2 septembre 1880. Joseph Laurin se recueille devant la dépouille de sa femme exposée dans sa maison. Quelques heures plus tard, après avoir mis le feu à la demeure, il disparaît dans la nuit, avec ses trois fillettes endormies dans la charrette, pour ne plus jamais revenir au Saguenay. Cette fuite vers les États-Unis lui apportera-t-elle le bonheur espéré?
— C’est ici les États-Unis, papa ? Ça ressemble beaucoup à chez nous, on dirait !
— Attends, ma belle Marguerite, attends d’arriver dans une grande ville, t’en reviendras pas !
À vrai dire, Marguerite partageait mal l’exaltation de son père. Elle ne voyait que montagnes, cours d’eau et forêts à perte de vue. Sans doute s’était-elle illusionnée sur le prétendu paradis terrestre où les menait Joseph. La ville, la ville… Qu’était-ce donc que cette merveille plus extraordinaire que Bagotville, Québec, Lévis ou Sherbrooke ? À quoi ressemblait cette agglomération où l’industrialisation galopante générait autant de pouvoirs financiers ? Tous ces mots dont elle ne comprenait pas le sens et que son père ne cessait de rabâcher…