Les coeurs fragiles de la maison bleue , livre ebook

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Je dédie ce livre à Michael et Alison Anderson, avec tout mon amour et toute mon admiration. Prologue Confucius – Chinois à emporter Notting Hill, W11, Londres Nous offrons ce calendrier à nos chers clients ! Vendredi 15 janvier 2016 Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres   S arah tenta de s’esquiver dès la fin de la cérémonie à la mairie, mais Leo ne voulut pas en entendre parler. Il la persuada de venir à l’appartement et d’attendre les discours, puis il insista pour qu’elle reste jusqu’au gâteau. – On dansera toi et moi tout à l’heure, lui avait-il lancé en riant lorsque la musique avait commencé. Il n’y avait pas eu de danse. Leo n’offrit que des miettes ; un lot de consolation qui ne faisait que souligner ce que Sarah avait perdu. Quand elle s’était enfin éclipsée, Leo n’avait d’yeux que pour sa nouvelle épouse. Il n’avait pas remarqué le départ de Sarah, et personne n’avait cherché à la retenir ; beaucoup déjà étaient stupéfaits de sa présence. Sur le palier, les basses retentissaient dans les oreilles de Sarah, qui retira délicatement ses chaussures et massa ses orteils endoloris. Il était temps de rentrer. Son lit était la seule chose qu’elle désirait. Son lit chaste, dont les draps n’étaient plus froissés par les longues jambes de son homme. Au moins, je n’ai pas besoin d’appeler un Uber.
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Publié par

Date de parution

15 mars 2018

Nombre de lectures

0

EAN13

9782810423514

Langue

Français

Poids de l'ouvrage

1 Mo

Je dédie ce livre à Michael et Alison Anderson, avec tout mon amour et toute mon admiration.

Prologue

Confucius – Chinois à emporter
Notting Hill, W11, Londres
Nous offrons ce calendrier à nos chers clients !
Vendredi 15 janvier 2016
Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres
 
S arah tenta de s’esquiver dès la fin de la cérémonie à la mairie, mais Leo ne voulut pas en entendre parler. Il la persuada de venir à l’appartement et d’attendre les discours, puis il insista pour qu’elle reste jusqu’au gâteau.
– On dansera toi et moi tout à l’heure, lui avait-il lancé en riant lorsque la musique avait commencé.
Il n’y avait pas eu de danse. Leo n’offrit que des miettes ; un lot de consolation qui ne faisait que souligner ce que Sarah avait perdu. Quand elle s’était enfin éclipsée, Leo n’avait d’yeux que pour sa nouvelle épouse. Il n’avait pas remarqué le départ de Sarah, et personne n’avait cherché à la retenir ; beaucoup déjà étaient stupéfaits de sa présence.
Sur le palier, les basses retentissaient dans les oreilles de Sarah, qui retira délicatement ses chaussures et massa ses orteils endoloris. Il était temps de rentrer. Son lit était la seule chose qu’elle désirait. Son lit chaste, dont les draps n’étaient plus froissés par les longues jambes de son homme.
Au moins, je n’ai pas besoin d’appeler un Uber.
Une volée d’escaliers était tout ce qui séparait l’appartement B où se déroulait la noce du nid douillet de Sarah, au dernier étage de la maison numéro vingt-quatre, Merrion Road. L’escalier à la spirale élégante se dressait telle une colonne vertébrale au centre de la maison et distribuait les appartements, un à chaque étage, à l’exception du sous-sol où d’insensibles promoteurs avaient aménagé deux logements.
La rampe, polie par deux siècles d’utilisation, était froide sous les mains de Sarah. L’ascension lui sembla plus longue qu’habituellement, comme si des marches supplémentaires avaient été subrepticement ajoutées. Sarah monta avec la lassitude prudente d’un infirme, bien qu’elle semble respirer la santé dans sa robe rouge moulante, achetée spécialement pour l’occasion. Le bouquet lui échappa des mains et des pétales se répandirent sur le sol.
La mariée le lui avait-elle lancé à dessein ? Sarah n’avait pas eu d’autre choix que d’attraper les roses carnées qui lui arrivèrent en pleine figure. Certains lui crièrent « Tu seras la prochaine ! », tandis que le marié lui adressa un regard énigmatique. Sarah s’était efforcée de s’extasier ; elle avait joué son rôle à la perfection, mais désormais ce masque lui rongeait le visage et son lit la réclamait depuis le dernier étage.
– Ce n’est pas trop tôt, jeune fille ! se plaignit une petite silhouette alerte d’un âge incertain qui barrait la porte de l’appartement.
– Bonjour Mavis, soupira Sarah.
– Pourquoi êtes-vous aussi bien habillée ? Ne me dites pas que vous êtes allée au mariage !
Mavis était atterrée, mais ravie également, comme un badaud qui ralentit devant un accident de la route.
– Vous vouliez quelque chose ?
Sarah s’arrêta et craignit que ses jambes n’aient pas la force de repartir. Elle avait le sentiment d’avoir vieilli de trente ans dans ces escaliers : l’angoisse de la journée lui avait dévoré les os, faisant d’elle l’égale de sa voisine âgée.
– Je n’ai pas arrêté de frapper.
Vêtue d’une vieille robe, Mavis était acerbe, comme si l’absence de Sarah était une offense personnelle.
– J’ai dû signer ce recommandé pendant que vous étiez par monts et par vaux, expliqua-t-elle en lançant une enveloppe à Sarah, peu ou prou comme la mariée lui avait jeté le bouquet. J’ai une vie, vous savez. Je ne suis pas la bonne de cette maison.
Mavis avait un accent d’une autre époque, impérieux et altier.
– Merci.
Sarah ne demanda pas à Mavis pourquoi elle n’avait pas simplement glissé la lettre sous la porte. Les expériences passées lui avaient appris à ne pas mordre à l’hameçon ; cette femme se nourrissait des disputes et Sarah n’aspirait pour l’heure qu’à la tranquillité.
– Vous n’allez pas l’ouvrir ?
– Euh, non, répondit Sarah, qui eut envie de rire devant une telle curiosité éhontée. J’ai eu une longue journée, Mavis.
– Inutile d’être cassante, ma chère, rétorqua sèchement la vieille dame.
Elle s’approcha et regarda Sarah dans ses yeux minutieusement maquillés, pour souligner leur éclat gris. Le maquillage, la robe élégante, le nouveau pashmina qui n’arrêtait pas de glisser des épaules de Sarah lui servaient d’armure. Elle tressaillit lorsque le regard prodigieusement vif de cette petite femme ridée perça son bouclier.
– Vous avez pleuré.
Mavis ne lui demanda pas pourquoi. Sans doute car la raison était évidente.
– Mavis ! cria une voix aiguë et cristalline depuis les étages du bas.
– Du calme ! hurla Mavis. Maudite famille, grommela-t-elle en se tournant vers Sarah. Ils croient qu’on leur appartient.
Curieuse, Sarah se pencha par-dessus la rambarde, tandis que Mavis descendait les marches d’un pas lourd. En contrebas, un ovale pâle brilla dans l’obscurité du hall d’entrée. C’était le visage d’une femme, austère et direct, dont les yeux croisèrent brièvement ceux de Sarah avant que leur propriétaire ne recule dans l’ombre. Il s’agissait d’une femme âgée, c’était incontestable même à pareille distance. Elle avait néanmoins une beauté intemporelle, telle une déesse de l’Antiquité dont le regard avait le pouvoir de vie ou de mort. Ce visage ne lui semblait pas inconnu…
Sarah finit par le reconnaître et fut prise de l’excitation quasi sexuelle engendrée par la célébrité.
– Mavis ! Ce ne serait pas… ?
– Je vais vous dire qui c’est, ma chère, répliqua Mavis, dont les souliers claquaient sur chaque marche. Pas vos oignons ! Voilà qui c’est.
Fragilisée par les événements de la journée, Sarah avait terriblement envie de douceur et de confort, d’une preuve que la gentillesse était encore de ce monde. Mavis étant tout le contraire, Sarah ne répondit rien à la rudesse caractéristique de la vieille femme et rentra chez elle.
L’appartement A était plongé dans l’obscurité. Les acclamations et les cris de joie étouffés qui filtraient à travers le plancher renforçaient la solitude fétide de ces lieux. Sarah imagina sous ses pieds nus Leo en train d’exhiber sa nouvelle épouse, de reconnaître que, oui, il était un sacré veinard.
En ôtant sa robe, Sarah soupira de soulagement. Si les statistiques disaient juste et que quarante-deux pour cent des mariages modernes se terminaient par un divorce, elle n’était sûrement pas la première femme à assister au mariage de son ex-mari. Mais Sarah ne se sentait pas moderne ; elle avait plutôt le sentiment d’être une enfant livrée à elle-même. Elle secoua sa chevelure laquée, et des confettis tombèrent tout autour de ses pieds.
Les lumières éteintes, l’appartement paraissait normal. L’obscurité camouflait les trous dans les murs et le papier peint lépreux. Le désordre accusait Sarah, lui rappelant son retard dans le projet de rénovation, revente et déménagement. Ce n’était pas son projet. Mais celui de Leo. J’étais d’accord , admit-elle. Le tic-tac du compte à rebours résonnait constamment derrière toutes ses conversations, derrière tous les films qu’elle regardait ou tous les livres qu’elle essayait de lire. Il était menaçant, se faisant de plus en plus fort à mesure que l’échéance approchait. Août. Sarah avait jusqu’à la fin du mois d’août pour remettre l’appartement à neuf.
La lune se refléta sur le papier glacé de mauvaise qualité du calendrier punaisé au mur. Un serveur du Confucius , un restaurant chinois à emporter suffisamment proche pour y aller en chaussons, lui avait tendu ce calendrier avec révérence ; Sarah avait été légèrement embarrassée d’être l’une de leurs meilleures clientes. Elle déchira la page du jour, contente de voir disparaître une date qu’elle avait tant redoutée. Jonchée de pots de peinture et d’escabeaux, la chambre semblait abandonnée, comme si Sarah avait déménagé en même temps que Leo.
– Mais je suis toujours là ! se lamenta-t-elle, en tirant avec défi sur sa robe de chambre en éponge et en remontant son col moelleux jusqu’au menton.
Lorsqu’elle voulut allumer la lampe, la pièce resta obstinément sombre. Elle pensa au Post-it lui rappelant d’acheter des ampoules qui traînait quelque part dans les décombres. Elle trouva une bougie sous l’évier et se souvint de la citation du calendrier : elle convint en effet que c’était bien mieux d’allumer une bougie que de pester contre l’obscurité. Elle grimpa sur le lit ; les murs chancelaient autour d’elle au gré de la flamme vacillante.
La lueur de la bougie ne lui permettait pas de voir les lames du plancher à moitié poncées, ni la tringle à rideau qui menaçait de tomber. Sur la table de chevet, la flamme illuminait joliment la lettre recommandée que Mavis lui avait remise. Sarah se demanda ce qui pouvait être si important pour nécessiter une signature et déchira l’enveloppe. La page pliée était friable, comme le serait toute lettre émanant d’un fantôme.
CHAPITRE 1

Confucius – Chinois à emporter
Notting Hill, W11, Londres
Nous offrons ce calendrier à nos chers clients !
Jeudi 9 juin 2016
Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de malheur de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leur nid dans vos cheveux
 
L e camion de déménagement et le corbillard obstruaient la rue étroite, chacun des deux chauffeurs refusant de céder le passage. C’était une journée bien remplie pour le numéro vingt-quatre : un couple emménageait et une occupante quittait définitivement les lieux. Cette maison de style georgien, avec sa porte centrale et sa symétrie parfaite, chatoyait dans la lumière d’été. Le bleu ciel de sa façade, qui avait connu des jours meilleurs, évoquait davantage une ruelle pittoresque du bord de mer qu’une petite rue engorgée du quartier londonien de Notting Hill. Cela n’était-il pas vrai pour chacun d’entre nous ? songea Sarah, tout en observant l’altercation des chauffeurs de

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