Le mystère de Ker-Even , livre ebook

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Delly (1875-1947) et (1876-1949)



"Il pleuvait depuis le matin – petite pluie fine, serrée, que les marins appellent « crachin ». Elle noyait l’horizon, étendait son triste voile gris, humide, sur la mer sombre presque tranquille aujourd’hui, sauf autour des récifs contre lesquels, toujours, elle écumait en vagues pressées, rageuses, comme demandant aux rocs sournois la proie qu’ils lui avaient si souvent procurée, depuis des siècles.


La route conduisant au petit port de Conestel n’apparaissait pas cependant trop boueuse, grâce à son sol dur – un vrai sol de granit ! comme le répétait le colporteur qui avançait d’un pas lourd, en poussant devant lui une petite voiture recouverte d’une toile cirée.


C’était un homme d’environ quarante-cinq ans, plutôt petit, maigre, les cheveux blonds grisonnants. Des yeux d’un bleu vif brillaient dans sa face blafarde, aux traits mous. Une longue pèlerine en drap verdi tombait sur ses épaules, un large béret noir le coiffait. Des bottes solides montaient jusqu’à ses genoux, et leurs semelles épaisses, leurs talons ferrés martelaient le sol, qui rendait un son mat.


Près de cet homme marchait une petite fille d’une douzaine d’années. Une vieille robe, très propre, habillait son mince corps souple et alerte. Un capuchon de drap gris cachait complètement ses cheveux, encadrant un visage d’une blancheur laiteuse, aux lèvres fines et roses. Des cils blonds frangeaient les paupières, voilant à tout instant les yeux d’un même bleu vif que ceux de l’homme – des yeux à l’expression mobile, changeante, singulière.


En réponse à la réflexion de son compagnon, elle dit avec une moue d’ennui :


– Ce pays est triste, papa !... Y resterons-nous longtemps ?"



Tout commence, quelques années avant la Grande Guerre, sur la côte bretonne, avec l'arrivée d'un colporteur suisse et de sa fille...


Romance sur fond d'espionnage et de guerre.

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Nombre de lectures

1

EAN13

9782384420735

Langue

Français

Le mystère de Ker-Even


Delly


Juin 2022
Stéphane le Mat
La Gibecière à Mots
ISBN : 978-2-38442-073-5
Couverture : pastel de STEPH'
lagibeciereamots@sfr.fr
N° 1071
Première partie
La fille du colporteur
I

Il pleuvait depuis le matin – petite pluie fine, serrée, que les marins appellent « crachin ». Elle noyait l’horizon, étendait son triste voile gris, humide, sur la mer sombre presque tranquille aujourd’hui, sauf autour des récifs contre lesquels, toujours, elle écumait en vagues pressées, rageuses, comme demandant aux rocs sournois la proie qu’ils lui avaient si souvent procurée, depuis des siècles.
La route conduisant au petit port de Conestel n’apparaissait pas cependant trop boueuse, grâce à son sol dur – un vrai sol de granit ! comme le répétait le colporteur qui avançait d’un pas lourd, en poussant devant lui une petite voiture recouverte d’une toile cirée.
C’était un homme d’environ quarante-cinq ans, plutôt petit, maigre, les cheveux blonds grisonnants. Des yeux d’un bleu vif brillaient dans sa face blafarde, aux traits mous. Une longue pèlerine en drap verdi tombait sur ses épaules, un large béret noir le coiffait. Des bottes solides montaient jusqu’à ses genoux, et leurs semelles épaisses, leurs talons ferrés martelaient le sol, qui rendait un son mat.
Près de cet homme marchait une petite fille d’une douzaine d’années. Une vieille robe, très propre, habillait son mince corps souple et alerte. Un capuchon de drap gris cachait complètement ses cheveux, encadrant un visage d’une blancheur laiteuse, aux lèvres fines et roses. Des cils blonds frangeaient les paupières, voilant à tout instant les yeux d’un même bleu vif que ceux de l’homme – des yeux à l’expression mobile, changeante, singulière.
En réponse à la réflexion de son compagnon, elle dit avec une moue d’ennui :
– Ce pays est triste, papa !... Y resterons-nous longtemps ?
– Peut-être. Cela dépend des renseignements que j’obtiendrai... Mais quand le soleil sera là, tu verras, Elsa, que cette côte bretonne est très belle.
Tous deux parlaient français, très correctement. L’enfant n’avait presque pas d’accent étranger, mais celui du père, bien que relativement peu prononcé, dénonçait néanmoins une origine germanique.
Elsa secoua la tête.
– Oui, peut-être... Mais pour le moment, ce n’est pas gai !... Puis nous sommes mouillés, papa !... mouillés comme de pauvres chiens ! C’est un dur métier que nous faisons là, vraiment !
– Certes ! Mais les profits vont devenir meilleurs, maintenant que je suis mieux apprécié. Tu seras riche, Elsa, si je vis encore quelques années. Je suis sur une piste intéressante, qui peut me rapporter gros... Mais j’aurais voulu que tu restes chez nos cousins Mülbach, bien tranquille, au lieu de me suivre comme cela, dans ces fatigantes pérégrinations d’un bout de la France à l’autre.
Elle secoua de nouveau la tête.
– Non, je veux être avec toi ! Je ne veux pas te quitter, papa... Et puis, cela m’intéresse tellement, ce que tu fais !
Une sorte de sourire glissa entre les lèvres pâles de l’homme, et ses yeux un peu durs s’adoucirent un instant, en se fixant sur l’enfant.
– Oui, tu es intelligente, tu comprends... Et vraiment, tu es pour moi une précieuse petite collaboratrice, ma fille !
Un éclair d’orgueil brilla dans le regard d’Elsa.
– Je voudrais l’être bien davantage encore !
« Oh ! papa, puisque tu es fatigué, je vais t’aider beaucoup ici ! J’irai, je viendrai dans le pays, je questionnerai les gens, je regarderai bien tout...
– Certes, je te le répète, tu m’es précieuse ! Mais il y a des choses que je dois voir par moi-même... Et il s’agit ici d’une question importante. Ce lieu avancé de la côte bretonne peut avoir une grande valeur. Il s’agit de le faire nôtre, de le préparer...
« Moi, j’indique. D’autres viendront, qui feront le nécessaire. Mais il faut auparavant que je note les points intéressants. Voilà ce que tu ne peux faire, ma fille... du moins pas encore, car d’ici deux ou trois ans, je te crois fort capable d’être devenue aussi forte que moi sur ces sujets-là !
De nouveau, l’orgueil s’alluma dans les yeux de l’enfant.
– Oh ! oui, oui ! Je comprends déjà, papa !... Je comprends très bien !
« Tu verras comme nous ferons de bonne besogne, à nous deux !
« Tiens, voilà Conestel... Que voit-on, là-bas ?... Un château ?
Elle étendait la main vers la droite. Dans la bruine, on distinguait un peu vaguement la masse imposante et les tours d’une vaste construction.
– Oui, le château de Runesto. Il appartient à une famille de Penvalas...
« Quand je passai une première fois par ici, voilà environ trois ans, le marquis de Penvalas venait de mourir, laissant deux enfants, déjà orphelins de mère... Il y a de la fortune là-dedans... beaucoup de fortune. J’ai pris mes renseignements sur cette famille, à l’époque, car tout peut servir un jour ou l’autre.
« Oui, souviens-toi bien de cela, enfant ! Les plus menus faits, qui te paraissent insignifiants, les plus petits détails, les paroles oiseuses, en apparence, doivent être notés, catalogués dans ta mémoire. C’est avec cette méthode, ce souci de la moindre chose qu’on arrive au but, dans la vie des individus comme dans celle des nations.
« Et ce sera le triomphe de notre race d’avoir su préparer longuement, patiemment, les routes par où passeront les missionnaires d’une civilisation supérieure.
La voix un peu faible de l’homme s’enflait, prenait un ton d’emphase. Des lueurs s’allumaient dans son regard... Mais elles s’éteignirent aussitôt. Le colporteur pâlit, s’arrêta un moment, en portant la main à sa poitrine...
– Encore cette douleur... qui m’étouffe...
Elsa leva sur lui un regard inquiet.
– Il faudrait voir un médecin, papa ?
– Oui...
« Mais il n’y en a pas, sans doute, dans ce petit village... J’irai à la prochaine ville...
« Allons, en route ! C’est passé... Je me reposerai quelques jours à Conestel, avant de reprendre notre chemin.
Ils se remirent en marche. Elsa aidait maintenant son père à pousser la voiture... Comme ils atteignaient les premières maisons de Conestel, les étrangers croisèrent deux adolescents, chaussés de bottes, serrés dans des manteaux de caoutchouc. L’un était mince, d’allure élégante, brun, au fin visage éclairé par de beaux yeux ardents... L’autre, blond et de mine indolente, avait l’apparence d’un gros garçon un peu poseur, mais assez bon enfant.
Au passage, le premier jeta au colporteur ces mots, d’une voix bien timbrée :
– Mauvais temps, hein ! mon pauvre homme, pour s’en aller sur les routes.
– Ah ! dame oui, monsieur !
« Mais il faut bien gagner sa vie !
– Allez jusqu’au château ; on vous achètera quelque chose.
Et les jeunes garçons passèrent, tandis que le colporteur et sa fille continuaient d’avancer, sous la pluie menue.
L’homme fit observer :
– C’est sans doute le jeune marquis de Penvalas... Un beau garçon !
Presque à l’entrée du village, le colporteur s’arrêta devant une petite auberge de médiocre apparence. Au-dessus de la porte se dressait une enseigne où se voyait, peint en jaune et vert, une sorte de monstre, moitié serpent moitié poisson, sous lequel étaient inscrits ces mots :

A U SERPENT DE MER

Le colporteur dit à mi-voix, s’adressant à Elsa :
– C’est pauvre, c’est sale, mais il n’y a que ça dans le village. Il faut bien s’en contenter, petite !
Elle répondit sur le même ton :
– Mais oui, papa. D’ailleurs, nous avons eu déjà d’autres logis pas bien agréables, dans nos voyages.
L’homme entra dans l’auberge et s’adressa à une femme en coiffe bretonne qui pelait des pommes de terre près du foyer, où bouillait l’eau d’une marmite, sur un feu de bois.
– Pourrez-vous nous loger, ma fille et moi, s’il vous plaît ?
– Mais oui, monsieur, facilement.
« Vous êtes colporteur, je vois ça à votre voiture ? On va la rentrer dans la remise... Il fait un si vilain temps ! Êtes-vous mouillé, mon pauvre !... Et la petite aussi ! Venez vous chauffer... Je vais vous servir un café, si vous le voulez ?
– Oui, c’est ça, un café bien chaud. Pendant ce temps, je vais remiser ma voiture.
Quelques instants plus tard, le père et la fille étaient installés près du foyer, devant un bol de café. L’aubergiste, si elle manquait de soin dans la tenue de son intérieur, se montrait une bonne femme, très hospitalière. Elle avait enlevé les souliers mouillés d’Elsa et les remplissait de grains d’avoine, « un très bon moyen pour les faire sécher », assurait-elle... La petite fille, les pieds bien au chaud dans les pantoufles que son père lui avait rapportées de la petite voiture, buvait son café avec une évidente satisfaction. Elle avait retiré son capuchon, et maintenant on voyait ses beaux cheveux noirs, lustrés, aux superbes reflets d’aile de corbeau. Ils formaient avec son teint de blonde, ses sourcils clairs, ses yeux bleus, un contraste étrange, qui ne permettait pas à cette physionomie d’enfant de passer inaperçue.
Le père, lui, touchait à peine à son bol. Il finit par le repousser en disant :
– Ça ne passe pas.
Elsa demanda d’un air inquiet :
– Te sens-tu plus fatigué, papa ?
– Mais non...
« C’est-à-dire, j’ai un peu d’étouffement... Une bonne nuit m’enlèvera cela.
« Et demain, fillette, je te ferai faire une promenade intéressante.
L’aubergiste venait de sortir... Le colporteur ajouta, en baissant la voix :
– Tu verras Ker-Even – la maison d’Even – un logis curieux, dont l’origine se perd dans le lointain. Je te raconterai son histoire – ou sa légende...
« Il appartient à un M. de Valserres, officier de marine, fort savant, marié à une Espagnole, Inès Romanoès.
L’enfant répéta, une lueur de surprise dans le regard :
– Romanoès ?
– Oui... Elle est la sœur de Pépita Romanoès, devenue la femme de notre cousin Otto Mülbach.
« Ce commandant de Valserres est un parent très éloigné des Penvalas, avec lesquels, d’ailleurs, il n’a aucune relation. Une brouille est survenue entre les grands-parents, jadis. Puis les Valserres ne revenant plus guère ici, on ne songea pas à se réco

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