Anita , livre ebook

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Delly (1875-1947) (1876-1949)


"Le professeur Handen déposa sa plume et se renversa dans son fauteuil avec un soupir de soulagement.


Il était enfin terminé, ce travail sur les origines de la Germanie, œuvre longue et ardue qui lui avait pris des années, coûté de patientes recherches et devait donner à son nom une célébrité européenne. Maintenant, il lui serait loisible de prendre du repos, et peut-être, l’esprit plus tranquille, donnerait-il au corps la vigueur qui lui manquait.


Un grand frisson le secoua tout entier.


La chaleur était cependant intolérable dans ce cabinet de travail fermé de portières et de lourds rideaux, encombré de bibliothèques et de tables chargées de livres. C’était la retraite austère du savant... celle aussi d’un homme qui souffrait, qui se sentait envahi, terrassé chaque jour par une faiblesse plus grande.


En un geste las, la main fine du professeur passa à plusieurs reprises dans les cheveux blonds à peine grisonnants qui couronnaient son front très haut. Une fatigue indicible se lisait dans son regard, et, un instant, ses yeux se fermèrent. Mais aussitôt il se redressa. Repoussant d’un geste impatient les manuscrits épars devant lui, il murmura :


– Vais-je me laisser aller, maintenant ? Qu’ai-je donc ce soir ? Je ne suis pas malade, cependant... et même je vais certainement mieux."



Romance.


Anita, devenue orpheline, doit désormais vivre au foyer de cousins éloignés : les Handen. Ce n'est que mépris et humiliation de la part de cette famille orgueilleuse car si le père d'Anita était un Handen, il était considéré comme un misérable aventurier qui avait osé épouser une Espagnole catholique et pauvre...

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Publié par

Date de parution

07 juin 2023

Nombre de lectures

1

EAN13

9782384422395

Langue

Français

Anita


Delly


Juin 2023
Stéphane le Mat
La Gibecière à Mots
ISBN : 978-2-38442-239-5
Couverture : pastel de STEPH'
lagibeciereamots@sfr.fr
N° 1237
I

Le professeur Handen déposa sa plume et se renversa dans son fauteuil avec un soupir de soulagement.
Il était enfin terminé, ce travail sur les origines de la Germanie, œuvre longue et ardue qui lui avait pris des années, coûté de patientes recherches et devait donner à son nom une célébrité européenne. Maintenant, il lui serait loisible de prendre du repos, et peut-être, l’esprit plus tranquille, donnerait-il au corps la vigueur qui lui manquait.
Un grand frisson le secoua tout entier.
La chaleur était cependant intolérable dans ce cabinet de travail fermé de portières et de lourds rideaux, encombré de bibliothèques et de tables chargées de livres. C’était la retraite austère du savant... celle aussi d’un homme qui souffrait, qui se sentait envahi, terrassé chaque jour par une faiblesse plus grande.
En un geste las, la main fine du professeur passa à plusieurs reprises dans les cheveux blonds à peine grisonnants qui couronnaient son front très haut. Une fatigue indicible se lisait dans son regard, et, un instant, ses yeux se fermèrent. Mais aussitôt il se redressa. Repoussant d’un geste impatient les manuscrits épars devant lui, il murmura :
– Vais-je me laisser aller, maintenant ? Qu’ai-je donc ce soir ? Je ne suis pas malade, cependant... et même je vais certainement mieux.
Il se leva et se mit à arpenter la pièce. Sa taille élevée se découpait en une ombre gigantesque sur la muraille éclairée par les lampes du bureau. Au bout d’un moment, il interrompit sa promenade et, prenant une photographie dans le tiroir d’un secrétaire, il se rapprocha de la lumière pour la regarder.
Elle représentait deux jeunes gens d’une quinzaine d’années, l’un très mince, très blond, avec un regard rêveur et doux ; l’autre, brun, aux traits d’une régularité remarquable, aux superbes yeux foncés, profonds et tendres, décelant une âme ardente. Ils se tenaient affectueusement appuyés l’un sur l’autre, et le blond rêveur posait sa main, en un geste de tendre protection, sur l’épaule de son compagnon.
Malgré la différence des années, il était aisé de reconnaître dans le premier le professeur lui-même. Son visage, maintenant pâle et creusé, avait conservé sa coupe élégante, sa finesse de traits, son beau front relevé, et son regard avait encore la même expression de grave bonté, d’intelligence paisible et fière. Mais, en cet instant, une douleur profonde s’y lisait, tandis qu’il examinait la physionomie attirante et charmeuse de l’adolescent brun.
– Bernhard, où es-tu maintenant ? murmura le professeur avec une étrange émotion. Il y a si longtemps que je ne t’ai vu !... Oui, il y a des années, et, pourtant, nous étions comme des frères ! Nous nous aimions...
Il s’interrompit et passa impatiemment la main sur son front comme pour en chasser des souvenirs obsédants.
– Mais qu’ai-je donc ce soir ? répéta-t-il avec une sorte de colère. Je suis ridiculement faible, plus encore au moral qu’au physique. Pourquoi penser à cet ingrat ?
Il posa la photographie sur le bureau et reprit sa lente promenade. Mais il n’avait plus besoin de cette image pour se représenter Bernhard, son cousin, son ami tant aimé autrefois... et maintenant ?
Eh bien, Conrad Handen ne pouvait se le dissimuler, le souvenir de celui qui avait été pour lui le plus tendre des frères était toujours vivant en lui... malgré tout.
Deux fois cousins germains par leur père et leur mère, ils avaient été élevés ensemble par la mère de Conrad, car Bernhard était devenu orphelin au sortir du berceau. Jamais frères ne s’aimèrent d’une plus vive affection. Très calme, presque froid en apparence, Conrad possédait une âme aimante et tendre, et si son esprit plus positif n’était pas capable de suivre son cousin sur les cimes élevées où l’emportaient un cœur ardent et une imagination passionnée, ils n’en étaient pas moins unis d’une inaltérable amitié.
Mais il vint un jour où Bernhard, artiste et poète, chercheur d’idéal, quitta l’Allemagne, en quête de régions plus lumineuses, de pays inondés de soleil, exhalant des effluves embaumés, vibrant encore des souvenirs du passé. Successivement, l’Asie mineure, la Grèce, l’Italie, l’Espagne enfin furent visitées par lui. Malgré la séparation, l’union demeurait aussi étroite entre les cousins, et elle le fut jusqu’au jour où Conrad reçut une lettre datée de Valence, et révélant à chaque page un intime et profond bonheur. Bernhard lui faisait part de son intention de demander la main d’une jeune Espagnole de famille pauvre et fort modeste, mais parfaitement honorable. Alors, enthousiasmé, il dépeignait les qualités de cœur, l’intelligence, la beauté remarquable de celle qui serait bientôt sa fiancée, et, à la fin seulement, faisant mention de sa profession... Marcelina Diesco était cantatrice dans un théâtre de Valence.
Au reçu de cette lettre, Mme Handen s’emporta en reproches violents contre celui qu’elle appelait son second fils et qui flattait son amour-propre par sa beauté et ses dons brillants.
Conrad, lui, ne dit rien, mais il se sentit profondément blessé dans son affection fraternelle, en même temps que l’orgueil, très vivace chez cette nature calme et douce, se révoltait à la pensée d’une telle mésalliance. Les Handen, antique famille de savants, étaient aussi fiers de leur nom que les plus nobles barons.
Le jeune professeur partit pour Valence. Il vit Bernhard et se convainquit vite de l’inanité de ses tentatives. Ce cœur enthousiaste et ardent, une fois donné, ne se reprenait plus.
– Choisis entre elle et nous ! s’écria violemment Conrad dans une dernière entrevue. Si tu l’épouses, ce sera fini entre nous.
– Soit ! répliqua Bernhard d’un ton ferme, mais j’ai trouvé en Marcelina l’épouse de mes rêves et je n’abandonnerai pas ainsi le bonheur.
Des paroles vives et blessantes ayant échappé à Conrad, Bernhard y répondit avec colère, et les deux cousins se séparèrent complètement irrités.
Meurtri dans son affection, blessé dans son orgueil, Conrad quitta Valence. Il avait pu cependant reconnaître la vérité des assertions de Bernhard touchant Marcelina. Sa profession et sa famille, pauvre et obscure, étaient les seules choses que les Handen pussent lui reprocher, son honorabilité étant inattaquable ; mais à leurs yeux, l’obstacle était infranchissable. Depuis lors, Conrad n’entendit plus parler de son cousin.
Tels étaient les souvenirs qui revenaient à l’esprit du professeur tandis qu’il arpentait son cabinet. En vain essayait-il de les chasser ; ils revenaient en foule, semblables à d’importuns papillons noirs.
Il s’approcha de la fenêtre et appuya son front brûlant contre la vitre. Mais de nouveau un frisson l’agita. Au-dehors, le vent soufflait, glacial, dans la nuit sombre, et faisait douloureusement gémir portes et fenêtres. Lentement, le professeur revint vers son bureau... Mais il s’arrêta soudain, prêtant l’oreille. Une harmonie montait jusqu’à lui, une plainte douce et tendre, admirablement rendue par une main d’artiste. Elle s’exhalait en un chant délicat, d’une touchante simplicité, et mourut en un accord insaisissable.
Une transformation s’était opérée chez le professeur. Maintenant, une flamme joyeuse et fière animait son regard, et un heureux sourire passa sur son visage tandis qu’il murmurait :
– Comme cet enfant est doué ! Il sera un des premiers artistes de notre époque, mon Ary !
Six heures sonnaient à la grande horloge de bois sculpté. Le professeur rangea rapidement les papiers épars et, sortant de son cabinet, il descendit lentement. Le violoncelle avait repris son chant, mais, plus rapproché, il semblait moins mystérieusement pénétrant. Conrad Handen entra dans la pièce très vaste qui était la salle d’étude et le lieu de réunion de sa famille. Quelques jeunes têtes se levèrent à l’arrivée du père, puis s’abaissèrent aussitôt sur les livres et les cahiers. Seule, une petite fille très blonde, au doux et délicat visage, en profita pour demeurer le nez en l’air, en contemplation devant les jeux de lumière et d’ombres produits sur le plafond par la lueur des lampes.
Le professeur se dirigea vers la cheminée où son grand fauteuil l’attendait en face de sa femme. En passant, il posa la main d’un geste caressant sur une épaisse chevelure brune aux crêpelures superbes. Un court instant, deux yeux gris foncés se levèrent vers lui, empreints d’une tendresse passionnée, puis s’abaissèrent aussitôt sur le dessin que traçait une petite main brune et fine.
– Pas trop de travail, Frédérique, dit doucement le professeur. Je croyais t’avoir dit de ne pas dessiner le soir, ma fille.
– Et je le lui ai répété ! dit la voix calme, un peu traînante de Mme Handen. Mais c’est une tête dure qui ne veut faire que sa volonté... Frédérique, laisse cela et prends ton tricot.
La main de la fillette se crispa sur son crayon, mais elle continua tranquillement à tracer ses lignes avec une impeccable correction.
– Eh bien, Frédérique ! dit sévèrement le professeur.
Elle se leva aussitôt et alla prendre dans une corbeille un tricot commencé, puis elle revint s’asseoir près de la lampe. Sur ce jeune visage aux traits heurtés, à l’expression hautaine et sombre, on ne pouvait discerner aucune émotion, aucun indice d’une lutte intérieure.
Le professeur se laissa tomber dans son fauteuil, et son regard distrait se fixa sur la masse incandescente qui s’écroulait dans la cheminée avec un léger craquement. Devant lui, Mme Handen tricotait activement. Au bout d’un instant, sans s’interrompre, elle demanda :
– Où en es-tu de ton travail, Conrad ?
– Il est achevé, Emma, dit-il avec un soupir d’allégement. Je vais maintenant me reposer un peu, car je me suis vraiment surmené et je me sens faible.
Mme Handen cessa de travailler, et ses yeux bleu pâle se fixèrent, un peu inquiets, sur le visage amaigri de son mari.
– Tu te sens plus fatigué, Conrad ? Consulte donc enc

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