Les Contes de nuit , livre ebook

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Extrait : "Je venais d'éprouver un de ces violents chagrins après lesquels il semble qu'il ne reste plus qu'à mourir. Tout manque : l'air, le soleil, la vie. Ce chagrin est la déception du coeur, l'illusion de l'amour perdu pour jamais, l'idole créée qu'il a fallu briser. Une grande foi chrétienne donne seule la force et la résignation nécessaires à ces mauvais jours. Cette foi, je ne l'avais pas sans doute, car je ne me sentais ni force, ni résignation contre le malheur..."

À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN :

Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants :

• Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin.
• Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.
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Nombre de lectures

28

EAN13

9782335121711

Langue

Français

EAN : 9782335121711

 
©Ligaran 2015

Préface
Les amoureux et les malades ne dorment guère. Une malade qui ne dort pas du tout a écrit les petites histoires que voici. Puissent-elles amener le sommeil à ceux qui les liront !… Il est si doux de dormir !… Bonsoir.
L’enfant des blés

I
Je venais d’éprouver un de ces violents chagrins après lesquels il semble qu’il ne reste plus qu’à mourir. Tout manque : l’air, le soleil, la vie. Ce chagrin est la déception du cœur, l’illusion de l’amour perdu pour jamais, l’idole créée qu’il a fallu briser.
Une grande foi chrétienne donne seule la force et la résignation nécessaires à ces mauvais jours. Cette foi, je ne l’avais pas sans doute, car je ne me sentais ni force, ni résignation contre le malheur qui me frappait. Fuyant l’étude, mes amis, dont les consolations me paraissaient des blasphèmes ; Paris, dont les joies tumultueuses me semblaient des insultes ; je ne trouvais de soulagement à mes cruelles souffrances que dans l’isolement des campagnes. Là, marchant au hasard, sans but et sans projets, comme je marchais dans la vie, sans espoir et sans avenir, mon âme ulcérée s’endormait quelquefois bercée par la fatigue. Alors, mon esprit, égaré dans des pensées incohérentes, incapable d’apprécier les objets, confondait tout autour de moi, le ciel, la terre, le parfum des fleurs , le chant des oiseaux. J’avais l’ivresse de la douleur !
On était au mois de juillet. J’avais quitté Paris de grand matin et pris la route qui, en passant par Rueil, conduit à Bougival. En suivant le petit sentier qui côtoie les murs de la Malmaison, je songeais à toutes les gloires qui étaient venues s’y éteindre, à tous les cœurs qui y avaient souffert ; la pitié qu’on accorde aux maux d’autrui semble réagir sur ceux qu’on ressent soi-même et les adoucir comme une caresse amie. Si, au lieu de se déchirer entre eux, les hommes s’unissaient pour se consoler les uns les autres, la vie à tous serait bien plus, douce.
Absorbé dans ces réflexions, j’avais fait beaucoup de chemin sans m’en être aperçu et gravi à moitié la côte rapide qui conduit aux hauteurs de Bougival, cette route charmante, sinueuse, ombragée par de verts châtaigniers, dont les pieds se baignent dans un océan de mousse et de violettes.
Midi sonnait à une petite église du voisinage ; le ciel, entièrement dégagé de nuages, laissait au soleil toute sa force ; la chaleur était accablante. Aussi fatigué de corps que d’esprit, j’éprouvais un invincible besoin de repos. L’ombre était engageante, je m’étendis au pied d’un arbre. Un demi-sommeil commençait à s’emparer de mes sens, lorsque le bruit agaçant d’une voiture roulant sur le sable me tira de l’engourdissement où j’étais plongé. Un wurst élégant, attelé de deux superbes chevaux, montait lentement la côte.
Le conducteur de ce riche équipage était un homme d’une trentaine d’années, remarquable par la régularité de ses traits et la noblesse de sa tournure. Son visage, empreint d’une pâleur puissante et passionnée, avait une expression de gravité que tempérait la douceur de son regard. À ses côtés était assise une jeune femme dans tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté, tenant, sur ses genoux, un petit garçon de deux ou trois ans. Je ne saurais dire lequel était le plus blanc, le plus frais, le plus adorablement gracieux de cette mère ou de cet enfant. Tous deux vêtus de rose, tous deux avec de grands yeux d’azur, de longs cheveux dorés épars sur la figure, les joues animées des mêmes nuances de la santé, on les confondait l’un dans l’autre. De l’un de ses bras passé-autour du corps de son fils, la jeune femme le retenait avec amour sur son cœur, tandis que l’enfant, tout fier du grand fouet que lui avait abandonné son père et croyant frapper bien fort, effleurait à peine la croupe luisante des chevaux fringants qui le traînaient. C’étaient alors des joies, des éclats de rire, naïfs et charmants, puis des baisers échangés entre chaque cri de victoire.
Au moment où la voiture passait devant moi, le jeune Phaéton laissa échapper son arme ; les chevaux s’arrêtèrent un instant, mais avant que le domestique assis derrière ses maîtres eût mis pied à terre, j’avais ramasse le fouet tombé dans la poussière, et je le remettais entre les petites mains suppliantes qui se tendaient vers moi pour le saisir. Avec une bonne grâce pleine de distinction, le père se leva pour me remercier.
– Paul, envoie un baiser à monsieur, dit la mère, et appuyant elle-même sa main délicate sur ses lèvres de corail, elle donna à son fils sa première leçon d’amour. Au lieu d’un baiser, l’enfant m’en envoya quatre.
– Voyez, comme Paul est sage, aujourd’hui, Dominique, dit la jeune femme.
Un regard ineffable de tendresse avait accompagné ces paroles ; mais celui auquel elles s’adressaient était devenu pâle comme un mort et ne répondit pas.
Ils parurent… Longtemps je les suivis des yeux, et quand le dernier pli transparent du voile de l’enchanteresse, le dernier ruban flottant de son chapeau, eurent disparu à travers les arbres, je croyais la voir encore.
Je tombai à terre… Il me semblait qu’un nouveau malheur venait de me frapper. Ah ! m’écriai-je, en serrant avec rage ma tête brûlante entre mes mains, à cet homme le bonheur, la richesse, la femme qu’il aime, le fruit de ses amours… À moi, le malheur, l’abandon, la solitude, le désespoir !

II
On l’a dit : quand la coupe est pleine, il suffit d’une dernière goutte d’eau pour la faire déborder. La scène que je viens de décrire, bien simple en apparence, pourtant, fut pour mon cœur, rempli d’amertume, la dernière goutte de fiel. Je pris la résolution de fuir tout à fait les hommes et les lieux fréquentés par eux. Après avoir arrangé mes affaires de manière à ne point avoir à m’en occuper pendant plusieurs années, je partis sans dire adieu à personne, sans laisser derrière moi aucun indice de la direction que je prenais. Le savais-je moi-même ?
Ce fut au bord du Rhin, un peu avant d’entrer en Suisse, que je m’arrêtai pour la première fois. Sur les rives du fleuve, un pêcheur avait sa cabane : il y vivait seul ; partait le matin pour ne rentrer que le soir ; je lui demandai à partager sa demeure. Pendant deux ans je vécus là dans l’isolement le plus complet, usant ma douleur à force de m’en repaître, l’amoindrissant, si on peut s’exprimer ainsi, par l’excès que j’en faisais. Au bout de ce temps, j’étais parvenu à maîtriser mes souvenirs, de manière à ne leur laisser prendre sur mon esprit que la part que je voulais bien leur donner.
Alors le besoin de distractions se fit sentir ; il me fallait du mouvement, du bruit, sinon des plaisirs. Je quittai ma retraite pour voyager en Suisse, en Allemagne, en Italie. Insensiblement, je redevins impressionnable aux beautés de la nature, aux arts, à la musique. La société seule me resta odieuse, et je passai ainsi cinq nouvelles années, sans former aucune relation, sans lire un journal, sans prendre aucun souci de mes intérêts privés ou des intérêts politiques de l’Europe. Je sentais qu’un mot, un nom prononcé, pouvaient raviver toutes mes souffrances. Mon âme n’était encore qu’assoupie, un long sommeil pouvait seul la guérir.
L’amour de la patrie, que j’avais si souvent répudié, alors que je croyais à l’amour de la créature, vint tout à coup mettre un terme à ma vie errante. Un beau matin, à Naples, je m’éveillai avec le mal du pays. Deux heures après, je voguais vers la France.
À Paris, je descendis provisoirement dans un hôtel garni de la rue de Richelieu. Le soir même de mon arrivée je fis comme font presque tous les étrangers, je m’en allai dîner au Palais-Royal. Dans le restaurant où j’entrai, il y avait foule, et je ne pus trouver de place que dans un petit salon reculé, où ne se trouvaient, à ma grande satisfaction, que deux dîneurs.
Le service se faisant lentement, j’eus tout le loisir d’examiner mes deux voisins, dont l’un était évidemment le père, l’autre le fils. Le père, dont il eût été difficile de préciser les années, laissait deviner une beauté native que les chagrins ou les passions avaient flétrie avant l’âge. Ses joues creuses, ses y

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