La ronde de l'amour , livre ebook

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À tous les anges qui m’ont guidée. 1 Voilà, il n’y avait plus de marche arrière possible. Alix observait avec appréhension la façade en pierre blanche du manoir qui serait désormais sa maison. Avait-elle pris la bonne décision ? Parviendrait-elle à redonner vie à la vieille demeure familiale abandonnée depuis si longtemps ? Elle était bien incapable de répondre. Elle secoua la tête pour chasser ses idées noires. Elle devait s’en tenir à son choix et se lancer dans cette nouvelle vie avec courage. Elle enfonça la grosse clef dans la serrure rouillée de la grille, la tourna avec force puis poussa le lourd et haut portail en fer forgé. Elle retourna à sa voiture et remonta l’allée de graviers suivie par le camion des déménageurs qui venait d’arriver. Ils se garèrent devant le perron. — Belle demeure, Mademoiselle, s’exclama le déménageur en descendant de son camion. — Merci, sourit vaguement Alix qui connaissait trop bien les désagréments de ces belles et grandes maisons impossibles à chauffer et véritables gouffres financiers. Le manoir, qui appartenait à sa famille depuis des générations, était effectivement une splendide bâtisse. Bellecroix était la plus vaste et la plus belle maison de Pontallec, petit village entre Caen et Deauville dans le bocage normand. Les deux hommes vidèrent rapidement le maigre contenu du camion et eurent la gentillesse de déposer chaque chose là où le demandait la jeune fille. Ils branchèrent même le lave-linge et la télévision.
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Date de parution

08 février 2018

Nombre de lectures

0

EAN13

9782819505570

Langue

Français

À tous les anges qui m’ont guidée.
1

Voilà, il n’y avait plus de marche arrière possible. Alix observait avec appréhension la façade en pierre blanche du manoir qui serait désormais sa maison. Avait-elle pris la bonne décision ? Parviendrait-elle à redonner vie à la vieille demeure familiale abandonnée depuis si longtemps ? Elle était bien incapable de répondre. Elle secoua la tête pour chasser ses idées noires. Elle devait s’en tenir à son choix et se lancer dans cette nouvelle vie avec courage. Elle enfonça la grosse clef dans la serrure rouillée de la grille, la tourna avec force puis poussa le lourd et haut portail en fer forgé. Elle retourna à sa voiture et remonta l’allée de graviers suivie par le camion des déménageurs qui venait d’arriver. Ils se garèrent devant le perron.
— Belle demeure, Mademoiselle, s’exclama le déménageur en descendant de son camion.
— Merci, sourit vaguement Alix qui connaissait trop bien les désagréments de ces belles et grandes maisons impossibles à chauffer et véritables gouffres financiers.
Le manoir, qui appartenait à sa famille depuis des générations, était effectivement une splendide bâtisse. Bellecroix était la plus vaste et la plus belle maison de Pontallec, petit village entre Caen et Deauville dans le bocage normand.
Les deux hommes vidèrent rapidement le maigre contenu du camion et eurent la gentillesse de déposer chaque chose là où le demandait la jeune fille. Ils branchèrent même le lave-linge et la télévision. Ils pensaient visiblement que la frêle jeune femme était incapable de porter tout objet lourd. Il est vrai qu’Alix était encore faible. Elle les remercia chaleureusement et leur donna un généreux pourboire.
— Merci encore, et bon retour vers Paris.
— Merci, Mademoiselle. Cela va vous changer d’habiter ici !
— Certainement…
— Enfin, si vous décidez de revenir vivre à Paris, vous avez notre numéro, ajouta-t-il en riant, persuadé qu’une aussi jolie jeune fille s’ennuierait vite de la vie parisienne dans ce petit village de Normandie.
— Je n’ai plus envie de vivre à Paris, leur assura la jeune fille.
Alix n’était pas revenue à Bellecroix depuis près de trois ans et elle était heureuse de redécouvrir le manoir. Enfant, elle y avait vécu avec ses parents et sa grand-mère. Adolescente, elle y séjournait pour les vacances scolaires. Mais lorsque sa carrière de mannequin avait débuté, elle avait peu à peu cessé de venir à Pontallec. Alors, lorsque le camion des déménageurs eut passé la grille, elle décida de faire le tour du propriétaire sans prêter attention au désordre et à la poussière. La vieille demeure avait conservé son charme indéfinissable. Alix pénétra doucement dans le hall, monta les larges escaliers en caressant la rampe en bois, visita les huit chambres de l’étage qui étaient décorées chacune d’une couleur particulière, gravit les marches qui menaient au grenier rempli de vieux souvenirs, puis redescendit en courant au rez-de-chaussée pour redécouvrir le bureau et son imposante bibliothèque, l’immense salle de réception avec son magnifique piano à queue, le salon familial et la cuisine si accueillante. Si accueillante ? Oui, elle l’était, mais au temps où sa grand-mère habitait encore ici. Désormais, ce n’était plus qu’une pièce pleine de poussière et de toiles d’araignées, tout comme le reste de la maison, d’ailleurs. « Cela n’est pas grave », murmura Alix en s’adossant à un mur. Il suffirait de retirer les draps qui recouvrent les meubles comme des fantômes, de tout nettoyer, de tout ranger. En fin de compte, la maison était bien comme dans ses souvenirs, une magnifique demeure qui ne demandait qu’à revivre.
Elle alluma la télévision et se sentit moins seule. Elle sortit son agenda et décida d’y noter ce qu’elle ferait chaque jour. On ne perdait pas de vieilles habitudes de travail en un instant ! Le lendemain était un mardi. Mardi, nettoyage de la cuisine et de la chambre parme qui avait toujours été la sienne ; mercredi, nettoyage du salon ; jeudi, nettoyage du hall et de l’escalier et vendredi, vendredi ? On verrait bien ce qu’il y aurait à faire. La maison serait déjà plus agréable. Pour aujourd’hui , se dit Alix, il faut absolument que je m’occupe de la salle de bains et de ma chambre pour pouvoir dormir dans un lit propre.
Elle s’engagea dans l’escalier et il lui sembla entendre la voix de sa grand-mère. « Ma princesse, je t’ai préparé la chambre parme, je sais comme tu aimes la vue sur la colline. Monte vite, il y a une surprise… ». Et elle découvrait alors une poupée sur le lit ou un livre sur la coiffeuse ou une magnifique robe pour jouer à la princesse. Sa gorge se serra. Tout cela appartenait au passé. L’âme de cette maison s’était envolée et elle ne renaîtrait que le jour où Alix fonderait à son tour une famille. Fonder une famille ? Elle ne put retenir les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle éclata en sanglots et s’assit sur la dernière marche de l’escalier. Elle ne pourrait plus fonder une famille, la blessure était trop profonde. Après plusieurs longues minutes, les sanglots s’atténuèrent et firent place aux pleurs. Elle s’était habituée à ces crises d’angoisse. Le médecin conseillé par Larry, ce cher Larry, l’avait rassurée, lui avait certifié qu’elles seraient de plus en plus rares avec le temps. « Le temps guérit toutes les blessures. », avait dit le docteur. « Sortir d’une dépression est un long combat. ». Alix avait finalement décidé de le croire et de ne plus prendre de calmants.
Elle entra dans sa chambre et défit le lit qui était couvert de poussière. Il faudrait amener le couvre-lit au pressing mais elle pouvait laver les draps dans le lave-linge. Elle ouvrit la fenêtre pour aérer la pièce et poussa un cri de stupéfaction. Sur la colline face à elle se dressait désormais une vaste habitation moderne à deux étages. Même si elle devait convenir que la maison s’intégrait parfaitement au paysage, elle fut amère de voir que le nouveau propriétaire des terrains de Bellecroix habitait si près.
Quatre ans auparavant, Alix et sa grand-mère avaient dû se résigner à vendre la majeure partie des terrains du manoir afin de pouvoir entretenir la maison et surtout réparer l’ensemble de la plomberie. À cette époque, Alix ne gagnait pas assez d’argent pour de telles réparations. Les terrains et la forêt attenante avaient alors été vendus à Luc Duchesney « un de ces nouveaux riches qui se croit tout permis » comme avait coutume de dire sa grand-mère. Alix et la vieille dame n’avaient pas rencontré l’acheteur à l’époque car il vivait aux États-Unis, mais il avait insisté jusqu’à la fin de la transaction pour acquérir aussi le manoir. Le jour de la vente des terres de Bellecroix, elles se retrouvèrent chez leur notaire avec l’avocat qui représentait Luc Duchesney. L’homme de loi fit aussitôt mauvaise impression aux deux femmes qui le surnommèrent par la suite, en signe de dérision, le « croque-mort »…
— Monsieur Duchesney est prêt à vous faire une proposition très intéressante.
— Je vous le dis pour la dernière fois, prononça fermement la vieille femme, c’est hors de question. Bellecroix appartient à ma famille depuis 1733 et jamais, jamais nous ne vendrons le manoir. Est-ce que je me suis bien faite comprendre ?
— Oui, Madame, avait répondu platement l’avocat, étonné de voir une telle rébellion chez la vieille dame.
Alix poussa un soupir en repensant à cette scène tout en refaisant le lit avec des draps propres. C’était à elle désormais de s’occuper du manoir et de tout faire pour qu’il reste dans la famille. La famille… Quelle famille ? Elle était orpheline désormais, sans oncles, ni tantes, ni cousins. Non seulement elle était seule au monde, mais surtout elle était incapable de fonder sa propre famille car pour cela, il lui faudrait pouvoir faire confiance à un homme. Elle mit ses mains sur son visage comme pour effacer ces pensées funestes.
Elle regarda à nouveau par la fenêtre. Ainsi, Monsieur Duchesney avait décidé de faire construire une maison. Elle semblait immense. Habitait-il ici ou y venait-il seulement quelques jours par an ? Elle haussa les épaules en se demandant pourquoi elle se posait tant de questions sur un inconnu ; un inconnu qui se croyait tout permis car il avait de l’argent ; un inconnu qu’elle méprisait depuis des années pour sa suffisance, son arrogance. Dès la mort de sa grand-mère trois ans auparavant, il avait à nouveau chargé son avocat de la convaincre de vendre. « Que ferait-elle d’une si grande demeure, si loin de Paris ? Comment pourrait-elle entretenir le manoir ? Quel dommage de laisser une telle propriété à l’abandon ! ». Excédée, elle avait fini par ne plus prendre les appels du « croque-mort ». Cependant, ses remarques avaient réussi à instiller le doute en elle. Peu à peu, Alix se demanda s’il était bien raisonnable de garder Bellecroix alors qu’elle n’avait même plus le temps de s’y rendre. Et insidieusement, par l’intermédiaire du notaire d’Alix, Luc Duchesney revenait régulièrement à la charge, avec des propositions de plus en plus intéressantes. En se souvenant de tout cela, Alix n’était pas très fière d’elle-même. En effet, quelques jours avant son agression, elle avait accepté une rencontre avec le « croque-mort » chez son notaire. Elle avait d’ailleurs quasiment décidé de vendre le manoir à ce moment-là. Sans attaches, elle aurait été libre de mener sa vie à sa guise et pourquoi pas, de partir vivre aux États-Unis. Mais le destin en avait décidé autrement. Dans les jours qui suivirent son agression, elle comprit qu’elle devait changer radicalement de mode de vie pour vaincre la dépression qui l’avait envahie et elle réalisa alors tout ce que Bellecroix représentait pour elle. Elle était désormais incapable de poser et de mettre en avant son physique car elle n’avait qu’une envie, se cacher et fuir les autres. Pour cela, Bellecroix était le refuge idéal. Comment avait-elle pu songer à le vendre ? Comment avait-elle pu envisager de trahir ainsi sa famille et ses origines ? Elle

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