Gamiani ou deux nuits d'excès , livre ebook

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Gamiani, le seul érotique romantique, marque d'une empreinte profonde tous ses lecteurs. C'est l'ouvrage clandestin qui a été le plus souvent réédité depuis le siècle dernier.
Malheureusement, de réédition en réédition, le vrai texte disparaissait de plus en plus derrière des versions " corrigées ", dues à des lecteurs inattentifs ou prétentieux, qui jugeaient bon de donner leur version " puisque le texte n'était pas de Musset. "
Aujourd'hui, grâce au professeur Simon Jeune (éditeur du Musset de la Pléiade), nous savons sans pouvoir en douter que le texte est bien de Musset, et nous disposons d'une version authentique, enrichie de quelques notes explicatives. C'est celle-ci que nous vous présentons, suivie de l'étude de Simon Jeune qui en restitue la paternité à son auteur.
Voici donc, pour la première fois depuis sa publication (à tirage très limité), le vrai texte d'Alfred de Musset.





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Publié par

Date de parution

06 décembre 2012

Nombre de lectures

94

EAN13

9782364902466

Langue

Français

Cover

ALFRED DE MUSSET

Gamiani

ou Deux nuits d’excès

Gamiani, le seul érotique romantique, marque d’une empreinte profonde tous ses lecteurs. C’est l’ouvrage clandestin qui a été le plus souvent réédité depuis le siècle dernier.

Malheureusement, de réédition en réédition, le vrai texte disparaissait de plus en plus derrière des versions « corrigées », dues à des lecteurs inattentifs ou prétentieux, qui jugeaient bon de donner leur version « puisque le texte n’était pas de Musset. »

Aujourd’hui, grâce au professeur Simon Jeune (éditeur du Musset de la Pléiade), nous savons sans pouvoir en douter que le texte est bien de Musset, et nous disposons d’une version authentique, enrichie de quelques notes explicatives. C’est celle-ci que nous vous présentons, suivie de l’étude de Simon Jeune qui en restitue la paternité à son auteur.

Voici donc, pour la première fois depuis sa publication (à tirage très limité), le vrai texte d’Alfred de Musset.

PRÉFACE

Si Gamiani n’existait pas, il n’y aurait pas d’érotisme littéraire romantique. Bizarrement, les clandestins de l’époque 1830-1860, soit se rattachent plus ou moins au XVIIIe siècle (La Foutriade, La Tourelle de Saint-Étienne, L’Intrigue au bordel...), soit, un peu plus tard, participent du réalisme naissant (Henry Monnier, L’Examen de Flora, Lettre à la Présidente...). Ce n’est que dans le dessin, la gravure, la lithographie, principalement chez Devéria et quelques-uns de ses imitateurs, que l’imaginaire romantique participe de l’érotisme. Encore n’est-il ici souvent romantique que par la manière, les costumes; le fond des choses, si l’on peut dire, restant sensiblement le même qu’au siècle précédent.

C’est assez étrange, car Victor Hugo avait réclamé en 1827 une grande liberté pour les artistes : « Tout ce qui est dans la nature est dans l’art [...]. La nature, donc, la nature et la vérité » (Préface à Cromwell, 1827). Mais peu de temps après il avait précisé : « L’art doit être grave, candide et religieux » (Préface à Littérature et Philosophie mêlées, 1834). Et i1 était toujours prêt à jeter sur les obscénités « le voile qui convient 1».

 

La deuxième génération romantique, Jeune-France et Bousingos, en restera aux audaces formelles. Certes la préface à Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gautier (1835), accumule les provocations théoriques :

 

« Les livres suivent les mœurs et les mœurs ne suivent pas les livres [...]. La Régence a fait Crébillon, ce n’est pas Crébillon qui a fait la Régence […]. Les siècles se succèdent, et chacun porte son fruit, qui n’est pas celui du siècle précédent ; les livres sont le fruit des mœurs... »

 

Alors disons que les mœurs de l’époque ne donnent guère de fruits bien dérangeants. Car Mademoiselle de Maupin (pourtant d’un érotisme subtil, mais souvent assez prenant), ne fit pas vraiment scandale. Robert Desnos explique fort bien le caractère irréaliste de l’érotisme romantique:

 

« Les déclamations des romantiques contre Sade expliquent leur état d’esprit à ce sujet. Les Contes ne les effraient pas en eux-mêmes, ce qu’ils craignent c’est leur caractère de véracité 2. »

 

Émile Zola, quarante ans plus tard, livrera sa propre explication :

 

« Une réflexion qui m’a beaucoup frappé, c’est que le romantisme, dans ses audaces de langue, a pourtant toujours reculé devant le mot propre. Puisqu’il avait la prétention de renouer avec le XVIe siècle, par-dessus la longue période classique, de remonter au génie national, de reprendre à sa source la verdeur et la richesse du vieux langage, pourquoi s’est-il contenté du panache, de la phrase lyrique et éclatante, de ce flot d’images qui déborde chez les poètes, sans jamais s’attaquer au mot propre, à la franchise et à la simplicité forte de l’expression ? C’est tout simplement que le romantisme, malgré ses allures de mousquetaire, son horreur affichée du bourgeois n’est au fond qu’un fils de notre âge pudibond et peureux » (De la Moralité en littérature).

 

Oui, c’est bien possible...

 

Pourtant, il y a Gamiani, « le seul véritable roman romantique obscène » (Robert Desnos). Imprimé à très peu d’exemplaires vers 1833, par l’atelier de Devéria, croit-on, Gamiani ne connut d’abord qu’une diffusion fort limitée, avant d’accéder, de 1865 environ, à la guerre de 14-18, au titre de clandestin le plus vendu du siècle, d’après Perceau 3.

 

C’est que, de même que pour Baudelaire, qui gravit peu à peu les degrés qui vont le faire accéder au rang de poète national en 1917, au moment où i1 tombe dans le domaine public, Gamiani met brutalement en lumière les inquiétudes et les revendications masculines de toute une époque, soigneusement passées sous silence, ou bien édulcorées, par la littérature officielle.

Et avant tout, la peur de la femme. Encore plus nette que chez Baudelaire, cette terreur de la féminité prend dans Gamiani des proportions monstrueuses, à la mesure de cette création romanesque démesurée. La comtesse Gamiani matérialise toutes les frustrations masculines devant ce mystère qui s’épaissit au XIXe siècle: qu’est-ce qu’une femme?

La réponse exaspérée de Musset — et en cela il va plus loin que Baudelaire —, c’est que la femme, au fond, est un monstre. Monstre de luxure, incapable d’être satisfaite d’un seul homme, monstre d’adaptation à toutes les folies de la chair (qu’on en juge par la facilité avec laquelle Fanny se laisse séduire, puis se hausse presque au niveau infernal de Gamiani). Nous tenons avec Gamiani, et seulement avec Gamiani, le secret de la profonde insatisfaction romantique : la femme n’est pas un refuge, pas une consolation, pas une compagne; au xixe siècle, ramenée à l’état d’enfance par le Code Napoléon, la femme s’est éloignée de l’homme et le combat avec les armes qui lui restent. Il n’était pas indifférent que ce soit Musset, même sous le couvert de l’anonymat, qui le dise.

 

Nous ne pouvions faire moins que de donner, à la suite de Gamiani, la remarquable préface de Monsieur Simon Jeune (grand spécialiste de Musset, dont i1 a présenté les œuvres dans la Pléiade) à l’édition Jean-Jacques Pauvert/Ramsay de 1992 de Gamiani, dont nous suivons le texte impeccable. Préface dans laquelle il établissait pour la première fois, de manière indubitable et définitive, l’attribution de ce texte essentiel à l’auteur des Nuits, fermant ainsi la bouche à tous ceux qui, sous prétexte de défendre la mémoire d’un poète, lui retiraient un de ses meilleurs arguments pour prétendre exister un peu plus longtemps dans la mémoire des hommes.

JEAN-JACQUES PAUVERT


[1] Hugo en 1834, refusant de commenter les lettres de Mirabeau à Sophie qui ne sont pas « passion pure », et ajoutant : « Nous jetons sur les autres le voile qui convient. »

[2] De l'érotisme considéré dans ses manifestations écrites et du point de vue de l'esprit moderne.

[3] Qui recense, de 1833 à 1930, pas moins de 41 réimpressions.

NOTE SUR L’ÉTABLISSEMENT DU TEXTE

Les circonstances spéciales dans lesquelles est intervenue la publication de l’édition originale de Gamiani imposent des précautions particulières pour l’établissement du texte. Comme on l’a vu dans l’avant-propos, le texte de 1833 a en effet été lithographié par deux mains différentes. Les fautes d’orthographe ou d’accentuation sont nombreuses, surtout dans la deuxième partie. Et ce texte, plus difficile à corriger sur la pierre lithographique que sur une épreuve typographique, ne semble pas avoir été revu par l’auteur.

D’autre part Musset, créant une écriture de la transgression pour développer sa thématique de l’excès, s’est donné la liberté de remettre en usage des termes et des tours oubliés ou même de créer des néologismes, et cette écriture, incomprise, a amené les éditeurs successifs à « corriger » le texte original réputé « incorrect ». Les copistes eux-mêmes ont été désorientés par la langue de ce manuscrit qu’ils avaient pourtant pour mission de reproduire telle quelle ; ils ont procédé à quelques corrections ou approximations regrettables. Nous avons donc adopté les principes suivants :

1° Les erreurs évidentes : fautes d’orthographe ou d’inattention (celles-ci équivalentes à des « coquilles ») ont été corrigées, sans qu’il parût nécessaire de les signaler.

2° Les variantes purement orthographiques, apparaissant de manière capricieuse et instable, ont été unifiées en donnant la préférence à l’orthographe actuelle, vu qu’il n’est nullement assuré que l’orthographe des copistes reproduise fidèlement celle de Musset lui-même.

3° Les indications du texte original incompatibles avec un contexte qu’elles rendent absurde ont été corrigées en fonction des exigences de ce contexte.

4° Dans le très petit nombre de cas où une incertitude subsiste, une note critique de bas de page fait le point et propose une solution (les notes appelées par un astérisque font partie du texte original et ont Musset pour auteur).

Enfin, pour l’agrément de la lecture, nous avons jugé bon de restituer partout le nom entier des interlocuteurs des dialogues (réduit à une initiale dès la deuxième page du texte original), et de placer ce nom de manière classique au-dessus de chaque réplique et non au début de sa première ligne, disposition manifestement adoptée par les premiers copistes dans le seul but de gagner des pages lithographiées. Ce mode de présentation est d’ailleurs celui qu’adopte Musset lui-même dans son long poème « Don Paez » des Contes d’Espagne et d’Italie : lorsque le dialogue s’installe, c’est au-dessus des répliques qu’apparaissent les noms des protagonistes, Don Paez, Bélisa et Juana.

SIMON JEUNE  / JEAN-JACQUES PAUVERT

PREMIÈRE PARTIE

UNE NUIT D’EXCÈS

 

Minuit sonnait, et les salons de la comtesse Gamiani resplendissaient encore de l’éclat des lumières.

Les rondes, les quadrilles s’animaient, s’emportaient aux sons d’un orchestre enivrant. Les toilettes étaient merveilleuses, les parures étincelaient.

Gracieuse, empressée, la maîtresse du bal semblait jouir du succès d’une fête préparée, annoncée à grands frais. On la voyait sourire agréablement à tous les mots flatteurs, aux paroles d’usage que chacun lui prodiguait pour payer sa présence.

Renfermé dans mon rôle habituel d’observateur, j’avais déjà fait plus d’une remarque qui me dispensait d’accorder à la comtesse Gamiani le mérite qu’on lui supposait. Comme femme du monde, je l’eus bientôt jugée, il me restait à disséquer son être moral, à porter le scalpel dans les régions du cœur ; et je ne sais quoi d’étrange, d’inconnu, me gênait, m’arrêtait dans mon examen. J’éprouvais une peine infinie à démêler le fond de l’existence de cette femme, dont la conduite n’expliquait rien.

Jeune encore avec une immense fortune, jolie au goût du grand nombre, cette femme sans parents, sans amis avoués, s’était en quelque sorte individualisée dans le monde. Elle dépensait seule, une existence capable, en toute apparence, de supporter plus d’un partage.

Bien des langues avaient glosé, finissant toujours par médire ; mais, faute de preuves, la comtesse demeurait impénétrable.

Les uns l’appelaient une Fœdora 1, une femme sans cœur et sans tempérament ; d’autres lui supposaient une âme profondément blessée et qui veut désormais se soustraire aux déceptions cruelles.

Je voulais sortir du doute : je mis à contribution toutes les ressources de ma logique ; mais ce fut en vain, je n’arrivai jamais à une conclusion satisfaisante.

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