Mes grands yeux de poupée pleurent encore , livre ebook

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La pédophilie au féminin existe. Je l’ai rencontrée. Elle me définit en profondeur. Ceci est un roman érotique. Moralistes et petits esprits s’abstenir. J’ai vécu les années déterminantes de ma vie de petite fille comme victime de la pédophilie d’une femme. Il n’y eut là rien de brutal, rien de grossier, rien de cuisant. La douceur de cette inoubliable expérience se compare au velouté d’une drogue dure. Se droguer est une aventure infiniment suave, dans l’immédiateté du moment. C’est seulement à terme qu’on se rend compte qu’on est en train de se détruire. De la même façon que je suis une toxicomane potentielle, je suis, en tant qu’adulte, une pédophile potentielle. Mon armature morale m’empêchera de céder parce qu’avec les drogues on ne détruit jamais que soi, tandis qu’avec la pédophilie, c’est une autre vie qu’on balafre pour toujours. Je ne le ferai jamais. Mais c’est là un effort permanent dont je revendique le mérite.


Si vous voulez humer les effluves du banquet qui nourrit en permanence les pédophiles non violent(e)s et entendre l’insidieuse musique du joueur de flûte du Hamelin secret de l’amour, ouvrez ce délétère recueil de souvenirs. Tout y est avoué, sous le masque, certes, mais sans fard.



Née en 1960 à Caraquet, dans la péninsule acadienne (Canada), d’une famille de vieilles souches française et jersiaise, Corinne LeVayer a passé son adolescence et le tout début de sa vie adulte dans la région de Montréal avant de partir faire carrière aux États-Unis. Pendant près de vingt-cinq ans, elle fut musicienne de boîte de nuit et directrice artistique de joints (bastringues) à Atlantic City, la grande ville portuaire de jeu du New-Jersey. Corinne LeVayer vit aujourd’hui avec son épouse et les parents de cette dernière dans un petit village à la frontière du Québec et de l’Acadie. Toujours musicienne (pianiste et contrebassiste) sur la scène locale, elle se consacre, depuis quelques années à la composition d’arrangements de jazz ainsi qu’à l’écriture de textes en prose, et en poésie. Publié en 2012, son recueil de poèmes, Gouines coquines de ce monde, est basé sur la partie américaine de sa vie et de sa carrière. Mes grands yeux de poupée pleurent encore est son premier roman


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Publié par

Nombre de lectures

102

EAN13

9782924550199

Langue

Français

MES GRANDS YEUX DE POUPÉE PLEURENT ENCORE
CORINNE LEVAYER


© ÉLP éditeur, 2016
www.elpediteur.com
ecrirelirepenser@gmail.com
ISBN : 978-2-924550-19-9
Image de la couverture :
Niabot, 2010 : Figure in manga style (CC BY-SA 3.0)
Source : Wikimedia Commons
Avis de l’éditeur
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ÉLP éditeur est une maison d’édition 100% numérique fondée au printemps 2010.
Immatriculée au Québec (Canada), ÉLP a toutefois une vocation transatlantique: ses auteurs
comme les membres de son comité éditorial proviennent de toute la Francophonie. Pour toute
question ou commentaire concernant cet ouvrage, n’hésitez pas à écrire à :
ecrirelirepenser@gmail.com



J’aime une amie entièrement parfaite,
Tant que j’en sens satisfait mon désir.
Nature l’a, quant à la beauté, faite
Pour à tout œil donner parfait plaisir ;
Grâce y a fait son chef d’œuvre à loisir,
Et les vertus y ont mis leur pouvoir,
Tant que l’ouïr, la hanter et la voir
Sont sœurs témoins de sa perfection :
Un mal y a, c’est qu’elle peut avoir
En corps parfait cœur sans affection.
Marguerite de NavarreI. DOUCES BLESSURES
D’ENFANTChapitre 1
Le souvenir de mon premier amour
Le souvenir de mon premier amour se perd dans les méandres de ma petite enfance. J’avais
neuf ans. Mon père était attaché diplomatique, ma mère était ingénieure. Après de belles
fonctions mondaines à Paris en 1983-1985 (j’ai perfectionné mon français ainsi), mon père fut
attaché au Ministère des Affaires Indiennes en Colombie-Britannique. On s’est donc installé à
Vancouver, sur la côte ouest. Mon père vivait ce nouveau poste comme une sorte de
destitution (parce que les fonctions étaient nationales plutôt qu’internationales – diplomatie
interne avec les nations Kiakimé), et il formula toutes sortes d’exigences qu’il croyait
extravagantes. Logement de fonction pharaonique, budget de déplacements somptuaire, gens
de maison, etc. Il les obtint toutes. Au nombre de ces exigences figurait une nanny pour
s’occuper de sa petite fille. C’est comme ça que Mariette est entrée dans ma vie… Elle a fait
de moi une femme. Ça se joua entre 1986 et 1990 (Je suis née en 1977). Ensuite, mon père
fut attaché ailleurs et Mariette, mon grand amour secret, resta à Vancouver…
Je suis fille unique et je ne me souviens pas exactement de mon existence avant que
Mariette, donc, ma nanny et première amante, me caresse le trou, dans le bain. Au début
c’était avec le gant de toilette, puis au fil des mois ce fut avec la main, de plus en plus de
doigts. Une douceur suave, inégalée à vie, et des orgasmes explosifs, ces derniers aussi tôt
que dix ans. JAMAIS de douleur. JAMAIS en se faisant forcer. Une adresse consommée. À
treize ans, je faisais du cheval sur sa main et sa bouche et pas seulement au bain… Je ne me
souviens pas d’avoir eu un hymen ou de sang ou de défloration ou de quoi que ce soit dans le
genre. Mon souvenir est qu’avec Mariette ça glissait et c’était sublime, divin. Une entrée
parfaitement langoureuse et calme dans la féminité lesbienne. Ce sont les hommes qui m’ont
fait mal après. Très mal. Pas Mariette, pas le grand amour de ma vie.
Les pédophiles, comme l’était cette femme, sont très habiles. Et comme il s’agit de tes
parties intimes, tout ça doit rester secret. Le secret intime devient tout naturel et il n’y a
absolument rien de ressenti comme coupable. C’est comme aller au chiotte ou se vêtir. On va
se cacher de tous en se faisant doigter par Mariette et la vie suit son cours. On n’en parlait à
personne. Cette nanny était une multi-pédophile de longue date. Une vraie de vraie experte.
Les fauves chassent furtivement dans la jungle qui est de leur couleur et où le gibier se
trouve…
Mais voilà le hic. Je l’ai revue ces dernières années, deux fois. Elle est dans un pénitencier
à sécurité minimum à Victoria (Colombie-Britannique). Elle a fini par se faire pincer et figure
aujourd’hui, à cinquante-huit ans, au registre des prédateurs sexuels. Ma grande peur fut
longtemps que mes parents apprennent ça. Ils auraient ainsi percé à jour mon grand secret
amoureux. Mais mes parents, ils ont tellement bourlingué, du fait de leurs fonctions distinctes.
Ils se souviennent même plus exactement de Mariette. Pour eux les gens de maison, ça va, ça
vient. Ils s’en tapent un peu. C’est comme les employés d’une boîte.
J’ai donc revu Mariette mais j’ai un grand défaut aujourd’hui, chers amis. Je suis adulte… Je
suis comme le petit oisillon devenu grosse dinde dont parlait l’ardent pédophile Lewis Carroll,
auteur d’Alice au Pays des merveilles… Mariette resta tendre, toujours aussi fine et subtile.
Mais sa grande peur était que je la « rapporte ». Elle ne purge que ce pour quoi elle a été
localement pincée, la pointe de l’iceberg. Quand je lui ai dit que je crèverais plutôt que de la
trahir, elle s’est rassérénée. Mais l’être qu’elle aimait est disparue, engloutie dans le flux du
temps au sein d’une adulte dont elle ne voudra jamais. Vous me suivez ?
Et c’est exactement pour ça que je n’ai jamais touché moi-même aux petites filles, vous
comprenez ? Je sais qu’elles vont grandir et que les pédophiles qui les ont initiées vont
éventuellement les rejeter. C’est là une douleur atroce, insoutenable. Le sachant, je nel’infligerai jamais. Crever plutôt que de pirater si intimement une vie comme ça. Et pourtant
Mariette reste la plus belle chose que la vie ne m’ait jamais offerte. Je la cherche un peu dans
toutes mes amantes. Mais je sens quand même qu’elle m’a infligé l’abus suprême et je ne vais
pas perpétuer ce pattern d’abus. Jamais.Chapitre 2
Tu seras toujours mon petit manga
Avec Mariette, avant onze ans, j’étais habituellement passive. C’est elle qui jouait de moi.
J’étais son petit violon, sa petite garce docile. Avec elle, je fus toujours l’objet, le jouet, la
poupée. Sauf une fois, une fois étrange, presque terrifiante. C’était par un jour d’été
magnifique. Nous déambulions, ma petite main dans la sienne, dans un parc urbain du grand
Vancouver. Un parc urbain, au Canada, c’est une véritable forêt ceinte dans la ville, avec des
points d’eau, des vallons, de denses bosquets. Il est parfaitement loisible de se dissimuler aux
regards de tous dans un tel endroit. Le bois de Boulogne, version titanesque et nordique, si
vous voyez ce que je veux dire.
Mariette portait une jolie robe ample, aux couleurs vives, sous laquelle elle était
indubitablement nue. Le soleil de juillet semblait danser sur ce beau tissu, quand elle marchait.
Je portais un coquet petit gaminet qui laissait les épaules nues. J’avais mis de mignonnes
barrettes dans mes cheveux. Elles étaient assorties à la couleur de mes yeux. Un bleu léger,
spectral. Je n’avais donc encore que dix ans et l’idée de séduire Mariette, d’être trouvée belle
par elle, était une idée esquissée dans mon esprit, une notion sommaire, un projet lointain,
aussi intangible que la vie adulte. Mais il serait non avenu de minimiser la prégnance de ce
doux rêve de séduction. Nous étions amantes depuis un moment. Mais amoureuses… c’était
beaucoup moins clair.
Après un moment de marche qui me parut interminable, nous nous sentons un peu
fatiguées et décidons de nous asseoir en un petit espace ombrag&

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