Mademoiselle Javotte, ouvrage moral , livre ebook

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Paul Baret (1718 - ~). Petit ouvrage piquant, paru en 1757, dont le sous-titre Ouvrage moral ne manque pas d'ironie…
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Date de parution

01 janvier 2012

Nombre de lectures

92

EAN13

9782820622204

Langue

Français

Collection
«Érotique»

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ISBN : 9782820622204
Sommaire


Avant-propos
Chapitre premier
Chapitre II
Chapitre III
Avant-propos
Encore une brochure, s’écrient déjà nos petits-maîtres caustiques. On n’y peut pas tenir, c’est à périr ! Doucement, messieurs, s’il vous plaît ; c’en est une à la vérité, mais brochure où, pour flatter votre goût frivole, on n’y a peint vos sottises qu’avec des couleurs gaies ; brochure où, pour ménager votre faible jugement, on ne s’y est permis d’autres moralités que celles des faits. Enfin, c’est un ouvrage écrit par une jolie femme, et publié par une autre. Pourrez-vous lui refuser votre suffrage ? Je m’interromps pour laisser Javotte racheter votre ancienne amitié par l’histoire agréable de sa vie, et je reprendrai la plume pour lui mériter votre estime par le récit édifiant de sa fin.
CHAPITRE PREMIER
Je suis folle et jolie, cela me dispense d’observer aucune règle pour écrire mon histoire et de faire aucun préambule pour annoncer mon origine. Un corps vigoureux, une langue infatigable, joints à beaucoup de probité : voilà ce qui faisait le mérite de mes père et mère. La qualité de portefaix, celle de revendeuse décoraient les noms de Gilles Godeau et de Simone Bouru quand ils s’amusèrent à me faire.
Ils ne se doutaient pas alors du rôle brillant que je jouerais un jour dans le monde, et ont été plus de douze années sans le prévoir. Jusque-là, je n’avais pas pensé que je fusse vraiment jolie et que cela dût servir à ma fortune. Je n’avais encore trouvé que quelques jeunes garçons de mon espèce, qui disaient en me mettant la main sur la gorge : Queux chenus cadets qu’a c’te mam’selle Javotte ! À quoi je répondais par des gestes de coudes et autres pantomimes poissardes.
Tout vient par gradation ; les propos qu’ils tenaient entre eux, le nom de catin que j’entendais souvent répéter à ma mère, ou plutôt son synonyme, la nudité d’un ange que je voyais toujours en tableau sur notre cheminée : tout cela, dis-je, me fit raisonner avant l’âge. Je fus curieuse de connaître telle chose, je me doutai de l’usage de telle autre, et je me proposai de m’éclaircir du reste.
À peu près dans ce temps, on se résolut à me procurer un état. On fit mille colloques sur tous ceux des femmes ; on les trouva, ou trop pénibles, ou trop médiocres pour une fille unique, le Pénate de la maison.
Enfin, on fit par réflexion ce que l’on aurait dû faire par jugement ; on consulta mon goût, il était porté à la coquetterie, je commençais à regarder avec envie les têtes bien coiffées ; ne pouvant jouir de cet avantage, je voulus au moins le procurer aux autres. Je demandai à être coiffeuse. On applaudit mon choix, on l’admira, on me mit en apprentissage.
J’entrai chez Mlle Villers, fort en vogue alors ; elle était, comme toutes les femmes de son état, pleine de complaisance pour ses amis et d’aigreur pour son domestique.
Si la société de cette femme n’était pas bonne, du moins était-elle nombreuse. Le monde que nous voyions était partagé en deux classes : le matin nous allions chez les gens de robe et de finance ; l’après-midi nous recevions les épétiers et les porte-collets .
Ceux-ci furent les premiers dont je captivai les regards ; elle est vraiment gentille, se disaient-ils entre eux ; on la façonnera, on en fera quelque chose.
Petite, me disait un abbé au regard effronté, à la tête altière, il faut se tenir droite ; puis il relevait mon menton d’une main, et appuyait dévotement l’autre sur ma poitrine. Les conseils qui flattent notre coquetterie sont ceux que nous suivons de meilleur cœur. Cent fois le jour j’allais me redresser devant une glace ; elle me confirmait ce que je m’entendais dire continuellement. Je demeurais persuadée que j’étais jolie, mais ce n’était pas sans dépit que j’apprenais qu’il manquait beaucoup à mon ajustement pour faire briller mes charmes. Je fus la première à trouver un expédient propre à y réussir ; je priai mes compagnes de se perfectionner sur ma tête. Je choisis la moins maladroite pour faire cette épreuve. Ce jour est l’époque de ma vocation mondaine, et je ne puis le souffler à la postérité.
Il me tarde d’être embellie ; je guette en même temps et le moment de le faire en liberté, et la personne qui doit le mieux y contribuer. Nous nous enfermons, je m’affuble d’un grand peignoir, moins dans la crainte de gâter mes hardes que dans la vue de les cacher. J’arrache la première le triste bonnet qui avait toujours enseveli mes beaux cheveux, je les déploie et les étends avec complaisance, mais quelle fut ma frayeur quand je vis tirer à Mlle Dargentière, ma coiffeuse, une longue paire de ciseaux. Je craignis de voir tomber sous leur tranchant le précieux ornement de ma tête. Cependant, elle m’assura qu’elle n’en voulait ôter que le superflu ; alors ma peur se dissipa, j’abandonne ma tête à la bonne foi de cette fille ; elle coupe, papillote, accommode, et jouit malignement, en me regardant dans le miroir, de l’agitation qui se peint sur ma physionomie. Un moment les larmes couvrent mes prunelles en sentant tirer mes cheveux, l’autre moment la joie brille dans mes yeux en voyant les boucles se former.
Javotte, me dit ma compagne, voilà un minois à faire fortune, penses-y bien. Mais, ma fille, défais-toi de tes airs communs et de tes basses expressions. Les hommes veulent des manières.
Je ne l’écoutai pas alors, je ne m’occupai toute la journée qu’à me regarder dans les glaces, à raccommoder les boucles dérangées et à étudier la position de tête qui pourrait le mieux faire valoir mon accommodage et mes charmes.
Sur le soir, Mlle Villers rentra chez elle et fut frappée d’admiration à mon aspect.
Cette petite morveuse-là est trop jolie, dit-elle à ses filles ; aucune de vous n’a une figure comme celle-là, ajouta-t-elle d’un ton aigre ; aussi en ferai-je quelque chose, j’en veux parler à mon financier.
À ces mots, elle se tut et s’enferma dans un cabinet pour écrire. Le reste de la soirée se passa sans autres propos qui parussent me regarder directement. Elle me dit seulement de me lever le lendemain du matin, et de venir lui parler. J’y fus en effet de bonne heure.
Elle me fit asseoir à côté de son lit, et me dit :
J’ai à vous entretenir de choses importantes. Puis me fixant et me prenant la main elle ajouta : Vous n’êtes pas riche, Javotte, et il faut profiter des avantages que vous devez à la nature ; ce serait vous en rendre indigne que de ne pas les faire valoir. J’ai dessein de vous obliger ; je veux que vous me deviez votre fortune ; voyez, ma chère enfant, si vous pouvez correspondre à mes bontés. On a beau dire, soit préjugé ou sentiment, le cœur se révolte d’abord contre ce qui nous écarte de la vertu.
Je ne répondis que mollement aux premières offres de Mlle Villers ; je soupirai même, et j’avoue-naturellement que mes soupirs n’ont jamais eu une si belle cause.
Il ne s’agit point de faire la sotte, reprit la coiffeuse. Il faut penser à vous, ma fille ; le temps presse, l’occasion se présente, saisissez-la promptement.
Je la priai de s’expliquer sur ce qu’elle exigeait de moi, et elle le fit en ces termes :
M. Rondain est le meilleur et le plus riche de mes amis. Il aime les femmes et se chargera volontiers de vous rendre service, si vous voulez être sage.
L’honneur est ce qui m’est le plus cher au monde, lui répondis-je, madame, et l’on ne me verra jamais y faire faux bond.
Ah ! l’honneur…, interrompit-elle en souriant, puis elle ajouta : Allez m’attendre, dans un moment je suis à vous.
En effet, elle vint bientôt me rejoindre, et s’enfermant avec moi, elle me fit dépouiller tous mes haillons et me revêtit d’une robe de perse à elle qui me parut être faite exprès pour m’embellir.
Mettez aussi ces bas de soie, me dit-elle, tirez-les bien et nouez vos jarretières sur le genou, autrement vous déplairiez à votre bon ami.
On envoya chercher un collier de ruban couleur de cerise, on me mit un bonnet à la Comète, j’eus des gants blancs et des bracelets, en un mot toute la petite oie de coquetterie.
Il tardait à la Villers que je fusse habillée pour me montrer à faire la révérence. Enfin, elle me força de récidiver cet exercice plus de cent fois, et se plaignit toujours de ce que je m’en acquittais trop précipitamment.
Quand votre monsieur viendra, me dit-elle, il faut courir à lui, l’embrasser, puis vous me laisserez le temps de lui parler en particulier, et lorsqu’il vous rejoindra, vous répondrez poliment à tout ce qu’il vous dira et vous prêterez complaisamment à tout ce qu’il exigera de vous. Ressouvenez-vous de ce que je vous recommande, insista-t-elle, et prenez bien garde de le dégoûter, car les hommes sont des animaux qu’il faut amadouer pour mieux les plumer.
La Villers m’instruisait encore quand nous entendîmes arrêter un carrosse.
Levez-vous, petite fille, me dit-elle, voici M. Rondain, allez le recevoir à la porte.
Qu’est-ce que je dirai à c’t’homme , moi ? répondis-je, je ne le connais pas.
C’t’homme , reprit-elle vivement, c’t’homme ! voyez la petite pécore, comme elle parle de quelqu’un qui peut faire sa fortune !

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