein que d’habitude. Je connais déjà un drôle de tour que tu as fait avec un éléphant, pourquoi ne nous as-tu jamais parlé de l’autre ?
– Parce que,

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