Mémoires d'un collégien russe , livre ebook

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Extrait: "Je m'appelle Dmitri Fédorovitch Térentieff. Je viens d'avoir seize ans. Depuis la rentrée de Pâques, je suis élève de Prima au gymnase Saint-Vladimir à Moscou. Il y a deux ans que je fréquente, comme externe, les cours de ce lycée. En ce moment, la plus épouvantable et aussi la plus injuste accusation pèse sur ma tête."

À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN :

Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants :

• Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin.
• Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.
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Nombre de lectures

26

EAN13

9782335122299

Langue

Français

EAN : 9782335122299

 
©Ligaran 2015

CHAPITRE PREMIER L’accusation
Je m’appelle Dmitri Fédorovitch Térentieff. Je viens d’avoir seize ans. Depuis la rentrée de Pâques, je suis élève de Prima au gymnase Saint-Vladimir à Moscou. Il y a deux ans que je fréquente, comme externe, les cours de ce lycée.
En ce moment, la plus épouvantable et aussi la plus injuste accusation pèse sur ma tête. C’est au fond d’un sombre cachot que j’écris ces lignes. J’y vois à peine, tant la lucarne qui m’éclaire est étroite ; mais je n’en persiste pas moins dans mon projet : écrire ma justification, me prouver à moi-même, par le récit fidèle et sincère de toute ma vie, que je suis innocent du crime affreux dont on m’accuse…
Je crois connaître le coupable ; c’est un de mes camarades du collège. Un mot de moi suffirait peut-être à le faire enfermer à ma place dans cette noire prison, où l’on m’a amené il y a deux jours… Il habiterait ce réduit humide, peuplé de rats et de cafards… Je les entends courir sous la paille pourrie qui me sert de couche… Il prendrait de la main du geôlier le pain noir et la cruche d’eau qui sont ma ration quotidienne. Il sentirait ses doigts et ses pieds s’engourdir au souffle de la bise qui passe entre les barreaux de ma lucarne. Il porterait les bracelets de fer retenus par une lourde chaîne. Ce serait lui l’accusé, le criminel, le réprouvé… Mais comment accuser un autre sans preuves ?… Surtout quand cet autre est un condisciple, et quand je ne puis alléguer contre lui que des présomptions assez vagues en somme, et aussi l’antipathie qu’il m’a toujours inspirée ?… Non. Je souffre trop moi-même d’être frappé injustement pour risquer d’infliger cette souffrance à un innocent. Je n’ai que des soupçons. Rien de positif. Je me tairai donc.
Mais à moi-même je puis parler franchement, et je ne me fais aucun scrupule de tracer sur ces pages, destinées à moi seul, – et de l’écriture secrète que je viens d’imaginer tout exprès pour me donner cette satisfaction, – le nom de Capiton Karlovitch Strodtmann. C’est lui que je crois coupable du crime dont on m’accuse.
Je vais commencer par conter l’évènement étrange qui m’a conduit ici, – dans ses grandes lignes tout au moins, puisque j’en ignore les détails, bien que des charges écrasantes pèsent sur moi.
Nous sommes aujourd’hui au 17 avril. Le 14 de ce mois, j’arrivai à sept heures du matin, comme d’habitude, au gymnase Saint-Vladimir. Deux agents de police aux collets rouges se tenaient aux abords du lycée ; deux autres à l’intérieur de la cour.
Ils m’entourèrent aussitôt. Et, tandis que je restais là, surpris, regardant mes camarades groupés curieusement autour de la porte, le brigadier me dit :
« Vous êtes Dmitri Térentieff ?
– C’est mon nom, répliquai-je.
– Suivez-moi. »
Je suis monté chez le directeur, précédé du brigadier, accompagné de deux agents.
M. Pérevsky se trouvait dans son cabinet. Lui si calme à l’ordinaire, lui qu’on a surnommé « le savant perdu dans les nuages », il se promenait avec agitation de long en large ; ses lunettes étaient relevées sur son front ; il froissait des papiers dans ses mains.
Comme j’entrais dans la pièce avec le brigadier, M. Sarévine, le surveillant général, escorté de plusieurs de nos maîtres, parut par une autre porte.
Le directeur s’assit alors. Il me considéra un instant d’un air troublé que je ne lui avais jamais vu ; puis :
« Dmitri Fédorovitch Térentieff, commença-t-il, il s’est passé ici des faits de la plus haute gravité, qui, par malheur, vous compromettent beaucoup… Vous allez être interrogé. Répondez franchement et sans rien déguiser… Paul Pétrovich Sarévine, je vous donne la parole. Questionnez l’accusé. »
Je restai frappé de stupeur par ce préambule, et tellement abasourdi de ce qui se passait que je n’entendis pas d’abord la question du préfet des études. Je le regardai en silence, me demandant à part moi ce qu’on me reprochait.
M. Sarévine est un homme de quarante-huit ans environ, très grand, très fort, qui m’a toujours paru ressembler à un colonel de la garde impériale. Il porte une longue moustache noire, et il a des sourcils épais qui couvrent presque ses yeux lorsqu’il est irrité et qu’il les rapproche. Sa sévérité, ou plutôt son amour de la discipline poussé presque au fanatisme, en fait dans le collège un personnage autrement redoutable que notre bon directeur, qui, retombé dans son fauteuil, m’examinait avec plus de tristesse que de colère.
« Dmitri Térentieff, dit M. Sarévine, omettant peut-être avec intention mon nom patronymique, regardez ce papier et dites s’il vous appartient. »
Je me troublai légèrement ; c’était une feuille de papier à musique, sur laquelle, la veille, à l’étude, j’avais commencé à transcrire une mélodie de ma composition, au lieu de préparer ma tâche du lendemain. Sans doute, j’allais être puni pour cette infraction à la discipline, – car c’est là un point sur lequel notre surveillant général ne transige jamais. Aussi fut-ce presque à voix basse que je murmurai une excuse.
« Ce papier est-il à vous, oui ou non ? reprit M. Sarévine d’un ton plus sévère.

AU COMBLE DE LA SURPRISE, JE REGARDAI CETTE PAGE.
– Oui, Monsieur, répondis-je enfin.
– Est-ce vous qui avez écrit ceci ? » continua M. Sarévine en me présentant le revers de la feuille.
Je considérai avec stupeur les quelques lignes qui couvraient le papier. Je n’avais rien écrit, hier, sur cette feuille, que j’avais achetée neuve le matin même. Cependant il n’y avait pas de doute, c’était bien là mon écriture. Je retrouvais les boucles de mes b , le petit trait par lequel je termine la lettre jate , et surtout mes majuscules, presque semblables à celles des caractères d’imprimerie, – en un mot, toute l’apparence de mon écriture, qui est large, pleine, plus grande que celle de la plupart de mes camarades.
Au comble de la surprise, je regardai cette page, lisant et relisant, sans en comprendre le premier mot :
Condamnation à mort du sieur Gavruchka, portier du gymnase Saint-Vladimir .
« Répondez ! me dit alors M. Sarévine. Reconnaissez-vous cette feuille ? Est-ce vous qui avez tracé ces lignes ?
– C’est mon écriture, répliquai-je, mais ce n’est pas moi qui ai écrit cela.
– Mon enfant, mon enfant, interrompit alors le directeur avec agitation, dites la vérité ! On peut pardonner une faute, si grave qu’elle soit, quand elle n’est due qu’à l’étourderie ; mais l’obstination et le mensonge ne font que l’aggraver.
– Ivan Alexandrovitch Pérevsky ! répondis-je alors de l’accent le plus sincère, mon père ne mentait jamais. Il m’a appris à ne point mentir. Ce que j’ai dit est vrai.
– Prenez garde ! dit M. Sarévine. Je vous avertis que vos paroles pourront avoir pour vous de graves conséquences. Persistez-vous dans vos dénégations ?
– Oui, Monsieur. Ce n’est pas moi qui ai écrit ces mots. J’en ignore même le sens.
– Bien ! » dit M. Sarévine. Et, se tournant vers un personnage que je n’avais pas aperçu d’abord, assis dans l’embrasure d’une fenêtre : « Vous écrivez tout, monsieur Golovetchor ?
– Oui, je sténographie, » répondit celui-ci.
Je reconnus mon ancien professeur de Tertia , devenu greffier de l’enquête. Que voulait dire tout cela, grand Dieu ?
« Faites entrer le témoin Strodtmann, » dit le préfet des études.
On introduisit mon camarade de la deuxième division de Prima .
C’est un garçon qui ne m’a jamais été sympathique. Il est Allemand par son père, Russe par sa mère. Nous sommes du même âge. Il est grand, de ma taille à peu près ; comme moi il a des cheveux blonds, et il porte la casquette blanche.
Il est, ainsi que moi, un des élèves les plus médiocres de la classe de Prima . Il n’obtient, pas plus que moi, de bonnes places au concours, ni de succès à la fin de l’année…

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