Le Robinson des Alpes , livre ebook

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Extrait : "Par une belle soirée d'automne de l'année 1718, une lourde berline de voyage, qui venait d'entrer dans la petite ville d'Annecy-le-Vieux, en Savoie, s'arrêta à la porte d'une auberge qui portait pour enseigne : Au Chasseur de chamois. Trois voyageurs en descendirent. C'étaient un homme d'un âge mur et deux enfants."

À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN :

Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de grands classiques de la littérature ainsi que des livres rares, dans les domaines suivants :

• Fiction : roman, poésie, théâtre, jeunesse, policier, libertin.
• Non fiction : histoire, essais, biographies, pratiques.
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Nombre de lectures

26

EAN13

9782335097924

Langue

Français

EAN : 9782335097924

 
©Ligaran 2015

I Les voyageurs
Par une belle soirée d’automne de Tannée 1718, une lourde berline de voyage, qui venait d’entrer dans la petite ville d’Annecy-le-Vieux, en Savoie, s’arrêta à la porte d’une auberge qui portait pour enseigne : Au Chasseur de chamois .
Trois voyageurs en descendirent.
C’étaient un homme d’un âge mur et deux enfants.
L’auberge, de fort mince apparence, était peu engageante. Son bâtiment ne se composait que d’un long rez-de-chaussée surmonté d’une rangée de petites chambres, aux fenêtres carrées et fort écrasées sous la toiture ; le tout n’ayant guère l’aspect que d’un vaste hangar.
La cour qui précédait ce logis était encombrée de charrettes, de tonneaux, de sacs de grains, et, par là, montrait la condition rustique de ses hôtes habituels.
En avant de la façade, l’enseigne se balançait au vent. On voyait une espèce d’homme et une espèce d’animal, qui étaient peints en jaune sur un fond bleu ; et, ce qu’il y avait de particulier, c’est qu’en raison de l’exiguïté du tableau, le chamois était obligé de s’avancer vers le bout du fusil du chasseur pour se faire tuer.
La porte de la maison ouverte en laissait apercevoir l’intérieur ; et ce que l’on découvrait de l’aménagement de la grande salle ne flattait pas non plus le regard. C’était simplement une table de bois brut et des sièges semblables. La nappe de toile rousse était garnie de cruchons de terre, de vaisselle de grosse faïence, avec tout le reste assorti.
On devait bien penser que les plats du service étaient plus souvent remplis de noix et de fromage, que du fin poisson et du succulent gibier de ces contrées.
Cependant, les voyageurs, quoique d’apparence fort distinguée, entrèrent sans hésiter.
Sur le seuil, ils furent reçus avec cordialité par M. et madame Vateline, les maîtres du logis.
Comme il est d’usage, l’hôtelier apporta d’abord le registre sur lequel les étrangers doivent inscrire leurs noms et qualités.
Le voyageur écrivit :
« Le comte de Laverny et ses deux fils, Édouard et Lucien. »
Puis, la soirée étant déjà très fraîche, les arrivants se hâtèrent de s’approcher de la vaste cheminée.
Deux lampes de fer furent aussitôt allumées ; le foyer, attisé et ranimé par une brassée de fougère, jeta de vives flammes.
Alors, à cette clarté, on put voir distinctement la figure des étrangers.
Ils paraissaient être de condition élevée, et leur aspect était infiniment sympathique.
M. de Laverny, âgé de quarante-cinq ans environ, était grand, bien fait, avec une tête noble, des yeux pleins de lumière, une physionomie pleine de franchise. Le vent de la route avait fait tomber la poudre de ses cheveux ; il portait par-dessus ses habits une lévite brune à grand collet qui l’enveloppait entièrement. Ainsi, soustrait par les nécessités de la route au costume disgracieux du temps de la minorité de Louis XV, rien ne gâtait ses avantages naturels, et il inspirait infiniment d’attrait dès le premier regard.
Entre ses deux fils, il y avait peu de différence d’âge. Édouard, l’aîné, venait d’atteindre sa quatorzième année, et Lucien en avait treize.
Mais la figure, l’esprit, le caractère des deux enfants augmentaient considérablement cette différence.
Édouard, grand, brun et bien développé pour son âge, avait un visage d’une régularité parfaite, d’une expression extrêmement intelligente et déjà pensive ; sa pose, ses mouvements, ses manières étaient empreints de réflexion et d’une gravité douce. On voyait que son âme avait compté double les années qui lui étaient données pour s’élever et grandir.
Lucien, lui, était resté en arrière pour tout accroissement physique et moral, mais il faisait le plus joli bambin qu’on pût voir. Ses cheveux blonds bouclés ombrageaient une mine ronde, rose et mutine ; les traits en étaient retroussés ; les yeux bleus, le nez mignon, la bouche fraîche, se relevaient finement en pointe. Ces petits traits-là n’étaient faits que pour exprimer la gaieté, le plaisir, la malice, tout ce qui amuse et rend satisfait d’être au monde.
Cette différence entre les deux frères fut, dès le premier moment, attestée par l’accueil de la bonne hôtesse, madame Vateline.
Elle appela Édouard monsieur , comme son père.
Pour Lucien, ce fut autre chose ; le bambin tout de suite lui alla au cœur, et elle eut pour lui mille tendres gâteries. Elle lui apporta vite une tasse de lait chaud, en attendant le souper. Puis, s’apercevant qu’il avait pris froid aux pieds en voiture, elle l’assit sur ses genoux au coin de la cheminée, ôta ses souliers, enveloppa ses pieds de son tablier chauffé au foyer, et le tint douillettement appuyé contre sa poitrine, tout en l’appelant, à chaque propos, mon bijou, mon ange, mon chérubin. Quoiqu’à vrai dire, l’air angélique ne fût pas précisément celui qui se faisait remarquer sur sa figure.
Seulement, le petit bonhomme se laissait faire.
Pendant cela, maître Vateline préparait le repas.
Le souper fut très simple : le pain du pays, pétri d’orge et d’avoine, une pièce de bœuf des gras troupeaux des montagnes, des œufs, une jatte de crème recueillie dans l’étable, en firent tous les frais.
Mais le comte de Laverny était trop absorbé dans ses pensées, les enfants étaient trop heureux d’être arrivés au but du voyage, après une longue et pénible route, pour qu’aucun d’eux eût le temps de songer à ce qu’il mangeait.
À l’étage au-dessus, on mettait des draps blancs dans les lits ; on faisait bon feu dans les cheminées ; on posait sur la tablette le bougeoir allumé.
Ces arrangements terminés, M. Vateline conduisit les voyageurs dans leurs chambres.
Il était tard, pour des personnes qui avaient roulé jour et nuit en berline, depuis Paris jusqu’aux Alpes. Le froid de la vallée engourdissait les membres ; pourtant, M. de Laverny et ses fils restèrent encore quelques moments debout dans la chambre du premier.
Les enfants attendaient que leur père leur donnât le baiser du soir et leur dît d’aller gagner leurs lits, qui étaient préparés dans une petite pièce à côté, et le comte n’avait pas l’air d’y penser.
Même il avait ouvert la fenêtre, et, debout, les bras croisés, il considérait l’horizon, transparaissant à peine sous le voile de la nuit.
Il fit signe à ses fils de venir à lui.
Sa physionomie était empreinte d’une tristesse calme, d’une imposante gravité, et ce fut d’une voix pénétrée, mais ferme, qu’il leur dit :
– Mes enfants, voici la terre où nous allons désormais habiter. Notre voyage, ici, n’est pas un voyage, c’est une fuite ; notre résidence dans ce pays n’est pas un séjour choisi, c’est l’exil !
Cette révélation, si étonnante qu’elle fût, n’amena pas de trouble bien vif chez les enfants ; leur figure n’en fut pas altérée. Édouard avait déjà assez de force pour en soutenir toute la haute importance, et Lucien ne la sentait pas encore.
Le comte reprit :
– Depuis quelque temps déjà, à Paris, vous auriez pu vous apercevoir d’un changement autour de nous. Bien que nous vissions habituellement assez de monde dans notre hôtel de la rue du Temple, il en venait alors bien davantage, et il y régnait un incessant mouvement. De même, quoique ce quartier de Paris soit des plus populeux, vous auriez pu observer qu’il s’y formait certains rassemblements. Moi-même, mes enfants, je vous voyais moins souvent, ayant un grand surcroît d’affaires et de préoccupations dans ma vie habituelle.
C’est que, tandis que vous étiez si tranquilles dans l’heureuse ignorance de votre âge, autour de vous bien des esprits travaillaient, bien des cœurs s’agitaient.
Un complot s’était formé contre le régent.
L’Espagne, représentée par son cardinal-ministre Albéroni, et le prince de Cellamare, ambassadeur en France, désirait, par des raisons de haute politique, que le régent fût déchu du pouvoir. Ce prince, par les désordres de sa vie, avait aussi soulevé la nation contre lui : elle devait user des armes déposées en ses mains pou

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