À l’hiver 1889, Marguerite revient à Montréal tandis que sa sœur Anne préfère demeurer à Lowell auprès de sa famille. Quant à Camille, elle connaîtra plutôt l’instabilité et les mésaventures avant que l’horizon ne s’éclaircisse pour elle aussi.
Au fil des années, le bonheur s’installera enfin dans l’existence des trois sœurs Laurin, jusqu’au jour où l’une d’elles découvrira une insoutenable vérité…
Elle avait beau rire et feindre de s’amuser, Marguerite trouvait cette journée bien longue. Le navire s’engagea enfin sur les eaux noires du Saguenay et se mit à glisser tranquillement à travers un dédale de masses rocheuses moussues, de falaises escarpées et de versants abrupts recouverts de forêts. ... Elle se retourna vers ses sœurs. Appuyées sur le bastingage, ni l’une ni l’autre ne disait mot. Étaient-elles emportées, elles aussi, par tant de magnificence ? Elle devina dans l’œil d’Anne un intérêt artistique, cette petite étincelle appelée inspiration, elle qui, ces derniers mois, avait réussi à survivre grâce à l’art de la peinture. Camille, quant à elle, semblait à des siècles du moment présent, retournée dans son univers intérieur vraisemblablement imperméable à la somptuosité du panorama. À quoi pouvait-elle songer ? Marguerite lui souhaita secrètement de trouver enfin la paix.