Le Pluriel du désir , livre ebook

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Louis et Mathilde sont voisins de Bernard et Céline, qui ont deux enfants adultes, Laure et Xavier. Blessures d'amour propre, failles professionnelles, frustrations sexuelles ou fantasmes délirants, nul n'est indemne. Ainsi, Louis débauche sa femme pour redonner du piment à son couple, Céline fantasme sur son fils qui récupère les petites culottes de sa mère, Xavier couche avec sa sœur Laure... Un tourbillon de configurations et de situations érotiques insolites, qui semblent pourtant bien réelles tant elles sont ancrées dans le quotidien des personnages.


Parcours initiatique semé d'embûches mais riche en enseignements et en plaisirs, au cours duquel ils font l'expérience de leurs propres limites en les confrontant à celles du conjoint ou de partenaires occasionnels, parfois anonymes. Comme dans les contes pour adultes, l'amour triomphera des frustrations, des trahisons, des peurs et des chagrins, régénéré par le jeu, la complicité, la jubilation des corps et l'aventure partagée.





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Publié par

Date de parution

04 octobre 2012

Nombre de lectures

1 007

EAN13

9782364903777

Langue

Français

Cover

JEAN-CLAUDE LAVERGNE

Le Pluriel du désir

Louis et Mathilde sont voisins de Bernard et Céline, qui ont deux enfants adultes, Laure et Xavier. Blessures d’amour propre, failles professionnelles, frustrations sexuelles ou fantasmes délirants, nul n’est indemne. Ainsi, Louis débauche sa femme pour redonner du piment à son couple, Céline fantasme sur son fils qui récupère les petites culottes de sa mère, Xavier couche avec sa soeur Laure… Un tourbillon de configurations et de situations érotiques insolites, qui semblent pourtant bien réelles tant elles sont ancrées dans le quotidien des personnages.

Parcours initiatique semé d’embûches mais riche en enseignements et en plaisirs, au cours duquel ils font l’expérience de leurs propres limites en les confrontant à celles du conjoint ou de partenaires occasionnels, parfois anonymes. Comme dans les contes pour adultes, l’amour triomphera des frustrations, des trahisons, des peurs et des chagrins, régénéré par le jeu, la complicité, la jubilation des corps et l’aventure partagée.

 

Conçu en Bretagne à l’époque des tickets de rationnement, né en banlieue parisienne en 1948, enseveli en Champagne où il réside et continue d’écrire, Jean-Claude Lavergne, affabulateur précoce mais écrivain tardif, a bifurqué vers l’enseignement après des études de Lettres, un peu par hasard, beaucoup par nécessité. Enfin extrait de la carrière, il a relevé avec un soupçon de morgue le défi écrasant de conjuguer pornographie et humanisme, à la consternation et pour la plus grande hilarité de ses anciens collègues, selon qu’ils étaient ses amis ou non. Il signe ici son premier roman.

« [Il] lui demanda pourquoi elle voulait mettre
des images crues entre elle-même et le monde.

Des images joyeuses, dit-elle,
contre l’angoisse qui monte. »

 

Francesco Biamonti, Le Silence

UNE BOURRASQUE

Les jours succédaient aux jours, monotones et vains. Céline s’acquittait des tâches ménagères avec une résignation morose, mortifiée par le bonheur insolent de sa fille au lendemain de sa première nuit avec Bastien sous leur toit. La visite du jeune couple avait occupé tout le week-end, et ce lundi matin était consacré à la remise en ordre du pavillon de banlieue qui semblait bien vide désormais, depuis le départ de leur fils pour l’université. Deux enfants déjà grands, construisant chacun sa vie loin d’elle, et la perspective de vieillir lentement en compagnie de Bernard, de plus en plus triste et acariâtre, rien ne semblait devoir la distraire de son humeur maussade.

Le coup d’œil machinal qu’elle donna de la fenêtre de la chambre d’amis confirmait l’arrivée précoce de l’automne, des rafales de vent et des averses furieuses ponctuant cette fin de matinée décidément bien grise... Céline ne saurait dire ce qui retint son attention dans la silhouette courbée, empêtrée dans un imperméable récalcitrant, basques battantes, qui se dirigeait d’un pas pressé vers le pavillon voisin : l’homme, la cinquantaine, corpulent, sonnait déjà chez Mathilde, apparemment soucieux de conserver son anonymat, le dos tourné à la rue et le col de son trench-coat relevé. La porte s’ouvrit sur l’apparition insolite de sa voisine en déshabillé, juchée sur des hauts talons, qui fit entrer le visiteur précipitamment. Céline resta un instant interdite, le regard en arrêt sur la porte refermée, tandis que son esprit vagabondait : que Mathilde pût tromper son mari en plein jour, au domicile conjugal, lui paraissait aussi saugrenu que révoltant. Ils avaient bavardé et plaisanté ensemble la veille au soir, dans une conversation de jardin à jardin, et elle semblait toujours aussi amoureuse de Louis, avec qui elle formait un couple dont Céline jalousait secrètement l’harmonie.

Troublée plus que de raison, elle s’activait nerveusement, la maladresse de ses gestes trahissant un désarroi indéfinissable, mêlé d’une excitation grandissante à mesure qu’elle imaginait Mathilde dans des postures obscènes, s’offrant avec animalité à l’inconnu bedonnant. Incapable de continuer son ménage, Céline, oppressée par le harcèlement d’un désir sexuel obsédant, s’allongea sur le lit défait de sa fille pour tenter de reprendre ses esprits. Elle n’avait jamais rien ressenti de semblable, d’aussi impérieux ; se déshabillant rageusement, elle se glissa dans les draps froissés, comme pour se cacher. Étendue sur le ventre, elle passa une main entre ses cuisses et commença à se caresser, excitée par l’odeur de transpiration qui imprégnait la taie d’oreiller, l’évocation de Laure comblée par Bastien décuplant sa frustration. Une sensation d’étouffement lui fit rejeter nerveusement les draps au bout du lit : un petit morceau de tissu chiffonné apparut à ses pieds, qu’elle ramassa le cœur battant. C’était une minuscule culotte de dentelle rouge, encore humide, dont elle entreprit une inspection minutieuse, les mains secouées de tremblements nerveux. L’entrejambe était poisseux de sperme, quelques petits poils frisés restaient prisonniers des mailles des motifs ajourés, l’arrière n’étant constitué que d’une étroite bande de tissu taché et odorant. Les yeux brouillés par la tension, Céline porta passionnément la culotte à sa bouche, fléchit légèrement les genoux, et, le ventre projeté en avant, elle se branla avec frénésie en léchant le suc à-demi séché de Bastien et les secrétions intimes de sa fille.

Est-ce l’impression de transgresser un interdit auquel elle n’avait jamais songé, ou bien le reflet que la glace de la coiffeuse lui renvoya de son incroyable impudeur, qui la précipita dans un orgasme d’une violence inouïe, dévastée et écartelée sur le lit ouvert, un sommeil de velours la prenant longuement, avant qu’elle n’ouvre les paupières et ne s’étire voluptueusement, toute fatigue dissoute et miraculeusement fraîche ?

DOMICILE CONJUGAL

Louis ne parvenait pas à se concentrer. La journée lui semblait interminable. À la pause de midi, il n’avait pas rejoint la cantine, préférant aller déjeuner dans une brasserie du centre ville. Sans avoir fait honneur au plat du jour, un bœuf en daube pourtant correct, il avait cherché à calmer sa nervosité et son angoisse en déambulant dans la galerie commerciale de l’hypermarché le plus proche, dont l’ambiance de semi-vacuité lui semblait appropriée à son humeur. Ne pas téléphoner, ne rien interrompre : les dés étaient jetés.

Depuis quelques semaines, lassé de la monotonie conjugale, il avait cherché à convaincre sa femme d’expérimenter une nouvelle complicité sexuelle, d’ouvrir leur couple à des jeux moins conventionnels. D’abord réticente, Mathilde avait tenté d’éveiller sa jalousie en évoquant les nombreux hommes qui lui faisaient la cour, notamment son chef de service qui ne manquait jamais une occasion de la complimenter sur son travail ou sa tenue vestimentaire. Il leur avait fallu de longues conversations pour qu’ils s’avouent l’excitation que cette situation leur procurait, à l’un comme à l’autre, et qu’ils envisagent la possibilité pour Mathilde de céder aux avances de Jean-Jacques. Louis, impatient de voir ou de savoir sa femme infidèle, s’était montré tendrement persuasif, l’assurant que la réalisation de quelques-uns de leurs fantasmes, loin de mettre en péril leur couple, ressourcerait leur entente sensuelle et leur désir.

L’attitude de Mathilde changea progressivement, au fur et à mesure qu’elle entrait dans le jeu pervers que lui proposait son mari ; elle commença par porter des tenues de plus en plus sexy pour aller travailler, chemisiers échancrés ou transparents sur des jupes courtes ou fendues qui mettaient en valeur l’opulence de sa poitrine et le galbe de ses cuisses, dévoilées sans plus de retenue en croisant haut les jambes lorsque Jean-Jacques et elle étaient seuls, ce qui était fréquent en fin de semaine. Leurs bureaux communiquant par une cloison vitrée, la réserve courtoise de son soupirant était mise à rude épreuve : Jean-Jacques la convoquait pour les motifs les plus futiles, intimidé et fébrile, lui témoignant une sollicitude qui l’amusait et la touchait. Mathilde s’adonnait avec jubilation à ces manœuvres de séduction, et ses récits circonstanciés du trouble qu’elle faisait naître le jour alimentaient l’ardeur de ses soirées conjugales. Louis lui demandant de passer à l’acte, elle se surprit à n’objecter que des difficultés matérielles, le lieu de travail étant peu propice à une aventure discrète. Lorsque son mari lui proposa de recevoir son futur amant dans le lit conjugal, l’inconvenance de la situation décupla son excitation, et les détails pratiques de cette première inconduite qui en augurait bien d’autres furent vite réglés. Il fut convenu que Louis prendrait un congé lundi après-midi, que Mathilde, en RTT ce jour-là, téléphonerait à Jean-Jacques pour l’inviter à déjeuner à son domicile, et qu’elle le recevrait dans une tenue ne lui laissant aucun doute sur ses intentions.

Les travées du supermarché s’emplissaient petit à petit ; de nombreuses femmes seules profitaient de la pause de midi pour faire leurs courses, et Louis se demandait en les regardant combien d’entre elles avaient déjà trompé leur mari, et si, sous leur apparence de mères de famille respectables, certaines ne cachaient pas une vie sexuelle dissolue. Le rayon librairie lui procura une distraction salutaire, un répit de courte durée : alors qu’il s’abîmait dans la découverte d’un auteur américain au style percutant, un couple singulier le bouscula cavalièrement, sans lui prêter la moindre attention, commentant à voix haute la sortie tapageuse du dernier best-seller, récit autobiographique plutôt corsé d’une femme politique qui dévoilait les turpitudes des coulisses de l’assemblée nationale. La jeune femme, la trentaine rayonnante, moulée outrageusement dans une mini-robe de cuir, enlaçait lascivement un compagnon nettement plus âgé, grisonnant et fané, mais ayant conservé une prestance suffisante pour impressionner une compagne aussi futile. « Un chef de service et sa secrétaire, en bordée pendant la pause déjeuner ! », Louis esquissa un sourire, et cette fugace complicité le rappela au présent, aux gestes, aux postures, aux obscénités que Mathilde était en train de commettre pour lui complaire et raviver leur désir. Il était entendu qu’il ne devait sous aucun prétexte rentrer chez lui avant quinze heures, Jean-Jacques ayant une réunion de coordination chaque début de semaine à peu près à cette heure. Le cadran de sa montre indiquant à peine quatorze heures, Louis, taraudé par une lancinante curiosité, décida de passer le temps restant dans le petit bar-tabac à l’angle de la rue de son domicile, d’où il pourrait à loisir observer la sortie de Jean-Jacques. Pris dans les embouteillages, le trajet lui parut long et pénible, et il s’engagea dans la rue Truffaut le cœur serré, passant au ralenti devant leur maison : la lanterne de la porte d’entrée était allumée, ce qui signifiait que le visiteur était toujours là. Mathilde avait imaginé ce stratagème afin d’éviter un retour prématuré de son mari, suggérant avec malice qu’il faudrait changer la couleur de l’ampoule !

Perdu dans ses pensées, il gara maladroitement sa voiture dans une rue adjacente et se mit à faire les cent pas, essayant de maîtriser sa fébrilité. Un voisin le salua et entama une conversation insipide, auquel il répondit de façon si distraite que l’autre, surpris, coupa court sans demander son reste. Il allait entrer dans le bistrot lorsque son attention fut attirée par la dégaine d’un passant qui se débattait avec son imperméable et longeait les clôtures les yeux rivés au sol, en qui il reconnut le supérieur hiérarchique de sa femme. En proie à un tourbillon d’émotions contradictoires, Louis se précipita jusqu’à son domicile où la lanterne était éteinte : le souffle court, il ne put se résoudre à pousser la porte d’entrée avant d’avoir recouvré un semblant de calme. Il se débarrassait de son blouson dans le couloir obscur lorsque la lumière jaillit, le figeant sur place les yeux levés vers Mathilde qui le toisait du haut de l’escalier drapée dans un peignoir dont elle tenait les pans serrés sur sa poitrine, le regard brillant et le feu aux joues, une mèche de ses lourds cheveux embroussaillés lui barrant le front. Il voulut lui dire combien il la trouvait désirable en cet instant si difficile pour eux, mais elle l’interrompit dans un souffle : « ne dis rien, je t’en prie ». Le visage crispé par un étrange sourire à peine esquissé, elle descendit la volée de marches avec d’infinies précautions, puis, soutenant son regard, elle ouvrit lentement son peignoir sous lequel elle était nue. Louis n’oublierait jamais cette minute où tout a basculé dans leur vie de couple, l’expression ambiguë de sa femme, contrite mais jubilant de l’exhibition de sa souillure, ses seins aux tétons durcis marbrés de salive, sa toison empesée et hirsute, les méandres nacrés de foutre clair sur son ventre et ses cuisses. En une ultime provocation, les yeux clos et les narines pincées, comme recueillie, Mathilde écarta les jambes et laissa s’écouler l’orage de son amant avec une volupté obscène.

Au comble de l’excitation, il se rua sur elle lorsqu’elle laissa choir le peignoir sur le carrelage maculé, l’embrassa à pleine bouche, un instant rebuté par la fadeur de son haleine imprégnée de sperme, parcourant de ses mains tremblantes les courbes humides des cuisses jusqu’à la fourche gluante aux lèvres gonflées et ouvertes. Elle se laissait inspecter passivement, blottie dans ses bras, une lueur d’étonnement dans le regard, qu’elle lui dissimula en détournant le visage, les paupières mi-closes. Ils gravirent l’escalier dans une joyeuse bousculade, jusqu’au palier où elle s’agenouilla en tendant sa croupe somptueuse, dont les fesses ouvertes dévoilaient la fente de son sexe maculée du sperme de Jean-Jacques : fou de désir, Louis l’investit à la hussarde, la besogna sauvagement dans un déchaînement hystérique, avant d’exploser dans un hurlement et de l’abandonner pantelante sur le parquet. Reprenant lentement son souffle, des étoiles dans les yeux, il fut surpris de constater qu’il ne débandait pas, son sexe poisseux gardant une érection magistrale, presque douloureuse. Mathilde se relevait péniblement quand il la ceintura aux hanches, lui ployant la nuque pour la positionner en levrette, ce qu’elle favorisa en prenant appui des deux mains sur le guéridon du téléphone, tête basse. La voyant si bien disposée, Louis s’humecta le membre dans son sexe trempé, lui caressa les lèvres de son gland, et, profitant de sa docilité, pesa soudain de tout son poids sur son dos pour s’enfoncer dans son anus d’une seule et inexorable poussée, ne relâchant la pression des bras autour de sa taille que lorsqu’il fut totalement en elle. Mathilde poussa un cri rauque et protesta, mais elle ne rompit pas l’accouplement, s’abandonnant peu à peu à des sensations inédites pour elle qui avait toujours refusé la sodomie avec dégoût. Fiché dans le fourreau de son cul, Louis l’insultait tendrement, l’apaisant de caresses et de flatteries sur le dos et les hanches, puis il se mit en branle, accéléra progressivement ses va-et-vient dans un pilonnage effréné ponctué d’obscénités proférées dans des grognements et des râles, jusqu’à un orgasme dévastateur qu’ils atteignirent ensemble, ruisselants de sueur, affalés sur le palier où ils sombrèrent enlacés dans une semi- inconscience, épuisés mais émerveillés par la violence de leur amour.

L’EMBELLIE

Il est des journées vouées aux contrariétés : Bernard s’était débattu avec des dossiers inextricables, les responsabilités des parties ne pouvant être établies clairement, faute d’une jurisprudence adaptée aux circonstances des sinistres de ses clients. Lorsque Christine, sa fidèle collaboratrice, vint lui signifier son départ, il la salua machinalement, préoccupé par le retard accumulé dans le traitement des affaires dont il avait la charge ; il lui faudrait sans doute travailler à son domicile une grande partie du week-end, et cette perspective le renvoya à d’amères considérations sur l’état de sa vie conjugale. Ces derniers temps, leur relation s’était considérablement dégradée, et Céline manifestait désormais ouvertement sa mauvaise humeur, même en présence de tiers, comme lors de la visite de leur fille et de son concubin, la semaine précédente.

La gaieté et la jeunesse de Laure et de Bastien avaient ménagé une pause agréable dans le morne déroulement de sa vie, mais un incident troublant, dont le souvenir l’obsédait, l’avait renvoyé à sa frustration et à sa solitude. Réveillé brusquement en pleine nuit par des bruits inhabituels, étrangement assourdis, Bernard avait cherché à en identifier la source. Se levant discrètement afin de ne pas inquiéter Céline, il s’était faufilé dans le couloir à pas feutrés : un rai de lumière filtrait de l’embrasure de la porte de la salle de bains, d’où il avait perçu assez distinctement un ruissellement et les bribes d’un dialogue qui l’avait sidéré. Reprenant ses esprits, il s’était efforcé de regagner sa chambre sans éveiller l’attention de sa fille ni celle de son vicieux complice. Les yeux grand ouverts, oppressé, il n’avait pu retrouver le sommeil, obnubilé par l’image de Laure les cuisses grandes ouvertes et pissant abondamment sur Bastien qui l’encourageait en murmurant des obscénités, vraisemblablement allongé dans la baignoire. L’évocation du chuintement intime et le souvenir des gémissements et des insultes chuchotées d’une voix amoureuse par sa fille lui avaient procuré une jouissance rapide, inachevée, dès l’ébauche d’une caresse sur son membre dilaté par une érection phénoménale, qui l’avait laissé pantelant et désemparé, son caleçon trempé lui poissant le bas-ventre, tandis que Céline se retournait en soupirant, le visage crispé par un sommeil agité. Le conformisme et la vacuité de leur vie sexuelle ne lui étaient jamais apparus avec une si cruelle évidence, et Bernard, stupéfait de l’audace des jeunes gens en matière de sexe, gêné mais excité par ce qu’il avait découvert de la personnalité de sa fille, prit ce soir-là la ferme résolution de laisser libre cours à ses pulsions et à ses fantasmes, quelles que soient les conséquences pour son couple ; grisé par la transgression, il s’était masturbé longuement en imaginant la chatte et la croupe de Laure, sa posture et sa miction sur Bastien, prenant enfin son plaisir à longs jets saccadés, puis s’était endormi aussitôt du sommeil du juste.

Le petit déjeuner du dimanche matin le rassura sur sa capacité à jouer son rôle dans la comédie des apparences qui régit notre vie sociale ; il fut heureux de constater que la relation privilégiée qui le liait à sa fille ne souffrait en rien de ce qu’il savait de sa vie intime, et qu’il lui conservait toute son estime. Lorsque Laure se leva de table pour aller faire sa toilette et qu’elle défroissa sa chemise de nuit, tirant sur l’ourlet qui dévoilait ses cuisses, Bernard dut feindre d’être absorbé par la lecture d’un magazine et rester assis plusieurs minutes avant de pouvoir se lever à son tour, pris d’une violente érection. Les enfants partis, il avait cherché à partager son trouble et son excitation avec Céline, lui caressant gentiment les fesses lorsqu’elle s’affairait à proximité, mais il n’avait obtenu que rebuffades et propos aigres-doux qui avaient conforté son amertume et son dépit ; le repas du dimanche soir avait été vite expédié, et la semaine particulièrement morose.

Perdu dans ses pensées, Bernard sursauta lorsque la sonnerie du téléphone retentit dans le bureau de Christine, sa secrétaire : la voix de Céline lui parut si jeune et enjouée qu’il ne put réprimer une réaction instinctive de défiance lorsqu’elle lui donna rendez-vous dans un petit restaurant sympathique proche de leur domicile, qu’ils avaient fréquenté assidûment au début de leur installation rue Truffaut. Céline était alors une jeune femme espiègle et vive, et le retour à la maison était l’occasion de charmantes provocations qui avaient donné lieu à quelques situations coquines dont il gardait une nostalgie émue. Enchanté de l’initiative de son épouse qui semblait présager un week-end de réconciliation, il décida de laisser son travail en l’état, et sortit le cœur léger du bureau. Lorsqu’il poussa la porte vitrée du Gourmet, Céline était déjà attablée au fond de la salle, absorbée dans la lecture du menu. Bernard marqua un temps d’arrêt : sa femme était resplendissante, les cheveux coupés au carré, un maquillage discret soulignant l’éclat de ses yeux verts. Il remarqua aussi la profondeur inhabituelle de son décolleté et le collier de brillants fantaisie assorti aux boucles d’oreilles, qu’elle ne portait plus qu’en de rares occasions. Il lui dit sa surprise et son plaisir en l’embrassant tendrement dans le cou. À l’apéritif, Céline, une lueur malicieuse dans le regard, lui raconta la séance de ménage du lundi précédent dans la chambre des enfants, répondant aux questions pressantes de son mari avec une crudité délibérée ; excité, Bernard lui confia ce qu’il avait découvert de la sexualité de sa fille, lui avouant qu’il enviait son compagnon de pouvoir vivre des instants aussi exaltants. Leur conversation était fréquemment interrompue par le service, qu’un garçon noir d’une vingtaine d’années assurait avec un zèle maladroit : le personnel et la décoration de l’établissement avaient changé, mais la configuration des lieux était restée la même : une grande salle en L, dont leur table occupait l’angle et faisait face à un escalier assez raide menant aux toilettes, à l’étage. Céline exprimant son désir de se rafraîchir, Bernard lui suggéra de redescendre nue sous sa robe, qu’il savait légèrement transparente. À sa grande surprise, elle ne formula aucune objection de principe, s’inquiétant seulement de savoir si personne de leur connaissance ne figurait parmi les clients du restaurant. Bénéficiant d’une vue panoramique sur la salle, il la rassura d’un sourire béat auquel elle répondit par une moue de feinte résignation. Elle se leva lentement, le regardant droit dans les yeux, saisit son sac à main et gravit l’escalier avec une nonchalance calculée, essayant de maîtriser le mélange d’excitation et d’angoisse qui l’oppressait délicieusement. Bernard la couvait du regard, admirant sa silhouette restée svelte et sa démarche souple et dansante qui l’avait tellement séduit lors de leur rencontre. Il surprit le regard du garçon qui s’attardait sur les charmes de sa femme, amusé par le comportement du jeune homme qui détourna précipitamment les yeux pour s’affairer dans le buffet au pied de l’escalier. Lorsque Céline réapparut en haut des marches, l’émotion lui coupa le souffle : elle descendait en ondulant des hanches, et l’on devinait le triangle ombreux de son pubis sous la courte robe de tulle qui dévoilait ses cuisses pâles et dénudées, le collant ayant apparemment rejoint la petite culotte dans le sac à main. Cachant son érection sous sa serviette, il constata, ravi, que le garçon n’avait pas perdu une miette du spectacle et qu’il ne cherchait même plus à dissimuler son intérêt. Elle s’assit précautionneusement et lui demanda de l’embrasser : leur baiser voluptueux scella le regain de leur désir, et il ne sut si le léger tremblement du visage de sa femme était dû à l’ardeur de son amour ou à l’audace de son acte. Lorsqu’ils se levèrent de table, le serveur apporta leur vestiaire avec empressement, aidant Céline à enfiler son manteau sans rien perdre du charmant tableau offert par la transparence de sa robe, ni tenter de masquer le gonflement explicite de sa braguette, auquel elle jeta un regard furtif mais intéressé.

Le retour en voiture fut joyeux, Bernard évoquant l’émoi du jeune homme avec une drôlerie dont la crudité incita Céline à lui confier qu’elle avait mouillé à l’idée d’exciter le garçon, et à lui glisser sa petite culotte roulée en boule sous les narines pour qu’il juge sur pièce. La caresse intime de sa main libre sur les soies humides de l’entrecuisse lui confirma la véracité de cet aveu, Céline écartant complaisamment les jambes pour se prêter à la délicieuse inspection. Devant leur domicile, elle se rajusta en hâte et descendit de voiture sans précaution, se penchant plus qu’il n’était nécessaire pour ouvrir le portillon de leur jardin : dans le faisceau des phares, sa croupe d’opale apparaissait clairement sous le manteau retroussé sur ses reins, dans une posture suggestive qui laissa Bernard médusé, Céline lui ayant toujours refusé le don de son cul. N’y tenant plus, il se gara avec précipitation et s’élança à sa suite sans la quitter des yeux, la poursuivant à grandes enjambées dans le vestibule, fasciné par le tressautement de ses fesses qu’elle lui exhibait complaisamment en maniant les pans de son manteau comme une muleta.

L’ORÉE DU BOIS

Laure avait beau chercher, retourner le panier à linge ou regarder sous leur lit, elle ne parvenait pas à mettre la main sur sa petite culotte carmin, cadeau de Bastien assorti à un soutien-gorge pigeonnant et à un porte-jarretelles minimal et d’autant plus affriolant. Il lui vint à l’esprit qu’elle aurait pu l’oublier chez ses parents, lors de la soirée mémorable du week-end dernier. Les fantasmes de son compagnon la plongeaient dans un état second, mélange de perplexité et d’excitation lancinante, sans qu’elle sache si elle devait se réjouir ou s’inquiéter de ses incessantes trouvailles érotiques comme de la tournure que prenait leur vie amoureuse. Elle avait accueilli ses désirs avec une curiosité bienveillante, soucieuse de ne pas le décevoir, mais elle constatait qu’il devenait de plus en plus exigeant, et qu’elle même était troublée par ses demandes plus qu’elle n’aurait souhaité se l’avouer. La nuit passée chez ses parents avait donné à Bastien l’occasion de la pervertir davantage. Si elle s’était amusée de la propension de son concubin à l’exhiber dans les circonstances ou les lieux les moins appropriés, elle craignait d’avoir franchi une limite en accédant à ses requêtes au domicile de ses parents, perturbée d’avoir ressenti lors de ces jeux un plaisir d’autant plus vif qu’ils réactivaient un petit secret honteux de son adolescence.

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