L'anti-Justine , livre ebook

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"L'Anti-Justine, un des ouvrages les plus obscènes qui existent dans toute la littérature ", écrit John Rives-Childs. Et Gilbert Lely : " Un des rares chefs-d'œuvre de la littérature obscène et peut-être l'ouvrage le plus saisissant du Restif. "
Curieusement, cet ouvrage n'est pas souvent réédité, sauf dans des versions négligentes et fautives, recopiées plus ou moins bien les unes sur les autres. Il faut dire que la typographie très personnelle de Restif de la Bretonne n'est pas facile quelquefois à interpréter. La présente édition a été scrupuleusement revue sur l'une des meilleures éditions clandestines, elle-même collationnée sur l'unique exemplaire complet possédé par la Bibliothèque nationale.





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Publié par

Date de parution

06 décembre 2012

Nombre de lectures

146

EAN13

9782364902473

Langue

Français

Cover

RESTIF DE LA BRETONNE

L’Anti-Justine

ou Les délices de l’amour

« L’Anti-Justine, un des ouvrages les plus obscènes qui existent dans toute la littérature », écrit John Rives-Childs. Et Gilbert Lely : « Un des rares chefs-d’oeuvre de la littérature obscène et peut-être l’ouvrage le plus saisissant du Restif. »

Curieusement, cet ouvrage n’est pas souvent réédité, sauf dans des versions négligentes et fautives, recopiées plus ou moins bien les unes sur les autres. Il faut dire que la typographie très personnelle de Restif de la Bretonne n’est pas facile quelquefois à interpréter.

La présente édition a été scrupuleusement revue sur l’une des meilleures éditions clandestines, elle-même collationnée sur l’unique exemplaire complet possédé par la Bibliothèque nationale.

PRÉFACE

Sade et Restif se sont-ils connus ? Cela semble peu probable puisque Restif, en septembre 1796, écrit :

 

« C’est cet homme à longue barbe blanche qu’on porta en triomphe en le tirant de la Bastille... »

 

Alors que nous savons très bien que Sade, qui n’a jamais eu de barbe ni blanche ni longue ni courte, n’était plus à la Bastille lorsqu’elle fut prise.

 

Restif y revient encore en 1798 dans L’ Anti-Justine :

 

« On en abhorrera davantage le vivodisséqueur, le même qui fut tiré de la Bastille avec une longue barbe blanche, le 14 juillet 1789. »

 

Il faut prendre garde toutefois qu’entre 1798 et 1801 (exactement le 6 mars), date à laquelle Sade est retiré définitivement de la circulation, il va s’écouler environ trois ans, et trois années importantes.

D’abord, en avril ou mai 1798, Restif de la Bretonne entre au ministère de la Police. Où ses activités restent assez mystérieuses. Il n’est pas impossible néanmoins que l’on y utilise ses compétences, c’est-à-dire sa connaissance de la librairie, et qu’au cours de ses enquêtes il ait rencontré Sade, ne fût-ce que brièvement et anonymement.

Mais indépendamment de cette activité policière, Restif a sans conteste été amené à approcher Sade d’un peu plus près — peut-être sans toujours le rencontrer — entre 1796 et 1801. Dans une « Juvénale » de Monsieur Nicolas, il fait une longue allusion à une Théorie du libertinage, dont il dit :

 

« J’ai voulu prévenir, en lui montrant [à Sade] qu’il est connu, la publication de la Théorie, qui ne paraît pas encore et que j’ai lue en manuscrit... »

 

Suit un long commentaire de cette Théorie, d’où il ressort clairement qu’il ne s’agit pas, comme on l’a dit, des Cent vingt journées de Sodome, mais d’un ouvrage original en trois parties, probablement les Conversations du château de Charmelle, premier état des Journées de Florbelle. On devait y retrouver les personnages de La Philosophie dans le boudoir, qui sont nommés en toutes lettres dans le résumé de Restif 1. « Voilà quel est l’ouvrage exécrable dont un homme qui se dit honnête fait actuellement les frais des gravures », conclut-il.

 

«La minutie de ce résumé démontre que Rétif a bel et bien lu le manuscrit ; peut-être l’a-t-il encore sous les yeux quand il rédige ces pages », écrit encore Pierre Testud, qui souligne que Restif semble bien renseigné en outre sur Sade lui-même, puisqu’il fait allusion dans son texte au « repaire immonde de Clichy ». Or nous savons que Sade habitait Clichy-la-Garenne à l’époque.

Quant à la source de son information et du prêt du manuscrit, Pierre Testud pense que : « En considérant les relations de Rétif en 1796 », elle est « très certainement l’homme qui se dit honnête, le financier de l’illustration [...]. L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agit d’Arthaud de Bellevue », qui avait proposé à Restif de financer Monsieur Nicolas. Et n’est-ce pas lui, ajouterons-nous, qui pourrait être, au moins en partie, le financier de la gigantesque opération pornographique que constitue la publication, ces années-là, de La Nouvelle Justine et de Juliette?

(En laissant vagabonder un peu notre imagination, ne pourrions-nous même penser que Restif de la Bretonne n’est peut-être pas tout à fait étranger à la dernière arrestation de Sade?)

 

Toujours est-il qu’il y avait entre les deux hommes, qu’ils se soient rencontrés ou pas, une solide antipathie. À Vincennes, dès novembre 1783, Sade écrit à sa femme :

 

« Surtout n’achetez rien de M. Rétif, au nom de Dieu ! c’est un auteur de Pont-neuf et de Bibliothèque bleue, dont il est inouï que vous ayez imaginé de m’envoyer quelque chose. »

 

Et dans Idée sur les romans, en introduction aux Crimes de l’Amour (en 1800), il récidivera et, ce qui est plus grave, publiquement :

 

« R... inonde le public ; il lui faut une presse au chevet de son lit […] un style bas et rampant, des aventures dégoûtantes toujours puisées dans la plus mauvaise compagnie... »

 

... « On n’a jamais le droit de mal dire, quand on peut dire tout ce qu’on veut ; si tu n’écris comme R... que ce que tout le monde sait, dusses-tu, comme lui, nous donner quatre volumes par mois, ce n’est pas la peine de prendre la plume ; personne ne te contraint au métier que tu fais. »

 

Restif de son côté n’a pas épargné Sade en diverses occasions : dans Les Nuits de Paris, il rapporte, en les exagérant encore, de nouvelles versions des affaires d’Arcueil et de Marseille. Dans Le Pied de Fanchette, il voue à l’exécration « le monstre-auteur ». Dans Monsieur Nicolas, nous l’avons vu, il se montre étrangement au courant de ses activités. Enfin, voici L’Anti-Justine, tout entière tournée vers la dénonciation des ouvrages de Sade.

 

« Personne n’a été plus indigné que moi des sales ouvrages de l’infâme Dsds 2écrit Restif pour commencer ; « ce scélérat ne présente les délices de l’amour, pour les hommes qu’accompagnés de tourments, de la mort même pour les femmes. Mon but est de faire un livre plus savoureux que les siens, et que les épouses pourront faire lire à leurs maris, pour en être mieux servies ; un livre où les sens parleront au cœur; où le libertinage n’ait rien de cruel pour le sexe des Grâces […] où l’amour ramené à la nature, exempt de scrupules et de préjugés, ne présente que des images riantes et voluptueuses. On adorera les femmes en le lisant ; on les chérira en les encon.... : mais l’on en abhorrera davantage le vivodisséqueur […]. Puisse l’ouvrage enchanteur que je publie faire tomber les siens. »

 

Ici, parenthèse : nous ne connaissons pas le tiers de L’Anti-Justine, qui devait étendre sept ou huit parties sur 1500 pages à peu près. Ces quelque 1500 pages ont certainement été écrites, d’après Gilbert Rougé 3, et en 1796.

Seulement nous ne les avons pas, et vraisemblablement, nous ne les aurons jamais. Car « Restif n’en commença la composition typographique et l’impression qu’en mars ou avril 1798 ; mais — lassitude ou prudence — il interrompit bientôt son entreprise » (Gilbert Rougé). Prudence plutôt, car le régime napoléonien devenait très sévère sur l’outrage aux mœurs, et Restif devait être nommé sous-chef de bureau dans les services de la police, comme nous l’avons dit, vers le mois de mai.

Il est vraisemblable que, contrairement à ce que prétend Paul Lacroix, l’ouvrage ainsi réduit ne fut jamais diffusé, car personne n’en a jamais vu d’autres exemplaires que les quatre qui sont à la Bibliothèque nationale. D’ailleurs Restif explique parfaitement sa conduite dans l’Épilogue de la première partie :

 

« J’ai longtemps hésité », dit-il, « pour savoir si je publierais cet ouvrage posthume du trop fameux Linguet. Tout bien considéré, et le cassement déjà commencé, je résolus de n’en tirer que quelques exemplaires pour mettre quelques amis éclairés et autant de femmes d’esprit à portée de juger sainement de son effet. »

 

Ajoutons que sur les quatre exemplaires de la Bibliothèque nationale, un seul, l’exemplaire 492 (deux tomes reliés en un volume), est complet. Les trois restants, brochés, se complètent l’un par l’autre.

 

Quoi qu’il en soit, l’ouvrage ne devait connaître de véritable diffusion qu’à partir de 1863, date à laquelle en fut réalisée en Belgique, clandestinement bien sûr, une contrefaçon d’ailleurs extrêment fautive. L’année suivante, toujours en Belgique, une édition due à Poulet-Malassis était meilleure.

 

Mais revenons à Sade. Dès le début de L’Anti-Justine, Restif entend bien se démarquer des « sales ouvrages de l’infâme Dsds » :

 

« Blasé sur les femmes depuis longtemps », écrit-il, « la Justine de Dsds me tomba sous la main. Elle me mit en feu ; je voulus jouir, et ce fut avec fureur : je mordis les seins de ma monture ; je lui tordis la chair des bras... Honteux de ces excès, effets de ma lecture, je me fis à moi-même un Erotikon savoureux, mais non cruel, qui m’excita au point de me faire enfiler une bossue-bancroche, haute de deux pieds. Prenez, lisez, et vous en ferez autant. »

C’est un leitmotiv tout au long du livre :

 

« Mon but moral, qui en vaut bien un autre, est de donner à ceux qui ont le tempérament paresseux un Erotikon épicé qui les fasse servir convenablement une épouse qui n’est plus belle. C’est ce que j’ai vu faire à plusieurs hommes qui se servaient pour cela du livre cruel et si dangereux de Justine, ou les Malheurs de la Vertu. J’en ai un plus important encore : je veux préserver les femmes du délire de la cruauté. L’Anti-Justine, non moins savoureuse, non moins emportée que la Justine, mais sans barbarie, empêchera désormais les hommes d’avoir recours à celle-ci… »

 

« Pour remplacer la Justine et faire préférer L’Anti-Justine, il faut que celle-ci surpasse l’autre en volupté autant qu’elle lui cède en cruauté... »

 

« Il n’y aura plus dans dans le reste de l’ouvrage aucune horreur qui ressemble à celle du moine Foutamort. Les horreurs à la Dsds sont aisées à présenter ; c’est la peinture de la douce volupté qui est le chef-d’œuvre du génie. »

 

L’ennui, c’est que Restif veut courir deux lièvres à la fois. Montrer l’amour innocent, candide, la « douce volupté », c’est très bien, mais cela tourne court assez vite. La tentation est grande de montrer aussi — pour en dégoûter le lecteur, bien sûr ! —, les « horreurs » à la Dsds. D’où Foutamort.

Seulement on ne manquera pas de remarquer que de l’aveu même de Restif, c’est la Justine de Sade qui le « met en feu ». Et même s’il réserve « toute [s]a chaleur pour décrire des jouissances ineffables », c’est pour se trouver « au-dessus de tout ce qu’a pu inventer l’imagination exquisement bourrelle » (c’est nous qui soulignons) « de l’auteur de Justine ».

 

Au reste, ouvrage déconcertant s’il en fut, et, répétons-le, inachevé, L’Anti-Justine n’a pas fini de partager ses lecteurs : pour Gilbert Lely, c’est « Un des rares chefs-d’œuvre de la littérature obscène et peut-être l’ouvrage le plus saisissant de Restif ». Pour Charles Monselet (et bien d’autres), « C’est une éruption de désirs odieux, où l’on trouve cyniquement dramatisés des épisodes de sa propre vie ». Encore faut-il, pour bien juger l’ouvrage, le lire dans un texte satisfaisant, comme ici.

 

La reproduction en fac-similé de l’« édition originale », telle que le Cercle du Livre précieux l’a procurée en 1960 (par les soins de « G. R. », c’est-à-dire de Gilbert Rougé, le grand spécialiste de Restif), est certes d’un grand intérêt documentaire, mais elle est absolument illisible pour le lecteur courant contemporain, en raison de l’orthographe et de la ponctuation adaptée par Restif.

Les deux meilleures éditions « lisibles » de L’Anti-Justine sont incontestablement d’une part celle procurée par Helpey (Louis Perceau), clandestinement, vers 1930 (chez Maurice Duflou), d’autre part celle procurée par Charles Hirsch pour la collection « L’Enfer de la Bibliothèque nationale » en 1985. Nous avons suivi ici tantôt l’une, tantôt l’autre, en prenant dans chacune ce qui nous paraissait le meilleur. En particulier, nous n’avons pas toujours suivi Charles Hirsch en ce qui concerne le découpage des chapitres.

 

Les motifs de l’attribution de L’Anti-Justine par Restif à l’avocat Linguet (Simon, Nicolas, Henri, et non Jean-Pierre) demeurent mystérieux.

GLOSSAIRE ET CLEFS DES PERSONNAGES

 

Restif emploie quelquefois des mots rares, ou bien il donne un sens littéral à des termes courants, déconcertant ainsi le lecteur. Nous avons jugé utile de fournir à celui-ci un petit glossaire, sur la base de celui procuré par Charles Hirsch pour l’édition de « L’Enfer de la Bibliothèque nationale » chez Fayard, et que nous avons complété.

D’autre part, les personnages de L’Anti-Justine portent des pseudonymes parfois transparents, parfois obscurs. Nous avons tenté de les percer à jour. On se reportera principalement à Monsieur Nicolas pour retrouver les uns et les autres, sans attacher toutefois trop d’importance à une identification parfois fantasmatique.

 

Bavaroise : « Infusion de thé et de sirop de capillaire, sucrée et mêlée avec du lait » (Littré).

Beauconin : Beaucousin, beau-frère de Nicolas.

Beauconnin (Mariette) : Nièce de Restif.

« Belle-soeur (Ma) » : Suzette Lebègue, sœur d’Agnès Lebègue, femme de Restif.

Bourgelat : Edme Boujat, demi-frère de Restif, né du premier mariage de Barbe Ferlet.

Boutade : « Coup porté, saillie d’esprit ou d’humeur, caprice » (Littré). C’est ce dernier sens qui doit être pris ici.

Boute-en-train : « Terme de haras. Cheval entier placé au voisinage des femelles à l’effet de les mettre en chaleur et de les disposer à l’accouplement » (Littré).

Brideconin (Mme) : Mme Berthet, femme du graveur qui avait exécuté la plus grande partie des planches des Contemporaines.

Casement : « Au trictrac et aux jeux dérivés du tritrac. Manière de faire des cases » (Pierre Larousse).

« Coiffeuses » : Peut-être Désirée Didier et ses élèves.

Comprenant (Mme) : Victorine Guisland, dame Monclar.

Conindoré : Mélanie Raguiolot.

Connette : Colette Sarrazin.

Conquette-Ellés : Agnès Lebègue, femme de Restif.

Conquette-Ingénue : « Ma fille aînée ». Également Mme Poilsoyeux.

Conquette (Victoire) : Marion Restif, fille cadette de Restif.

Cupidonnet : C’est Restif. Mais c’est aussi Petitcoq, « mon neveu ».

Cyniquement : à prendre au pied de la lettre ; à la manière des chiens.

Desessart : « Le ventre de Desessarts » (Émile Dechanet, dit) : « Célèbre comédien français, né à Langres en 1740, mort en 1793 [...]. Cet artiste était d’une grosseur démesurée » (Pierre Larousse). Restif a bien connu Desessart.

Dsds : C’est le marquis de Sade, que Restif orthographie « de Sades », comme plusieurs de ses contemporains.

Fanfan : Sara Debée.

Fidelette : Mme Folin, que Restif appelle ailleurs Filette, ou Fillette, ou Alanette.

Fontanes (de) : Le Scaturin de La Femme infidèle.

Guaé : voir Vitnègre.

Manne : « Par assimilation à la manne du ciel. Suc concret qui nous vient, par Marseille, de la Sicile et de la Calabre, où on le récolte sur une espèce de frêne […]. La manne est purgative » (Littré).

Minonne : Manon Wallon : Sœur de Théodore Wallon.

Moresquin (Mme) : Peut-être Félicité Mesnager. Mais plutôt Mlle Laruelle.

Pédi1uve : Bain de pieds.

Physitère : Restif désigne ainsi l’homme à queue, et l’orthographie Fisitère. Comme Charles Hirsch, nous lui donnons une orthographe plus conforme à l’étymologie.

Poilsoyeux (Mme) : V. Conquette-Ingénue.

Rose-Mauve : Flavienne Raguidot.

Super : « Terme de marine. Se dit de l’action d’une pompe qui, ne rencontrant plus d’eau, aspire l’étoupe » (Littré).

Timon : Blérié de Sérivillé. Ami d’Augé. Commis des poudres et salpètres à l’Arsenal.

Trait-d’Amour : Théodore Wallon. « Élève » et apprenti de Restif.

« Une jolie bossue toujours bien chaussée» : Mme Chéreau.

« Une jolie paysanne qui me portait à vêpres » : Marie Piot.

« Un vieil horloger de la rue Saint-Honoré » : Folin, ou Filon, ou encore Nilof ou Niflo.

Vertigo : « Terme familier. Caprice, fantaisie » (Littré).

Vitnègre, ou Guaé : Augé, gendre de Restif.

Vivodisséqueur : Disséqueur d’êtres vivants (Sade).

JEAN-JACQUES PAUVERT


[1] Voir l’excellent article de Pierre Testud : « Rétif et Sade », dans le n° 212 de la Revue des Sciences humaines, 1988-4.

[2] Restif orthographie Sades, comme beaucoup de ses contemporains.

[3] Voir son introduction à l’édition du Cercle du Livre Précieux (1960), reproduisant le plus fidèlement possible l’« édition originale ».

 

L’ANTI-JUSTINE

ou

Les délices de l’amour

 

par

M. Linguet

Av. au et en Parlem.

 

Casta placent superis

Minibus puris sumite (cunnos)

 

 

 

AU PALAIS-ROYAL

 

Chez feue la Veuve Girouard

très connue

1798

AVERTISSEMENT

Quelle excuse peut se donner à lui-même l’homme qui publie un ouvrage tel que celui qu’on va lire. J’en ai cent pour une. Un auteur doit avoir pour but le bonheur de ses lecteurs. Il n’est rien qui contribue autant au bonheur qu’une lecture agréable. Fontenelle disait : « Il n’est point de chagrin qui tienne contre une heure de lecture. » Or, de toutes les lectures, la plus entraînante est celle des ouvrages érotiques, surtout lorsqu’ils sont accompagnés de figures expressives. Blasé sur les femmes depuis longtemps, la Justine de Dsds me tomba sous la main. Elle me mit en feu. Je voulus jouir, et ce fut avec fureur : je mordis les seins de ma monture, je lui tordis la chair des bras... Honteux de ces excès, effets de ma lecture, je me fis à moi-même un Erotikon savoureux, mais non cruel, qui m’excita au point de me faire enfiler une bossue bancroche haute de deux pieds. Prenez, lisez, et vous en ferez autant.

PRÉFACE

Personne n’a été plus indigné que moi des sales ouvrages de l’infâme Dsds, c’est-à-dire de Justine, Aline, Le Boudoir, La Théorie du Libertinage, que je lis dans ma prison. Ce scélérat ne présente les délices de l’amour, pour les hommes, qu’accompagnées de tourments, de la mort même, pour les femmes. Mon but est de faire un livre plus savoureux que les siens, et que les épouses pourront faire lire à leurs maris pour en être mieux servies, un livre où les sens parleront au cœur, où le libertinage n’ait rien de cruel pour le sexe des Grâces, et lui rende plutôt la vie que de lui causer la mort, où l’amour, ramené à la nature, exempt de scrupules et de préjugés, ne présente que des images riantes et voluptueuses. On adorera les femmes en le lisant, on les chérira en les enconnant. Mais l’on en abhorrera davantage le vivodisséqueur, le même qui fut tiré de la Bastille avec une longue barbe blanche le 14 juillet 1789. Puisse l’ouvrage enchanteur que je publie faire tomber les siens !

 

Mauvais livre fait dans de bonnes vues.

 

Moi, Jean-Pierre Linguet, maintenant détenu à la Conciergerie, déclare que je n’ai composé cet ouvrage, tout savoureux qu’il est, que dans des vues utiles. L’inceste, par exemple, ne s’y trouve que pour équivaloir, au goût corrompu des libertins, les affreuses cruautés par lesquelles Dsds les stimule.

 

Floréal, an 2.

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

De l’enfant qui bande

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