Histoire du roi Gonzalve , livre ebook

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Voici dans ce volume l'Histoire du roi Gonzalve et des douze princesses (petit roman dont c'est la première édition en librairie), les inénarrables quatrains de Pybrac (" Je n'aime pas à voir "...), et pour terminer les magnifiques poèmes érotiques de La Femme, splendides et audacieuses évocations et ses réduits les plus secrets.
Pierre Louÿs, l'un des meilleurs écrivains français, a non seulement publié avec son roman Aphrodite, le plus éclatant manifeste pour la liberté amoureuse, mais il fut aussi on le sait aujourd'hui, un des plus infatigables producteurs de textes licencieux qui soit. Retrouvés après sa mort, publiés clandestinement, devenus introuvables, ce sont autant de petits chefs-d'oeuvre dont notre collection s'efforcera de présenter, peu à peu, le premier ensemble au format de poche.





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Publié par

Date de parution

03 janvier 2013

Nombre de lectures

141

EAN13

9782364902374

Langue

Français

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PIERRE LOUŸS

Histoire du roi Gonzalve

Pybrac

La Femme

Pierre Louÿs, l’un des meilleurs écrivains français, a non seulement publié, avec son roman Aphrodite, le plus éclatant manifeste pour la liberté amoureuse, mais il fut aussi, on le sait aujourd’hui, un des plus infatigables producteurs de textes licencieux qui soit. Retrouvés après sa mort, publiés clandestinement, devenus introuvables, ce sont autant de petits chefs-d’oeuvres dont notre collection s’efforcera de présenter, peu à peu, le premier ensemble au format poche.

Voici dans ce volume l’Histoire du roi Gonzalve et des douze princesses (petit roman dont c’est la première édition en librairie), les inénarrables quatrains de Pybrac (« Je n’aime pas à voir... »), et pour terminer les magnifiques poèmes érotiques de La Femme (pour la première fois en format poche), splendides et audacieuses évocations du corps féminin dans ses formes les plus resplendissantes et ses réduits les plus secrets.

PRÉFACE

Pierre Louis, qui préféra se faire appeler Louÿs, à la mode symboliste, fut ce jeune écrivain révélé d’un seul coup au grand public, à vingt-six-ans, par la magie d’Aphrodite (1896), roman de « mœurs antiques » qui fut un des plus étonnant succès de librairie de la fin du siècle dernier, et demeura longtemps la grande lecture érotique des adolescents français. Ami très tôt de deux autres jeunes poètes, André Gide et Paul Valéry, appelés à le dépasser en célébrité (mais Valéry, en tout cas, devait lui rester toujours fidèle), Pierre Louÿs était déjà l’auteur des Chansons de Bilitis (1894), faussement présentées comme poésies traduites du grec, écrites par une poétesse contemporaine de Sappho et miraculeusement retrouvées ; « un de ses chefs-d’œuvre et l’un des plus heureux spécimens de poèmes en prose jamais conçus dans notre langue » (Dictionnaire des auteurs). Cette mystification, qui trompa plusieurs érudits officiels, devait peser plus tard sur la carrière de Louÿs.

En vérité, tout autant qu’au roman, le retentissement d’Aphrodite tenait pour une bonne part à sa préface, véritable manifeste qu’on pourrait dire au premier abord naturiste : « Le jeune compagnon d’André Gide et de Paul Valéry, que l’on rencontre au grenier des Goncourt et aux mardis de Mallarmé, secoue avec dédain la fange « fin de siècle » qui alourdit ses fines bottines. Il plonge avec un bonheur nostalgique dans l’air méditerranéen d’avant le christianisme, que purifie la mer et le soleil » (Patrick Waldberg, Eros modern’style). Et il n’est pas indifférent que 1896 soit l’année des premiers Jeux olympiques, la première grande fête moderne du corps et du plein air. Mais Aphrodite c’est aussi bien plus que cela : le livre tout entier, avec sa préface, est le grand manifeste pour l’amour, l’amour complet, physique compris, plaisir inclus, contre l’amour honteux ou conventionnel, réduit au « péché » ou à l’union officielle avec sa procréation obligatoire. « Jusqu’à ce jour », écrit Pierre Louÿs, « les écrivains modernes qui se sont adressés à un public moins prévenu que celui des jeunes filles et des jeunes normaliens ont usé d’un stratagème laborieux dont l’hypocrisie me déplaît : “J’ai peint la volupté telle qu’elle est, disent-ils, afin d’exalter les vertus” . En tête d’un roman dont l’intrigue se déroule à Alexandrie, je me refuse absolument à commettre cet anachronisme.

L’amour, avec toutes ses conséquences, était pour les Grecs le sentiment le plus vertueux et le plus fécond en grandeurs. Ils n’y attachèrent jamais les idées d’impudicité et d’immodestie que la tradition israélite a importé parmi nous avec la doctrine chrétienne [...] Un homme et une femme qui, sans être engagés d’aucun lien par ailleurs s’unissaient, fût-ce en public et quelle que fût leur jeunesse, étaient considérés comme ne nuisant à personne et laissés en liberté. ».

Certainement Pierre Louÿs idéalise un peu trop la vie amoureuse de la Grèce antique. Mais ce qui était important, en 1896, c’est cette revendication pour la liberté de l’esprit et du corps qu’il apportait. Toute une jeunesse s’y reconnut, et pour longtemps. « Qu’ils se retrouvent aux mains de la dactylo, le soir dans un train de banlieue ou sur la table de nuit de la chambre d’hôtel où dort la grue, Aphrodite ou Les chansons de Bilitis gardent leur pouvoir d’évocation ou d’invitation à l’amour, au sens héroïque », écrira Robert Desnos en 1920 dans son essai De l’Érotisme considéré dans ses manifestations écrites et du point de vue de l’esprit moderne (repris dans Nouvelles Hébrides en 1978).

Partie sur ces bases, la démarche littéraire de Pierre Louÿs promettait beaucoup, justement, dans le domaine des manifestations écrites de l’érotisme. Promesses malheureusement non tenues, à ce qu’il sembla pendant longtemps, et ce n’est pas l’hédonisme un peu laborieux et trop au ras des pâquerettes des Aventures du roi Pausole, en 1901, qui pouvait ranimer la flamme. Quelque chose semblait brisé chez Louÿs.

L’histoire de sa vie n’a pas sa place ici. Elle est maintenant connue 1. Amours contrariées, vie érotique peut-être excessive, la radieuse jeunesse de Pierre Louÿs n’aura guère duré. Sa vieillesse prématurée sera misérable. À peu près ruiné, pour ainsi dire aveugle, mal marié par utilité, trompé par des secrétaires sans scrupule, il meurt désespéré à cinquante-cinq ans, en décembre 1925.

 

Immédiatement sa bibliothèque est dispersée, et des manuscrits commencent à circuler. Manuscrits scandaleux aussitôt imprimés – clandestinement, bien entendu. Et l’indignation est grande chez les dévots de Louÿs (car il lui reste des admirateurs fidèles) : jamais ce délicat poète n’aurait pu écrire de telles horreurs. Mais les horreurs s’accumulent dans les trois années qui suivent la mort de l’auteur d’Aphrodite : Manuel de civilité, Trois filles de leur mère, en 1926 ; Histoire du roi Gonzalve, Poésies érotiques, Pybrac, Douze douzains de dialogues, en 1927 ; Aphrodite et Chansons de Bilitis (versions libres), en 1928... Il s’en retrouve et s’en imprime encore aujourd’hui. Les dévots crient à l’imposture, aux faussaires. Les éditeurs clandestins (comme René Bonnel) répliquent en imprimant des fac-similés de manuscrits. C’est un secrétaire, affirme le camp adverse, qui aura imité l’écriture de Pierre Louÿs. La polémique s’envenime.

La vérité, nous la connaissons aujourd’hui, sans contestation possible : Pierre Louÿs aura été l’un des écrivains érotiques les plus féconds de notre littérature 2. Et loin que ses écrits « scandaleux » soient, comme on l’a prétendu aussi, des productions de la sénilité, ils viennent de toutes les époques de sa vie, y compris sa jeunesse. Il est probable qu’aucune journée de l’existence de Pierre Louÿs n’aura passé sans qu’il trace un distique obscène, une maxime immorale, sans qu’il esquisse un récit impudique. Et c’est tant mieux pour lui, qui sans doute y trouva un dérivatif aux misères de sa fin, tant mieux pour nous, et tant mieux pour la littérature. Ses « érotiques », prose et poésie, sont autant de petits chefs-d’œuvre dont notre collection s’efforcera de présenter, peu à peu, le premier ensemble au format de poche.

 

On trouvera dans le présent volume l’ Histoire du roi Gonzalve et des douze princesses (petit roman dont c’est la première édition en librairie), les inénarrables quatrains de Pybrac (« je n’aime pas à voir »...), et pour terminer les magnifiques poèmes érotiques de La Femme (pour la première fois en format de poche), splendides et audacieuses évocations du corps féminin dans ses formes les plus resplendissantes et ses réduits les plus secrets.

JEAN-JACQUES PAUVERT


[1] Grâce à Jean-Paul Goujon, et depuis sa remarquable Vie de Pierre Louÿs, chez Seghers.

[2] Voir sur le sujet l'exhaustive introduction de Jean-Paul Goujon aux Œuvres érotiques de Pierre Louÿs publiées par Sophie Rongiéras aux Editions Sortilèges, qui auront beaucoup perdu avec le départ de leur fondatrice ; alors que La Musardine éditions et librairie, y gagnait tout, à commencer par son existence.

HISTOIRE DU ROI GONZALVE
ET DES DOUZE PRINCESSES

I

Il était une fois un roi et une reine qui eurent douze filles en dix ans.

Quand l’aînée eut dix-huit ans et la plus jeune sept et demi, le saint confesseur des douze princesses demanda une audience au roi, une audience particulière. Il l’obtint un soir, toutes portes fermées.

« Sire, lui dit-il, je ne saurais, même à vous, révéler un secret du confessionnal, mais il m’est revenu par ouï-dire que le Malin tente Leurs Altesses...

— En vain, monsieur l’abbé ?

— En vain. Cependant, afin d’échapper à la tentation, elles se livrent toutes à certaines pratiques... parfois solitaires... parfois non...

— Qu’entendez-vous par là ? Recevraient-elles...

— Personne ! Mais ces pratiques, dont Votre Majesté ne peut concevoir les détails, se perpètrent en commun. Bref ! Leurs Altesses ne songent, nuit et jour, qu’aux désirs de la chair et aux moyens furtifs de les apaiser.

— Je vous remercie, monsieur l’abbé, dit le roi. Cette question ne concerne que mon autorité. Allez trouver la reine. Dites-lui que son récent projet de passer quelques mois dans un monastère ne me déplaît pas. Je l’approuve dès ce soir. Conduisez-la vous-même à cent lieues d’ici, et restez auprès d’elle ; soyez le confesseur de Sa Majesté. Cette charge de premier rang est la grâce que j’accorde à vos bons offices. »

 

Dès que la reine et le prélat eurent quitté le palais, le roi Gonzalve fit appeler une demoiselle de la cour et, toutes portes fermées pour la seconde fois, il lui permit de s’agenouiller familièrement entre ses jambes.

« Le jour où je t’ai nommée fille damoiselle de Leurs Altesses, que t’ai-je dit, Chloris ? Tu rougis ?

— Que vous me faisiez la grâce de bander pour moi, Seigneur, encore que j’en fusse indigne.

— Ensuite ?

— Que je semblais moins indigne d’inspirer un désir, quand je me suis mise nue de la tête aux pieds.

— Ensuite ?

— Que mes façons de baiser étaient assez chaudes pour me faire pardonner la perte et l’absence de mon pucelage.

— Ensuite ?

— Que je n’étais pas moins pardonnable de savoir ouvrir mes fesses, prêter ma langue ou ma bouche ; que l’on me soupçonnait d’être gousse, mais que vous me trouviez, Sire, assez tendre putain pour devenir fille d’honneur...

— De mes filles.

— Dès le lendemain, j’ai pu vous dire que toutes les douze étaient pucelles.

— Mais que tu n’avais rien à leur apprendre.

— Les filles du roi savent tout sans avoir rien appris.

— Et pourquoi le roi qui a tant appris ne sait-il pas tout ?

— Pour que j’aie le plaisir de lui dire le reste. »

Après un instant de silence, le roi lui fit signe d’approcher et de parler à l’oreille : ce qu’elle fit, toujours agenouillée, dans ses bras.

« Elles sont à point. Laquelle voulez-vous pour cette nuit ?

— Comment devines-tu que je n’en veux qu’une ?

— Cœur d’amoureuse devine tout ce qu’on ne lui dit pas.

— Même celle des douze que je vais nommer ?

— Oui, et que votre choix m’est assez connu pour que j’ose vous le souffler tout bas.

— Si c’était toi ?

— Non, Sire, vous êtes trop bon et plus que je ne suis sotte. Puis-je tenter de lire dans vos yeux celle que vous choisirez vous-même ? »

Les douze princesses portaient de simples noms : Prima, 18 ans ; Secunda, 17 ; Tertia, 16 ; Quarta et Quinta, jumelles, 15 ; Sexta, 14 ; Septima, 13 ; Octava, 12 ; Nona, 11 ; Decima, 10 ; Puella, 9 ; Parvulla, 7 et demi.

« Pas si tôt, répondit le roi. Quelle est la pire des douze ?

— Toutes.

— Diable.

— Elles ont pris pour maxime morale : « Branlez-vous les unes les autres » et ne jouent à aucun jeu qui ne se termine ainsi.

— Lesquelles sont femmes ?

— Les six premières ; mais la septième est une des plus enragées ; et les cinq petites sont les plus obscènes.

— S’il en est ainsi, je te prends au mot ou, pour le mieux dire, à la motte. Chloris, compte les poils par où je te tiens ; c’est ma façon de tirer au sort. »

Chloris, surprise, en compta sept.

« Sept poils désignent Septima, dit le roi.

— C’est plus de poils qu’elle n’en a ! fit Chloris en riant. Mais elle est enragée, ne viens-je pas de vous le dire ? Et ce serait dommage de la dépuceler par-devant.

— Cela signifie que... ?

— Que les trouvant pucelles et si chaudes, vos filles, je leur ai donné à toutes le désir, I’instinct, le goût de...

— N’achève pas, mon intelligence est considérable. J’ai compris.

— Septima ne mit pas plus de temps à comprendre ma pensée. Elle est à point comme ses sœurs.

— Va la chercher. Amène-la telle qu’elle est. Ne dis rien aux autres. Préviens la petite quand tu seras seule avec elle et soyez dans ma chambre aussitôt après. »

II

Chloris prit Septima telle qu’elle était, toute nue. Et si peu de temps qu’elle se trouva seule avec la petite princesse, elle sut parler et se faire comprendre. Septima ne s’étonnait de rien ; elle entra nue, fit une révérence et dit :

« Bonsoir papa, je peux coucher avec toi ?

— Si tu es sage.

— Non, je ne serai pas sage du tout, mais ça ne fait rien.

— Si tu ne dois pas être sage, Chloris va rester. C’est plus prudent.

— Oh ! oui ! C’est plus prudent ! » répéta Septima, non sans cligner de l’œil vers sa fille d’honneur.

Celle-ci, toujours debout dans sa longue robe légère, vint dire à l’oreille du roi que Septima était prévenue, qu’elle savait que toute franchise lui était accordée pour la nuit et qu’elle répondrait sans détours à un interrogatoire.

« Septima, dit le roi, qu’est-ce que tu sais le mieux ?

— La morale.

— Ah ! Et quelle différence y a-t-il entre le vice et la vertu ?

— La même qu’entre le con et le cul. Un petit doigt.

— Cela commence bien. Combien as-tu de vertus et de vices ?

— J’ai deux vertus, mes deux trous. Et deux vices, mes deux trous aussi. Faut-il dire pourquoi ?

— Oui, je crois que tu sais trop de morale, tu parles obscurément comme la philosophie. »

Sans la moindre timidité, Septima se coucha en travers du lit et, tout au bord, leva les jambes.

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