Petites douceurs , livre ebook

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Kitty vit avec ses parents, des artistes bohèmes. Mais à l'adolescence, une fille a besoin de la présence parentale ou alors... elle risque d'être amenée à reporter son affection sur le premier venu. C'est exactement ce qui arrive à Kitty et le premier venu qu'elle rencontre, c'est Joe, un dandy mystérieux dont elle attend la révélation amoureuse et sexuelle. Lui offrira-t-il la première fois dont, romanesque comme on l'est à cet âge, elle rêve ? Dans un style suranné, à l'érotisme voilé et intriguant, Cathy de Vasseley nous présente une héroïne attachante, représentative de toutes les jeunes filles égarées entre enfance et maturité, et nous donne à lire une expérience universelle, où la peur de l'inconnu le dispute à l'excitation de l'attente.


Indienne sans tribu, nomade dans l'âme, Cathy de Vasseley campe tantôt d'un côté de l'Atlantique, tantôt de l'autre. Éprise de liberté, curieuse insatiable, elle se plaît à dénuder les âmes à travers les émois des corps.





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Publié par

Date de parution

02 août 2012

Nombre de lectures

669

EAN13

9782364903210

Langue

Français

Cover

 

CATHY DE VASSELEY

Petites douceurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kitty vit avec ses parents, des artistes bohèmes. Mais à l’adolescence, une fille a besoin de la présence parentale ou alors... elle risque d’être amenée à reporter son affection sur le premier venu. C’est exactement ce qui arrive à Kitty et le premier venu qu’elle rencontre, c’est Joe, un dandy mystérieux dont elle attend la révélation amoureuse et sexuelle. Lui offrira-t-il la première fois dont, romanesque comme on l’est à cet âge, elle rêve ? Dans un style suranné, à l’érotisme voilé et intriguant, Cathy de Vasseley nous présente une héroïne attachante, représentative de toutes les jeunes filles égarées entre enfance et maturité, et nous donne à lire une expérience universelle, où la peur de l’inconnu le dispute à l’excitation de l’attente.

 

 

Indienne sans tribu, nomade dans l’âme, Cathy de Vasseley campe tantôt d’un côté de l’Atlantique, tantôt de l’autre. Éprise de liberté, curieuse insatiable, elle se plaît à dénuder les âmes à travers les émois des corps.

Il m’a introduite dans la maison du vin,
et sa bannière sur moi, c’était l’amour.
 (Cantique des Cantiques 2,4)

J’avais quinze ans lorsque j’ai rencontré Joe. Il habitait à la sortie du village. J’ignore d’ailleurs pourquoi on disait la sortie alors qu’elle aurait pu tout aussi bien en constituer l’entrée, mais c’est ainsi que l’on dénommait cette partie de la route principale. La maison de Joe était un peu en retrait. Elle dominait d’un air altier, du haut de ses trois étages en pierres de taille, les autres bâtiments de la rue. Il courait des bruits étranges au sujet de son mystérieux propriétaire. Peu de gens l’avaient rencontré et on ne lui pardonnait pas sa grande discrétion. Certains prétendaient qu’il était un homme snob et hautain, persuadé que nous n’étions pas assez bien pour lui. Je me souviens d’avoir entendu l’épicière prononcer les mots de « ballets roses » en parlant de lui avec l’une de ses clientes. J’avais été frappée par leur allure de conspiratrices au moment où j’étais entrée dans le magasin, mais dès qu’elles m’avaient aperçue, elles s’étaient empressées de changer de propos. Par la suite, il me fut impossible de découvrir, à l’aide du dictionnaire, la signification de ces « ballets » d’une couleur que je trouvais mièvre.

Notre village était si apathique que le moindre petit écart aux coutumes locales était relevé, commenté, enrichi, fignolé à l’infini. Il grossissait, devenait un événement, un scandale, mieux encore, une pâture que l’on s’entredéchirait pour nourrir les imaginations affamées, l’os commun sur lequel chacun donnait des coups de dents. On rogne ce que l’on peut !

On ne savait rien de Joe. Ce vide excitait les mauvaises langues. La Nature a horreur du vide, dit-on, et la méchanceté encore plus, il faut qu’elle emplisse les espaces déserts, qu’elle se les accapare.

Mon imagination s’était entichée de ce sujet de réflexion pour la bonne raison qu’il n’en existait pas d’autres. Je m’étais dépeint cet homme sous tous les traits possibles. Un jour, je le voyais petit, maigre et moustachu, le lendemain, grand, blond, athlétique et joyeux et, lorsque j’étais d’humeur plus chagrine, le portrait d’un infâme grigou, vieux, voûté, le regard noir et vicieux s’imposait à mon esprit. Dans tous mes scénarios, je le rencontrais soit lors d’un grand dîner, soit au cours d’une promenade à cheval en forêt. (Je ne monte à cheval que dans mes divagations ; quant aux dîners mondains, je n’y avais assisté qu’en qualité de téléspectatrice.) Bien entendu, la situation tournait toujours à mon avantage. De manière générale, je prenais des airs de grande dame pour lui expliquer, mais tout en nuances, en subtilités, en propos délicats, que ses agissements (même si je n’avais pas la moindre idée de quoi il était question) heurtaient les bonnes mœurs des habitants de notre village et que, n’est-ce pas, il serait de bon ton de démontrer plus de convivialité. (Je trouvais ce mot très chic et je ne manquais pas une occasion de le placer où je pouvais. Mes rédactions étaient émaillées à chaque page de deux ou trois termes de la même famille. Parfois, j’éprouvais un engouement pour un mot inconnu que j’utilisais jusqu’à ce qu’il perde le charme de sa nouveauté.) Et lui, subjugué par ma dignité et la sagesse de mes propos, il obtempérait sans tarder à ma suggestion. Puis, il tombait amoureux de moi. À ce moment-là, mon esprit décollait pour de bon et je me perdais dans l’évocation de ses caresses.

Il n’était pas le premier homme que je gratifiais de mes fantasmes. Pendant plus d’une année, mon professeur de physique avait été mon amant à son insu. Il avait partagé mon lit, m’avait abreuvée de baisers passionnés. Nous avions fait l’amour dans les prés ou dans une grange par des après-midi d’orage, blottis l’un contre l’autre. Il avait dû affronter le ministère de l’Éducation pour détournement de mineure. Finalement, en pleine nuit, il s’introduisit chez nous, me souleva dans ses bras et me porta jusque dans son auto. (Un peu comme Robert Mitchum avec Marilyn Monroe à la fin du film La Rivière sans retour.) Nous nous sommes exilés au Brésil où le sable chaud des plages accueillit nos corps et nos cœurs à jamais enlacés.

Ma véritable rencontre avec Joe eut lieu en fin d’après-midi dans des circonstances situées aux antipodes de celles que j’avais prévues. Le mois de juillet débutait à peine et nous avait déjà plongés dans un état de torpeur accablant. Pour tuer le temps (quelle expression atroce !), j’effectuais de longues randonnées à bicyclette. À cause de la chaleur, chaque coup de pédale requérait un effort phénoménal et je n’aurais sans doute battu aucun record de vitesse ce jour-là. Joe sortit de chez lui à l’instant précis où je passais dans sa rue. Dès que je l’aperçus, je détournai la tête de la route pour mieux l’observer, pour savoir de quoi avait l’air ce personnage énigmatique qui hantait mes fantasmes. Je n’avais pas prêté attention à la voiture qui avait ralenti devant moi pour virer à droite. Mon coup de frein fut aussi tardif qu’inutile. Après avoir heurté le pare-choc arrière de l’auto, je me suis retrouvée projetée sur le trottoir. Le conducteur n’a même pas pris la peine de s’arrêter pour évaluer la situation et encore moins pour me porter secours. Il a poursuivi son chemin. Avait-il même eu conscience qu’une collision venait de se produire ?

Je gisais par terre, un peu secouée. J’ignore ce qui me causait la plus grande douleur : mon bras raboté, ma cheville foulée ou ma honte de me trouver dans cette posture humiliante ? Joe accourut aussitôt. Il était d’une extrême distinction dans son complet de toile beige. Est-il utile de répéter que ce n’était pas de cette façon, peu avantageuse pour moi, que j’avais envisagé de le connaître ?

« Est-ce que tu t’es fait mal ?

— Oui, ai-je gémi.

— Où ça ?

— À la cheville.

— Tu peux te relever ? »

Je me suis mise debout avec peine. Il m’a soutenue d’une main, de l’autre, il a ramassé mon vélo, puis il m’a conduite chez lui. J’ai marché en boitant. Dès qu’il est entré dans la cour, il y a laissé ma bicyclette.

« Il va falloir la réparer », me dit-il.

Puis il m’a soulevée et m’a portée dans ses bras pour monter l’escalier. Malgré ma douleur, j’ai pris plaisir à respirer son odeur délicate, mais virile. J’aimais la façon dont il prenait soin de moi. Après m’avoir allongée sur un divan, il m’a examinée. L’air grave, il a palpé mes chevilles, ma hanche droite, mon bras, pendant que j’admirais les détails de l’ameublement de sa maison.

« Bon, ce n’est rien, quelques égratignures, tu n’en mourras pas ! Tu as sans doute une entorse à la cheville, je vais te la bander. »

Je lui décochai mon plus beau sourire, contente de m’en tirer à si bon compte.

« Vous êtes médecin ?

— Non, mais j’ai suivi des cours de secourisme dans mes jeunes années. »

Il me contempla un moment, ce qui semblait lui plaire, car il arborait un air satisfait.

« Il faudrait que tu montres ta cheville à un médecin si elle continue à te faire mal. »

Il mit de l’onguent sur mes blessures. Je l’observai pendant qu’il me bandait la jambe, il avait les gestes précis, minutieux d’un infirmier. Lorsqu’il releva la tête, il me demanda :

« Dis-donc, comment t’appelles-tu ?

— Kitty.

— C’est joli Kitty. Et tu as quel âge ?

— Quinze ans. Et vous ? »

Il fut surpris par ma question.

« Ça va, tu n’as pas perdu ta langue, c’est bon signe !

— Vous ne m’avez pas dit votre âge.

— Parce que tu es trop curieuse. Tu veux boire quelque chose ? Tiens, je t’offre un doigt de cognac, ça te remettra. »

Je n’avais jamais goûté au cognac avant, mais pourquoi le lui aurais-je avoué ? Il m’a fait déguster mon premier verre d’alcool. Mon début d’initiation à la griserie était entamé.

Sa maison était magnifique, il me guida dans les différentes pièces à la manière d’un grand seigneur. Il m’expliqua l’origine de chaque œuvre d’art qu’il possédait. Il m’aidait à me déplacer. Malgré mes difficultés de locomotion, je pris le temps de m’imprégner de l’atmosphère dégagée par les nombreuses peintures, les gravures, les photographies qui ornaient les murs, les sculptures superbes qui trônaient sur les guéridons anciens. Je retins peu de choses des explications de Joe, mais je fus enchantée de découvrir une demeure vivante, joyeuse. Pas comme la nôtre ! J’habitais, moi aussi, dans une immense maison, mais une maison vide, une maison silencieuse, somnolente.

Dès que je fus un peu remise, Joe me conduisit chez moi. Il possédait une de ces voitures de luxe aux sièges en cuir. Je me sentis très fière d’être assise à son côté et je m’amusai de l’air étonné des passants. Nous habitions à l’extérieur du village et j’aurais été incapable de m’y rendre à pied dans l’état où j’étais.

« Veux-tu que j’apporte ton vélo chez Pierrot demain ? » me demanda-t-il au moment où il se gara devant chez nous. « Il va te le réparer en cinq sec ! »

Ah ! tiens, il connaissait Pierrot, le garagiste ! Il n’était donc pas aussi sauvage ou prétentieux qu’on le racontait.

« Si cela ne vous ennuie pas trop, oui, je voudrais bien. »

Il sortit pour m’ouvrir la portière et m’aider à m’extraire de l’auto. Comme il semblait vouloir m’accompagner jusqu’à la maison et faire la connaissance de mes parents, je lui dis que je continuerais seule. Je le remerciai de sa gentillesse et partis d’un air déterminé.

J’ignore pourquoi je tenais à éviter qu’il rencontrât mes parents et encore plus que mes parents soient au courant de nos relations. Peut-être avais-je déjà une prémonition des événements qui allaient suivre et que je ressentais le besoin anticipé de me protéger, ou plutôt de protéger mon secret.

« Viens me rendre visite de temps en temps, me lança-il avant de monter dans sa voiture.

— Je n’y manquerai pas », lui ai-je répondu.

Et j’étais sincère, j’avais déjà la piqûre.

Il attendit que je sois bien rentrée avant de démarrer.

Je suis la fleur des champs,
et je suis le lis des vallées.
 (Cantique des Cantiques 2,1)

Lorsque j’étais enfant, mes parents étaient tellement préoccupés par eux-mêmes, par leur propre vie, par l’œuvre à laquelle ils se consacraient, que je disposais d’une liberté sans limites. Il suffisait que je leur dise que je passais la soirée chez une amie pour qu’ils me laissent sortir sans poser de questions. Bien sûr, ils se jugeaient très libéraux, très avant-gardistes, et ne manquaient pas de fustiger les parents castrateurs.

Mon père était écrivain. Chaque jour, à longueur d’année, il s’enfermait dans son bureau au premier étage. Il écrivait des livres qui m’ont toujours rebutée. Je n’y comprenais rien, tant ils étaient touffus et denses. Au bout de trente lignes de sa prose, je me mettais à bâiller, après deux pages je ronflais ferme. Il semblait pourtant être apprécié par un cercle d’intellectuels aux visages sombres. Ils arrivaient chez nous, l’air très absorbé, et discutaient des nuits entières avec intensité. De ma chambre, j’entendais les éclats de voix et parfois bien davantage. À chacune de leur visite, ils reconstruisaient le monde tout en démolissant leurs confrères couronnés par le succès.

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