Une preuve d'amour , livre ebook

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CHAPITRE 1 Shelby Une Porsche est garée sur ma place de parking. D’accord, bon, ce n’est pas exactement ma place de parking, mais plutôt celle de McRae Capital. Pourtant, J. P. a dit que je pourrais me garer à cet emplacement, quand il m’a demandé de venir aujourd’hui. Et je ne suis même pas en retard. Pile à l’heure, on est d’accord, mais il m’avait promis cette place à moi , pas à un vulgaire intrus qui semble avoir un goût infect en matière de voiture. Pour commencer, elle est noire, et avec les options de base. Pourquoi acheter une Porsche aussi ennuyeuse et commune ? Quand on a l’intention d’exhiber au monde entier le prolongement de sa virilité, autant ne pas faire le timide ! C’est parti pour de l’orange ou du vert citron, et avec les bandes blanches, et les jantes bling bling, et tous les attributs de l’impuissance. Et pourquoi pas acheter un autocollant où il est écrit : « La mienne est minuscule en vrai » pendant qu’on y est. Certes, le propriétaire pourrait tout aussi bien être une femme, mais au fond, on sait que ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ? On sait que c’est un type aux cheveux plaqués en arrière par une tonne de gel, portant un costume sur mesure trop brillant et une cravate avec l’inscription « crétin plein de fric » écrit en gros. Aucun doute, c’est l’aigrie en moi qui parle, celle qui vit mal d’être sur la paille, mais allez, le seul admirateur d’un mec comme ça, c’est celui qui le contemple tous les matins dans son miroir. Zut.
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Publié par

Date de parution

18 juin 2020

Nombre de lectures

0

EAN13

9782810429622

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

CHAPITRE 1
Shelby

Une Porsche est garée sur ma place de parking. D’accord, bon, ce n’est pas exactement ma place de parking, mais plutôt celle de McRae Capital. Pourtant, J. P. a dit que je pourrais me garer à cet emplacement, quand il m’a demandé de venir aujourd’hui. Et je ne suis même pas en retard. Pile à l’heure, on est d’accord, mais il m’avait promis cette place à moi , pas à un vulgaire intrus qui semble avoir un goût infect en matière de voiture.
Pour commencer, elle est noire, et avec les options de base. Pourquoi acheter une Porsche aussi ennuyeuse et commune ? Quand on a l’intention d’exhiber au monde entier le prolongement de sa virilité, autant ne pas faire le timide ! C’est parti pour de l’orange ou du vert citron, et avec les bandes blanches, et les jantes bling bling, et tous les attributs de l’impuissance. Et pourquoi pas acheter un autocollant où il est écrit : « La mienne est minuscule en vrai » pendant qu’on y est.
Certes, le propriétaire pourrait tout aussi bien être une femme, mais au fond, on sait que ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ? On sait que c’est un type aux cheveux plaqués en arrière par une tonne de gel, portant un costume sur mesure trop brillant et une cravate avec l’inscription « crétin plein de fric » écrit en gros. Aucun doute, c’est l’aigrie en moi qui parle, celle qui vit mal d’être sur la paille, mais allez, le seul admirateur d’un mec comme ça, c’est celui qui le contemple tous les matins dans son miroir.
Zut. Aucune place de libre, et maintenant je suis en retard. J. P. est génial et il m’aime bien, mais cette réunion est trop importante pour la faire capoter. J’ai besoin de réussir haut la main. J’ai même fait un effort vestimentaire pour l’occasion. J’ai mis mes plus belles bottes et tout le toutim.
Dommage. Tant pis, je me gare sur la place du gars à la Porsche. Je doute qu’il me cherche dans tous les bureaux, fou de rage : le pick-up Dodge des Vins Flora Valley donne l’impression de sortir de la série Sons of Anarchy . Le type ne se doutera pas qu’une blonde d’un mètre soixante est aux commandes, jusqu’à ce que je saute à nouveau derrière le volant. Et quand bien même, qui dit que côté passager, je n’ai pas un frère musclé et couvert de tatouages, et membre d’un gang, hein ?
Oups. J’oublie toujours que le Dodge a une énorme attache pour remorque. Je mets le frein, je bondis au bas du camion, et j’évalue les dégâts infligés au capot de la Porsche. Hum. Il se pourrait que ça laisse quelques marques. Quoi qu’il en soit, aucun doute là-dessus : Monsieur Minus a forcément une assurance tous risques. Je ne vais pas m’enquiquiner à fermer le Dodge à clé. Je n’ai pas d’assurance, mais personne ici ne volera le dernier véhicule en date de Billy Armstrong. Ils savent trop bien que le fantôme de mon père se relèverait de sa tombe et leur botterait les fesses.
En montant au bureau de J. P., je répète mon baratin. J’ai coupé au montage la partie où je me prosterne à ses pieds et où j’embrasse ses chaussures avant de me mettre à plat ventre pour le remercier d’avoir accepté de racheter les Vins Flora Valley. J’ai sollicité la société de J. P. en dernier, parce que j’avais entendu dire que c’était un homme dur, avec la réputation d’arracher des têtes avec les dents et de les recracher à moitié mâchouillées, comme des noyaux d’olives. Mais après avoir essuyé des refus de la part de toutes les sociétés de capital-risque de l’univers, j’étais aux abois. Aux abois du genre à hyperventiler et à pleurer à grosses larmes dans le Dodge et, de temps à autre, dans un ascenseur d’immeuble au cours d’une lente descente vers le désespoir.
Je vous donne la version courte : au décès de papa, les Vins Flora Valley revenaient à maman, mais elle n’en voulait pas. Il en est ressorti qu’elle avait détesté chaque minute des journées de travail (de quatorze heures, sans aucun salaire) qui s’ajoutaient au fait d’élever leurs quatre enfants, tout en vivant au jour le jour pendant toutes ces années de vache maigre. Elle adorait mon père, de tout son cœur, et elle aurait fait n’importe quoi pour l’aider à réaliser son rêve. Mais, il était mort, et ma mère souhaitait partir. Elle voulait du temps pour peindre – temps qu’elle n’avait jamais eu auparavant – dans un petit atelier près de la côte, avec suffisamment d’argent pour couler des vieux jours sans gêne financière.
Rien de déraisonnable, pas vrai ? Il aurait fallu être un véritable Grinch pour le lui reprocher. Et, ah oui, j’étais ce Grinch-là. Vous voyez, papa m’avait dit que j’hériterais des Vins Flora Valley. Seulement il n’a pas trouvé le temps de le mettre par écrit, et donc, sans testament, par défaut, tout ce qu’il possédait revenait à son épouse, Lee, et pas à moi, sa fille, Shelby.
Mes frères et sœurs étaient contents que ma mère vende, cela leur convenait parce qu’ils ont tous des boulots qui payent très bien, et par ailleurs, aucun d’eux n’a aimé travailler sur le vignoble non plus. Ils n’achètent même plus de gelée de raisin aujourd’hui. J’étais… Je suis la seule et unique à me préoccuper des affaires de papa, de sa passion, de son rêve. Il m’a appris à faire du vin, et je suis douée. Pendant les cinq années qui ont précédé sa mort, mon père gérait les affaires et moi, je faisais le vin. Nous formions une équipe. Une équipe assez chaotique, qui marchait à l’instinct, je l’admets, mais on y était presque. On renversait la situation.
C’est pour ça que j’ai supplié ma mère et mes frères et sœurs – qui détestent pourtant le raisin – de me laisser trouver un investisseur. Quelqu’un qui maintiendrait l’entreprise à flot et me garderait comme administratrice et vigneronne, pour la consolider, la développer, l’agrandir. Ils m’ont donné six mois, parce que, dans les faits, ce ne sont pas d’horribles individus et il se pourrait même qu’ils m’aiment. Dans tous les cas, maman touchera son argent. La seule personne susceptible de tout perdre, c’est moi.
À cette époque-là, six mois me paraissaient une éternité. J’allais réussir ce pari les doigts dans le nez ! Les Vins Flora Valley sont une affaire géniale ! Des vins naturels, en biodynamie, fabriqués ici même, à l’ancienne : raisins cueillis à la main, foulage des grains au pied et pas par machine. Comment ne pas être séduit ?
Au bout de cinq mois, une semaine et quatre jours à entendre : « non » (un non qui arrivait après un certain temps parce que, en général, les gens riaient si fort qu’ils étaient incapables de parler), la chute venait au-devant de moi comme la falaise dans le film préféré de ma mère, Thelma et Louise . Sauf que je ne voulais pas faire une chute mortelle en emportant notre Pinot Noir 2009. (Oui, je sais quel grand cru je sauverais d’une maison en flammes si le cas se présentait. Je suis la seule à y avoir réfléchi ?)
Donc j’ai finalement approché McRae Capital et son PDG, l’homme dur, J. P. McRae. Il a répondu oui. Puis, il a dû répéter, parce que j’étais convaincue de ne pas avoir bien entendu. Il admirait mon père depuis longtemps, et il adorait l’esprit de Flora Valley. Il approchait de la retraite et il était prêt à spéculer sur un investissement qui en valait la peine, même s’il était risqué. Il a ajouté d’autres trucs aussi, mais j’avais cessé de l’écouter, à cause du soulagement à l’état pur qui faisait battre mon cœur dans mes oreilles. J’aurais pu scander : « MerciMerciMerci » à voix basse.
C’était la semaine dernière. Aujourd’hui, je le rencontre pour parcourir le contrat, finaliser des détails. Lui garantir que je suis celle qu’il lui faut pour gérer cette affaire. Que je saurai vraiment guider les Vins Flora Valley sur le chemin de l’avenir, ou les trucs qu’on raconte dans le jargon des entreprises. Mieux vaut apprendre cette langue si je dois ajouter le titre d’« Administratrice » à mes cartes de visite.
Mieux vaudrait que je fasse faire quelques cartes de visite d’ailleurs.
OK, voilà la porte de J. P. Profonde inspiration. Et… on frappe !
– Shelby.
Et le voilà. J. P. McRae. Élancé. Du type renard argenté d’Arctique. Me tend la main, me fait un sourire si chaleureux, façon grand-père, je me retiens presque de me jeter à son cou pour lui faire un câlin.
Heureusement, j’ai un brin de self-control. Et d’un, faire un gros câlin est radicalement non professionnel, à moins d’appartenir à la Mafia, et de deux, apparemment nous ne sommes pas seuls. Un homme nous tourne le dos, les yeux rivés à la fenêtre du bureau. Assez jeune à première vue, grand, sombre, épaules larges moulées dans une chemise noire tout à fait seyante. Se montre extrêmement grossier en cet instant en nous ignorant superbement, même si la vue est réellement charmante. Le bureau de J. P. (de la branche locale de sa société) se trouve à Martinburg, et il surplombe la place de la ville avec son étang tout mignon et son kiosque à musique. Le bureau principal se trouve à San Francisco, mais il n’y va plus que deux jours par semaine maintenant. Et je m’en réjouis. Le Dodge est en bout de course. Des voyages fréquents jusqu’à San Francisco l’auraient achevé et m’auraient obligée à tirer une balle dans la grille de sa calandre.
Concentre-toi. J. P. te parle.
– Shelby, j’aimerais te présenter Nathan Durant. Nate, voici Shelby Armstrong, la fille du célèbre Billy.
Le type grossier se retourne. Rhooo, zut ! Il est très beau. Yeux bleus avec de longs cils sombres ; pourquoi est-ce si sexy ? Des pommettes ! Bon sang de Batman, regardez-moi ça ! Et cette bouche…
Concentre-toi, Shelby ! Il te voit parfaitement gober les mouches et ça lui donne un avantage. Non que tu aies la moindre idée de ce qu’il fabrique ici, mais malgré tout. Professionnel, voilà le mot du jour. Managériale, voilà l’ambiance du jour.
– Enchantée de faire votre connaissance, Nathan.
Je tends la main, parce que le serrement de mains, voilà ce que font les professionnels du management. Bien que, pour être strictement honnête, mon but consiste à le surprendre. Des années de taille de la vigne m’ont forgé une poigne de f

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